Le Reporter

Assassinat de Bernadette Tiendrebeogo

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Un fait divers aux allures d’affaire d’Etat

lompoBernadette Tiendrebéogo, abattue de sang-froid par son ex-amoureuxDans une république digne de ce nom, l’assassinat du 9 mars dernier de Bernadette Tiendrebéogo aurait relevé simplement d’un acte criminel crapuleux. Bien que cruel, il pourrait s’agir d’un crime passionnel. La Justice ferait simplement son travail sans aucune ingérence politique. Mais voilà, du fait que le présumé assassin soit du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) qui, dans la mémoire d’une certaine génération, a une sinistre réputation, cet assassinat prend des allures d’une affaire d’Etat. A cela s’ajoute le contexte d’impunité presque systématique dont bénéficient des présumés suspects de crime issus des cercles du pouvoir, dont cette unité militaire commise à leur sécurité. L’on comprend que le gouvernement ait pris les devants, avant même la Justice, pour annoncer le crime et la mise aux arrêts du Caporal Banhala Alphonse Lompo, qui a mis fin à la vie de Bernadette Tienbréogo.

Dans notre édition, N°112 du 15 au 28 février 2013, nous nous sommes fait l’écho de la mort suspecte du jeune Adama Kiemtoré à Koudougou, suite à une interpellation aux allures d’abus de pouvoirs par un gendarme. Cet article nous a valu le courroux de la gendarmerie nationale et une convocation par le Tribunal militaire de Ouagadougou. Nous nous attendions à ce que l’on nous dise que des dispositions sont prises par la hiérarchie pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire (voire Reporter N°112). Mais que nenni ! On nous reproche plutôt d’avoir utilisé le logo de la gendarmerie pour illustrer notre article sans accord préalable.

Et c’est tout. Cette affaire fait l’objet d’une information ouverte par le procureur de Koudougou. Des pressions diverses sont exercées pour éviter que l’affaire ne suscite des remous à Koudougou. La politique semble vouloir se substituer à la justice pour résoudre l’affaire. Tout semble indiquer que comme à leurs habitudes, les politiques font des pieds et des mains pour assurer au pandore, une impunité.

Et voilà un autre bidasse du Régiment de sécurité présidentielle qui abat froidement son ex-petite amie, dans la chambre paternelle. Ce cruel dénouement d’une relation amoureuse suscite l’émoi et la colère des jeunes du quartier Wemtenga de Ouagadougou et tous ceux qui sont attachés au droit à la vie.

Pour la première fois, le gouvernement burkinabè a réagi très promptement et sans ambigüité sur un cas d’assassinat. Il n’a pas non plus essayé ni de trouver des circonstances atténuantes à ce soldat, ni de tronquer la réalité des faits. De par le passé, l’on a assisté à des mensonges d’Etat, sans aucune raison valable, quand des militaires, des policiers ou des gendarmes sont impliqués dans la mort d’un citoyen burkinabè. Souvenons-nous que Thomas Sankara est mort de mort naturelle, David Ouédraogo de sa maladie, Norbert Zongo des suites d’un accident, Justin Zongo de méningite, Dabo Boukary et Guillaume Sessouma se sont évadés à jamais du RSP (jusqu’à ce l’on montre leurs tombes à leurs familles en 2001), etc.

procureurLe Procureur général, Honorine Méda, refait encore surface pour annoncer qu’une procédure est ouverte et que la Justice ferait son travailEnfin, le gouvernement accepte la vérité sans y être contraint par la rue ! Il faut donc se réjouir que le gouvernement ait choisi le langage de la vérité dans cette nouvelle affaire de meurtre commis par un soldat. Dès le dimanche 10 mars, l’on pouvait lire sur la page Facebook de Blaise Compaoré, l’information et les condoléances présidentielles à la famille. Un communiqué du gouvernement a été également diffusé sur le site du Système d’information du gouvernement (SIG) et sur les réseaux sociaux.

Mieux, c’est la hiérarchie du soldat, nous apprend le procureur général, qui a arrêté le Caporal Lompo et remis à la gendarmerie. Est-ce parce que le gouvernement n’avait d’autre choix que de dire la vérité, d’autant plus que le Caporal Lompo a poussé le cynisme jusqu’à commettre sa forfaiture dans la chambre du père de la victime et en présence de la famille (donc devant des témoins oculaires) ? Ou alors parce que dans les cas précédents, les informations vraies ne lui étaient pas communiquées ? Peu importe ! Car, l’important n’est pas ce que fait ou pense le gouvernement. L’important, c’est que fera la justice.

Malheureusement, celle-ci a habitué les Burkinabè à des annonces de poursuites sans suites ou aboutissant à des procès où l’on sort des débats sans avoir la certitude sur la culpabilité des condamnés (cas de Justin Zongo), à des condamnations d’exécutants sans chercher les commanditaires, même quand les faits sont plus que parlants (cas de David Ouédraogo) ou encore à des classements sans suite (cas de Norbert Zongo). Bref, il y a tellement de faits qui n’incitent pas à croire en des promesses de poursuites judiciaires dans ce pays.

L’assassinat de Bernadette Tiendrebéogo est intervenu dans ce contexte de crise de confiance entre les justiciables et la justice. Cette justice, maladroitement, multiplie des actes qui concourent à renforcer cette crise de confiance. Le même procureur général, Honorine Méda, qui a annoncé que la Justice s’était saisie du dossier Bernadette Tiendrebéogo, est la même qui a animé une série de conférences de presse en 2012 sur les évolutions du dossier Ousmane Guiro.

Un an s’est écoulé déjà, rien de concret ne se pointe à l’horizon. Bien au contraire, Guiro a été libéré après 7 mois de détention pour se présenter et se faire élire aux élections municipales de décembre dernier. Sur ce dossier, Madame le procureur ne dit plus rien. Aujourd’hui encore, elle veut rassurer ses compatriotes que la procédure judiciaire est enclenchée et que le Caporal Lompo encourt la peine de mort. Il est poursuivi pour « assassinat avec préméditation et guet-apens.

Pour le moment, nous ne pouvons pas vous dire quand aura lieu le procès. La procédure a débuté et suit son cours », affirme Madame le procureur général. C’est toujours la même rengaine. Il faut donc espérer que cette fois, la procédure aboutira à un procès digne de ce nom, avec des sanctions à la hauteur du forfait. La sinistre réputation du RSP le rattrape! La Justice doit aider les Burkinabè à ne plus retomber dans la hantise du RSP.

Pour rappel, avant l’assassinat de Norbert Zongo, la seule évocation du nom du RSP ou de leur quartier général d’alors (le Conseil de l’entente) ou encore de certains de ses éléments pouvait susciter une peur bleue. Les «commandos à la pô entaché à la conseil pour faire de sécurité» (entendez « commandos de Pô détachés au Conseil pour assurer la sécurité présidentielle), ont traumatisé bien des Burkinabè. Bien d’autres ont été torturés à mort en ces lieux. D’autres encore ont été arrêtés et s’y seraient évadés à jamais. Des soldats de ce RSP menaçaient publiquement des citoyens avec la formule bien connue de « si tu fais, on te fait et il n’y a rien». C’est cette sinistre réputation que traîne le RSP qui avait conduit le Collège de sages de 1999 à recommander son démantèlement et le remplacement de la sécurité présidentielle par des corps d’élite de la gendarmerie et de la police. Mais, comme sur bien des recommandations des sages, le pouvoir a rusé pour ne rien y faire. Aujourd’hui, le RSP a été en partie délocalisé à côté du nouveau palais présidentiel de Kosyam tout en conservant le QG du Conseil de l’entente. Depuis quelques années, le RSP semble avoir fait son nettoyage discrètement. Il se refaisait une autre image et avait même réussi, à la faveur de l’intervention pour mater les mutins de Bobo Dioulasso en juin 2011, à se faire passer comme une unité d’élite au service de la protection des institutions républicaines et de l’ordre public. Mais voilà que des brebis galeuses viennent rappeler au mauvais souvenir des Burkinabè que dans cette unité, il y a encore des soldats qui ont la gâchette facile.

Certes, cette affaire Bernadette Tiendrebéogo ne saurait logiquement être l’occasion de jeter l’opprobre sur le RSP. D’autant plus qu’il semble s’agir d’une affaire personnelle qui n’a rien à voir avec le RSP. Mais, la réputation de cette unité ne l’aide pas trop. Quand des hommes qui ont pour responsabilité d’assurer la sécurité du chef de l’Etat assassinent impunément des citoyens dépourvus de tout pouvoir et toute protection, traumatisent pendant de longues années la population, l’on peut faire tous les nettoyages, mais les traumatismes et les ressentiments persisteront à jamais. Finalement, c’est le Collège de sages qui avait raison de recommander le démantèlement du RSP. Au-delà de ce drame du 9 mars, le RSP en lui-même constitue un problème pour la république. Que peut faire le prochain Président (car, il y en aura sans doute) avec ce camp militaire installé pratiquement dans le palais ? Le débat peut et doit être relancé.

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