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Côte d’Ivoire : la mort de Hambak va-t-il consacrer la patrimonialisation du pouvoir ?

Huit mois après le décès d’Amadou Gon Coulibaly, ancien Premier ministre de Côte d’Ivoire et dauphin désigné du Président Alassane Ouattara, son successeur, Hamed Bagayoko, a tiré sa révérence. C’était le 5e Premier ministre de Ouattara en un peu moins de 10 ans de pouvoir (avril 2011- mars 2021). Officiellement, c’est un cancer fulgurant (il faudra qu’on explique ce que cela signifie) qui aurait brisé l’ascension de tous ses échelons politiques. Mais, il n’aura duré que 8 mois à la tête du gouvernement ivoirien. A 56 ans, de manière aussi fulgurante, Hamed Bagayoko qui, parti de rien, a pratiquement gravi tous les échelons.

Hambak (comme on l’appelait affectueusement) quitte donc la scène, à un moment où beaucoup de ses compatriotes espéraient qu’il jouerait d’autres rôles plus importants, notamment, celui de nouveau successeur du Président Alassane Ouattara à la Présidence de la République. Mais les hommes proposent et Dieu dispose, dit-on ! Avec la disparition de celui que certains ont surnommé le « Golden Boy », l’homme des réseaux, tutoyant les grands du continent (chefs d’Etat, rois, ministres, hommes d’affaires, etc.) et partageant des moments de convivialité avec des sans-culottes (des jeunes désœuvrés, des étudiants, des artistes, des marchandes de légumes, etc.), la Côte d’Ivoire perd l’un de ses hommes politiques aux parcours exceptionnels. Le vide laissé par Hamed Bagayoko dépasse le cadre de son clan, notamment, les partis au pouvoir. Il était celui qui pouvait discuter avec tous les camps. On lui attribue la catharsis qui a permis à tous les partis d’aller aux dernières législatives sans grand couac, après une élection présidentielle chaotique qui a laissé 87 Macabées sur le carreau.

Au sein de son camp, notamment, dans l’entourage du Président Ouattara, il ne fait l’ombre d’aucun doute que sa mort rabat complètement les cartes tout comme l’avait fait celle de son prédécesseur. En effet, si la disparition de Gon Coulibaly a servi de prétexte à Alassane Ouattara pour renier ses engagements et briguer un troisième mandat, la mort de Hambak ouvre un boulevard pour le frère cadet du président pour sortir du bois et jouer les premiers rôles dans le landerneau politique de la Côte d’Ivoire. Déjà, il a été nommé ministre de la Défense par intérim quelques jours avant la mort du Premier ministre qui détenait cumulativement ce portefeuille. A ce que l’on dit, la rivalité entre les deux hommes se faisait de plus en plus forte. Le frère cadet voudrait également jouer dans la cour des grands.

La Côte d’Ivoire aura aussi son petit président. De plus en plus, la succession de Ouattara devient problématique. Ceux qui étaient les mieux positionnés soit tombent en disgrâce (Guillaume Soro, Daniel Kabla Duncan), soit disparaissent (Gon Coulibay, Hambak). Alors, Ouattara va-t-il tomber dans le piège du recentrage du pouvoir autour de la famille afin d’espérer le conserver durablement ? Beaucoup d’Ivoiriens et d’observateurs non ivoiriens de la scène politique pensent que c’est déjà acté. Les Ouattara vont enfin devoir dévoiler leur stratégie. Mais c’est un pari très risqué et qui risque de finir très mal et pour le malheur de la Côte d’Ivoire. Ca n’arrive pas qu’aux autres. Déjà que des suspicions de complots ou de liquidation ciblées de ceux qui pourraient entraver la patrimonialisation du pouvoir se font de plus en plus persistantes, essayer de préparer une succession familiale à la tête de l’Etat risque de précipiter le pays dans le chaos. La Côte d’Ivoire a assez souffert. Elle mérite de retrouver la paix et la stabilité.

Il faut espérer que dans un ultime retour de la lucidité, Ouattara et les siens retrouveront la clairvoyance politique d’éviter le piège de l’enferment familial. Déjà qu’avec ce troisième mandat et la mort de Hambak, la seule voie pacifique de succession est d’engager enfin un réel processus de réconciliation nationale et laisser la démocratie s’exprimer pleinement. L’espoir né des péripéties ayant abouti à l’organisation pacifique des législatives doit être entretenu. Tout cela dépend désormais des Ouattara !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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