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La Côte d’Ivoire fait toujours peur !

29 septembre 2017 Auteur :  

En effet, ils ont privilégié et pratiqué une justice des vainqueurs, donc à double vitesse. La Côte d’Ivoire recommence à faire peur avec la guerre de succession que se livrent certains lieutenants de Ouattara, convaincus comme lui, qu’eux aussi sont nés pour gouverner et que leur heure a sonné. Les mutineries répétitives des anciens rebelles recrutés dans l’armée actuelle ou démobilisés, le silence de Ouattara sur le respect du pacte de transmission du pouvoir au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) signé en 2010, les chassées croisées entre les différents clans du Rassemblement des Houphouëtistes pour la paix (RHDP) indiquent un malaise profond qui couve et qui risque d’exploser. A cela s’ajoutent des suspicions sur une présumée volonté de Ouattara de briguer un troisième mandat qui contribuent à alourdir l’atmosphère politique.

Ce gros malaise interne à la coalition au pouvoir cache mal les intentions inavouées de certains acteurs qui veulent se libérer des liens du mariage incestueux (de 2010) et compromettant pour leur avenir. Peu de gens étaient sincères dans ce mariage opportuniste mais indispensable pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir. Les masques commencent à tomber. Pendant que le Président Konan Bédié du PDCI continue de clamer haut et fort que le mariage est toujours solide et que le prochain candidat du RHDP sera un militant du PDCI, dans le parti du Président Ouattara, le Rassemblement des républicains (RDR), deux ou plusieurs camps s’affrontent pour la succession. Ouattara lui-même semble tirer les ficelles.

Dans cette situation d’incertitude, certains tentent donc de jouer la carte de leurs ambitions personnelles en exploitant l’absence d’offre véritable d’apaisement des cœurs meurtris et de justice pour tous. Sont de ceux-là, Guillaume Soro, l’ancien syndicaliste étudiant, devenu chef-rebelle, propulsé au devant de la scène politique par les armes et la violence. Il est depuis une quinzaine d’années, l’une des grandes figures politiques de la Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui, plus que jamais, il est à la croisée des chemins. Il croit avoir le destin d’un grand homme d’Etat et est prêt à tout pour ses ambitions. Lui qui doit presque tout ce qu’il est et a aujourd’hui à la violence politique, est devenu un chantre de la réconciliation. Il veut réconcilier les Ivoiriens avec eux-mêmes. Mais au fond, il veut surfer sur là où son mentor ou ex-mentor, Alassane Ouattara, a échoué. C’est son nouveau discours politique. Mais comme le dit l’adage, le sorcier oublie toujours mais les parents de ses victimes n’oublieront jamais. Soro peut-il être porteur d’une offre de réconciliation en Côte d’Ivoire ? Des voix des parents de « ses » victimes commencent à s’élever pour lui demander de reconnaître, avant tout, sa responsabilité personnelle dans l’élimination physique de certains Ivoiriens, notamment de certains anciens compagnons de la rebellion que sont Ibrahim Coulibaly dit IB, Kassoum Bama dit Kass et bien d’autres rebelles passés par les armes à l’occasion de frictions internes à la rebellion ; des victimes des massacres perpétrés par les ex-rebelles depuis 2002, à travers les zones occupées et enfin de « leur lot » de victimes de la guerre postélectorale. Finalement, Soro risque de se brûler les ailes. Le chemin qu’il a emprunté risque plus de le précipiter dans la déchéance que de le propulser sur les chemins de la gloire. Du reste, il ne doit pas se méprendre. L’accès à la fonction de chef d’Etat n’est pas une assurance à vie contre la déchéance. Les cas de Laurent Gbagbo et de Charles Taylor (ancien rebelle également) illustrent éloquemment que si on entre dans l’histoire par effraction, on en sort par la plus petite et la plus humiliante des fenêtres. Soro, comme son mentor, doivent privilégier le maintien de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire. Cela passe par le respect des engagements de 2010 pour une succession douce, donnant une place enfin à la réconciliation nationale. La Côte d’Ivoire mérite enfin de retrouver la paix et sa beauté.

Boureima OUEDRAOGO

Boureima Ouédraogo

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