Le Reporter

CELEBRATION DE LA FETE NATIONALE: Les 11-Décembre se suivent et se ressemblent

Écrit par  Boureima OUEDRAOGO

rockLe Burkina Faso a commémoré, le 11 décembre 2016, le 56e anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. La célébration de la fête nationale, la première sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, est intervenue dans un contexte particulier où le pays vacille entre, d’une part, l’espoir d’un renouveau politique, économique et institutionnel résultant de l’insurrection populaire, et d’autre part, les craintes d’un enracinement de l’instabilité politique, de l’impunité et de l’insécurité. Elle intervient également au lendemain de la conférence des partenaires du Burkina pour le financement du Plan national de développement économique et social (PNDES), le nouveau référentiel de la politique nationale en matière de développement au Burkina Faso. Elle aurait pu être l’occasion d’une profonde introspection individuelle et collective sur le parcours accompli mais surtout sur les voies et moyens de réconcilier enfin l’Etat avec les citoyens. Mais finalement, le 11-Décembre 2016 a été comme tous les précédents.

La célébration de la fête nationale dont la date correspond à celle anniversaire de la proclamation de la République de Haute-Volta le 11 décembre 1958 (et non de l’indépendance, acquise le 5 août 1960) donne l’occasion chaque année à des festivités diverses dont le clou est la célébration nationale dans un chef-lieu de région. Cette année, c’est Kaya, la capitale de la région du Centre-Nord, qui a accueilli les festivités nationales. Ce sont plusieurs milliards FCFA, diton, qui ont été investis pour les infrastructures socioéconomiques et culturelles (bitumage de routes, construction de stade régional, d’une salle polyvalente, de la cité des forces vives, etc.) dans cette région aussi bien par le privé que par le l’Etat. Comme les autres villes qui ont déjà accueilli ces festivités, Kaya a donc fait sa toilette pour accueillir les sommités nationales. Mais après la fête, elle risque de retomber dans la même léthargie que les autres avec certaines de ses infrastructures sous-exploitées sinon inexploitées et abandonnées comme bien des villas de la cité des forces vives de Fada.

Cette commémoration qui s’est tenue surtout dans un contexte sociopolitique délétère avec un front social en ébullition, ne semble pas avoir été différente des précédentes. Comme les autres années, le 11-Décembre 2016 a été encore l’occasion de récompenser de bienheureux fils « méritants de la nation » (comme on le chante depuis toujours) et d’inviter toutes et tous à plus d’efforts et d’abnégation au travail afin de sortir le pays du gouffre du sousdéveloppement dans lequel il patauge de son existence. Ainsi donc, des milliers de Burkinabè ont été décorés à des grades divers sur toute l’étendue du territoire national.

De même, le président du Faso a sacrifié au rituel message à la nation à l’occasion de cette fête nationale. Depuis Kaya, Roch Marc Christian Kaboré s’est adressé à ses concitoyens. Une fois de plus, le Président Kaboré a invité les partenaires sociaux au dialogue constructif en vue de préserver la paix et la stabilité indispensable à la relance économique. Il a également interpellé ses compatriotes sur le sens des responsabilités, l’impérieuse nécessité de s’inscrire dans le strict respect des principes républicains. Le Président a fermement mis en garde les fauteurs de troubles en affirmant que désormais force restera à la loi (voir éditorial).

pfEn somme, l’on peut donc dire que la fête nationale a été célébrée dans la pure tradition républicaine burkinabè. De 2008 à 2016, ce sont 7 chefs-lieux de régions qui ont accueilli ces festivités, avec pratiquement les mêmes schémas. C’est dire que les 11- Décembre se suivent et se ressemblent. L’on s’installe dans la routine : discours du chef de l’Etat à la nation, décorations, parades militaires et civiles un peu partout sur toute l’étendue du territoire, constructions d’infrastructures dans la ville hôte des festivités nationales, décorations, etc. Il semble désormais grand temps de faire le point de ces commémorations tournantes afin d’en évaluer l’impact réel sur le développement économique et social des régions en rapports avec les moyens investis et de rectifier au besoin le tir pour les régions restantes. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la dynamique, mais de s’assurer qu’elle vaut vraiment la peine d’être poursuivie et s’elle est encore conforme aux défis actuels du Burkina Faso.

Au-delà des festivités, repenser le 11-Décembre

Mais au-delà des festivités,la célébration de la fêtenationale doit égalementintégrer le renforcement dusentiment d’appartenanceà une communauté de destinchez l’ensemble descouches socioprofessionnellesdu pays. L’aspect festifne doit pas prendre ledessus sur le devoir deresponsabilité et d’interpellationcollective sur lacontribution de chacun etde chacune à la constructionde cette communautéde destin. Il faut rompreavec la routine instauréeau sommet de l’Etat parBlaise Compaoré. La fortedemande de ruptureimplique aussi une capacitéd’innovation à tous lesniveaux de la vie publiquenationale. Et la célébrationde la fête nationale est unmoment forte de la vie de lanation.

L’accueil de la fête nationale a-t-il changé fondamentalement la physionomie de ces villes ou ouvert de sérieuses opportunités de développement économique et social durable ? Comment repenser cette régionalisation de la commémoration de la fête nationale autour de projets régionaux structurants de développement ? Comment inscrire les investissements prévus dans les programmes de développement régionaux ? Pense-t-on suffisamment aux capacités des régions à entretenir et faire fonctionner de façon optimal et bénéfique les infrastructures construites lors de ces commémorations ? En tous les cas, au moment où le Burkina Faso s’est lancé dans l’opérationnalisation d’un nouveau référentiel de développement économique et social (PNDES), il importe de faire le bilan de ces commémorations, en vérifier la pertinence, identifier et inscrire des innovations tenant compte des leçons du passé et des exigences du moment. La conférence des partenaires sur le financement du PNDES avec les 18 000 milliards de francs CFA de promesses de financement, laisse entrevoir une certaine confiance des partenaires. Il reste maintenant à mériter de cette confiance des partenaires qui doit pouvoir se ressentir dans toutes les régions de façon équitables.

C’est dire que l’on peut inscrire les infrastructures du 11 décembre dans un processus global de développement régional et non dans le registre d’actions ponctuelles qui survivent rarement à l’événement. Mais au-delà des festivités, il apparaît urgent de repenser le contenu même et le mode opératoire de ces commémorations. L’on pourrait en faire des moments privilégiés de dialogue républicain entre tous les acteurs en initiant des dialogues directs à chaque occasion entre le chef de l’Etat et les différentes catégories socioprofessionnelles en vue de passer au peigne fin les problèmes que vivent les différents secteurs de la vie publique et leurs acteurs. L’on pourrait en faire des moments fort de formation citoyenne des jeunes, d’autant plus que l’incivisme semble progressivement gagner du terrain, notamment chez la frange jeune de la population et que le terrorisme se nourrit ou du désespoir des jeunes en faisant des machines à tuer.. En tout état de cause, il faut réfléchir à une meilleure façon de faire de cette fête nationale une occasion unique de rassemblement et de communion de toutes les filles et tous les fils du pays. Certes, la fête nationale c’est pratiquement une routine presque partout en Afrique. Mais, il faut sortir des sentiers battus. Et le Burkina Faso a déjà montré à divers moments de son histoire, qu’il est capable d’innovation et de génie. L’on en a vu de par le passé. Il suffit d’en tirer les enseignements, s’inspirer des succès et éviter les écueils.

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