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DON TABLETTES HUAWEI A L’ASSEMBLEE NATIONALE : L’ASCE veut y voir clair

17 novembre 2016 Auteur :   Amélie GUE

Suite à la polémique suscitée par le don, certains députés réagissent. C’est le cas d’Abdoulaye Mossé, député MPP : "J'ai quitté Ouagadougou le jour où on remettait les tablettes. On est informé, tous les députés n'ont pas encore pris mais ils ont procédé à la distribution. Pour ce qui est du geste, s'il n'y a pas d'arrière-pensée et que c'est sincère... c'est un outil de travail, les tablettes. Mais si c'est contraire aux textes, juridiquement s'il faut restituer, il faudra restituer. Si on veut que les gens respectent la loi il faudra commencer par nous. Ce n'est pas le Parlement qui a accordé le marché à la société. Pour moi, c'est le ministère qui est venu offrir les tablettes à l'Assemblée nationale. Pour l'aspect sécurité, je suis d'accord qu'il faut faire attention."

Du Mali où il se trouvait, le président du groupe UPC, Alitou Ido, a réagi sur Facebook : « Cela me semble aussi un vice de forme dans la procédure, car tout octroi aux députés passe par le groupe parlementaire qui discute en réunion de députés membres du groupe de tous les contours.

Or, là, de Bamako où je suis en mission depuis le 6 novembre, j'apprends en tant que président du groupe UPC que lesdites tablettes ont été directement remises aux députés par l'Assemblée!! Il fallait d'abord que nous puissions disséquer par l'analyse tous les contours de ce don par groupe. On verrait tout de suite tous ces aspects négatifs soulevés par les internautes.

Ma position est que les députés restituent à l'Assemblée et nous veillerons tous à ce que ces tablettes aillent aux étudiants! Je l'ai dit et répète, moi, je n'en veux pas et en rentrant ce dimanche au pays, je ferai des contacts dans ce sens. Bonnes gens, il y a plus de députés à l'Assemblée soucieux du bien-être du peuple que vous ne pensiez!!»

Quid de la sécurité informatique ?

Youn Sanfo est expert du domaine. Il dit être en train de lancer des alertes à ce sujet depuis des années sans qu'un changement significatif ne s'opère. «On les sensibilise, on les sensibilise à chaque fois. Je ne leur dit pas de ne pas prendre de cadeau. Je dis de prendre des précautions. Le problème est qu'ils prennent ces dons et commencent à utiliser.

Des ordinateurs, téléphones ou tablettes que vous recevez, il faut faire un travail pour être sûr de ne pas trimballer des mouchoirs. Un député, à l'hémicycle, toutes les lois passent par là-bas. Si des personnes extérieures savent ce qu'ils font, peuvent accéder aux fichiers sur leurs appareils, imaginez les conséquences. Parfois, je fais des démos pour montrer qu'avec le téléphone, on peut vous mettre sur écoute, on peut capturer les messages…

Si moi je fais ça, une puissance comme Huawei qui a beaucoup d'argent peut faire mieux.» Les risques surtout, relève l’expert, c'est l'espionnage.

De ses explications, l'appareil peut être préparé à envoyer certaines informations ou toutes les informations à quelqu'un ou à une machine. C'est -à- dire les mails lus, les documents consultés, tout ce qui est fait peut être envoyé par un serveur.

L'ASCE aux aguets

«J'ai vu à la télé comme tout le monde que des tablettes ont été remises par l'intermédiaire du ministère», nous dira Luc Marius Ibriga interrogé à l'issue d’un panel de mouvements associatifs ce samedi. Une chose est sûre, les radars de l'institution sont allumés. «Je vais chercher à comprendre. Parce que, une société qui a un contrat avec l'Etat et qui donne des cadeaux, selon les règles, les cadeaux ne doivent pas dépasser 35 000f. Si c'est un cadeau qui dépasse 35000 fcfa ce n'est pas normal», a affirmé le Contrôleur général de l’Autorité supérieure de contrôle d'Etat et de Lutte contre la corruption (ASCELC).

Il dit se donner le temps pour connaitre les tenants et les aboutissants d'une telle initiative. «Laissez-moi regarder et après on verra. Je vais voir les contrôleurs d'Etat, nous allons vérifier les choses. En temps opportun, nous parlerons».

En rappel, la loi anticorruption en vigueur au Burkina Faso prévoit en son article 31 qu’«il est interdit aux agents publics visés à l’article 3, dans l’exercice de leur fonction ou à l’occasion de l’exercice de leur fonction, d’accepter des dons, cadeaux et autres avantages en nature, à l’exception de l’hospitalité conventionnelle et des cadeaux mineurs d’une valeur inférieure à un seuil fixé par décret pris en Conseil des ministres.» Ce seuil fixé est de 35000 fcfa.

La même loi stipule «qu’est un agent public toute personne civile ou militaire qui détient un mandat législatif, exécutif, administratif, judiciaire, qu’elle soit nommée ou élue, à titre permanent ou temporaire, qu’elle soit rémunérée ou non et quel que soit son niveau hiérarchique ou son ancienneté».

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