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Côte d’Ivoire: Incapable de discipliner sa soldatesque, le régime Ouattara se rabat sur des journalistes

10 juillet 2017 Auteur :  

D’autres militaires, notamment les ex-FDS (forces de défense et de sécurité) sous Gbagbo, suivis des gendarmes, sont entrés dans la danse. Là encore, le pouvoir ivoirien a délié le cordon pour payer l’accalmie. Les mouvements d’humeurs ont gagné jusqu’aux forces spéciales. Une fois de plus, le gouvernement se serait plié aux humeurs des soldats.

Certains confrères ont annoncé le paiement de primes de 17 millions de francs par soldat. Il n’en fallait pas plus pour susciter le courroux du gouvernement qui a fait embastiller purement et simplement six journalistes (dont trois directeurs de publication) de trois organes pour diffusion de fausses informations et d’incitation à la révolte.

C’est à ne rien comprendre, voilà un gouvernement incapable de faire régner l’ordre et la discipline dans l’armée, piégé par ses propres turpitudes et qui trouve la petite bête chez de pauvres journalistes qui n’ont fait que faire leur métier. En quoi l’annonce de paiement de primes qui n’est pas une pratique nouvelle mais plus une habitude, voire une pratique du gouvernement dans le règlement des problèmes de la soldatesque est-elle synonyme d’incitation à la révolte ? A supposer même que les informations soient fausses, suffisent-elles pour inciter des éléments d’une armée républicaine, de surcroît des forces spéciales à la révolte ? A moins que le gouvernement ne reconnaisse implicitement que son armée est loin d’être républicaine et peut être manipulée par la moindre rumeur ou fausse nouvelle diffusée par un média. N’est-ce pas plutôt le gouvernement qui est à la base de ces mutineries répétées depuis qu’il a manqué à ses responsabilités en accédant aux humeurs de ces anciens rebelles reconvertis.

En s’en prenant aux pauvres journalistes, le gouvernement ivoirien semble faire preuve d’une application sélective de la loi. Car, si les journalistes doivent être poursuivis, tous les soldats qui ont défié l’autorité des institutions républicaines en perturbant la quiétude des populations ivoiriennes à travers le territoire national doivent être traduits devant les juridictions compétentes. Une fois de plus, le pouvoir Ouattara montre sa trop grande propension à une justice à double vitesse. Certains Ivoiriens peuvent se permettre tout et d’autres doivent subir la dure réalité de la loi, même quand cela n’est ni nécessaire ni fondé. Mieux, pourquoi embastiller un journaliste dans un camp de gendarmerie si ce n’est de l’intimidation et une atteinte grave à la liberté de la presse.

En attendant l’issue de la procédure engagée (à ce que l’on dit, les journalistes seraient inculpés des faits qui leur sont reprochés et la procédure devrait suivre son cours), l’on ne peut que se féliciter de la mobilisation des journalistes ivoiriens pour soutenir leurs confrères qui ont recouvré provisoirement la liberté. Mais la mobilisation doit aller au-delà de la Côte d’Ivoire afin que les autorités ivoiriennes ne déchargent leur incapacité à construire une armée républicaine sur la presse. En effet, dans la Côte d’Ivoire de Ouattara, l’armée n’est plus la grande muette. Elle peut revendiquer bruyamment, à coups de canons. Mais la presse doit rester silencieuse pour ne pas l’inciter à la révolte. Le pouvoir ivoirien doit se ressaisir. A force de laisser la proie pour l’ombre en rendant l’armée irresponsable de ses actes et pire, en rendant les autres responsables des mutineries intempestives, le pouvoir ivoirien va finir par se mettre en danger et replonger le pays dans le chaos. Déjà qu’il n’a pas fini de panser les plaies de la longue crise qui le divise depuis près de deux décennies, il faut se garder de multiplier les fronts sociaux, comme le fait le pouvoir !

Boureima OUEDRAOGO

Boureima Ouédraogo

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