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CENTRE MEDICAL AHMADYYA : Un médecin pas comme les autres

05 avril 2017 Auteur :   Frédéric YAMEOGO (Stagiaire)

Le premier responsable, Mahamood Bhunnoo, se présente comme Médecin chirurgien de nationalités à la fois pakistanaise, mauricienne et burkinabè. A en croire les témoignages, la recherche effrénée du profit semble être le leitmotiv par ici. Le traitement reserve aux employés est digne d’un autre temps. Multiples fonctions pour des employés non qualifiés ; traitements dégradants, dignes de l’exploitation de l’homme par l’homme ; exercice de la profession de médecin dans des conditions qui laissent à désirer ; bref, les griefs soulevés contre le patron des lieux sont nombreux. Même trop nombreux.

Harouna Kafando était loin de s’imaginer qui serait le sien, en allant se faire recruter au centre de santé Ahmadyya. Engagé pour le poste de chauffeur, il s’est retrouvé en situation d’homme à tout faire. En effet, Harouna Kafando explique avoir cumulé àlui seul, durant le temps qu’il a passé au sein du centre, les fonctions de chauffeur mécanicien, d’agent de liaison, d’assistant chirurgical et de garçon de courses au domicile de son employeur

Tout cela pour un salaire d’à peine 40 000F CFA, au départ. Après avoir eté recruté dans le flou, témoigne Harouna, son employeur ne lui a jamais proposé de contrat de travail. Ses tâches quotidiennes en tant qu’employé n’ont jamais été définies de façon claire. Comme bien d’autres de ses collègues, poursuit-il, il devient très vite le garçon à tout faire et à tout supporter, à la merci de son employeur, Mahamood Bhunnoo, patron du centre. Un centre qui serait, selon plusieurs témoins, caractérisé par un système d’asservissement digne d’un esclavage des temps modernes. De l’administration au personnel de santé proprement dit, nombreux sont ceux qui n’auraient pas le niveau requis.

Dès la première semaine de son arrivée au centre, témoigne Harouna, son employeur l’enjoint de venir l’aider au bloc opératoire. Ainsi commençait une expérience d’assistant chirurgien pour le chauffeur qu’il est. Chaque jour, il enfile ses tenues, ses gants et le voilà en plein dans le bloc opératoire. C’est lui qui doit positionner le malade, couper les compresses, être toujours à côté du patron pour lui apporter tout ce dont il a besoin durant les opérations : pinces, file, bétadine, pommade, etc.

Au grand mépris de la règlementation !

kafA la fin de chaque opération, il doit aussi évacuer le patient dans une autre salle. Tout cela, Kafando doit l’improviser. Lui qui n’a jamais été formé pour ce faire. Tout cela au grand mépris de la règlementation qui stipule notamment que l’accès au bloc opératoire en temps d’intervention est strictement interdit à toute personne n’étant pas au moins infirmier diplômé d’Etat. Mais à en croire les témoignages concordants, Kafando n’est pas seul dans cette situation. La plupart des personnes qui assistent le docteur Mahamood dans le bloc opératoire se trouvent dans la même situation que lui. Le patron les encouragerait, dès les premiers moments, à être attentifs au moment des interventions pour, dit-il, apprendre à opérer, car lui-même aurait appris notamment l’opération de l’hémorroïde au Ghana, pendant une semaine. De tels comportements constituent une mise en danger des patients.

Le manège ici consisterait à recruter des personnes sans niveau qu’on considère comme dociles et corvéables à souhait. Ainsi, Harouna Kafando soutient avoir parfois même été amené à effectuer des missions d’intervention dans les villages. Missions au cours des quelles il lui arrivait de dormir soit dans le véhicule, dans une mosquée ou à la belle étoile. Aucune prise en charge n’étant prévue. Précise-t-il. Il arrive qu’il se retrouve à partager des médicaments aux villageois. Et dans ce cas, c’est lui, un chauffeur, qui doit leur expliquer comment prendre les produits.

Quand il s’avise à attirer l’attention de son patron, le docteur Mahamood, sur le danger de telles pratiques, celui-ci lui rétorquait tout simplement de se débrouiller. Autrement, « c’est en forgeant qu’on devient forgeron». Ajoutait le patron. Temoigne Harouna. Face à cette charge de travaildif ficilement supportable, conjuguée avec la personnalité de la filleaux nombreux caprices de son patron qu’il devait aussi conduire pour ses courses personnelles, Harouna a fini par craquer un de ces jours. Trop était trop pour lui. Il demande à son employeur de lui établir un contrat de travail clair, définissant ses tâches au quotidien. Cela lui a valu son licenciement pur et simple. Pour avoir voulu revendiquer ses droits, affirme Kafando ; il a été mis à la porte du centre. Un licenciement qu’il juge abusif, bien entendu. Et voilà Harouna à l’Inspection du travail. Il depose plainte contre son ex-patron pour demander réparation. Les deux parties ne s’étant pas entendues, un PV de non- conciliation fut dressé. L’affaire est en ce moment en instance auTribunal du travail.

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Docteur spécialiste en tout ?

Les témoignages font état de ce que le docteur Mahamood soignerait tout dans son centre. Il pratiquerait de nombreux types d’interventions pour des pathologies tout aussi diversifiées. Il ne prescrirait jamais une ordonnance dont les produits ne se trouvent pas dans sa pharmacie.

Aussi, ses prescriptions suscitent souvent moult interrogations parmi ses confrères. Un autre médecin témoigne avoir reçu un patient qui s’était fait consulter auparavant dans le centre Ahmadyya. Il dit être pratiquement tombé à la renverse lorsqu’il a vu l’ordonnance qui avait été prescrite au patient en question. Aussi, la spécialité de Mahamood sembl eêtre l’opération de l’hémorroïde. De nombreux malades venant en majorité des zones rurales le consultent pour cette pathologie. Il aurait un eméthode dite de la « dilatation » par laquelle il soignerait ce mal. L’opération ne durerait que 4 à 5 mn.

Tout cela est-il conventionnel ? Difficile de répondre. Ce médecin, de surcroît spécialiste de beaucoup de maladies, est-il réellement un médecin chirurgien ? A-t-il les diplômes et l’autorisation requis pour exercer la profession de médecin au BurkinaFaso ? Tout porte à croire qu’il pratique illégalement la profession de médecin chirurgien. En tout cas, nous avons parcouru soigneusement la liste des médecins inscrits au tableau de l’Ordre des médecins du Burkina Faso. Nulle part, nous n’avons vu trace du nom de ce médecin assez particulier.

Rencontré dans son centre le 06 janvier 2017, il est vite rentré dans une colère noire lorsque nous avons voulu en savoir sur ses qualifications ainsi que celles du personnel du centre. Arguant du fait que ce ne serait pas le rôle d’un journaliste de vérifier si tout est en règle dans un établissement de santé, il s’est refusé tout com mentaire. Selon lui, c’est à l’autorité étatique que revien le droit de lui demander de faire la preuve de son titre de médecin chirurgien et aussi de celle des qualifications du personnel de santé qui travaille quotidiennement à sescôtés.

FY

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