AMBASSADE DU BURKINA A ADDIS ABEBA : L’épouse de l’Ambassadeur refuse l’accès de l’Ambassade à un Burkinabè en détresse

Ces évènements se sont déroulés les 28 et 29 mars 2020 dans les locaux de la résidence de l’Ambassadeur adjoint du Burkina Faso à Addis Abeba en Ethiopie. Belem Cheiknha, un Burkinabè victime de vol, lors d’un voyage entre Karthoum (Soudan) et Addis Abeba (Ethiopie), s’est retrouvé avec  sa seule pièce d’identité entre les mains. Le seul recours qui lui reste, c’est l’Ambassade. Mais là, il aura des difficultés à accéder aux locaux. Voici les péripéties d’un aventurier refoulé par sa compatriote, à la résidence d’un Ambassadeur.

Jeune commerçant, Belem Cheiknha exerçait ses activités à Ouahigouya à travers la vente des plats. Sentant qu’il pouvait faire affaires en allant chercher lui-même ses marchandises, il s’engage à rejoindre l’Arabie Saoudite par la route. Lors du voyage, il passe par plusieurs pays et arrive à Karthoum au Soudan. De là, il embarque dans les transports en commun pour l’Ethiopie avec pour destination Djibouti.

Entre Karthoum et Addis Abeba, avec la longueur du trajet, plus de 1500 kilomètres, le jeune commerçant s’est endormi. Il ne se réveillera qu’à Addis Abeba. La surprise sera grande, car il constatera qu’il a été dépouillé de tout. Il ne lui restait que sa carte nationale d’identité burkinabè. Ne s’exprimant qu’en français, il a eu du mal à se faire conduire à l’Ambassade du Burkina. Ne sachant plus quoi faire, il se rend à un poste de police. Sans hésiter, en cette période de Coronavirus, il sera conduit dans un hôpital pour subir des tests sur le Covid-19. Finalement, il est déclaré négatif au Coronavirus.

C’est alors que les autorités sanitaires informent le ministère des Affaires étrangères de l’Ethiopie de la présence du Burkinabè dans le centre de santé. A son tour, le ministère éthiopien des Affaires étrangères entre en contact avec l’Ambassadeur adjoint pour signaler la présence d’un Burkinabè sur le sol éthiopien. Nous étions à quelques quatre jours après son arrivée. Selon les informations en notre possession, dès lors que l’Ambassadeur a reçu l’information, il en fait cas à la trésorière sortante de l’Ambassade pour qu’elle trouve un hôtel pour héberger le jeune Belem.

L’Ambassadeur adjoint précisera que la trésorière devra trouver l’hôtel bien loin. A quelle fin ? Empêcher le jeune de pouvoir se pointer à l’Ambassade ? Les mêmes sources expliquent que ni l’Ambassadeur adjoint, ni son épouse n’aurait eu confiance au document médical délivré par les services de santé éthiopiens : le jeune pourrait avoir le Covid-19. Niet répond l’ambassadeur Léopold Bonkounkou. Il n’en a jamais été question. «Personne n’a lu sur le visage du jeune qu’il a le Covdi19» dit-il.

Sous les ordres de l’Ambassadeur adjoint donc, un hôtel sera alors trouvé très loin de l’Ambassade. Même l’hôtel habituel où l’Ambassade réfère les compatriotes en séjour où de passage n’a pas été conseillé.

Le calvaire…

Le vrai calvaire va commencer. Direction a alors été prise pour l’hôtel. Selon l’ambassadeur adjoint, il lui sera remis des habits, des chausseurs, du gel, etc. Nous sommes le samedi 28 mars 2020. Belem Cheiknha y passera une nuit. Le lendemain, le matin du dimanche 29 mars, les responsables de l’hôtel lui exigent son passeport ainsi que les frais d’hôtel. Il leur explique qu’il a été victime de vol et que ses papiers ont été également emportés. Mieux, c’est l’Ambassade qui l’a conduit là. L’hôtel n’a pas voulu entendre raison. Il sera expulsé de l’hôtel. Belem décide de retourner à l’Ambassade. Une petite somme lui avait été remise par l’Ambassadeur adjoint et c’est cet argent qui sera utilisé pour payer le taxi. Cette fois-ci, il entend demander un gîte plus pérenne, le temps de trouver la solution à son problème.

Devant l’Ambassade, la garde lui dit d’attendre qu’elle rende compte à l’Ambassadeur adjoint dont la résidence se trouve dans l’enceinte de la cour de l’Ambassade. Sachant déjà qui est le jeune, c’est l’épouse de l’Ambassadeur adjoint qui aurait donné les ordres en sommant la garde de lui refuser l’accès et de lui dire qu’aujourd’hui, c’est dimanche et qu’il n’a qu’à revenir le lendemain lundi. N’ayant pas où aller, il entame de négocier sérieusement pour rentrer et attendre le lundi matin. Le refus de l’épouse est catégorique. La garde l’aurait même brutalisé pour qu’il s’éloigne de la devanture de l’Ambassade.

Au même moment, la police de quartier qui était en patrouille tombe sur la scène et appelle la police fédérale qui arriva rapidement sur les lieux bien armée pour embarquer le jeune, puisque l’Ambassadeur adjoint refuse qu’il ait accès aux locaux.

A tout hasard et d’une coïncidence heureuse pour Belem, d’autres compatriotes, apparemment des fonctionnaires de l’Ambassade, tombent sur l’affaire. Il a d’abord fallu faire comprendre aux policiers qu’il s’agit effectivement d’un Burkinabè et qu’une solution sera trouvée. L’essentiel était d’empêcher que Belem soit embarqué. Ils vont donc ensuite tenter de faire entendre raison à l’Ambassadeur et à son épouse, le temps de trouver d’autres solutions. Mais ils resteront catégoriques.

Plusieurs sources sur place nous confient d’ailleurs que la résidence de l’Ambassadeur possède de nombreuses maisons habitables. Refuser donc d’héberger un compatriote dans les difficultés est alors incompréhensible. Tout le monde est ahuri. Les voix s’élèvent ! L’épouse reste imperturbable.

Selon elle, le jeune pourrait porter le virus du Covid-19 et de ce fait, elle ne souhaite pas l’héberger. Pourtant, Belem a été testé négatif à l’hôpital où il a séjourné.

Les compatriotes ayant eu vent de l’affaire sont actuellement scandalisés, surtout en cette période. Mieux, nous précise-t-on, la résidence de l’Ambassadeur adjoint est en réalité, le pied-à-terre du président du Faso dans ce pays et il y a des dépendances qui auraient fait l’affaire. Mais selon les propos de l’ambassadeur adjoint, il n’a pas été mis au courant d’une quelconque altercation entre son épouse et des fonctionnaires de l’ambassadeur.

Il soutient en outre que si les vigiles ont refusé l’accès, cela est du à des antécédents où des personnes mal intentionnées ont failli avoir accès à l’intérieur des locaux. Avec les interventions tous azimuts, le jeune Belem a été renvoyé à l’hôtel avec des documents attestant qu’il est sous la charge de l’Ambassade. Malheureusement, là aussi, il lui est servi un seul repas par jour. L’ambassadeur adjoint Léopold Bonkoungou explique par contre que Belem est à la charge de l’Ambassade.

Au dernières nouvelles, il nous revient à propos que les responsables de l’Organisation internationale des migrations (OIM) ont constitué un dossier pour Belem et il est à leur charge. Mieux, l’OIM s’engage à trouver la solution, en le ramenant par exemple, au Burkina, une fois que les frontières s’ouvriront.

Il faut préciser que depuis 2016, le Burkina n’a qu’un Ambassadeur adjoint dans ce pays, après la tentative de nomination d’un Ambassadeur qui a échoué faute du respect de certaines procédures. Affaire à suivre !

Aimé NABALOUM
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Aimé NABALOUM
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commentaire
  • Le patriotisme des ambassadeurs; si adjoints sont-ils! Qui a envoyé monsieur comme représentant national, avant qu’il n’emporte sa femme? L’incivisme est une pandémie au Faso. Madame sévère, et monsieur méchant devant les compatriotes. Pour venir un jour s’exhiber devant une foule d’endormis. Pauvre Burkina Façon. Intégrité, où es tu?

Aimé NABALOUM Ecrit par Aimé NABALOUM

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