13 ANS SANS SALAIRE : La carrière de Yarga Ouédraogo enfin reconstituée ?

Mai 2008 à 2021, voilà bientôt 13 ans que Yarga Ouédraogo a vu son salaire coupé. Ingénieur de l’équipement rural en fonction au ministère de l’Eau et de l’Assainissement, il n’avait pas compris pourquoi son salaire lui a été coupé. Ce n’est qu’après, qu’il se rendra compte qu’une opération de billetage a été organisée au moment où il était bénéficiaire d’une absence justifiée. Malheureusement, le salaire ne sera pas rétabli. Il engage alors une procédure en Justice afin de rentrer dans ses droits. Cette bataille judiciaire ne s’annonçait pas si longue, mais finalement, ce sera un chemin de croix pour Yarga Ouédraogo. Aujourd’hui, les choses semblent avoir évolué. Une procédure de règlement à l’amiable serait sur la table et Yarga Ouédraogo pourrait voir sa situation régularisée et sa carrière reconstituée. Mais rien n’est encore joué ; le calvaire de Yarga se poursuit. Jusqu’à quand ?

Nous avons fait sa connaissance à la fin de l’année 2013. Fonctionnaire de son état, Yarga Ouédraogo nous relatait son chemin de croix suite au blocage de son salaire par son ministère de tutelle. A l’issue de l’entretien que nous lui
avions accordé, nous titrions dans un article paru dans le n°132 du 15 décembre 2013, « La galère d’un travailleur qui
entamait sa septième année sans salaire ». Depuis lors, ce fut un chemin de croix pour le fonctionnaire. Il avait, dans sa volonté de rentrer dans ses droits, posé une plainte en 2011 au Tribunal administratif de Ouagadougou ; une plainte dans laquelle l’ingénieur de l’équipement rural poursuit l’Etat burkinabè pour lui avoir coupé son salaire.

Puis la Justice prend son temps. En mars 2014, le dossier prend une autre tournure : le Tribunal administratif déclare la requête « irrecevable en sa branche portant réclamation des salaires de juillet 1998 à septembre 1999 pour forclusion ». Du même coup, les autres demandes du fonctionnaire étaient déclarées mal fondées par le Tribunal
administratif. Yarga Ouédraogo est découragé mais il n’abandonne pas. Il fait appel de la décision devant le Conseil d’Etat. Le temps va encore s’écouler ; et rien ! Puis vint l’année 2017, 4 années après notre rencontre avec l’infortuné. Le parcours judiciaire de la plainte contre l’Etat semble se compliquer. Le bout du tunnel n’est toujours pas perceptible.

Las d’attendre et au bout du désespoir, Yarga Ouédraogo décide de s’adresser au président du Faso pour lui expliquer son désarroi. Dès lors, un coup d’accélérateur est donné au dossier. Sur des conseils avisés, le 2 juillet 2019, Yarga Ouédraogo adresse un courrier à son ministère de tutelle pour demander son enrôlement biométrique en vue de régulariser sa situation administrative. Quatre mois après, soit en octobre 2019, c’est le Secrétaire général du ministère de l’Eau et de l’Assainissement de l’époque qui adresse une correspondance au Secrétaire permanent de la Modernisation de l’administration et de la bonne gouvernance (SP/MABG) en vue du processus de l’enrôlement biométrique. Cet enrôlement sera effectif le 16 octobre 2019.

Après cet enrôlement biométrique et la demande de régularisation, nous apprenons qu’un arrêté de reconstitution de la situation serait en cours de signature. A ce jour, le processus aurait atteint un niveau important d’avancement, confie-t-on. Pendant ce temps, devant le Conseil d’Etat, le dossier suit aussi son cours. C’est ainsi que le 9 février 2021, au cours de l’audience, le tribunal est informé d’un processus de règlement à l’amiable qui a été entamé. Surpris, le juge demande que l’Agent judiciaire de l’Etat puisse suivre ce processus de règlement à l’amiable afin de le tenir informé de la suite. Le 11 février 2021, Yarga Ouédraogo fait le point de la situation à l’Agent judiciaire de l’Etat (AJE), tout en l’informant officiellement du processus de règlement à l’amiable. Il demande en sus à l’Agent judiciaire de l’Etat d’œuvrer également afin que le processus de règlement à l’amiable puisse aboutir. Pour lui, si les
parties prenantes parvenaient à trouver une issue quant à la reconstitution de sa carrière et le paiement de ses salaires depuis toutes ces années, il s’engagerait également de son côté afin que la plainte contre l’Etat soit retirée.

Au même moment, nous apprenons qu’une audience est prévue le 11 juin 2021 devant le Conseil d’Etat. Elle devrait
connaitre du dossier de Yarga Ouédraogo. En rappel, le salaire de Yarga Ouédraogo avait été suspendu en mai 2008 ; pourtant, il n’avait fait l’objet ni de révocation, ni de licenciement des effectifs de la Fonction publique.

Aimé NABALOUM
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