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PROCES DE L’ATTAQUE DE YIMDI: Caporal Madi, cette autre boîte noire

08 février 2017 Auteur :   Aimé NABALOUM

Et comme il fallait s’y attendre, le public du Tribunal militaire, au cours des audiences, a eu droit à de véritables « déballages » avec comme chef d’orchestre, le Caporal Madi Ouédraogo. Poursuivi pour association de malfaiteurs et détention illégale d’armes et de munitions, le juge, après les auditions et la présentation des pièces à conviction, a suspendu le procès pour être repris ce 16 janvier. Les faits de la poursuite pourraient être requalifiés par le juge.

Dans un enregistrement audio dont nous avions pu obtenir copie, des soldats de l’ex-RSP, au cours d’une réunion tenue à Ouagadougou, entendaient perpétrer des attaques ciblées à travers la ville, liquider des personnalités militaires et libérer des prisonniers de la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) et réserver un traitement sévère à des officiers de l’ex-RSP. Les propos tenus par les participants à cette réunion préparatoire sont éloquents. Extrait : « le 31 décembre 2015 à 00h00, le premier boom, ça part. Bonne année-là, ils vont dire ça à « laasré » (traduction de l’au-delà en mooré). C’est ce qu’on a décidé. (…) Nous allons retourner à Naaba koom II et le nom du RSP ne sera jamais effacé. » En plus de restaurer leur corps, ils projetaient également dans le plan de liquider des personnalités militaires. « Par exemple, monsieur Zida, vous savez très bien que le dernier soldat du RSP ne veut jamais le voir vivre sans tirer sur lui ». Mais Zida n’est pas le seul à dégommer. Le chef d’Etat-Major général des armées de l’époque, Pingrenoma Zagré, devait subir la colère des soldats « pour incapacité de commander ».

Attaquer la poudrière de Yimdi, récupérer le camp Naaba Koom, libérer les prisonniers de la MACA, liquider les personnalités militaires, « voici le diabolique plan secret », titrions-nous dans Le Reporter n°183 du 1er au 14 février 2016. Le Caporal Madi était l’animateur principal de cette réunion secrète.

Depuis le 5 janvier dernier, Madi et ses camarades comparaissent au Tribunal militaire pour les faits d’association de malfaiteurs et détention illégale d’armes et de munitions. Procès très attendu, l’ambiance y est très peu ordinaire. L’attention est à son comble dans la salle d’audiences. La gendarmerie était présente pour assurer les honneurs militaires au procès. De la musique militaire est distillée par les soins d’une équipe de militaires. La cour est bondée à chaque pause. Le procès qui s’est ouvert ressemble à un avant-goût de bien d’autres procès à venir, glisse un avocat qui évoque même « un procès test ». Soit ! Tous les prévenus sont passés à la barre. Mais visiblement, les choses vont encore continuer de tourner autour du Caporal Madi, ce soldat de l’ex-RSP qui a dirigé la réunion préparatoire pour tenter la libération des Généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé de la Maison d’arrêt et de correction des armées et attaquer des zones militaires sensibles. Après une semaine de procès, les choses n’ont pas changé, Madi reste le chef du groupe et presque tous reconnaissent avoir été conviés à une réunion par lui. Certains y sont allés sans savoir de quoi il s’agissait.

generaux« Madi m’a dit », « c’est Madi », etc. Avouent-ils en choeur devant le juge. Il fallait que Madi éclaircisse alors la lanterne du tribunal. Son audition était très attendue mais, Madi la « star » du Tribunal militaire prendra tout le monde de court en plaidant non coupable. Coup de tonnerre ! Non seulement Madi plaide non coupable, mais il va plus loin et se dit être victime de la vengeance de l’ancien Premier ministre Yacouba Isaac Zida. Le procès risque de prendre une autre tournure. Mais construit sa défense sur le fait qu’il est victime d’un complot de la part de Yacouba Isaac Zida car selon lui, au départ, l’ancien Premier ministre lui aurait donné une mission. Il devait, par tous les moyens, abattre les Généraux Djibrill Bassolé, Gilbert Diendéré ainsi que l’actuel président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo. En contrepartie, il recevrait de fortes sommes d’argent et une villa.

N’ayant donc pas accédé à cette requête de Yacouba Isaac Zida qu’il dit être son oncle, ce dernier n’aurait donc pas digéré cet affront et aurait décidé de se venger en le piégeant par l’enregistrement dont il a été question plus haut. La salle d’audiences retient son souffle et en attend encore plus. Madi, dans sa stratégie de défense, tente de faire comprendre au tribunal que ce qui lui est arrivé est la conséquence de son refus d’exécuter les ordres de Zida. Mieux, il ajoute que pour ce projet d’assassinat des personnalités, le chef d’Etat-Major général des armées au moment des faits, le Général Zagré, ainsi que le Général Diendéré, avaient été mis au courant du plan de Zida.

Les conseils des prévenus, au regard des propos de Madi, demandent alors au tribunal de faire comparaitre les Généraux Diendéré et Pingrenoma Zagré pour les entendre. Le juge n’est pas de cet avis. Il se fait même catégorique. Quant aux conseils, ils insistent pour que cette requête soit acceptée si tant est que tout le monde court vers la vérité. Contrairement au juge, le commissaire du gouvernement estime que cela ne pose nullement problème. Ce 16 janvier, le procès devrait reprendre avec une possible requalification des faits. Les prévenus pourraient maintenant être poursuivis pour complot militaire et là, la sanction suprême sera la peine de mort.

Les avocats accepteront-ils de plaider dès ce 16 janvier sur la base du complot militaire ? Rien n’est moins sûr, car ils entendent peser de tous leurs arguments pour que le juge accepte la comparution des Généraux.

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