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ASSASSINAT DE THOMAS SANKARA ET DE SES 12 COMPAGNONS : Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et 12 autres à la barre

Le dossier de l’assassinat du Président Thomas Sankara et de ses 12 compagnons d’infortune le 15 octobre 1987 est fin prêt pour le jugement. C’est Blaise Compaoré (son ami jusqu’à cette soirée tragique) et 13 autres personnes qui sont à la Chambre de jugement du Tribunal militaire pour attentat à la sûreté de l’Etat, assassinat, complicité d’assassinat, recel de cadavres, subornation de témoins, etc. C’est en substance l’arrêt de la Chambre de contrôle de l’instruction du Tribunal militaire de Ouagadougou, rendu le mardi 13 avril 2021. Une grande étape vient donc d’être franchie dans cette longue marche vers la justice dans ce drame qui pourrit la vie politique et sociale au Burkina depuis 34 ans. Il reste maintenant à savoir si Blaise Compaoré surprendra une fois de plus ses compatriotes en déférant au mandat d’arrêt international pour s’expliquer sur ce crime fondateur de son long règne de 27 ans.

C’est l’un des faits marquants de l’actualité internationale de ce mardi 13 avril 2021, surtout dans les médias francophones. L’ex-Président Blaise Compaoré et ses hommes de main, notamment, son fidèle lieutenant (au sens
propre du terme), devenu Général Gilbert Diendéré, l’Adjudant-chef Hyacinthe Kafando, son ex-ange gardien qui se vantait d’avoir droit de vie ou de mort sur ses compatriotes (si tu fais, on te fait et il n’y a rien) seront bientôt jugés pour l’assassinat du Président Thomas Sankara.

Comme le dit l’adage, aussi longue que soit la nuit, le jour viendra. En effet, lorsque le 15 octobre 1987, les hommes à la gâchette facile qui s’étaient emparés du pouvoir d’Etat dans un bain de sang, perpétraient leur forfait, ils étaient loin de s’imaginer qu’un jour viendra où il leur sera demandé des comptes. Le nouvel homme fort d’alors et ses hommes avaient usé de tous les qualificatifs abjects pour salir l’image et souiller la mémoire de celui dont il prétendait être l’ami. Près de 34 ans après, il a l’occasion de s’expliquer sur ce qui s’était passé entre frères d’armes, amis, camarades au point de recourir aux armes pour régler mortellement leurs contradictions.

Pendant 27 ans, il n’y avait que sa vérité qui s’imposait. Ainsi, lorsque le 29 septembre 1997, soit à quelques 2 semaines de la prescription de ce crime odieux, la veuve Mariam Sankara et ses enfants, par le biais de Me Bénéwendé Sankara, portaient plainte contre X pour assassinat du Président Sankara, ils ont paru comme des fous qui ont pris le risque de défier les dieux. La suite, on la connaît. Après moult péripéties, les tribunaux de droits communs se sont déclarés incompétents au motif que les faits se sont déroulés dans une caserne militaire, à savoir le Conseil de l’Entente alors transformé en quartier général de la Révolution et investi par un détachement du Centre national d’entrainement commando (CENEC), chargé de la sécurité de l’Etat.

En effet, le 19 juin 2001, la Cour suprême (qui a été éclatée plus tard pour donner naissance au Conseil constitutionnel, à la Cour de cassation et au Conseil d’Etat) a déclaré irrecevable le pourvoi en cassation des Avocats de la famille Sankara, consacrant ainsi l’impossibilité pour les tribunaux de droit commun de connaître de cette affaire. Les Avocats se tournent, dès lors vers le Tribunal militaire dont la saisie est particulière. Ils écrivent au ministre de la Défense d’alors qui n’était autre que Blaise Compaoré lui-même, pour lui demander de saisir le Tribunal militaire. Le ministre de la Défense, qui devrait donner l’ordre de poursuite, ne l’a jamais fait.

Face à ce refus manifeste de la Justice et du ministère de la Défense de donner des suites à la plainte de la veuve, le
Comité international justice pour Thomas Sankara et la famille décident de saisir le Comité des droits humains des Nations unies d’une plainte contre l’Etat burkinabè. C’était en octobre 2002. Quatre ans plus tard, le comité accède à la requête des plaignants et enjoint l’Etat burkinabè
«d’élucider l’assassinat de Thomas Sankara; de fournir à la famille les moyens d’une justice impartiale; de rectifier son certificat de décès; de prouver le lieu de son enterrement; de compenser la famille pour le traumatisme subi; d’éviter que pareille tragédie ne se reproduise; et de divulguer publiquement la décision du comité». Cette décision du comité était assortie d’un délai de 90 jours pour son exécution.

Le temps, l’autre non de Dieu

Fidèle à son choix du déni de la justice, le Président Compaoré usera de tous les subterfuges au niveau national et tous ses circuits diplomatiques pour se blanchir. Des propositions de dédommagements ont été faites à la famille qui les a rejetées ainsi que d’autres démarches permettant de classer définitivement ce dossier sur le plan judiciaire. Et en 2008, le Comité des droits humains, faisant suite aux explications fournies par l’Etat du Burkina, est revenu sur sa décision. Une fois de plus, les seigneurs qui gouvernaient le Burkina Faso remportèrent une victoire dans leur option du déni de la justice. Pour clore définitivement le dossier au plan judiciaire, la Cour de cassation a déclaré la procédure irrecevable en 2012. Pour les hommes forts d’alors, l’affaire est donc définitivement enterrée. Ils croyaient
avoir tous les pouvoirs de s’offrir l’impunité. Mais ils avaient oublié que le temps est l’autre nom de Dieu. Avec le temps, ils se sont progressivement égarés et ont cru avoir tous les pouvoirs y compris celui de s’éterniser au pouvoir. Mal leur en a pris. Le 31 octobre 2014, en plein midi, ils ont pris leurs jambes au cou pour échapper à la colère du peuple insurgé.

Depuis, ils sont en fuite et recherchés par la Justice. En 2015, sous la Transition, le dossier a été rouvert au Tribunal militaire et a été confié à un juge d’instruction. Celui-ci diligente une procédure qui va permettre d’entendre des acteurs, d’inculper des dizaines de personnes, dont Blaise Compaoré. Dans le même temps, le président de la Transition, par le fait du prince, ordonne l’exhumation du Président Thomas Sankara et de ses douze compagnons
aux fins de test ADN pour s’assurer de leur identité et afin de donner au père de la Révolution une sépulture digne de son rang et de sa contribution à la construction de la Nation burkinabè.

En 2020, le juge a bouclé son travail et pris un arrêt de clôture de l’instruction. La suite du travail revenait donc à la
Chambre de contrôle de l’instruction qui a entamé en novembre, les audiences de confirmation des charges. Le mardi 13 avril, la Chambre a vidé son délibéré. Elle a mis en accusation Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré, Hyacinthe Kafando, Jean Pierre Palm (Lieutenant de gendarmerie au moment des faits, ancien ministre de Blaise
Compaoré et actuellement colonel-major à la retraite), Halidou Diebré (médecin commandant au moment des faits, auteur du certificat de décès du Président Sankara avec la mention « mort de mort naturelle », actuellement colonel-major à la retraite) et neuf autres personnes (voir la liste en encadré).

Avec cet arrêt de la Chambre de contrôle de l’instruction, l’on a amorcé l’un des derniers virages vers le procès. Il resterait désormais quelques réglages, notamment, la programmation et la question de l’exécution des mandats d’arrêt internationaux contre Blaise Compaoré et son ex-chef de sa garde rapprochée, Hyacinthe Kafando. La Côte d’Ivoire va-t-elle donner une suite à la demande d’extradition ou va-t-elle permettre à Blaise Compaoré de continuer à fuir la Justice ? Blaise Compaoré va-t-il courageusement se décider enfin à s’assumer en venant de lui-même pour s’expliquer devant la Chambre de jugement du Tribunal militaire ? Quid de Hyacinthe Kafando qui a, lui aussi, pris la poudre d’escampette lorsqu’il a été convoqué par le juge d’instruction ?

Il ne manque qu’eux. Tous les autres prévenus sont là et la Chambre a ordonné la prise de corps de tous ceux qui sont en liberté en attendant le procès. Ce qui signifie que tous les mis en accusation doivent être désormais sous la main de la Justice, déférés à la Maison d’arrêt et de correction des armées. Même si les fuyards ne rentrent pas, de gré ou de force, ils seront jugés. Et ce sera dommage qu’ils ne soient pas là pour se défendre. Tout porte à croire que l’on s’achemine vers une telle probabilité. Blaise Compaoré ne semble pas prêt de s’assumer et il ne faut pas compter sur la Côte d’Ivoire pour accéder à la demande d’extradition, tant que Alassane Ouattara, qui doit en partie son fauteuil à Blaise Compaoré sera au pouvoir.

Ironie du sort, pendant que Laurent Gbagbo qu’il avait prédit finir à la Cour pénale internationale (CPI) se prépare à retourner en terre natale, après avoir triomphé de la Justice internationale, Blaise Compaoré, lui, fait des pieds et des mains pour ne pas rentrer au pays de peur d’affronter la Justice. Ainsi va la vie. On ne rentre pas dans l’histoire par effraction au risque d’en ressortir par un trou de rat.

En tous les cas, il ne reste plus qu’à espérer que le processus aille jusqu’à son terme et le plus tôt possible, afin de vider ce vieux contentieux politico-judiciaire qui divise la société burkinabè. Après 34 longues années d’expectative, l’heure de la justice approche. Vivement qu’elle arrive pour qu’enfin le premier président du Faso puisse reposer en paix et que les bases de la réconciliation vraie soient jetées.

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Liste des mis en cause et des charges retenues contre eux

Blaise Compaoré : poursuivi pour attentat à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat et recel de cadavres.
Gilbert Diendéré : subornation de témoin, complicité d’assassinat et attentat à la sûreté de l’Etat.
Kafando Hyacinthe : attentat à la sûreté de l’Etat, assassinat et faux en écriture publique.
Traoré Bossobé : complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.
Ouédraogo Nabonwemdé : assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.
Sawadogo Idrissa : assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.
Ilboudo Yamba Elysée : assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.
Ouédraogo Tibo : complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.
Belemlilga Albert Pascal Sibidi : complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.
Démé Djakalia : complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.
Palm Morin Aldjouma Jean-Pierre : complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.
Diébré Hamidou Jean Christophe : faux en écriture publique.
Kafando Hamado : faux en écriture publique.
Tonde Ninda dit Pascal : subornation de témoins.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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