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AN II DE L’INSURRECTION AU BURKINA : La CFDC à l’heure du bilan et des perspectives

Écrit par  Amélie GUE

confLe samedi 29 octobre 2016, au Conseil burkinabè des chargeurs, la Coalition des forces démocratiques pour un vrai changement (CFDC) a organisé la conférence nationale sur l’insurrection populaire et les défis postinsurrectionnels. Pour cette conférence placée sous le thème «Insurrection et aspirations au changement du peuple burkinabè : bilan et perspectives pour une véritable réconciliation nationale», la question de la justice et de la réconciliation nationale a été au coeur des échanges.

Cette conférence, conduite par le chef de file de l’opposition politique Zéphirin Diabré, a connu la présence du président de la Transition Michel Kafando déclaré ce jour « Président d’honneur des insurgés », de Luc Marius Ibriga, Contrôleur général d’Etat, et la participation des représentants de la majorité présidentielle et de la société civile. « Un instant d’introspection sur cette étape importante de notre histoire récente et une occasion de projection sur l’avenir de notre pays », tel est l’esprit dans lequel l’évènement était annoncé. Un thème introductif, 4 thèmes et 12 sous-thèmes ont alimenté les échanges.

Si pour Michel Kafando, qui a salué l’initiative de la conférence organisée par la CFDC, l’insurrection est inscrite en lettres d’or dans l’histoire universelle, le professeur de philosophie à l’Université de Ouagadougou, Mahamadé Savadogo, lui, relève la nécessité d’inscrire dans la prochaine Constitution, le droit à l’insurrection. « Il faut accepter qu’il y ait des moments dans l’histoire d’un peuple où il a le droit de rejeter un pouvoir qui est devenu nocif», a-t-il soutenu.

Le régime actuel qui hérite d’une situation dont les origines remontent à 3 décennies selon le député Charles Lona Ouattara, doit tout mettre en oeuvre pour désamorcer la fronde sociale, rétablir la justice sociale... Le colonel a également porté ses analyses sur le déficit sécuritaire, la réforme du secteur de la défense et de la sécurité. « Le Burkina requiert une armée moderne bien équipée, opérationnelle, enracinée sur un socle de valeurs les plus professionnelles, de discipline, de loyauté, de patriotisme, d’intégrité, du sens de devoir, de l’esprit républicain, capables de créer les conditions optimales, pour une complémentarité aux forces de défense et de sécurité.»

«Vérité, justice, réconciliation : la complexité de toute l’équation du Burkina Faso»

« Nous pouvons être fiers de ce qui a été fait dans ce pays, fiers de notre jeunesse, fiers de nos femmes et enfants, fiers du peuple burkinabè et nous devons à l’occasion d’un jour comme celui-là, cultiver l’unité nationale, faire en sorte que ce qui a été fait il y a deux ans demeure à jamais ». C’est la substance du message de l’invité d’honneur de la conférence, Michel Kafando. Sur la question de la réconciliation nationale, notant son urgence et s’exprimant au nom de la CFDC, le président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) relèvera, lui, la solution en trois mots clés : «vérité, justice, réconciliation» ; c’est la complexité de toute l’équation du Burkina Faso aujourd’hui, a déclaré Zéphirin Diabré. Pour lui donc, « La question de la réconciliation n’est pas nouvelle au pays des Hommes intègres et elle doit passer par trois choses : d’abord, la vérité pour qu’on sache qu’est-ce qui s’est passé et qui a fait quoi. Après cette étape vient celle de la justice : situer les responsabilités. Et enfin viendra celle de la réconciliation. »

Dans sa communication sur l’état de la Justice et son rôle face aux crimes de sang et aux crimes économiques, Me Guy Hervé Kam parlera d’une Justice toujours en quête d’indépendance et peu crédible ». Pour ce dernier, au temps de Compaoré, une relation incestueuse entre la Justice et le politique existait. Si des garanties qui permettent à la Justice d’être indépendante existent sur le papier grâce aux réformes du CNT (pouvoir de nomination, exercice du pouvoir disciplinaire...), les questions d’immixtion sont toujours d’actualité, note l’avocat. Aussi, les textes ont été changés mais pas les têtes (personnes, ndlr) dira-t-il. Faisant référence à la réconciliation nationale, il a recommandé de «mettre les victimes au coeur des préoccupations». Pour le professeur Augustin Loada, l’un des panélistes, « il est important que l’Etat aille jusqu’au bout. Ce schéma ne doit pas être instrumentalisé comme on l’a vu sous Blaise Compaoré. Sinon, c’est l’échec garanti !»

Le président du Haut Conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN), Pr Benoît Kambou, présent pour le dernier panel, a présenté son institution et ses missions. A son endroit, des participants ont exprimé le souhait qu’il y ait plus d’actions qui suivent que de rapports.

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