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Discours sur l’état de la Nation: la rupture dans la continuité

02 août 2017 Auteur :  

En effet, Paul Kaba Thiéba, tout en reconnaissant la situation difficile, a fait ressortir que le pays avance quand même sur tous les plans, avec surtout un taux de croissance de 6,2% en 2016 (contre 4 en 2015) et un ralentissement de la corruption généralisée qui justifierait le fait que les « feuilles » (l’argent) ne circulent plus dans le pays. Secteur après secteur, le PM a relevé d’importants acquis et quelques difficultés. Bref, la relance économique est engagée et le Burkina est sur la bonne voie, avec un objectif d’atteindre un taux de croissance à deux chiffres qui permettrait de booster davantage l’emploi et la lutte contre la pauvreté.

Du côté des parlementaires, entre les invectives et parfois des propos tendancieux pour ne pas dire injurieux des élus de l’opposition, l’on a assisté à des passes d’armes selon que l’on apprécie positivement ou négativement le discours du PM. Bref, l’opposition s’est défoulée, la majorité aussi. Mais que retenir de cet exercice républicain ? Pas grand-chose. C’était juste un exercice et rien plus. Qu’est-ce que ce rendez-vous républicain apporte à l’amélioration de la gouvernance quotidienne de l’Etat. Rien ou presque ! Qu’est-ce qui a changé aussi bien dans la forme que dans le fond ? Rien ou presque !

C’est exactement comme du temps de Blaise Compaoré, où chaque année, les Premiers ministres venaient dire à la Représentation nationale que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Tous les indicateurs étaient au vert et le Burkina Faso avançaient. Les complaintes et les misères du peuple étaient royalement ignorées au profit des indicateurs macro-économiques qui ne sont que du saupoudrage, juste bon pour l’hypocrisie internationale de l’aide au développement. Aucun discours sur l’état de la Nation n’avait pris toute la mesure de la grogne sociale qui montait. Naturellement, ce qui devait arriver arriva : les mutineries, les crises scolaires et politiques, et pour finir, l’insurrection populaire.

Le gouvernement Thiéba semble reprendre la même trajectoire. Il feint d’ignorer la clameur populaire et s’accroche à ses chiffres macro-économiques qui ne se mangent pas. Pourtant, la plupart des entreprises souffrent actuellement du ralentissement économique depuis l’insurrection populaire. A cela s’ajoute la dette intérieure (factures impayées de l’Etat) qui plombe bien des entreprises. Au lieu d’une compilation des chiffres macro-économiques, l’état de la Nation devrait plus mettre l’accent sur les préoccupations de la majorité des Burkinabè, les moyens à mobiliser en rapport avec les capacités réelles de l’Etat, mais aussi les efforts individuels et collectifs à faire par chaque Burkinabè pour sortir le pays de l’ornière de la crainte permanente de lendemains difficiles.

Le gouvernement n’est pas obligé de dire que tout va bien, surtout quand presque rien ne va. C’est ce discours de la rupture que l’on attend des gouvernants actuels et à venir. Il faut sortir des discours convenus, des rituels inefficaces et inopérants pour s’inscrire résolument dans une dynamique de mobilisation populaire autour de l’impératif sursaut collectif pour remettre le pays débout et au travail.

Finalement, Paul Kaba Thiéba et son gouvernement prônent la rupture tout en se montrant incapables de se détacher des vieilles habitudes et pratiques du système déchu qui ont conduit le pays à l’impasse. Il faut craindre qu’ils créent les conditions d’une nouvelle impasse. La rupture, c’est, certes, dans le contenu de l’offre politique, mais c’est avant tout, dans la méthode et l’approche. Or, sur ce plan, en dehors du discours et quelques actes symboliques, l’on n’a rien vu en un an qui rassure quant à la capacité du gouvernement Thiéba à rompre avec les vieilles méthodes de gouvernance du pouvoir Compaoré. Et c’est bien dommage.

Boureima OUEDRAOGO

Boureima Ouédraogo

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