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BILAN DE L’AN 1 DU PRESIDENT KABORE

10 juillet 2017 Auteur :  

Plus d’un mois après le premier anniversaire de la victoire de l’ascension de Roch Marc Christian Kaboré à la magistrature suprême, l’opposition vient de rendre public un véritable réquisitoire contre sa gestion du pouvoir. Pour elle, rien de bon n’a été réalisé. Il n’en fallait pas plus pour susciter la colère du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) qui s’est fendu d’un droit de réponse dont la virulence est à la hauteur de l’outrecuidance des opposants. Globalement, la classe politique dans son ensemble peine à susciter des débats sérieux sur des préoccupations ou les aspirations des populations. L’on assiste plus à des querelles ou des luttes de positionnement sans grands enjeux pour le citoyen lambda.

Par Boureima OUEDRAOGO


Comme nous l’avons toujours écrit depuis un an, le Président Kaboré et son régime peinent encore à montrer leur capacité à rompre avec les pratiques et les cultures institutionnelles du système Compaoré dont ils ont été des artisans ou tout au moins, des acteurs. Ce système politique de la prédation, de la corruption, de la concussion et du déni de justice a plongé la société burkinabè dans une dynamique de patrimonialisation de l’Etat, d’un noyautage des institutions républicaines orientées au service exclusif des intérêts du prince et de sa famille, de politisation outrancière de l’administration publique, de collusions mafieuses entre le politique et l’économique, etc. Bref, tous les pouvoirs et les ressources publiques étaient concentrés entre les mains de clans et réseaux constitués autour du président du Faso et de sa famille. L’insurrection populaire a fait naître l’espoir de rompre avec ce système mafieux pour reconstruire un nouveau pacte républicain qui replace le citoyen et ses aspirations légitimes au cœur de l’action publique.

Les élections post-insurrection devraient donc permettre au peuple de choisir des hommes et des femmes capables de porter et réaliser leur rêve du renouveau. À défaut d’un changement radical dans la gouvernance quotidienne, le pouvoir issu de ces élections devait tout au moins prendre des mesures fortes de rupture en attendant la mise en place des réformes structurelles en profondeur. Au terme du processus électoral, ce sont les anciens compagnons du Président Compaoré, passés entretemps à l’opposition (qui ont activement contribué à sa chute), qui ont obtenu l’onction du peuple électeur pour réaliser cette rupture. Le Président Kaboré qui s’est présenté à ces élections comme la solution ou la réponse à ces attentes pressantes du peuple insurgé, avait donc la lourde mission de traduire dans les faits ces espérances. Un an après son installation dans le fauteuil présidentiel, il n’y a toujours pas de début de réponse aux maux qui assaillent le quotidien de ses compatriotes. L’impression générale qui se dégage comme nous l’avons écrit dans notre première édition de l’année 2017 (Le Reporter N°206 du 15 au 31 janvier 2017), est que 2016 est « une année presque perdue » sur bien des secteurs de la vie publique nationale.

L’opposition politique est plus catégorique : C’est « une année perdue ». Dans son « mémorandum-réquisitoire » de 38 pages, elle n’est pas allée du dos de la cuillère pour démontrer que le Président Kaboré et son régime ont trahi l’esprit de l’insurrection et des espoirs qu’elle a suscités. Du leadership personnel du chef de l’Etat à la gestion des domaines régaliens de l’Etat par le gouvernement, en passant par l’action parlementaire, l’incompréhensible inertie de la Justice, la gouvernance administrative et économique, l’animation de la vie politique nationale, etc. tout ou presque tout a été passé à la loupe de l’opposition. Sur tous ces plans, le diagnostic est sans appel : le pouvoir a été complètement défaillant. Sur bien des points, l’analyse, certes, est fondée, mais porte malheureusement la marque d’une charge excessive du seul pouvoir et ne tient pas non plus compte du contexte sociopolitique national et des facteurs exogènes dont les effets ont certainement pesé dans l’action gouvernementale.

Pour l’opposition, le régime Kaboré a failli dans tous les domaines

D’abord, sur le plan du leadership personnel du chef de l’Etat dans l’impulsion d’une gouvernance éthique au plan interne et du positionnement international du Burkina Faso, l’opposition a bien raison. Certes, comme nous l’avons écrit dans notre édition du 15 janvier 2017, le Président Kaboré « a réussi à donner un visage plus humain et plus accessible de la fonction présidentielle. Il n’est pas le président craint, omniprésent et omniscient, de qui tout part et à qui tout revient ». Il a gardé sa marque personnelle d’homme conciliant, accessible et soucieux de préserver les sensibilités, voire les susceptibilités. Mais on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Mieux, dans le contexte post-insurrectionnel et surtout avec le lourd héritage du régime Compaoré, on ne peut pas impulser une dynamique nouvelle dans la gouvernance sans secouer le cocotier et faire le tri entre les fruits pourris et ceux encore consommables. L’on s’attendait à ce que le Président Kaboré s’entoure d’hommes et de femmes désintéressés et capables de cette nécessaire rupture. Malheureusement, tant son entourage direct que dans la composition du gouvernement, l’on n’a pas senti cette exigence morale et éthique. Un an après, cette équipe n’a pas réussi non plus à démentir ce sentiment qui animait bien des Burkinabè à leur nomination. C’est donc à juste titre que l’opposition pointe du doigt, le choix des collaborateurs et membres de l’équipe gouvernementale. Du reste, le président du Faso lui-même l’a reconnu en fin d’année 2016, en annonçant un réaménagement de l’équipe gouvernementale. Mais il n’y a pas que le gouvernement qui a besoin de réajustement. Il y a aussi les proches collaborateurs, notamment ces conseillers spéciaux dont on a du mal à percevoir ce qu’ils peuvent réellement apporter de spécial à la gouvernance de ce pays (au regard de leurs profiles et trajectoires professionnelles pas toujours exemplaires). Loin de nous toute idée de denier au président le droit de choisir ses collaborateurs, mais il y a nécessité d’attirer son attention sur l’image que suscite la présence de certaines personnes à ses côtés.

Ensuite, du point de vue de la conduite de l’action gouvernementale, point n’est besoin de s’attarder sur les récriminations de l’opposition, secteur par secteur. Les tâtonnements, l’attentisme et parfois l’amateurisme ont constamment été relevés dans nos colonnes. Le gouvernement a brillé par son incapacité à prendre des mesures fortes face à des situations qui l’exigeaient, notamment sur les questions sécuritaires. L’on peut comprendre que le pays soit désormais dans le viseur des terroristes qui ne peuvent plus le considérer comme base-arrière. L’on ne peut que relever cette incapacité à refondre, réorganiser et équiper convenablement les forces de défense et de sécurité. D’autant plus que le gouvernement a été pratiquement cueilli à froid par les terroristes avec l’attaque du 15 janvier 2016 en plein cœur de la capitale. L’opposition a donc raison, l’Etat-Major des armées et toute la hiérarchie des forces de défense et de sécurité devraient être fondamentalement relookés dès les premiers instants de prise du pouvoir par le régime Kaboré. Jusqu’à présent, hormis la nomination d’un nouveau chef d’Etat-Major général des armées, rien de nouveau à ce niveau. Comme le disait si bien Jean-Baptiste Natama, alors candidat à la présidentielle 2015, « le changement, ce n’est pas le remplacement ». Or, tout porte à croire qu’avec le régime Kaboré, l’on est dans cette logique du remplacement. L’on ne peut s’empêcher de relever cette interminable crise à la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG) qui a entaché l’action gouvernementale au cours de cette première année d’exercice du pouvoir. Que dire de l’éducation qui jusque-là, poursuit sa longue descente dans les abîmes, avec un système qui a fini de convaincre de son inefficacité et son inadaptation aux exigences et défis actuels du Burkina Faso. Un an après l’avènement du pouvoir Kaboré, il n’y a pas de signes tangibles de redressement dans ce secteur vital.

Dans le même ordre d’idées, on ne saurait oublier la gestion des marchés publics qui continuent d’alimenter la polémique dans bien des départements ministériels qui font parfois preuve d’une extraordinaire liberté avec les règles et principes qui gouvernent la commande publique. C’est l’une des grosses déceptions de ce gouvernement qui semble perpétuer les pratiques répréhensibles du régime déchu. C’est donc en toute logique que l’opposition pense que les marchés publics constituent des moyens de remerciements de bienfaiteurs ou des amis.

Quid des mouvements sociaux ? Pour l’opposition, c’est la résultante de l’incapacité du pouvoir à répondre aux aspirations des masses populaires qui, ajoute-t-elle, s’enfonce dans la paupérisation de plus en plus grandissante. Les grèves perlées que le pays a connues au cours de l’année 2016 sont, en effet, la traduction des insatisfactions et des vaines attentes de solutions aux problèmes existentiels des travailleurs.

Une analyse fondée mais entachée d’une excessive surenchère

Enfin et sans prétendre à l’exhaustivité, il y a la justice. Là encore, le pouvoir a prêté le flanc, surtout avec cette immixtion dans la gestion des mandats d’arrêt dans le cadre du coup d’Etat manqué de Gilbert Diendéré, notamment par le « fameux règlement diplomatique » voulu par les autorités ivoiriennes et dans laquelle le pouvoir burkinabè s’est enlisé. Au bout de cette procédure, l’on a assisté à l’un des scandales judiciaires les plus rocambolesques de l’histoire de ce pays : la falsification d’une décision de justice à la plus haute juridiction, la Cour de cassation. L’affaire fait partie des dossiers en examen par la commission d’enquêtes mise en place par le Conseil supérieur de la magistrature sur les manquements à l’éthique et à la déontologie dans le traitement des dossiers judiciaires. Mais le plus inquiétant dans ce domaine de la Justice, c’est surtout cette incompréhensible léthargie dans le traitement des dossiers emblématiques de crimes impunis hérités du pouvoir Compaoré : affaires Thomas Sankara, Dabo Boukary, Norbert Zongo, victimes de l’insurrection populaire, coup d’Etat du RSP, etc. Certains de ces dossiers ont d’ailleurs commencé à pourrir le climat sociopolitique parce que certains acteurs de la vie publique ont déjà choisi leurs coupables dans les rangs du pouvoir. L’opposition aussi s’y est engouffrée pour expliquer les lenteurs ou la léthargie dans la gestion de ces dossiers. Ce qui a pour conséquence des débats parfois malsains qui cachent des desseins tout aussi malsains.

En résumé, pour l’opposition, le pouvoir a failli dans tous les secteurs. Mieux, elle semble limiter exclusivement son rôle à celui de la critique, de ne relever que ce qui ne va pas. Et elle l’affirme clairement dans son mémorandum. « A tous ceux qui seraient tentés de dire que l’opposition n’a vu que les aspects négatifs du bilan de ce premier an de gouvernement, nous répondons que c’est justement la vocation de l’opposition de mettre le doigt sur les échecs du pouvoir en place. Si celui-ci enregistre des résultats positifs, il dispose de suffisamment de laudateurs zélés pour se charger de sa publicité », écrit-elle dans son mémorandum. C’est là où l’opposition se méprend sur son rôle qui va bien au-delà de la critique. Et c’est toute la limite de cette opposition qui oublie son rôle de propositions d’alternatives, d’éducation des populations, d’incarnation des valeurs de probité contrairement aux comportements et attitudes de ceux qui gèrent le pouvoir avec tous les risques de corruption ou d’abus. Une fois de plus, l’opposition politique s’est livrée à l’exercice dans lequel il excelle le mieux : la critique parfois excessive et populiste, une tendance à rendre le pouvoir responsable de tout, occultant ses propres tares, turpitudes et parfois ses complicités dans des actes de mal gouvernance. L’on est quand même surpris par ses critiques sur les enquêtes parlementaires. L’opposition a participé à ces commissions. Elle n’a jamais dénoncé les conclusions au sein du parlement. Mieux, à toutes les occasions de débats sur ces enquêtes, ses élus membres desdites commissions ont toujours défendu l’objectivité des conclusions et l’absence de preuve sur la responsabilité des dignitaires du régime actuel. Mais l’on découvre dans son mémorandum que les mêmes conclusions sont partisanes. Sur les scandales des tablettes et du million, c’est tout de même faire preuve de mauvaise foi en accablant seulement la majorité alors que des élus de tous les bords ont été au moins complices de ces manquements à l’éthique et à la morale de gestion publique. Ce n’est pas parce que le pouvoir a manqué à ses obligations de respect de la loi que l’opposition doit aussi l’accompagner, jouir de ces manquements à l’éthique pour ensuite se retrouver dans sa vocation de critiquer. L’opposition aurait été par exemple fondée à critiquer l’affaire du million si au moins certains de ses élus avaient publiquement refusé et dénoncé cette « distribution » des millions. En plus, ce n’est pas très honnête d’imputer cette distribution au président de l’Assemblée alors qu’aucun élu de l’opposition n’avait jamais dénoncé l’existence de cette ligne dans le budget du Parlement. Ce serait une grave faute politique et morale de prétendre n’être pas informé sur le budget de l’Assemblée. Si c’est le président de l’Assemblée qui distribue des millions et que les députés de l’Assemblée ont été bénéficiaires consentants, alors c’est encore très grave.

Sur la Justice, l’on peut effectivement se demander si l’opposition ne veut pas d’une chose et son contraire. Pendant que le pouvoir affirme que la Justice est indépendante, l’opposition lui rend responsable de l’inertie de la Justice sans dire en quoi la responsabilité incombe au président du Faso ou à son régime. Certes, il faut dénoncer l’absence de diligence dans le traitement des dossiers pendants, mais l’on ne saurait occulter la responsabilité première des acteurs de la Justice qui peinent à assumer leurs responsabilités. Les réformes opérées sous la Transition rendent la Justice totalement indépendante. Maintenant, que les acteurs n’assument pas leur responsabilité ne relève pas d’une faute du pouvoir en place. Car tous les pouvoirs ont tendance à s’imposer et à contrôler les autres. Ce n’est pas pour rien que les concepteurs de la démocratie ont instauré des pouvoirs indépendants pour assurer l’équilibre entre eux.

Pour ce qui est de la réconciliation nationale, préalable à la paix et à la stabilité politique et institutionnelle indispensables au renouveau, elle est effectivement conditionnée au traitement diligent des dossiers pendants. Cependant, elle doit aussi commencer par une attitude de reconnaissance des fautes commises et l’acceptation de l’insurrection populaire par les inconditionnels de Blaise Compaoré qui rament à contre-courant de la marche du peuple burkinabè vers de nouveaux horizons. Du reste, cette opposition compte en son sein des gens qui continuent, avec une certaine arrogance, à traiter l’insurrection populaire de coup d’Etat. Comment peut-on aller à la réconciliation nationale avec des gens qui sont prêts à faire revenir Blaise Compaoré au pouvoir par tous les moyens, y compris le putsch ? Il faudra d’abord que certains commencent par accepter que le Burkina Faso n’est pas la propriété de Blaise Compaoré et qu’il doit aller de l’avant. Ensuite, l’on peut envisager sereinement la réconciliation nationale lorsque chacun accepte que le Burkina Faso appartient à tous les Burkinabè et qu’il appartient à tous de travailler à créer les conditions d’égalité des chances d’accès au bien-être.

Bref, sur bien des points du mémorandum, le constat est que l’opposition occulte ses propres responsabilités qui pourraient encourager les dérives du pouvoir. Tout pouvoir sans contre- pouvoir a tendance à la jouissance excessive, source de tous les abus et des écarts avec l’orthodoxie. Empêtrée dans ses propres contradictions, les déceptions et attitudes équivoques de certains de ses leaders au cours de ces derniers mois, l’opposition actuelle semble avoir du mal à se constituer en force politique capable de peser sur la conduite des politiques publiques. D’ailleurs, elle se retrouve dans une bipolarisation entre, d’une part, les partisans de Blaise Compaoré et Le Faso autrement d’Ablassé Ouédraogo réunis dans la CODER (Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale), et d’autre part, la coalition pour le vrai changement réunissant les partis ayant soutenu la candidature de Zéhirin Diabré à la présidentielle de 2015. Pendant que les premiers chantent leur nostalgie des années Compaoré, les seconds prônent le vrai changement. Bref, c’est une véritable gymnastique à laquelle seuls les politiciens peuvent exceller.

Enfin, l’opposition n’est pas sur le terrain. Elle se contente des conférences de presse dans les salons feutrés de Ouagadougou et brille par l’absence de propositions d’alternatives qui convaincraient les Burkinabè qu’ils ont eu tort de choisir le MPP et pas eux. L’on peut affirmer sans risque de se tromper que cette opposition-là est encore loin d’incarner les espoirs et les déceptions des Burkinabè. Finalement, l’opposition opte pour la facilité en se contentant de la critique mais tout en accompagnant les tenants du pouvoir dans la mal gouvernance.

Et l’opposition déclencha une incompréhensible colère du MPP

Mais le plus surprenant, c’est moins ce réquisitoire de l’opposition que le droit de réponse du MPP qui a vertement volé dans les plumes de l’opposition, de son chef de file et de certains de ses membres. Le MPP y a vu du rouge. Dans son droit de réponse, le parti au pouvoir s’est lancé dans une critique acerbe de l’opposition qualifiée de revancharde et qui aurait des desseins putschistes. Il accuse l’opposition de vouloir installer la chienlit pour opérer un coup d’Etat avec certains de la Transition. Cette sortie semble porter la marque d’une colère mal contenue. L’opposition a apparemment tapé là où ça fait mal. Mais, de là à la traiter de putschiste, il y a un pas que le MPP a vite franchi. Il ne reste plus qu’à présenter les preuves de cette grave accusation. Comme une réponse du berger à la bergère, le MPP est tombé dans les mêmes excès d’accusations et de critique véhémente qui laissent entrevoir que la sortie de l’opposition a perturbé sa sérénité. Cette virulence du propos n’est pas pour apaiser l’animation de la vie politique qui par ces temps où la cohésion sociale est requise pour mobiliser la communauté nationale autour des défis sécuritaires. Plus que l’opposition, le pouvoir a la responsabilité de créer les conditions pour l’instauration d’un climat social propice à la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES) que l’opposition semble destiner à un inévitable échec. Si le pouvoir tombe dans le piège de la réaction véhémente aux critiques de l’opposition, le risque est grand que le climat sociopolitique se détériore. Toute chose qui pourrait décourager les partenaires qui font encore confiance à la capacité du pays à sortir la tête de l’eau. Le pouvoir n’avait pas vraiment besoin de réagir à ce mémorandum. D’autant plus qu’il ne lui est pas adressé. Ce mémorandum est plus destiné à la consommation du public qui n’est pas dupe et sait apprécier l’action des uns et des autres. La meilleure posture républicaine aurait été simplement de prendre acte des récriminations de l’opposition tout en s’engageant à y apporter des réponses pratiques dans la conduite de l’action publique. Ou tout au moins la réaction aurait été plus pédagogique si elle s’était contentée de la partie récapitulant les résultats engrangés en un an par le pouvoir, de relativiser certaines critiques sur certains domaines qui ne relèvent pas de la compétence du pouvoir exécutif ou législatif.

Autant l’opposition rend injustement le président du Faso, le président de l’Assemblée nationale et le ministre d’Etat chargé de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité intérieure (le trio RSS : Roch, Salif et Simon) et le MPP responsables exclusifs de tous les malheurs que le pays a connus ces derniers mois, autant le MPP a manqué l’occasion de montrer qu’il est le parti au pouvoir. De ce fait, il a le devoir de se montrer au-dessus de la mêlée en affichant une sérénité à toute épreuve.

Ces chassées croisées entre l’opposition et le pouvoir indiquent clairement comme nous l’avons toujours écrit, des signes patents d’une classe politique en bout de course et qui a épuisé toutes ses capacités de propositions face au désarroi de la majorité des citoyens dont les espérances maigrissent chaque jour un peu plus. Ces hommes et ces femmes qui animent la scène politique se connaissent tellement depuis longtemps déjà, ont parfois cheminé ensemble, se sont séparés puis réunis puis encore séparés. Ils partagent tellement d’amitiés et d’inimitiés, de bons et mauvais souvenirs, de rancœurs tues et de revanches à prendre que leurs rapports ne sauraient être sains et dépourvus de subjectivités et de susceptibilités individuelles.

L’espoir du Burkina Faso repose désormais sur sa capacité à sécréter une nouvelle génération de politiques capables d’assurer une relève alternative. Il ne s’agit pas de renvoyer dos à dos pouvoir et opposition. C’est un constat que si le pouvoir peine à incarner les aspirations des citoyens, l’opposition non plus n’est pas capable d’incarner l’alternative. Pire, elle semble donner raison au pouvoir qu’elle a encore du mal à se relever de la déception résultant de l’échec aux élections de 2015 et 2016. Certains leaders font preuve d’une volonté d’en découdre par tous les moyens avec les vainqueurs. D’autres aussi semblent frustrés de n’avoir pas été appelés à la soupe. Ces politiciens-là ont montré leur limite. Il faut renouveler la classe politique burkinabè. Autrement, l’on se retrouvera dans un perpétuel remplacement, pour le malheur du Burkina Faso et de ses populations.


Une haine cordiale entre Zeph et Me Sankara ?

On le sait, les deux hommes sont loin d’être des amis. Mais pour avoir cheminé ensemble au sein du chef de file de l’opposition pendant quelques années, l’on a pensé qu’il s’est installé entre les deux hommes un compagnonnage qui impose le respect mutuel mais surtout un minimum de courtoisie. Mais voilà, ces derniers temps, les deux hommes étalent sur la place publique par médias interposés, leur intimité. Me Sankara dénonce la trahison de Zéphirin Diabré qui se retrouve en alliance avec des adversaires d’hier, notamment le CDP, l’ADF/RDA et les autres partis membres de la majorité sous Blaise Compaoré. A l’occasion de la présentation du mémorandum de l’opposition, Zéphirin Diabré révèle que Me Benéwendé Sankara était également prêt à participer à un holdup électoral avec le CDP à travers une coalition pour le vrai changement. Et Zéphirin va plus loin en soutenant que si Me Sankara a rejoint la majorité, c’est juste parce que le poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale lui a été proposé par le MPP. Autrement dit, cette alliance repose exclusivement sur le positionnement personnel de Me Sankara et non sur la base d’un rapprochement idéologique. Le moins que l’on puisse dire est que les deux hommes politiques semblent ne pas se donner des limites dans les attaques personnelles. Et c’est véritablement regrettable.

Auparavant, c’est Ablassé Ouédraogo qui a accusé Zéphirin Diabré de travailler pour renforcer le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré. Décidément, ces hommes politiques ne cesseront de surprendre.

B.O

Boureima Ouédraogo

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