Le Reporter

SITUATION NATIONALE : Le Président Kaboré doit enfin se réveiller

Écrit par  Boureima OUEDRAOGO

trioBientôt un an déjà que le Président Kaboré est au pouvoir. Cette année aurait pu permettre de réconcilier l’Etat avec la société burkinabè en crise de valeur et de repère, mais au finish, ça risque d’être une année perdue, un an de gâchis, d’immobilisme incompréhensible et étouffant. Le tâtonnement doit enfin faire place à une gouvernance responsable et éthique basée sur une bonne maîtrise des défis et une claire vision de l’action publique en rapport avec les fortes attentes sociales de changement et de mieux-être partagé. Le pouvoir doit enfin se réveiller. 2017 s’annonce comme une année charnière. Le pays doit être enfin gouverné. Il faut rassurer et remobiliser toutes les forces du progrès autour de vrais chantiers du renouveau politique, institutionnel et économique.

Le Président Roch Marc Christian Kaboré doit descendre de sa tour de Kosyam pour rassurer ses compatriotes qu’ils ne se sont pas trompés en lui confiant leur destin commun. Il doit prendre personnellement les choses en main. C’est lui qui a été élu et devra rendre compte. Son gouvernement a montré jusque-là des signes inquiétants d’incapacité notoire à prendre toute la mesure des exigences du contexte post-insurrectionnel. Il faut le dire, la déception a gagné même les rangs du parti au pouvoir.

Sans vouloir offenser le Premier ministre et les membres de son gouvernement, l’on peut affirmer qu’en presqu’un an, ils ont plus réussi à décevoir l’espoir qu’à le maintenir. Mais plus grave, le président du Faso lui-même, avec un entourage, disonsle également, qui suscite plus de la déception que de l’espoir au regard de la personnalité, des profils et des trajectoires de certains de ses collaborateurs, n’a pas encore réussi à donner des gages de sa capacité à porter réellement le changement promis. Le drame est qu’il semble se complaire aux professions de foi qui ne changent rien dans la gouvernance de l’Etat. L’on nous accusera encore d’être adeptes de la critique facile.

Mais chacun fait son travail. Ceux qui ont choisi d’être du côté où l’on exige d’eux de l’action et rien que de l’action, ne peuvent aucunement se plaindre ou s’en prendre à ceux qui ont fait le choix de veiller à ce qu’ils assument pleinement leurs responsabilités. Du reste, nous ne faisons qu’un constat partagé par bien des Burkinabè qui s’inquiètent de l’avenir très proche et à moyen terme de leur pays. Ils avaient espéré qu’à défaut du changement radical voulu par le peuple insurgé, le pouvoir actuel, issu de ses rangs, allait au moins oser quelques actions en signe de rupture avec le système de prédation de Blaise Compaoré.

Une locomotive déjà en panne

Cette rupture devait commencerpar la fin de l’impunitédes crimes économiqueset de sang, latraque des biens malacquis, la prise de mesuresen matière de prévention etde répression de la corruption,une bonne gouvernancedes marchés publics,mais aussi et surtout, laprise de mesures administrativescontre tous ceux(militaires et civils) qui ontété impliqués dans le coupd’Etat. Au lieu de cette rupture,le pouvoir MPP(Mouvement du peuplepour le progrès) sembleavoir plutôt choisi de traquerdes acteurs de la Transition qu’il tente de vilipender à chaque occasion. L’on a l’impression que ce pouvoir en veut à la Transition d’avoir mis la barre très haut pour eux. A défaut de faire mieux, il tente par tous les moyens d’y mettre des taches noires. C’est à croire que non seulement le MPP se trompe de combat, mais surtout semble oublié qu’il a été acteur à part entière et donc comptable des acquis et des dérives de la Transition.

Bref, près d’une année après, point de signe de rupture en dehors des déclarations d’intention et des professions de foi. A tous les niveaux de la gestion de l’Etat, la déception fait progressivement place à l’enthousiasme suscité par l’insurrection et la Transition. Que ce soit dans le choix des hommes et des femmes promus aux hautes fonctions ou dans les décisions ou mesures urgentes, les actes posés sont en deçà des attentes. Pour le moment, il n’y a pratiquement aucun signe tangible de renouveau.

Pire, le pays ne travaille plus. Le trio magique Roch-Salif-Simon (RSS) se révèle aujourd’hui être un attelage trop lourd pour constituer une locomotive capable d’impulser une nouvelle cadence politique et institutionnelle. Le poids de cet attelage se ressent dans la gestion quotidienne de l’Etat. Il y a un manque d’harmonie entre les segments de cet attelage au point que certains n’hésitent pas à fustiger un pouvoir à tricéphale confronté à des problèmes internes de cohésion et même à des dissensions. S’il a été efficace dans la conquête du pouvoir, il ne semble pas en être autant pour la gestion.

Apaiser le front social par des engagements forts

rockCertes, les difficultés auxquellesles Burkinabè sontconfrontés date de plusieurs années et ne sont pas exclusivement imputables au pouvoir actuel. Le président du Faso l’a rappelé d’ailleurs lors de son message à la nation le 29 octobre dernier. « Aujourd’hui, tous les secteurs sont prioritaires dans notre pays. Le sens des réalités et des responsabilités commande de les hiérarchiser, étant entendu que toutes ces attentes ne peuvent être satisfaites en même temps. Dois-je rappeler que les préoccupations qui sont celles des Burkinabè sont connues et n’ont pas fondamentalement changédepuis une trentaine d’années. Il n’est donc pas possible de prétendre, à moins d’un an, leur trouver des solutions acceptables et durables, sans se donner le temps et les moyens d’y travailler. Il nous faut apporter des solutions durables aux problèmes structurels que nous vivons et mettre en oeuvre des réformes en profondeur aussi bien sur les plans politique, économique, social et culturel. », a-t-il affirmé.

Mais c’est justement pour rompre avec ces difficultés et créer les conditions d’un nouvel espoir que les Burkinabè se sont battus pour mettre fin au pouvoir corrompu et prédateur de Blaise Compaoré. Personne ne demande au pouvoir de résoudre tous les problèmes du pays de tous les Burkinabè ici et maintenant. Ce que les Burkinabè attendent ce sont des mesures et des décisions qui rassurent et qui indiquent que demain pourrait être mieux.

Les bouillonnements en cours sur le front social traduisent éloquemment la lassitude des différentes catégories d’acteurs qui attendent vainement des signaux forts de l’amélioration de leurs conditions de vie. D’autant plus que le gouvernement a prêté le flanc en cédant de façon sélective aux revendications de ceux qui sont les moins à plaindre pour ne pas dire les privilégiés de la République, notamment les magistrats et qui, du reste, n’ont pas plus de mérite particulier par rapport aux autres corps de métiers. Bien au contraire !

Cette montée du mercure sur le front social pourrait compromettre les chances de relance de l’économie nationale et perturber la sérénité indispensable aux réformes institutionnelles et structurelles. Comme nous l’avons écrit plusieurs fois, le pouvoir s’est fragilisé tout seul. Et tout le monde veut en profiter. Il lui appartient de prendre l’initiative pour négocier un nouveau départ.

Il faut ouvrir les discussions avec l’Unité d’action syndicale

Car, comme nous l’écrivions dans notre précédente édition, « au sortir de la commémoration du deuxième anniversaire, le pouvoir doit impérativement engager le dialogue avec tous les acteurs sur les grands défis du moment, solliciter une trêve sociale pour amorcer 2017 dans la quiétude et la sérénité. (…) Il s’agira de négocier un pacte national de stabilité en rassurant tous les acteurs que leurs préoccupations trouveront des réponses structurantes dans le cadre de projets globaux d’amélioration des conditions de tous les Burkinabè de toutes couches sociales, des villes et des campagnes, de l’intérieur et de l’extérieur. C’est peut-être plus facile à dire qu’à faire. Mais le Président Kaboré n’a d’autre solution que de réussir le pari de rassembler tous ses compatriotes ou du moins la grande majorité autour de l’urgence de remettre le pays débout non seulement face aux défis du développement, mais aussi de sécurisation du territoire national, des personnes, des biens et des investissements. »

Pour y parvenir, il faut ouvrir les discussions avec l’Unité d’action syndicale (autour de la plate-forme globale des organisations syndicales), les autres organisations socioprofessionnelles, les autorités morales (coutumiers et religieux), bref, tous les acteurs en vue de prendre toute la mesure des attentes à tous les niveaux, de les confronter aux moyens de l’Etat et à sa capacité à y apporter des réponses à court, moyen et long terme. Cela permettra de privilégier les solutions globales et de convenir d’un agenda de traitement consensuel des problèmes particuliers. Ce dialogue permettra aussi au gouvernement de susciter la solidarité de tous face au contexte difficile.

Il faut tout mettre en oeuvre pour éviter que 2017 ne soit une nouvelle année perdue. Les Burkinabè ne l’accepteront pas. D’autant plus qu’il n’y aura pas d’alibi du type le budget adopté n’était pas le nôtre mais celui de la Transition. Maintenant, il faut assumer et laisser la Transition enfin derrière nous. Elle a fait ce qu’elle a pu et ce n’est certainement pas le pire. Vivement donc que le pouvoir actuel soit à la hauteur du plus rien ne sera comme avant, surtout dans le bon sens.

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Encore une inacceptable légèreté du gouvernement

La polémique en cours autour des dons de tablettes par une multinationale attributaire d’un marché de gré à gré d’une valeur de 4 milliards, indique la légèreté avec laquelle le pouvoir gère le bien public. Car l’acceptation de ce don par le gouvernement est une violation flagrante de la loi portant répression de la corruption qui interdit au détenteur de mandat (élus ou nommés, civils ou militaires) de recevoir des cadeaux des prestataires). Non seulement le gouvernement a accepté le don, mais a également reçu un autre pour l’Assemblée nationale.

Celle-ci tombe aussi sur le coup de la loi en acceptant. Les deux pouvoirs exécutif et législatif ont donc violé la loi. C’est une légèreté extrêmement grave. Le gouvernement et le Parlement doivent en tirer toutes les leçons et restituer les tablettes. Ou alors faire ce qu’ils devaient faire lorsque la multinationale a manifesté l’intention de ce don. Symboliquement, le gouvernement aurait pu orienter discrètement cette multinationale vers des acteurs qui en ont vraiment besoin mais qui n’en ont pas les moyens, notamment les étudiants. Encore une fois de plus, le gouvernement montre qu’il se trompe de priorité. Il a plus tendance à donner davantage à ceux qui en ont.

B.O

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