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SITUATION NATIONALE : Quand le ventre devient la boussole d'une certaine jeunesse

30 janvier 2018 Auteur :  

L'actualité politique s'est emballée ces dernières semaines avec le retour sur scène des partisans et du frère cadet de Blaise compaoré (François qu'il se prénomme) et la liberté provisoire accordée au premier unique Général de gendarmerie Djibrill Bassolé, en conflit avec la loi.

Mais le vrai problème aujourd'hui, c'est cette jeu­nesse dont la misère l'expose et l'engage à des combats qui n'ont pour seul but que de servir les intérêts d'une clique d'hommes politiques (nous pesons bien nos mots) qui, depuis plus de 30 ans, ont pris leur pays en otage et confondent la somme de leurs intérêts particuliers à l'intérêt supérieur de la nation. La plus grosse déception aujourd'hui, c'est moins le spectacle désolant de ces politiciens sans vergogne prêts à tout pour récupérer ou conserver leurs intérêts égoïstes, mais plus tous ces jeunes, organisés ou non, qui jouent les bons petits de pré­tendus leaders politiques, juste pour profiter de quelques prébendes ou qui se battent, tels des meutes de chiens sur des miettes que de cyniques maîtres consentent à leur jeter. A quand le réveil véritable de la jeune généra­tion pour exprimer enfin sa volonté et sa capacité à se prendre en charge et protéger la patrie des sangsues qui s'y sont accrochés depuis 30 ans et qui vivent à ses crochets ?

Tout ça pour ça ? Cette phrase de déception, lancée par le Professeur Augustin Loada, activiste de la société civile et ministre sous la Transition, traduit un senti­ment largement partagé par une frange importante des insurgés de 2014. En effet, la gouvernance « mouta mouta » du régime Kaboré, l'impossible justice avec les dossiers pendants qui risque de pendre la République, l'avènement progressif d'acteurs dont la seule base de l'engage­ment est le ventre, bref, l'impossible rupture avec toutes ces pratiques et cul­tures politiques institution­nelles de l'exclusion, de la prédation, du partage du gâteau, de l'incompétence et de l'insouciance consti­tuent un cocktail explosif qui risque de finir par dynamiter tous les espoirs d'un Burkina nouveau et d'un nouveau type de Burkinabè. Car le constat est aujourd'hui établi que pour bien des Burkinabè, le changement, c'est sur­tout du « ôte-toi que je m'y mette ». Ce n'est donc point le projet, la rupture, l'alternative, l'acceptation individuelle et collective de nouvelles règles de gouver­nance qui garantissent à tous l'égalité des chances de jouir des avantages et privilèges de l'Etat de droit. Ce n'est pas non plus la fin de l'impunité des crimes économiques et de sang à travers un traitement dili­gent de tous les dossiers judiciaires qui ont pendant des décennies mis à mal le fragile équilibre sociopoli­tique et qui continue de diviser les Burkinabè. Ce n'est pas du tout la réconci­liation entre l'Etat et le citoyen en créant les condi­tions pour assurer les servi­ces sociaux de base aux populations, partout sur toute l'étendue du territoire national.

Face à un pouvoir politique qui, en l'espace de moins de deux ans, a déçu dans tous les milieux sociaux politiques y compris dans les rangs de ceux qui étaient prêts à risquer encore leur vie pour défen­dre les institutions et la légitimité républicaine, l'on constate une opposition rancunière incapable de proposer la moindre raison d'espérer mieux. Pire, une bonne partie de ses leaders ou membres se contentent, se complaisent à exprimer sans aucune honte, leur incapacité de sortir enfin des jupons de prétendus guides éclairés, de fonda­teurs de leur parti ou d'hommes politiques provi­dentiels dont le seul mérite reconnu des hommes et femmes de bonne foi, est d'avoir abusé de l'Etat et de leur position pour s'en­richir de façon extraordi­naire.

martyrIl n'y a point de doute. La façon de faire la politique dans ce pays demeure encore empreinte des marques des années Blaise Compaoré. Les hommes n'ont pas vraiment changé. Les méthodes non plus. La fortune ou la position poli­tique ou administrative continuent d'être la princi­pale source de capacités de mobilisation des parti­sans, du moins des clients, prêts à crier sur tous les toits que leur maître ou leur acheteur est le bon Dieu en personne. Les nominations sont plus des récompenses ou des opportunités de marchandages politiques et ne procèdent donc pas d'une volonté de refonder et reconstruire une admi­nistration publique dépoli­tisée et performante. Les marchés publics sont éga­lement dominés par les procédures d'exceptions, à savoir les ententes directes au lieu des appels à concurrence. La jeunesse continue encore d'être une vulgaire marchandise pour certains politiques qui se paient des avocats pas comme les autres et à moindre frais. Et, comme si les acteurs politiques se plaisent à faire monter pro­gressivement le mercure sociopolitique, l'on assiste à une grave menace qui risque de provoquer une profonde cassure de la société burkinabè. Les poli­tiques semblent jouer avec le feu. L'on a même eu droit à des confidences du Général Gilbert Diendéré, depuis sa geôle de la Maison d'arrêt et de cor­rection des armées (MACA) à notre confrère Jeune Afrique, et qui en disent long sur son mémoire en défense en télécharge­ment.

Tout ça doit changer

Comme le disait feu le Président Thomas Sankara, « à moins d'être maso­chiste ou suicidaire, on ne peut pas aider son ennemi, lui donner des armes pour qu'il survive, qu'il rayonne et qu'il convainque autour de lui d'imiter son exem­ple ». En effet, comment comprendre que des jeu­nes soient capables de crier dans ce pays, que des citoyens en conflit avec la loi, poursuivis par les tribu­naux de droits communs ou des juridictions spéci­fiques, reconnus par la Constitution burkinabè, sont des prisonniers poli­tiques et exigent l'impunité des crimes dont ils sont accusés d'avoir commis ? Comment des jeunes qui prétendent incarner l'ave­nir du pays soient capables d'ignorer royalement que d'autres jeunes sont tom­bés sous les balles assassi­nes de la répression de l'insurrection populaire et des putschistes de septem­bre 2015 au profit du busi­ness du ventre ? Que vaut une telle jeunesse qui n'a pas encore pris conscience de sa valeur intrinsèque et pire, est incapable de com­prendre que son avenir ne saurait se trouver dans les gestes et autres cadeaux de politiciens fatigués n'ayant pour seule base d'engage­ment leur beefsteak ou cherchant à récupérer leurs privilèges perdus ? Doit-on finalement croire que de Thomas Sankara aux mar­tyrs de l'insurrection popu­laire et de la résistance au coup d'Etat, en passant par Norbert Zongo et tous ceux qui sont tombés sur le champ de la défense de la patrie et de la liberté, tous ces sacrifices suprêmes n'en valaient pas la peine ? Ce sont autant de ques­tions qui tourmentent, de plus en plus, bien des acteurs de l'insurrection, jeunes et moins jeunes, qui ont cru à l'impératif de défendre la Constitution et sa clause limitative des mandats présidentiels comme facteur essentiel d'une heureuse circulation des élites (comme l'avait écrit la Conférence épisco­pale), de promotion des compétences et de la qua­lité de l'offre politique au sommet de l'Etat. Certains se demandent à juste titre, s'ils n'ont pas risqué leur vie pour rien. D'autres se demandent si leurs cama­rades tombés sur le terrain ne sont pas morts pour rien, d'autant plus que près de trois ans après l'insur­rection et deux ans après le coup d'Etat, la Justice traine les pieds et éprouve des dif­ficultés à rassurer sur sa capacité à suivre la cadence des fortes attentes de règlements définitifs de bien des dossiers. Bref, presque rien n'a changé depuis la fuite de Blaise Compaoré.

D'autres encore se demandant si ce n'est pas lâche de se taire et assister aux spectacles désolants des acteurs poli­tiques se mettent à rêver d'une nouvelle insurrection pour terminer le combat de 2014. Pour autant, ce n'est pas une raison pour les insurgés de regretter d'a­voir délogé Blaise Compaoré de Kosyam. Ils ont mené le bon combat. Ce n'est pas personnel. Ce n'est pas parce que c'était lui. C'est surtout pour faire comprendre à tous les poli­tiques de son espèce que le Burkina Faso n'est pas et ne sera la propriété de qui que ce soit ni d'aucune famille. Cependant, le fait d'avoir chassé Blaise Compaoré de Kosyam n'épuise pas le combat. Bien au contraire. Le combat n'est donc pas terminé. Loin de là, c'est maintenant qu'il com­mence. Et disons-le tout de suite. Tous ont intérêt à ce qu'il soit celui de tous les filles et fils du pays pour la démocratie, le progrès et l'unité nationale. Il est encore possible pour cha­cun de tirer les leçons de ses échecs, de ses victoires, de ses craintes et de revoir ses ambitions en les enca­drant avec l'exigence de paix et de stabilité politique et institutionnelle sans les­quelles toutes les victoires seront vaines et ruines de la communauté nationale. Tous ceux qui ont vécu toute leur vie aux crochets de l'Etat doivent commencer à penser à leur retraite. Ceux qui rêvent de retrouver « leur pouvoir » perdu se trompent de combat et d'é­poque. Cette jeunesse qui se vend vilement à ces aventuriers à la rancune tenace, à la jouissance excessive et une insatiable cupidité doit enfin se réveiller. L'heure de l'hon­neur et de la dignité a sonné. Le changement ne peut être incarné par ceux qui sont à bout de souffle et de course, qu'ils soient de la majorité ou de l'opposi­tion. Autant, il n'est pas le remplacement des slogans et des professions de foi,autant, il ne saurait se traduire par le retour de ceux qui ont voulu transfor­mer le pays en une pro­priété privée et qui ont détruit les valeurs cardina­les de la société burkinabè par l'instauration d'une gouvernance de la com­promission, de la violence, du vol et du culte de la per­sonnalité. Tout ça doit changer ! Et le plus tôt serait le mieux !

Boureima Ouédraogo

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