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ATTAQUES TERRORISTES AU BURKINA : Relever par tous les moyens les défis sécuritaires du renouveau

02 avril 2017 Auteur :   Boureima OUEDRAOGO

Par la suite, les informations relevaient que des citoyens burkinabè ont rejoint ces groupes terroristes et entendent développer un foyer djihadiste dans le Sahel. Le Burkina Faso subit désormais le revers des relations incestueuses que le régime Blaise Compaoré avait tissées avec certains gourous de ces groupes et réseaux criminels transfrontaliers. Il glisse progressivement de sa position de base arrière vers celle d’une cible. Cette situation commande une rupture totale dans la gouvernance du secteur de la sécurité. Il est désormais impératif et urgent de construire une capacité nationale sur tous les plans, à faire face à la menace terroriste. Pour le moment, c’est un tâtonnement inquiétant face à un ennemi invisible et qui a toujours une longueur d’avance.

Pendant près d’un quart de siècle le Burkina Faso a été cité comme fauteur de troubles dans plusieurs pays africains (Angola, Liberia, Sierra-Leone, Guinée, Niger, Côte d’Ivoire, Mali, etc.). Chacun de ces pays a pointé, à un moment donné, un doigt accusateur sur le Burkina et ses dirigeants d’alors, en l’occurence le Président Blaise Compaoré, de soutenir « ses rebelles ou groupes armés ». Des années 1990 avec les premières rebellions touarègues au Mali et au Niger à 2012 avec les nouvelles rébellions au Nord-Mali, en passant par les guerres civiles en Angola, au Liberia, en Sierra-Leone, en Côte d’Ivoire, le Président Compaoré était constamment cité comme pyromane et parfois, finissait par jouer les pompiers. Cette réputation de « chef de gang », Blaise Compaoré l’a trainée jusqu’à sa chute. C’est ce qui explique sans doute pourquoi peu de pays étaient disposés à lui accorder l’asile politique lors de sa fuite de Ouagadougou   en   octobre 2014.

Bref, Blaise Compaoré avait ses entrées dans tous ses réseaux criminels et ou groupes politico-militaires en rupture avec l’ordre républicain dans leurs pays. Il officiait tantôt en négociateur pour la libération d’otages occidentaux enlevés par les groupes terroristes, tantôt médiateur entre rebelles et pouvoirs établis dans bien des pays (Niger, Côte d’Ivoire,

Mali). Dans le même temps, il a pu, selon toute vrais emblance, négocier avec ses groupes terroristes un pacte de non-agression qui permettait d’épargner le Burkina Faso de la barbarie aveugle de ces groupes trafiquants de toutes sortes et autres fous de Dieu. Sans doute aussi que comme le soutiennent les nouvelles autorités burkinabè, Blaise Compaoré et son régime fermaient les yeux quand ces terroristes trouvaient refuge sur Le territoire burkinabè lorsqu’ils sont traqués au Mali et au Niger. Parfois, ils leur offraient gîtes et couverts au prétexte des négociations de paix.

Blaise Compaoré, les groupes terroristes et le business de sotages

miloFort sans doute de ce pacte de non-agression, sous Blaise Compaoré, le Burkina ne s’est pas véritablement préparé, ni techniquement, ni sociologiquement à lutter contre le terrorisme. Les unités dédiées à cette tâche et les renseignements semblaient bien plus dans une relation de complicité que dans une position de guerre contre les terroristes. En effet, l’une des grandes vulnérabilités du Burkina Faso post-Blaise Compaoré réside dans l’inorganisation et les dysfonctionnements des forces républicaines de défense et de sécurité. L’armée était divisée d’une part, entre le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), la garde prétorienne de Blaise Compaoré, mieux équipée et mieux traitée et, d’autre part, le reste de la grande muette plombée par une hiérarchie embourgeoisée, affairiste et en totale rupture avec la troupe. Les autres corps des forces de défense et de sécurité ne sont pas en reste. Les renseignements étaient au service presqu’exclusif des intérêts du prince, plus opérationnels pour épier et traquer les adversaires du régime que dans la protection et la défense du territoire et des citoyens. Contrairement à ce d’aucuns ont pu affirmer ça et là, le RSP n’était pour rien dans le fait que le Burkina soit à l’abri des incursions ou des attaques terroristes sous Blaise Compaoré. Son unité antiterroriste, basée à Ouaga, ne pouvait pas assurer la sécurité du territoire à partir de là. Blaise Compaoré et ses hommes, en l’occurrence le Général Gilbert Diendéré (présenté jusqu’au16 septembre 2015, jour de son insensé et irréflechi coup d’Etat comme l’homme le mieux renseigné de l’Afrique de l’Ouest), semblent avoir construit des amitiés solides avec ces barbouzes d’un autre genre dans leurs seuls intérêts.

Blaise Compaoré l’a implicitement reconnu dans une interview accordée en janvier 2013 à Sophie Langlois, une journaliste canadienne. L’interrogeant sur comment un chef d’Etat peut avoir des amitiés ou des entrées dans ces réseaux terroristes, il avait répondu : « Durant ces 10 dernières années, le gouvernement malien, l'armée malienne était très peu présente dans cette zone et on s'est fait dire que ces messieurs cherchaient des contacts et c'est vrai que vous allez trouver des gens qui vous proposent des pistes, pour vous conduire vers eux (Ndlr : les groupes terroristes preneurs d’otages). (…) Nous n'avons pas nos entrées. Nous sommes des voisins de ces populations depuis des siècles, donc c'est quand même des zones où nous pouvons trouver des gens capables de nous conduire sans nous perdre ».

Pour bien des experts de ces réseaux, au-delà des discours officiels djihadistes et idéologico-religieux des groupes terroristes, se cachent de vastes trafics en tous genres, y compris des trafics humains à travers le marché des otages. Si officiellement les grandes puisances affirment ne pas payer de rançons, il ressort selon plusieurs enquêtes, que dans bien des cas, la libération des otages occidentaux a été obtenue après le versement de plusieurs milliards de nos francs à ces terroristes. Ce marché des otages mobilise donc des ressources pour financer le terrorisme. Les intermédiaires aussi bénéficieraient de juteuses commissions. Blaise Compaoré a-t-il bénéficié des retombées financières de ces rançons versées aux preneurs d’otages ? Possible. Dans tous les cas, il avait au moins des retombées politiques en ce que sa bienveillance vis-à-vis de ces groupes lui permettait de préserver son pays des attaques terroristes.

Reconstruire des forces républicaines de défense et de sécurité à la hauteur des défis

L’on savait que le Burkina Faso, frontalier avec le Niger et le Mali, était sous la menace. Mais ce n’est qu’après la chute de Blaise Compaoré et surtout l’échec du coup d’Etat de Gilbert Diendéré et de l’ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP) que le pays des Hommes intègres est devenu la cible d’attaques ciblées contre les positions des forces de défense et de sécurité. Comme si les terroristes avaient attendu que tous les espoirs de restauration du système Compaoré soient définitivement compromis avant d’entrer en scène. En effet, la première attaque, celle de Samorogouan, est intervenue le 9 octobre 2015, juste quelques jours après la mise en échec du coup d’Etat de Gilbert Diendéré, bras droit et fidèle parmi les plus fidèles de Blaise Compaoré pendant ses 27 ans de règne.

Comme l’a si bien relevé le Député Lona Charles Ouattara, colonel à la retraite, le Burkina a plus été épargné parce qu’il bénéficiait d’un pact avec le diable. En effet, dans une interview accordée à un confrère, au lendemain de l’attaque de Nassoumbou, il affirme : « Pourquoi est-ce que nous avions été relativement épargnés ? Ce n’est pas parce qu’il y avait un RSP (Régiment de sécurité présidentielle). Le RSP était une force de police politique à la disposition de Blaise Compaoré pour protéger son régime. Ce n’est pas pour sauver le Burkina Faso. Ce n’était pas sa mission ! Sa mission c’est de sauver le pouvoir de Blaise Compaoré par des assassinats, par de l’espionage au niveau des citoyens (…). Notre territoire était épargné par ce qu’il y avait un accord tacite entre Blaise Compaoré d’une part, et ces mouvements d’autre part, contre le gouvernement du Mali. La contre partie, Blaise recevait de l’argent. Blaise déstabilisait des voisins. Les terroristes sont des indépendantistes. Vous pouvez les appeler des terroristes mais ce sont des gens qui ont un but bien précis qui est de récupérer l’Azawad incluant l’Agacher qui est notre Nord. Ils vivaient chez nous ! Leur base arrière était le Burkina Faso. Donc il est évident qu’ils ne pouvaient pas nous attaquer en ce moment là. C’est ce qui vous fait dire que nous étions protégés parle RSP. On n’était protégé par rien du tout que par l’engagement de Blaise dans les petits arrangements qu’il y avait entre les 2."

C’est dire donc que le Burkina Faso ne s’était pas doté d’un dispositif opérationnel de riposte face à un e éventuelle attaque terroriste. L’attaque de Nassoumboua rappelé à la communauté nationale, toutes les limites organisationnelles et opérationnelles de l’Etat en matière de lutte contre le terrorisme, mais surtout toute la légèreté avec la quelle notre Armée nationale est gérée. Elle met à nu toute la politique de sabotage de l’armée organisée par Blaise Compaoré, juste pour se maintenir au pouvoir. Mais, elle révèle surtout que plus d’un an après son accession à la magistrature suprême, le Président Kaboré peine à refonder cette armée en vue de la mettre au diapason des nouveaux défis sécuritaires du pays. Pourtant, le Président Kaboré est bien payé pour savoir qu’il n’a d’autre choix que d’opérer une refonte en profondeur des forces armées nationales. N’ayant pas la réputation, encore moins les réseaux et la prédisposition de Blaise Compaoré à s’allier au diable pour défendre son pouvoir, il ne peut compter que sur une réorganisation des forces de défense et de sécurité afin de reconstruire une armée républicaine dirigée par des officiers qui ont pleinement conscience de leur responsabilité et qui jouissent d’une légitimité et d’une capacité à commander la troupe. Il en est de même pour les autres forces de sécurité, également infestées par des pratiques corruptrices et une vie de jouissance qui jurent avec l’orthodoxie en la matière.

L’on s’étonne donc qu’une année aprè son élection, Roch Kaboré ait conservé la même hiérarchie militaire et policière qui a brillé pendant le putsch manqué de Gilbert Diendéré par son incapacité à assumer avec courage la dignité d’officiers supérieurs. L’on est étonné de la présence dans la haute hiérarchie militaire et même dans l’entourage du président, de certains officiers qui ont pendant longtemps été au cœur du processus de sabotage de l’armée par Blaise Compaoré. Certains occupent encore des postes stratégiques alors qu’ils sont vomis et méprisés par les officiers intègres et les troupes. Il ya urgence à agir à ce niveau. La nomination du nouveau chef d’Etat-Major général des armées est loin d’épuiser la question de la refonte de l’armée et de l’ensemble des forces de défense et de sécurité. Bien au contraire ! Jusque-là, les forces de défense et de sécurité ne semblent pas avoir intégré dans leur fonctionnement  quotidien,  la menace terroriste. En effet, en dehors du renforcement des dispositifs sécuritaires au tour des institutions et des casernes et autres postes des forces de défense et de sécurité, des check points, sur les axes routiers, des patrouilles, etc., l’on ne voit pas véritablement des changements   notoires. Par moments, l’on a l’impression que la question du terrorisme est encore traitée dans la plupart des services de sécurité comme des cas ordinaires de dénonciations de vol ou de petits deals dans les quartiers. Ces attitudes et pratiques ne favorisent pas véritablement la collaboration attendue par les populations qui craignent des représailles. Il suffit de discuter avec certains citoyens du Sahel pour comprendre jusqu’àquel point l’Etat est encore loin de rassurer.

En plus donc de la refonte indispensable des forces de défense et de sécurité, il y a urgence aussi à opérer des changements dans l’organisation, les pratiques et les comportements dans les casernes, commissariats et brigades de gendarmerie. Il s’agit de créer des capacités opérationnelles de réaction rapide face aux dénonciations ponctuelles afin d’éviter que la bureaucratie ne limite l’opérationnalité des forces. Les moyens doivent également suivre. Car, il est incompréhensible que pendant que des officiers paradent avec des véhicules V8 de l’armée à Ouagadougou, des unités mobiles, des commissariats et des brigades de gendarmerie manquent du strict minimum (parfois même le carburant) pour répondre à des urgences. Le Burkina nouveau ne se construira pas sans un renouveau de l’armée et des forces de défense et de sécurité.

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