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ESCLAVAGE EN LIBYE : Le témoignage de celui qui a révélé le scandale

15 janvier 2018 Auteur :   Ameli GUE

Le 14 novembre 2017, la chaîne américaine CNN diffusait une vidéo montrant des migrants noirs  vendus aux enchères ; 400, 700, 1200 dinars libyens pour certains (1 Dinard libyen= 406Fcfa). La diffusion a provoqué l'émoi dans le monde entier. A côté de la polémique et de l’indignation suscitée, un jeune Camerounais vivant en Tunisie a aussi fait parler de lui. John Dahl Carter à l’état civil, et « Loup solitaire » comme il se fait appeler sur Facebook. Il est présenté comme la source de CNN, initiateur de l’envoi d’images à des médias. CNN n’était pas seule la cible, mais ‘’heureusement’’, dit le « fils d’Afrique », ce média s’est donné la peine d’aller vérifier l’information. D’après les chiffres du Département libyen de lutte contre la migration illégale, cités par l’ONU, 19 900 personnes se trouvaient dans des centres de détention début novembre, soit près de trois fois plus qu’à la mi-septembre.

« Aujourd'hui, malgré le fait que ce soit CNN qui ait diffusé le fruit de mon travail,  ces images ont été réalisées par moi avec l'aide d'un collaborateur d'origine sénégalaise aujourd'hui abattu par les rebelles, je suis tout de même content et je le serai encore si les manifestations en cours aboutissaient à quelque chose », écrivait-il sur son compte Facebook. A Abidjan, capitale de la Côte d’Ivoire, où il a été invité par la Télévision nationale, la RTI, nous sommes allés à sa rencontre. C’est décontracté qu’il nous reçoit le dimanche 10 décembre 2017, soit la veille de son passage sur le plateau de la télévision ivoirienne. Deux heures durant, nous avons échangé avec ce témoin privilégié. Lisez plutôt !

Qui est John Carter ?

John Carter : John Dahl Carter, c’est un jeune Camerounais. La trentaine, je suis originaire du Cameroun, je me bats contre la traite des Noirs dans le Maghreb en général, pas seulement en Libye.  John, c’est ce jeune Africain qui se bat pour les droits des personnes défavorisées, particulièrement, ceux des Noirs, dans le Maghreb. J’ai une formation en gestion commerciale. 

Vous seriez l’auteur de la vidéo sur les conditions des migrants en Libye, à la base du reportage de CNN…

Bien évidemment, ce n’était pas la seule vidéo déjà, c’était plusieurs images que nous avions envoyées à BFM TV et à CNN. Il n’y avait pas que CNN, et ces images ont été envoyées en août dernier. On ne s’attendait pas à ce qu’il y ait une réaction pareille, ça, il faut être franc. On a envoyé plusieurs images parmi lesquelles celles qui étaient plus choquantes que celles-là, où on pouvait voir des corps sur la plage, … mais c’est celle-là qui a été choisie, qui a été mise aux devants de la scène.

Dans quelles circonstances, et quand avez-vous tourné cette vidéo ?

En juin dernier. C’est une série d’images que nous avons tournée dans les localités de Sabratha, de Zouan, de Tripoli et de Tarimata également. Il faut dire que quand vous êtes en Libye, quand vous vous faites passer pour ‘’passeur’’ et quand vous vous faites entourer de personnes qui font dans le business, c’est plus facile pour vous de vous en sortir.

Déjà, à Sabratha, une ville située à l’ouest de Tripoli, la première ville dans laquelle on entre quand on part de la Tunisie, nous avions pris beaucoup d’images dans le but de sensibiliser la jeunesse contre les dangers de l’immigration clandestine. La partie où on voit des gens en train de marchander, ce sont des images à l’origine en arabe. CNN a utilisé beaucoup d’images qu’ils ont essayé de racoler. Si vous avez prêté attention, vous verrez des gens dans une maison. En Libye, on a deux sortes de camps. Vous avez des prisons officielles et des prisons privées. Les prisons privées sont celles utilisées par des rebelles, des rebelles qui travaillent en étroite collaboration avec des passeurs qui sont  parfois même des rebelles. C’est vrai qu’on a présenté les images à l’état brut, mais ce qu’ils faisaient, c’est la main d’œuvre. Ces Noirs sont utilisés pour soit travailler dans des fermes, soit travailler dans des plantations. Comparé à l’atrocité que certains vivent dans des camps, où on demande des rançons à leurs familles et ils sont maltraités, CNN l’a montré de façon crue, on l’a présenté à l’opinion publique, on s’est juste attardé sur le fait qu’ils étaient vendus. Mais le contexte n’était pas ça ; vous avez plusieurs catégories de passeurs. Vous avez ceux qui font la revente, ça veut dire, vous avez un Libyen, avec la collaboration de certains Africains, il a les Noirs en sa possession, qu’il vend à ceux qui en auraient besoin pour d’éventuels travaux ménagers, travaux de fermes, … en fonction des besoins ; c’était en fait ça la vidéo. Maintenant, vous avez d’autres qui sont spécialisés dans la torture pour demander des rançons, vous avez aussi ceux qui font les deux : c’est-à-dire ceux qui vendent, et en même temps qui torturent pour demander des rançons aux familles. CNN a utilisé la partie où en arabe, on disait 400 dinars, 500 dinars, … A la plage de Sabratha, dans une prison à Tadjourah, dans une prison à Tarimata, on avait pris beaucoup de vidéos qu’on avait réalisées, où on pouvait voir des Noirs se faire torturer, des Noirs à qui on demandait de l’argent. On a également pu avoir des conversations entre policiers et certains migrants, où ils n’ont pas peur de dire, « vous êtes une perle rare, vous voyez, on peut vous utiliser pour pouvoir s’enrichir ».

Racontez-nous l’histoire de la réalisation de la fameuse vidéo

Déjà, elle s’est faite en pleine nuit, autour de 20-21h, à l’entrée de Tripoli. A la suite des différentes images que nous avons prises, parce que j’ai commencé à Sabratha, je me suis rendu à Tripoli avec un passeur Nigérian, un migrant qui est devenu collaborateur par la suite, un Sénégalais, paix à son âme. On s’est rendu à Tripoli, on allait chercher où dormir parce qu’à Sabratha, c’était compliqué, une période où il y avait beaucoup d’affrontements entre migrants et rebelles. Il faut souligner que Sabratha est entre les mains des rebelles. Vous avez des gens qui s’affrontent pour le contrôle parce que c’est le point de départ des migrants vers l’île de Lampedusa en Italie. On allait donc à Tripoli, et à l’entrée de Tripoli, on a fait deux arrêts. Les deux arrêts, c’était la même chose ; c’est plus tard que je me suis rendu compte que ce Nigérian, c’était le négociateur. C’était dans une cour, une grande cour. Nous étions 3, le passeur Nigérian, le collaborateur sénégalais et moi, dans un 4X4.

Les 4X4, quand j’ai essayé de me renseigner, en fait, c’est une sorte de récompense, c’est pourquoi tous les passeurs sont véhiculés, ils ont les mêmes marques de voiture, 4X4 et bâches.  Au premier arrêt, ce qui a attiré mon attention, c’est quand il est rentré faire 20 à 25 minutes. Il a demandé de patienter et à chaque fois, un Blanc, c’est-à-dire un Arabe, sortait en compagnie d’un Noir. J’ai essayé de comprendre ce qui n’allait pas. Quand j’ai posé la question à mon ami Sénégalais qui était à côté, il m’a fait comprendre que le Nigérian et lui se connaissent à Sabratha, il a l’habitude de venir chercher des migrants. 200 mètres plus tard, il s’est arrêté, parce que les maisons sont des anciennes maisons abandonnées, des maisons de guerre. Il a fait le même arrêt, où il a fait encore des négociations. C’est là que j’ai décidé de le suivre. On l’a suivi, on a pris des images. A première vue, ces images ne sont pas aussi douloureuses que celles où on a l’opportunité de voir des gens souffrir. C’est juste  la façon dont on l’a représentée, avec la retransmission, qui a donné ce que ça devait donner.

Qui a filmé ?

C’est moi. Je l’ai prise avec un téléphone de mon compère. Moi particulièrement, je n’avais pas de téléphone. A la frontière de la Tunisie, de la Libye, vous ne pouvez pas traverser avec ça, c’est une phase de non-retour. Les migrants qui partent de Tunisie pour la Libye partent bredouille. Un Tunisien qui était passeur par le passé m’avait aidé à arriver en Libye. C’est à Sabratha que j’ai fait la rencontre du Sénégalais, Issa Diop, décédé en octobre dernier. C’est avec lui que je me suis rendu, c’est avec lui que j’ai fait les tours. J’ai fait Sabratha, j’ai fait Zouan, j’ai fait Tripoli, j’ai fait Tarimata, qui sont des localités dans lesquelles j’ai essayé de rencontrer des Noirs, de déceler des problèmes qu’ils avaient, pour essayer de soumettre à l’opinion publique ou aux différentes autorités pour que chacun essaie de trouver une solution à ce problème. Donc, c’est avec son téléphone que nous avons pris ces vidéos, c’est à mon retour en Tunisie qu’il a essayé de m’envoyer ça par WhatsApp.

« Les ramificateurs, ce sont les Noirs »

Aviez-vous pu filmer sans problèmes ? 

Ils n’ont pas de problèmes avec des photos, ils n’ont pas de problèmes avec des vidéos, au contraire, c’est comme une sorte de récompense. Vu que c’est un moyen de financement, si vous pouvez utiliser cela pour parler… C’est vrai qu’au départ, je ne me suis pas fait passer pour quelqu’un qui voulait faire de ça un combat, ils ne savaient pas que c’était pour faire un combat. Moi, je me faisais accompagner par un Nigérian, par un passeur expérimenté. J’ai payé de l’argent, ça, il faut le dire. J’ai payé une somme de la Tunisie pour la Libye, j’ai payé une autre somme, 250 dinars libyens, au Nigérian, pour qu’il me fasse faire des tours comme il pouvait ; je n’avais pas de dinar libyen, j’ai payé en dinar tunisien parce que c’est ce que j’avais. Je dormais avec le passeur, du coup, ils n’ont pas de soucis quand vous faites semblant de travailler avec eux, quand vous leur dites, je suis de votre côté, il n’y a pas de soucis. La preuve, les ramificateurs, ce sont des Noirs, ça aussi il faudrait qu’on le souligne. Les Libyens ne le font pas tout seuls. J’ai traqué beaucoup que j’ai retrouvés, des Camerounais, des Ivoiriens, des Guinéens, et même des Maliens. Des Maliens qui sont spécialisés dans la vente des Noirs, que ce soit du côté de Tamanrasset en Algérie, à la frontière, que ce soit du côté de la Tunisie ou en Libye, ce sont eux qui jouent des ramifications, parmi eux, vous avez ceux qui ont même des domiciles qu’ils utilisent comme des prisons privées en Libye pour pouvoir traquer,  torturer pour demander des rançons. Lorsqu’on vous torture, vous appelez votre famille et vous demandez un montant, l’envoie ne se fait pas en Libye. Vous pouvez être au Cameroun, et on vous dit d’envoyer l’argent au Togo. Ça part du Togo, on ne sait plus où, vous pouvez être au Cameroun, on vous dit, envoyez à telle personne, elle est au Gabon. Ceci, pour vous dire que c’est un réseau bien huilé, qui part depuis nos pays d’origine jusqu’en Libye. C’est un trafic qui fonctionne selon des contextes, selon des pays. Le trafic tunisien est différent du trafic algérien qui est différent du trafic nigérien. 

Comment CNN a obtenu la vidéo ?

Par Facebook. Il y avait un ami qui m’avait conseillé un monsieur d’une radio locale française. Puisque c’est une animation radio, je me suis dit qu’il fallait qu’on mette les images en avant. J’ai proposé qu’on contacte soit les chaînes de télévision, soit les blogueurs, soit des pages célèbres africaines. Personnellement, j’ai essayé de contacter certaines stars. Dans les messages, je leur disais que la situation est complexe dans le Maghreb et qu’il y a nécessité de faire des campagnes de sensibilisation en Afrique pour parler de la situation.  Comme médias, j’avais ciblé BFM ; nous ne les avons pas contactés pour leur dire qu’on a envoyé des vidéos, c’est simple, quand vous allez sur la page Facebook, que ce soit de BFM, que ce soit de CNN, vous envoyez vos messages tranquillement. Et il faut dire, la tournure que cela prend nous arrange, c’était cela l’objectif : que ce soit connu, qu’on en parle, et qu’on essaye de trouver la solution. BFM c’était la première cible, CNN c’était juste un complément. Je ne sais pas si on va dire heureusement, parce qu’ils ont eu l’initiative. Ce n’était pas une seule vidéo, c’étaient plusieurs vidéos.

En Afrique, on en parlait, on en parle en Afrique depuis très longtemps, tout le monde sait ce qui se passe, on a fait des vidéos, les gens savent, ce n’est pas quelque chose qui est né hier. Ça existait depuis, on sait ce qui se passe, mais ça avait du mal à décoller. CNN a juste pris la peine d’aller vérifier pour voir ce qui s’était passé. Quelques temps après, il y a eu les déclarations de Claudy Siar, il avait même cité la source (la source qu’il a citée sur France 2 : John Cartel, ndlr). Lui et moi on ne se connaît pas particulièrement.

J’ai contacté la journaliste (de CNN, ndlr) après, on a un tout petit peu discuté sur la situation ; c’est vrai qu’elle ne souhaite pas trop s’exprimer par rapport à ça. Elle, il faut le souligner, travaille à Londres. Elle a été dépêchée pour se rassurer de la véracité des informations pour pouvoir les divulguer.

jlVous disiez avoir contacté certaines personnes, qui aviez-vous alerté à l’époque ?

Premièrement, nos ambassades. Le constat en Tunisie est qu’il y a une forte communauté ivoirienne, la communauté noire la plus représentée en Tunisie. J’ai rencontré le Consul de la Côte d’Ivoire en Tunisie, M. Magloire Tené. Il m’a dit que ce n’était pas un sujet nouveau mais qu’on n’en parlait juste pas trop, on n’en parlait pas beaucoup. Il m’a aussi dit que l’ambassade n’avait pas assez de moyens pour pouvoir faire cela, parce que moi, je demandais un soutien, pas toujours financier, mais même technique, pour pouvoir réaliser une campagne de sensibilisation. Ensuite, je suis rentré à l’ambassade du Cameroun, j’ai rencontré M. Koum, le Consul de l’ambassade du Cameroun en Tunisie, c’est lui qui m’a mis en contact avec Dalel Laroussi de l’Organisation internationale pour les migrations. En septembre, on m’a convié à un atelier de formation et d’information sur les migrations clandestines, particulièrement en Libye. Là-bas, on avait tous les représentants d’Afrique subsaharienne de Libye et de Tunisie ; les différents Consuls, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gambie, Sénégal, Burkina au colloque, sur l’atelier de formation où on en a longuement discuté. Il y avait à peu près une trentaine de représentants ; en plus de cela, on avait les représentants du Pakistan et du Bengladesh qui étaient là, et deux représentants du gouvernement libyen. Nous en avions discuté longuement, et j’étais le seul à avoir fait part de la situation, pas seulement l’esclavage. C’est vrai que c’était le premier point, même sur la lettre que j’ai adressée aux ambassadeurs, c’était le premier point, mais c’était beaucoup plus la maltraitance sur laquelle je m’appuyais ; parce qu’il faut le dire, il y a des gens qui sont vendus et il y a des acheteurs qui s’en occupent un tout petit peu bien. C’est vrai qu’on ne marchande pas l’être humain, mais vous verrez des Libyens acheter un Noir à 400 dinars, certes, qu’il va faire des travaux, mais il mange matin, midi, soir…  Par contre, vous avez des gens qu’on n’achète pas, mais qui sont enfermés dans des maisons, torturés, tabassés, à qui on demande des rançons, vous allez voir des femmes qui subissent l’horreur, … J’avais fait un travail de terrain sur les conditions d’arrivée des Noirs en Tunisie jusqu’en Libye, comment ils viennent, les réseaux par lesquels ils viennent, qui travaille avec eux, … J’ai fait un travail depuis la Côte d’Ivoire, le Cameroun, jusqu’en Libye, en passant par la Tunisie. Donc, c’était juste une suite parce que c’est un travail que j’ai commencé à la base.

J’ai fait un message à Samuel Eto’o, à Didier Drogba également, à Kemi Seba. J’ai contacté Patrick Mboma (footballeur international Camerounais, ndlr), c’est pratiquement le seul avec qui j’ai échangé, le seul qui a pris la peine de me répondre, qui m’a dit, je reprends ses termes, qu’il est sensible mais pas nécessairement intéressé. Je lui disais que même le fait qu’on le voit et qu’il parle de cette situation en tant que modèle pour certains jeunes, cela pourrait avoir des répercussions. C’est le seul qui a pris la peine de me répondre ; les autres se sont  contentés de lire, ils n’ont pas réagi. Je regarde les réactions sur Internet bien après, ça m’a écœuré. J’ai vu des gens se lamenter, crier au scandale, appeler aux manifestations. Pourtant, parmi eux, il y avait des gens qui étaient au courant. Pourquoi il a fallu que ce soit un média occidental qui relaie une information connue, pour que le monde entier se lève ? Ça, c’est ma préoccupation. Je pense que c’est quelque chose qui aurait dû être traité depuis très longtemps. Tel qu’on le prend aujourd’hui, on dirait que c’est nouveau. C’est un vieux phénomène.

« Il fallait que quelqu’un y consacre son temps pour informer l’opinion publique des réalités des Subsahariens dans le Maghreb »

Aujourd’hui, êtes-vous beaucoup sollicité ?

Enormément. Parce que j’ai un jugement différent de celui qui est loin. Jusqu’ici, je vivais au Maghreb. C’est pourquoi, j’ai pu apporter des éclaircissements sur le cas de la Libye, de l’Algérie, son ghetto où l’on retrouve des Africains qui ont des centres de détention, que j’ai repérés, que j’ai identifiés et que j’ai présentés à l’opinion publique. J’ai pu avoir des informations fiables sur la Tunisie, pour dire que là-bas également, il y a une traite qui se passe, une traite plus discrète et moins visible qu’en Libye. Il y a moins de violence mais il y a une traite humaine, dans la mesure où l’on vend et achète des êtres humains.  J’ai présenté également le fait qu’il y a une prison en Tunisie, jusqu’ici inconnue de beaucoup de gens. Actuellement, il y a beaucoup de ressortissants de l’Afrique subsaharienne qui y croupissent. Sans solutions. Tout simplement parce qu’il n’y a personne pour pouvoir dire exactement où ils se trouvent. C’est un peu comme en Libye.

Pour un gestionnaire commercial de formation, vous semblez bien informé et maitriser ce sujet, qu’est-ce qui explique cela ?

La volonté ! Voyez-vous, quand vous arrivez au Maghreb en tant qu’Africain noir, vous voyez vos semblables subir les atrocités de certains, tout simplement parce qu’ils ont une couleur différente de la vôtre, c’est révoltant. Et, tout le temps, des Ivoiriens arrivent, des Camerounais, des Nigériens, des Burkinabè, tout le monde arrive là-bas sans savoir exactement ce qui se passe. Il fallait que quelqu’un y consacre son temps pour informer l’opinion publique des réalités des Subsahariens dans le Maghreb. Il faut le dire, ce n’est pas seulement en Libye, le Maghreb en général.  En Egypte, dans le désert du Sinaï,  les Erythréens sont considérés comme de la perle noire. A l’ouest de l’Algérie, à Tamanrasset, c’est légal. En Tunisie, c’est pareil. En Libye, tout le monde le sait. Dans tout le Maghreb, le Noir est chosifié par certains. Je dis bien certains parce qu’il y a des Maghrébins qui sont contre le traitement réservé aux Noirs. La preuve, c’est un Magrébin qui m’a aidé à pouvoir entrer en contact avec certains passeurs.  J’ai fait de cela un combat parce que je me suis dit qu’il fallait que les choses changent.

A quel moment avez-vous commencé à vous intéresser à ce sujet

J’ai commencé à m’intéresser au sort des migrants suite à des constats personnels, il y a de cela un an. Pour moi, il était inconcevable que mes proches qui tentaient l’expérience de la migration se retrouvent soit en prison, soit  se font battre, soit meurent. Dans l’espoir de rallier l’Europe, nos frères se retrouvent dans des situations déplorables. En Tunisie, le Noir est voué à faire des tâches les plus humiliantes. Parce qu’il est Noir. En Tunisie et dans le Maghreb en général, la peau noire est appelée « Africain ». Cela voudrait dire qu’eux se considèrent comme étant des êtres humains à part. Pour moi, il fallait forcément faire quelque chose pour cerner le mal.

Sur la question, n’y-a-t-il pas eu un élément déclencheur ?

C’est vrai qu’il y a eu un élément déclencheur. L’élément déclencheur a été la perte d’une amie à moi. Prisca Tatiana, une ressortissante de la Côte d’Ivoire qui était une proche. Elle est partie en Libye sans m’informer. Et c’est malade qu’elle m’a contacté, pour me relater son malheur, surtout le manque de soins. Dans l’immédiat, il fallait trouver le moyen de lui donner de l’argent pour les soins. On s’est battu comme on pouvait. On nous a demandé de rentrer en contact avec un interprète. L’interprète est toujours Africain, un Subsaharien. Ils comprennent généralement le français et ont pour rôle d’échanger avec les parents des détenus.  Le temps pour moi de rentrer en contact avec lui, je reçois la nouvelle qu’elle a rendu l’âme. J’ai eu un choc. J’ai fait une vidéo (sur Facebook, ndlr) dans laquelle je parlais d’elle, avec des photos  d’illustration. J’ai pu rentrer en contact avec un membre de sa famille en Côte d’Ivoire et un autre aux Etats-Unis. Ce frère, quand il m’a envoyé un sms, il m’a dit, « Elle est décédée, mais il faut sauver les autres ». Dès lors, c’était comme une mission pour moi. Je ne suis pas superman ni batman, mais je peux trouver des moyens, des stratégies pour que les gens en parlent. Aujourd’hui, le monde entier a les yeux braqués sur la Libye.

Cette mésaventure date de la période avril-mai. C’est à partir de là que j’ai eu le courage d’aller dans les différentes localités dangereuses pour les migrants. Bien avant, je faisais des sensibilisations sur les dangers de l’immigration clandestine, sans pour autant être témoin oculaire de certaines scènes. Je parlais des dangers de l’immigration mais je n’avais pas d’arguments pour dissuader les aspirants.

Parlez-nous des réalités que vivent les migrants

Vous savez, une semaine passée en Libye, c’est toute une vie pour un migrant. A Sabratha, j’ai rencontré une jeune ivoirienne, qui me relatait sa mésaventure. Elle a été utilisée comme esclave sexuelle durant six mois et demi, enfermée dans la maison d’un Libyen. Vous imaginez la souffrance ? Il y a des migrants qui repartent bredouille de la Tunisie. Ceux qui réussissent à garder par devers eux des sommes d’argent, se feront déposséder par des rebelles. Dans le Maghreb, des migrants se partagent un demi-pain comme repas, après deux jours. Matin, midi, soir, on vous frappe. Pour demander de l’argent à votre famille, on vous torture pour qu’ils entendent vos cris. Des migrants vivent sous des tentes et dans des maisons abandonnées, dormant à même le sol. Vous avez des femmes, des enfants. On ne peut me convaincre qu’un être humain doit vivre dans ces conditions. Pour aller plus loin dans certaines recherches, avec un autre collaborateur sénégalais, j’ai essayé d’enregistrer une conversation entre un policier libyen et ce dernier, en arabe, et traduit en français par la suite. Ce policier libyen, sans remord, disait ouvertement que l’homme noir est une marchandise, il est utilisé parce que la police libyenne n’a pas d’argent. Ça, ce sont les propos d’un policier qui disait détenir 4 Camerounais et il demandait 1.000 dinars libyens pour les relâcher. Aux dernières nouvelles, ils sont toujours prisonniers chez ce dernier. L’atrocité est grande ! En Tunisie, ils vivent le même calvaire, mais un peu plus souple. Ils n’ont pas de salaires, Ils travaillent 20h/24 sans salaire. Ils dorment à peine, juste parce qu’ils ont été vendus. Vendus par qui ? Leur propre confrère. En Tunisie, ce sont des Africains qui vendent des Africains, moyennant 2.000 dinars, environ 400 000FCFA. La vente se fait sous forme de contrat, des contrats qui vont jusqu’à cinq mois. Au bout de cinq mois de contrat, les migrants doivent déjà au gouvernement tunisien, des pénalités, allant jusqu’à deux mois. La loi tunisienne est claire : après 3 mois, vous devez régulariser vos séjours. Passé ce délai, vous payez une pénalité de 80 dinars le mois. 80 dinars, c’est 20 à 25000FCFA. Ça veut dire qu’à la fin de son contrat de 5 mois, il doit au minimum 50 000 FCFA au gouvernement de Tunisie. Ça veut dire qu’il n’y a plus de porte de sortie. Vous ne pouvez pas sortir de la Tunisie sans avoir payé ce montant. Vous ne pouvez non plus faire une carte de séjour, parce que ça demande beaucoup d’argent. Beaucoup d’argent, à peu près 1000 dinars, 1000 dinars, c‘est un peu moins de 250 000FCFA. 

Tout ceci oblige le migrant à jouer à Tom et Jerry avec la police. Il doit se cacher à tout moment. En un an, s’il réussit à travailler, il pourra épargner tout au plus 2.000 dinars. Pour rentrer dans son pays, il devra payer 1.600 dinars comme pénalité. En tout et pour tout, il lui restera 400 dinars, ce qui est insuffisant pour acheter le billet d’avion. Qu'est-ce qu’il fait ? Le désert ! Il préfère payer le passeur dans l'espoir d'arriver en Italie. Bienvenue les catastrophes. Vous voyez à quel point la situation est complexe ? Il y a des accords entre nos différents pays, mais ils ne sont pas respectés. L’entrée en Tunisie est très facile, parce qu’on a légalisé la corruption à l’aéroport de Tunis. Et je pense que si c’est légalisé à l’aéroport de Tunis, c’est pareil à l’aéroport d’Abidjan, Yaoundé, Niamey, etc. Si les négociations se font au vu et au su de tous à Tunis, ça veut dire que c’est pareil partout. Personnellement, je ne comprends pas comment un mineur peut se présenter à l’aéroport de Tunis avec le statut de touriste et une réservation d’hôtel allant jusqu’à 2.000 euros (plus d’un million trois cent mille). Ça n’a pas de sens ! A 15 ans, une réservation de 2.000 euros juste pour visiter la Tunisie ? Et ça ne dérange personne ! Que ce soit au point de départ, au point d’arrivée. 

Vous avez à peu près 100 Ivoiriens qui arrivent de cette façon-là chaque semaine pour travailler en Tunisie. Toutes les semaines ! D’après mes propres enquêtes. Parfois, ils ne sont pas au courant de la situation parce qu’on leur a vendu des mauvais rêves au départ.  Pour sortir de l’aéroport, ils payent 50 euros par personne. Ce qui fait un peu plus de 5.000 euros pour des opérateurs de l’aéroport de Tunis. C’est beaucoup d’argent. Une fois en Tunisie, il n’y a plus de porte de sortie pour les Noirs, parce qu’ils ont trop de pénalités à payer. Pour sortir de la Tunisie : la Libye. Et vous connaissez tous le contexte libyen actuellement.

« Les trafiquants sont très bien organisés »

Que savez-vous des trafiquants ?

Ils sont très organisés. Ils ont même un gouvernement. Vous avez un président, vous avez des ministres, vous avez des lieutenants. Ils ont des réunions hebdomadaires, des réunions sur le nombre de clients qu’ils ont vendus. C’est terrible ! J’ai assisté à des réunions. J’étais assis comme un des leurs, ils ne savaient pas qui j’étais, ils ne pouvaient pas imaginer que moi, je venais pour avoir des informations. J’ai assisté à deux réunions, une à Tamanrasset (Algérie, ndlr). Ils sont constitués en gouvernement, le président est un mafieux, c’est un monsieur qui n’est jamais sur place, je cherche son profil Facebook, je ne parviens pas à l’avoir, mais les autres, je les ai eus. J’ai fait une vidéo (sur sa page Facebook, ndlr), j’ai recensé une dizaine, bien après, je faisais des compléments.

Le président des passeurs est Camerounais, un certain Bruno. Vous avez un ministre qui est Ivoirien, vous avez un ministre qui est Guinéen ; ils sont en communauté.

Ayant infiltré le groupe, qu’est-ce que vous avez constaté ?

Ils étaient très  bien organisés. C’est comme une armée, c’est terrible ce que j’ai vu, on ne peut pas tout dire. Ils sont bien organisés, ils sont assis, ils font des réunions, des réunions où chacun parle de ses stratégies, chacun parle de son nombre de clients qui est en cours. Au Burkina, vous avez des gens dans la rue, dans des grosses voitures, c’est leur travail. Celui qui est en Libye va vous dire, j’ai dix personnes qui arrivent. Parce que quand vous quittez vos pays, on vous envoie chez quelqu’un qui vous attend. L’autre va vous dire, j’ai 5 personnes qui viennent du Niger, … Parfois, il vous dit, « toi, tu veux combien de Noirs demain » ; « Je veux 10, j’ai 10 besoins» ;  « Ok, je te les fournis demain ». Une fois qu’ils sont là, il te dit « Ok, allez, suivez-moi ». Ils n’ont qu’à te croire en fait, ils vous embarquent.

Jusqu’où alliez-vous pour avoir les informations ? Comment vérifiez-vous ces informations ?

Vous n’avez pas le choix que de travailler avec certains passeurs. Et aujourd’hui, j’ai réussi à reconvertir certains qui continuent à être un réseau mais d’autre part, ils sont pour le changement. Comment je fais pour savoir qu’il y a 4 bateaux qui sont en train d’embarquer sur la mer, comment je fais pour savoir qu’il y a un éclatement entre migrants et rebelles à telles dates, il y a tel et tel mort. Il faut avoir des gens avec qui tu travailles. Chaque patron a son interprète, son interprète c’est qui, c’est un Africain, le traducteur. Beaucoup ne parlent même pas français, c’est en arabe. L’interprète  parle parfaitement anglais, français, arabe. Le Nigérian qui m’a conduit, on ne peut pas imaginer qu’il vient du Nigeria, il parle l’arabe comme si c’était sa langue. J’ai beaucoup de sources. J’ai des migrants qui me fournissent des infos, j’ai des passeurs qui me fournissent des infos, j’avais des rebelles, mais depuis que ça a fait ce que ça fait, ils ne décrochent plus mes appels ; moi, je les comprends. J’étais aussi en contact avec l’un des chefs rebelles, « l’oncle », c’est comme ça qu’on l’appelle. Son nom même, Ahmed Dabbaschi. Je l’ai rencontré en Libye, à Sabratha. C’est autour de lui que j’ai pu avoir beaucoup de gens qui m’ont fait confiance. Pour l’instant, ce n’est plus possible de rentrer en contact avec lui, le dernier contact date d’octobre. Quand j’ai commencé à faire des vidéos, l’oncle, par le biais d’un passeur, m’a proposé de l’argent. Il m’a dit, ça ne sert à rien ce que je faisais.

Pour la vérification, je recoupe les informations auprès de plusieurs sources. C’est pourquoi j’ai développé des relations en Algérie, Tunisie, Libye, Maroc. J’ai des correspondants dans ces régions.

« Il faut trouver les solutions à la base »

jllDites-nous, quelles sont les grandes étapes ? A vous entendre, les yeux sont braqués sur la Lybie mais c’est un grand réseau.

Un très grand réseau. Vous avez la frontière Agadez, Agadez, c'est le désert qui relie le Niger et la Libye. Vous avez Ben Guerdane, Ben Guerdane, c'est le désert qui relie la Tunisie à la Libye. Vous avez Tamanrasett, c'est le désert qui relie l'Algérie à la Libye. Vous avez de l'autre côté le Tchad. Vous voyez ! On a presqu’à ce niveau, quatre points d'entrée pour la Libye. Ça veut dire que si on ne fait pas le travail à ce point, à ce niveau-là, on ne pourrait pas arriver à un résultat. Donc vous aller nous dire aujourd'hui :"On va se battre pour libérer ". Pendant que vous libérez en Libye, les gens continuent à rentrer sans problème. Par exemple, les Camerounais transitent par le Niger, par le Cameroun et le Niger, pas besoin de visa. Le Tchad et le Cameroun, c'est deux pays de la sous-région CEMAC; libre circulation; ils n'ont pas de problèmes. C'est-à-dire du Tchad pour la Libye, c'est facile. C'est l'accès principal pour les Camerounais. La Tunisie, c'est pour les Ivoiriens. Niamey également. Etc. Du coup, aujourd'hui, le monde a les yeux rivés sur la Lybie. On ne pourrait pas arriver à un résultat si on ne commence pas par traiter ces problèmes-là à la base. Comment les Ivoiriens font pour partir de la Côte-d'Ivoire jusqu'en Tunisie sans être inquiétés ? Tous présentent à chaque fois le statut de touriste, des réservations d'hôtel allant jusqu'à 2000€ pour une ou deux semaines à l'aéroport, parmi lesquels des mineurs. Ils traversent sans problèmes. A l'aéroport de Tunis, c'est connu : là-bas, quand vous arrivez, dernier comptoir des contrôles, on appose le cachet d'accès sur le territoire tunisien. C'est 50€ que chaque migrant file dans le passeport et il tend le passeport avec 50€ à l'intérieur. Alors, quand le policier reçoit les 50€, il ne cherche plus à savoir ce que vous avez dans le passeport ; il appose le cachet parce qu'il est satisfait.

Cela est connu vous dites ?

Ce n'est pas connu, on va dire ce n'est pas officiel. C'est la technique. C'est la technique en fait qui se passe. Et ces policiers-là le savent. Maintenant, quand ce n'est pas le migrant qui le fait, c'est celui qui le fait venir qui paye 300 dinars. Il arrive parfois que ces derniers aillent à l'aéroport avec des listes pour dire :" J'ai quatre personnes qui arrivent. Il y a Salamata, il y a Aminatou, il y a Jean, il y a Paul…”. Il paye ce qu'il doit à la police et à chaque fois, dès que vous arrivez, vous présentez vos passeports, dès qu'on voit Salamata, on regarde la liste, c'est payé, on te fait traverser, on appose le cachet sans problème. Pour vous dire que la corruption est légalisée à l'aéroport de Tunis.

Pour avoir le nombre d'Ivoiriens qui arrivent, j'ai pris une semaine où je me rendais à l'aéroport tous les jours et discuter avec certains qui ne savent même pas pourquoi ils sont là parfois. On leur dit : " Vous allez venir en Tunisie, vous allez travailler, vous aurez un bon salaire, vous serez bien logés". Mais quand ils arrivent, la réalité est tout autre : ils n'ont pas 5f. Et à l'arrivée, qu'est-ce qu'on fait ? Celui qui les attend prend le passeport, c'est ça qui fait preuve de garantie. Direction : les domiciles pour les contrats, parce qu'au préalable, on a déjà versé des sous à ces gens-là. Donc quand vous arrivez, on vous a déjà acheté, vous êtes déjà vendu en Tunisie. Comment est-ce qu'on peut dire aujourd'hui qu'on va abolir ce qui se passe là-bas sans commencer par la base ? Il en est de même avec le Cameroun, par exemple, où c'est si facile de corrompre tous ceux qui sont aux différentes frontières, vu qu'entre le Tchad et le Cameroun, c'est la libre circulation. C'est très facile pour ces derniers de rentrer au Tchad, ensuite de rentrer en Lybie facilement. Il en est de même du côté du Niger où ces passeurs sont là. C'est si facile que de partir de Niamey. C'est vrai que par là-bas, c’est en train de se corser un tout petit peu mais les autres entrées sont connues. En Algérie, c'est pareil ! Tamanrasset, c'est pareil !

Vous dites que la réalité aussi, c'est que les Noirs sont vendus par des Noirs ?

Bien évidemment ! On ne va pas se mentir ! Vous avez des Camerounais, vous avez des Maliens, vous avez des Guinéens, vous avez des Ivoiriens. C'est un business ! Mais beaucoup plus en Lybie, c'est le business des Nigérians et des Ghanéens. En Lybie, ce sont beaucoup plus ceux-là qui sont les spécialistes dans le trafic. En Algérie, c'est un Camerounais qui a carrément un ghetto à lui tout seul, où il a sa maison, où il peut torturer, il peut vendre comme il veut à des Lybiens. Ça se fait ! Maintenant, de votre pays d'origine jusqu'en Lybie, le premier contact qui se fait, c'est un Noir qui le fait. C'est un Noir qui vous reçoit ici en Tunisie. C'est un Noir qui négocie votre contrat avec le Tunisien. C'est à un Noir qu'on verse votre argent. C'est un Noir qui détient votre passeport. Il le remet parfois aux Tunisiens, ça dépend de leurs ententes. Vous voyez ? C'est un Noir qui perçoit l'argent pour le passage de la Tunisie pour la Lybie. C'est un Noir qui est passeur parfois. C'est vrai que les passeurs, c'est un mélange confondu entre les Subsahariens et les rebelles. C'est un Noir qui, parfois, détient le chalutier vétuste sur lequel vous montez. C'est un Noir qui vous livre aux Libyens. Le Libyen, par exemple, qui est spécialiste dans la vente pour les travaux ménagers, les travaux champêtres, etc. il ne travaille pas seul. C'est comme une entreprise. Il est assis dans son bureau, il vous dit:" Alors, l'Africain, j'ai besoin de 10 Noirs." Tu lui livres 10 Noirs. Si tu es passeur, par exemple, et que ton réseau de la Tunisie t'a envoyé 20 personnes que tu dois recevoir en Lybie, tu lui dis: " Ne t'inquiète pas, j'ai de la marchandise qui arrive." Quand ils arrivent, tu prends 10 personnes. Elles ne connaissent même pas encore ce qui se passe. Tu leur dis tout simplement : " Bon, vous, je vais vous loger à tel endroit." Certainement qu'il va se dire :" Tu m'emmènes pour me loger". On les fait asseoir et maintenant les acheteurs arrivent: "Moi, je veux quelqu'un pour travailler dans mon champ d'olive’’ ; en Tunisie , c'est beaucoup plus ça. S'il est robuste, "Il coûte combien ?"…

Quelles activités font-ils généralement ?

En Tunisie, ils travaillent dans les champs d'olives, dans les plantations, ils sont aussi beaucoup plus dans les chantiers. En Lybie, c'est pareil. En Libye, vous avez aussi ceux qui ramassent les corps. Même mort, le Noir a de l'importance parce qu'il y a un vaste trafic d'organes qui s'est installé. Aujourd'hui, vous avez deux endroits précis où on inhume les Noirs: vous avez un cimetière qui est appelé " le cimetière de l'inconnu". Pourquoi "le cimetière de l'inconnu" ? Parce que là-bas, quand on vous enterre, il y a juste une pierre sur laquelle est marqué la date, le jour où on a retrouvé votre corps.  Ça ne porte pas de nom. De l'autre côté, vous avez des fosses communes où on enterre. On vous envoie au "cimetière de l'inconnu" quand c'est une organisation qui vous retrouve, le Croissant Rouge libyen, etc. Mais à part ça, c'est beaucoup plus la fosse commune. Il y a des gens qui sont payés pour ramasser des corps. C'est pourquoi aujourd'hui, chaque fois qu'il y a un naufrage, par exemple, on va vous dire : " Il y avait à peu près 1000 migrants, on a retrouvé 500 corps." Où sont passés les autres 500 corps ? Personne ne s'est jamais posé la question de savoir où sont passés ces corps ? C'est un costaud trafic d'êtres humains qui est mis en place avec l'aide des Pakistanais, des Syriens. La preuve : A Zaouia, une ville située à une quinzaine de kilomètres de Sabratha, vous avez un camp qui fonctionne comme une ONG, avec à sa tête, un Pakistanais. C'est un groupe de personnes chargées dans la sécurité des côtes, les garde-côtes libyennes. Le business, c'est de faire travailler les firmes et la collecte des corps, par exemple. Ils font quoi avec les corps? On ne peut pas payer un être humain pour qu'il aille collecter des corps. Ce n’est pas possible. Même mort, le Noir a de la valeur en Lybie. Voilà un peu la réalité de ce qui se passe dans le Maghreb.

Dans ce calvaire, quelles sont surtout les conditions des femmes ?

Ça c'est une situation vraiment, vraiment, douloureuse. Si je prends par exemple le cas de la Tunisie, elle est exposée. J'ai vécu un cas, avant-hier, avant d'arriver ici : une Ivoirienne qui est venue me voir pour me raconter son problème. Elle a été violé par trois Tunisiens, non loin de chez elle, en rentrant. Le problème, c'est qu'elle n'était pas seule d'ailleurs. Elle était avec un garçon. Mais lui, ils l'ont tabassé, ils l'ont laissé en agonie avant de faire ce qu'ils avaient à faire. Même quand vous arrivez en Lybie, ce sont les femmes qui souffrent plus. Vous avez des femmes qui tombent enceintes, pas parce qu'elles l'ont voulu mais parce qu'elles ont vécu le calvaire total et après, qu'est-ce qui se passe ? Parfois, elles tombent enceintes, elles accouchent, les enfants décèdent faute de moyens, faute de soins.

C'est vrai que beaucoup partent de la Tunisie en couple, mais une fois en Tunisie, en Lybie, on vous sépare ; c'est dans des prisons différentes. Quand vous tombez enceinte, c'est parfois du rebelle, parfois du passeur. Par exemple, au Cameroun, il y a une Camerounaise qui est rentrée dans la vague des 250 récemment rapatriés, qui a accouché, qui a un enfant qui aura bientôt un an. Après avoir passé près de deux ans et demi, elle a été vendue à peu près sept fois, d'après ce qu'elle m'a expliqué, parce que je l'ai eue au téléphone. Le père de l'enfant, elle ne le connait pas. Vous voyez une situation pareille ? Elle ne  le connait pas. La jeune Ivoirienne que j'ai rencontrée à Sabratha m'a dit qu’elle avait un retard ; enceinte de qui ? D'un ravisseur, de quelqu'un qui l'a maltraitée pendant six mois et demi tout simplement. Il y a de fortes chances que l'enfant ne survive pas parce qu'il n'y a pas de moyens. Vous voyez des gens qui vous disent: "On ne mange pas, on mange un demi-pain, on divise un demi-pain en trois pour pouvoir manger’’, etc. C'est compliqué, c’est-à-dire même l'enfant aussi ! C'est compliqué. Donc la femme dans cette situation, c'est beaucoup plus compliqué que l'homme.

Est-ce que vous avez des nouvelles de migrants Burkinabè ? En avez-vous rencontrés ?

Bien sûr ! A Zaouïa (nord-ouest Libye, sur la côte méditerranéenne, ndlr). Actuellement, c'est vrai, il y a une forte communauté camerounaise, ivoirienne, nigérienne, burkinabé aussi. J'ai la chance de discuter avec beaucoup de migrants de toutes nationalités. Quand je prends des nouvelles, par exemple à Gharyan (nord-ouest de la Libye, ndlr) aussi, ils sont nombreux. Beaucoup de Noirs. J'essaie avec mon collaborateur de recenser à peu près les migrants qu'il y a. Alors, parfois, il me dit : " Ici, il y a les Congolais, il y a les Burkinabè, il y a les Ivoiriens, etc. Donc à Gharyan par exemple, je suis convaincu qu'il y a une forte communauté burkinabè. A Gharyan, vous avez une forte communauté, à Zaouïa, vous avez également une forte communauté burkinabè. C'est vrai qu'ils ne sont pas aussi nombreux que les Ivoiriens, que les Camerounais,  les Sénégalais, mais il y a une forte communauté. Il faut dire que les rapatriements qui ont été faits ne représentent pas un quart de ce qui est encore en Lybie actuellement. Je suis en contact permanent avec les migrants dans des centres et on discute, parce qu'ils ont l'opportunité, on leur donne un téléphone, en fait, pour la prison. On leur donne ça et c'est sur ce même numéro que tout le monde t'appelle pour avoir parfois des infos du genre, quand on te torture, par exemple, pour demander la rançon, c'est le traducteur qui discute avec toi, qui donne le montant.

Ici même à Abidjan, des chefs d'État se sont rencontrés pour parler de la question. Pendant ce temps, quelle est la situation ?

Je dis : on ne pourrait pas avoir une solution tant que la Libye serait dans un état pareil. La Libye n'a pas de gouvernement. A Sabratha, j'ai eu l'opportunité de rencontrer un rebelle, un chef rebelle, ‘’ l'oncle’’ Ahmed Dabbaschi. Il se bat avec Salomon qui est de l'autre côté. Ces gens ont construit leur empire sur le trafic humain, c'est le Noir qui leur donne de l'argent. Vous avez des zones dans lesquelles il y a 2000 personnes gardées. Ils ont construit, ils ont bâti leur empire sur le trafic d'êtres humains. Comment est-ce que voulez-vous qu'on espère trouver de solutions tant qu'il n'y a pas de stabilité en Lybie ? Ça, c'est le premier problème. Alors, on va me dire: " Les chefs d'État ont parlé" J'ai suivi le président français qui parlait de quelques solutions en Libye, parce qu'il faut le dire, ça continue actuellement, il faut le dire, il n'y a pas de chargement, la vente, comme si on n'avait jamais parlé de ça par le passé. Ils continuent de se faire vendre, ils continuent ! Ils continuent à faire des travaux forcés. Voilà! Ils continuent à se faire tabasser, ils continuent à embarquer pour l’île de Lampedusa. Le 31 novembre dernier, il  y a eu 12 migrants, le dernier en date m’a appelé pour me dire au revoir, il partait en Libye. Le 1er décembre, il y a eu 4 bateaux qui ont accosté sur l’île de Lampedusa en Italie, avec à peu près 200 migrants à bord. S’ils sont arrivés sur l’île de Lampedusa le 1er, ils seraient partis de Libye le 25, parce que la traversée dure entre 3 et 5 jours. C’est pendant cette période que tout le monde entier vibrait au rythme de l’esclavage en Libye ; mais ça n’a pas empêché que les passeurs continuent à faire leur travail, à embarquer les gens sur les chalutiers vétustes en direction de l’île de Lampedusa. La situation va de mal en pis parce que les migrants y sont toujours, les gens continuent à entrer sans problème. Certes, c’est un peu plus compliqué du côté du Niger, mais que ce soit en Algérie, que ce soit en Tunisie, il n’y a pas de changements.

Vous savez, il faudrait quand même qu'on dise la vérité. On ne saurait masquer, on ne saurait jouer aux apparences. Il faut être vrai parfois dans ce qu'on dit. Seul, on ne pourra pas. Donc, tant que les chefs d'État ne se mettent pas en synergie, parce que je le dis, je le dirai toujours, la dernière fois quand j'ai appris que le gouvernement ivoirien, par exemple, avait rapatrié quelques-uns de "ses" prisonniers, le gouvernement camerounais a fait pareil, le gouvernement guinéen, quelques gouvernements ont fait ça, moi, j'ai été choqué, dans la mesure où : premièrement, l'accès dans certaines prisons n'est pas facile. Il est inadmissible qu'un gouvernement se rende dans une prison, recense ses compatriotes et laisse les autres. Ça veut dire aujourd’hui, par exemple, il y a des gouvernements qui n'ont pas encore réagi. Il y a des gens qui n'ont pas encore dépêché par exemple des avions dans des prisons officielles pour le rapatriement de leurs confrères. Ça veut dire qu'ils sont toujours là actuellement. Or, moi, je pense que si les gouvernements s'étaient mis en synergie, c'est-à-dire, quand on se rend dans une prison, c'est pour libérer tout le monde avant de voir dans quelles mesures organiser le rapatriement. Ce n’est pas possible de se rendre dans une prison, sur 2000 personnes, vous avez 50 personnes ressortissantes, vous sélectionnez les 50 ressortissants et vous abandonnez les autres. Ça ne se fait pas ici. On ne pourra pas s'en sortir de cette façon. Ils doivent tous se mettre en synergie pour pouvoir arrêter ce qui se passe là-bas.

Vous êtes très actif sur les réseaux sociaux et vous vous faites appeler " le loup solitaire". Pourquoi ? 

Oui, "le loup solitaire", d'ailleurs, c'est maintenant que je me fais comprendre en fait, les gens essaient de prêter une oreille particulière à ce que je dis, parce qu'au départ, j'étais tout seul dans le combat. Il y avait des gens de la France, d'outre-mer, des Guadeloupéens, de Martiniquais, qui me soutenaient, beaucoup moins les Africains. Et dans mon combat pour en arriver là, j'ai fait le forcing parce que j'ai été arrêté par exemple en Tunisie. J'ai reçu des menaces de mort, des appels anonymes, j'ai reçu des messages, etc., où on me disait d'abandonner tout ce que je faisais mais ça n’a pas empêché que je continue. Le surnom, "le loup solitaire" c'est parce que, bien évidemment, j'étais seul dans un combat ; parce que s'attaquer à ce qui se passe, c'est s'attaquer par exemple aux groupes de trafiquants mais ça n'empêche que je sois aussi déterminé à aller jusqu'au bout. J'espère que tout le monde s'y mettra et qu'ensemble nous réussirons à stopper ce qui se passe au Maghreb, parce que je précise, pas la Lybie uniquement mais dans le Maghreb en général.

Vous dites avoir à un moment été arrêté, que vous reprochait-on ?

Simplement, j'avais été interpellé, chose curieuse, par la police. Vous vous faites interpeller par la police dans un pays comme la Tunisie, alors que vous êtes à jour, vous n'avez pas de pénalité, vous vous faites interpeller au milieu d'une foule mixte : des Blancs et des Noirs, mais c'est vous qu'on cible ; on vous ramène dans une zone inconnue, on vous enferme, en vous interdisant de dire un mot. J'ai trouvé ça suspect jusque-là. Je refusais de croire que c'étaient des gens qui étaient derrière ça. Après à peu près 24 h, on est venu me dire: "OK, on va te raccompagner" Et à chaque fois, on me mettait dans un véhicule, à l'arrière d'un véhicule de police où je n'ai pas l'opportunité de voir quoi que ce soit. Ce qui fait que quand je finis, je rentre chez moi et je reçois un coup de fil pour me dire que ce n'étaient que des menaces ; c'étaient en fait, ces propos exacts. Il m'a dit que je devrais me méfier maintenant parce que c'était un avant-goût, une menace pour me dire que je devrais me méfier.

N’avez-vous pas entrepris des démarches après pour prévenir les autorités tunisiennes ? C'est très compliqué en Tunisie d'entreprendre des démarches contre des passeurs, dans la manière, de façon générale, ils sont très puissants. Je le dis, je ne le cache pas, ils travaillent en étroite collaboration avec certaines de nos autorités dans de différentes ambassades. Beaucoup de nos représentants font ce trafic. Alors, c'est difficile d'aller vers eux.

Ce sont des accusations graves là !!!

Ce sont des accusations graves. Je pèse mes mots ; j'assume en fait. Je dis, vous ne pouvez pas vous rendre compte, parce qu’à la fin, je ne faisais plus confiance à personne. Vous interrogez deux, trois migrants qui vous disent : " Je suis arrivé en Tunisie par le biais de mon Consul, c'est mon Consul qui a négocié mon entrée à l'aéroport. Comme la puce à l'oreille, vous poussez les recherches et vous vous rendez compte qu'effectivement, certaines de nos autorités font venir les Noirs depuis leur pays d'origine jusqu'en Tunisie. Certaines de nos autorités tissent des contrats des Tunisiens, moyennant des montants, pour la traite humaine. Malheureusement, ce sont des accusations, certes, mais il faudra que les gens sachent que le danger est partout.

Vous sentez-vous en sécurité depuis lors ?

Le danger est partout, c'est compliqué. Pour sortir de la Tunisie hier, ça n'a pas été facile. Il y a plus de chance pour moi d'être refoulé ou alors qu'on trouve un autre moyen de me garder en Tunisie si je passe par tous les différents contrôles jusqu'à être à bord. Je me suis attaqué en fait dans certaines vidéos, à la corruption également qui existe, qu'on a instaurée à l'aéroport. Je n'ai pas eu froid aux yeux de le dire. Je dénonçais le trafic qui se passe avec la complicité de certaines autorités tunisiennes, de certains agents de contrôles de l'aéroport de Carthage.

Je reviens en Tunisie. J'étais entre les frontières tout le temps pour pouvoir bien faire mon travail , entre les frontières Tunisie-Lybie, Tunisie-Algérie, ils sont frontaliers mais c'était plus facile pour moi pour la Lybie parce que c'est un Noir qui est le guide. Encore une fois de plus, c'est un Noir qui vous conduit jusqu'à Sabratha sans problème. 

Quelles seront vos actions futures ?

Déjà, il faut dire que j'ai une association que j'ai montée depuis quelques temps, que je vais essayer de légaliser. " La Solidarité africaine", je l'ai dénommée ainsi parce que je pense qu'on devrait tous se mettre ensemble pour pouvoir toucher grand nombre de personnes en tant que témoins oculaires, en tant que combattants très engagés contre l'immigration clandestine. Je pense que mes propos pourraient avoir une autre importance face à certains jeunes qui s'entêtent à vouloir prendre la route du Maghreb, c'est-à-dire des campagnes de sensibilisation de proximité avec les jeunes et aussi je pense qu'à la longue, on pourrait proposer à certaines personnes, des petits projets d'insertion dans le social, on pourrait faire des propositions de certaines start-up pour les amener à rester et à réussir. " Rester et réussir", voilà en quelque sorte mon projet en cours.

Quels moyens avez-vous à votre disposition ?

Premièrement, les moyens, c'est vrai que pour l’instant, on n'a que des réseaux sociaux. C'est moins porteur, dans la mesure où ce n'est pas tout le monde qui va sur les réseaux sociaux, le message est beaucoup plus restreint ; ça rentre parfois dans les oreilles des personnes qui n'ont plus besoin de ces informations-là. On va utiliser la méthode ancienne, on va faire le "one to one" dans des communautés où on peut compter des gens. Maintenant, les moyens mis à ma disposition : jusqu'ici, avec l'aide de certaines personnes et mes propres moyens que j'avais.

Pour les personnes dubitatives, la question c’est : est-ce désintéresser ce que vous faites ?

Bien sûr. J'ai commencé le combat et jusqu'ici, je le fais avec mes propres moyens.

La campagne de sensibilisation était prévue avec ou sans l'aide des uns et des autres. J'étais en train de me battre à mon niveau pour pouvoir réunir ce qu'il fallait, pour pouvoir réunir autant de sous que possible, pour pouvoir continuer dans le travail, pour pouvoir mener à bien la campagne de sensibilisation. Donc, je dirai à tous ces gens-là qui sont dubitatifs : " chacun est libre de penser ce qu'il veut". Mais mon combat, je le fais depuis très longtemps. Sans que personne ne soit intervenu pour pouvoir me filer un coup de main. Mais je l'ai fait quand même. Alors, aujourd'hui, je continue à le faire et il n'y a pas de moyens de prouver aux gens que c'est à but non lucratif. Déjà, jusqu'ici, j'en ai perdu assez mais je ne regrette rien. Je l'ai fait pour la cause des Noirs tout simplement. 

Pour vous, la solution pour réduire considérablement ces départs se résume à…?

Premièrement, il faut empêcher les gens de partir. Lorsque ces gens ne partiront pas, les Maghrébins n'auront rien sous la main pour pouvoir vendre. Tant qu’on va se focaliser sur la Lybie, après la Lybie, ils vont certainement créer une autre route et on aura le même problème. A chaque cause, les mêmes effets. Vous ne pouvez pas vous contenter des dégâts en laissant les causes. Les causes devraient être au centre de tout. Empêcher les gens de partir, leur dire  ce qu'il y a là-bas. Mettre au-devant de ces personnes, les dangers qu'on court en allant en Lybie. Deuxièmement, il faudrait essayer parfois de leur proposer des solutions, c'est-à-dire : " OK, vous ne partez pas mais je pense que si tu restes, tu peux faire ça… Tu vas dépenser 5000€", parce qu'ils vont parfois jusqu'à dépenser près de 10000€ pour finir dans des prisons en Lybie." Avec 2000€, avec 1000€, tu peux faire ça " Mais si à la longue, on trouve des ONG, ou alors des gouvernements qui pourraient faciliter l'insertion de certaines personnes, ce serait bien, ce serait une bonne idée, parce que je dis, je le dirai toujours: "la solution, ce n'est pas de bombarder la Lybie. Vous allez les libérer aujourd'hui, et tant que vous ne trouvez pas la solution aux différentes causes de départ de ces migrants, vous aurez toujours des migrants : soit en Lybie, en Tunisie, en Algérie, un peu partout.

Entretien réalisé par Amélie GUE

*Page Facebook : John Dahl Carter Officiel

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