EXTENSION DE LA MINE HOUNDE GOLD A BOMBI : Des exploitants terriens abandonnés à leur sort

Des paysans du village de Bombi dans le Tuy sont sur le point d’être dépossédés de plus de 1000 hectares de champs par la société minière Houndé Gold Operation (HGO), au profit du projet de modification du plan de développement et d’exploitation de ladite société. En contrepartie, tous ceux qui perdront leurs terres, seraient dédommagés par la mine. Mais face aux sommes compensatrices, les paysans ont des voix discordantes sur la clé de répartition à adopter. Conséquence, l’harmonie d’antan, vieille d’une quarantaine d’années entre propriétaires et exploitants terriens est menacée. La mine a-t-elle pris faits et causes pour un camp ? Dans tous les cas, elle est pointée du doigt pour être à l’origine des mésententes. Gros plan sur les péripéties d’une affaire qui risque de laisser de graves séquelles.

Le village de Bombi pourrait disparaître de la carte du Burkina Faso dans les années à venir. Localité située à une vingtaine de kilomètres de Houndé dans le Tuy, elle fait l’objet d’une convoitise de la part de la société minière Houndé Gold Operation (HGO) depuis 2019. La mine est finalement passée à une étape supérieure avec la mise en œuvre du projet de modification de son plan de développement et d’exploitation. C’est ainsi qu’elle a engagé le bureau « Société de conseil et de réalisation pour la gestion de l’environnement (SOCREGE) » pour réaliser une étude d’impact environnemental et social dudit projet dans le village de Bombi. Le 29 décembre 2020, au cours d’une audience publique, à en croire un procès-verbal y afférent, il a été présenté aux populations de Bombi, les conséquences de l’effectivité du projet de la mine HGO, voire « les impacts positifs et surtout les impacts négatifs
portant sur les déplacements physiques et économiques ».
Ce sont essentiellement «72 ménages composés de 507 individus; 146 champs totalisant une superficie de 1112,45 ha ; 55250 arbres composés d’espèces diverses ; 147 bâtiments à usage d’habitation ; 271 infrastructures commerciales».

«Nous n’avons pas voulu céder nos terres, nous étions dans l’obligation de suivre la direction de la mine… »

Vraisemblablement, nombre de paysans ont dû céder leurs terres à la mine, malgré eux. Même s’il soutient que lui et
ses pairs se sont entendus avec la mine pour lui céder leurs terres moyennant des dédommagements, le représentant
des propriétaires terriens, Karfa Bahan, que nous avons rencontré ce 7 mars 2021 à Bombi, regrette à demi-mots : «Au début, nous n’avons pas voulu céder nos terres à la mine, mais tel que les choses se sont passées, nous n’avons
pas eu le choix. Aussi, nous constatons qu’avant d’arriver à Bombi, la mine a pris des terres dans d’autres localités.
Comme on a vu que les propriétaires terriens de ces localités ont cédé, c’est pourquoi nous avons fait aussi comme eux. Nous étions dans l’obligation de suivre la direction de la mine pour nous conformer à la nouvelle donne. Ce qu’ils nous ont donné comme dédommagement en prenant nos terres sera utilisé pour nourrir nos enfants, cela nous fera du mal, un grand mal, mais nous n’avons pas le choix, car la force nous dépasse. Nous n’avons pas voulu également une crise, sinon la prise de nos terres ne nous arrange pas, en ce sens qu’on n’a pas tenu compte des
générations futures.
Actuellement, où allons-nous nous nourrir, puisque l’argent va finir mais les terres n’allaient jamais finir ».

En contrepartie de la dépossession de leurs terres, il ressort de l’audience publique que la mine a prévu des «mesures de compensation, d’indemnisation ou de bonification» à l’endroit des personnes concernées. Relativement à cela, l’on retient de l’exposé du bureau d’études, au cours de l’audience publique, que «pour les terres, il a été retenu
375 000 FCFA/ha pendant cinq ans pour les champs en exploitation et 258 750 FCFA/ha pour les jachères». Une compensation que les populations ont trouvée insignifiante et ont souhaité, lors de l’audience publique, que le nombre d’années de dédommagement soit revu à la hausse. De l’exposé du bureau d’études, il ressort également que « ces montants seront répartis en ¾ pour l’exploitant et ¼ pour les propriétaires terriens. Au cas où le propriétaire
terrien est en même temps l’exploitant, la totalité du montant lui sera reversée ». Et c’est là que les désaccords vont surgir. La répartition de la compensation semble diviser les potentiels bénéficiaires qui ne parlent plus d’une même voix.

Les paysans sont divisés

Les propriétaires terriens souhaitent que la somme compensatrice des terres soit divisée en deux parties égales : une partie pour eux et l’autre partie reviendra aux exploitants terriens. Là-dessus, Karfa Bahan se veut clair : «Nous avons bien dit à la mine que si elle n’accepte pas de diviser la compensation en deux, nous ne cèderons pas nos terres. Aux exploitants terriens également, nous leur avons dit que s’ils n’acceptent pas la répartition de la sorte, nous allons leur retirer nos terres. Certains exploitants ont accepté, d’autres non. Mais nous nous sommes entendus avec la mine pour diviser la poire en deux ».

Les concernant, des représentants de la quarantaine des exploitants terriens que nous avons rencontrés le 06 mars
2021 sont visiblement désemparés. Certains d’entre eux seraient nés trouver les terres en question occupées par leurs parents et grands-parents par l’entremise des propriétaires terriens de Bombi, il y a plus de quarante ans. Mais, suite aux travaux d’extension de la mine HGO, ils se disent confrontés à un problème de répartition des fonds proposés par la mine pour dédommager les propriétaires et les exploitants terriens. Leur représentant, Mahamadi Ouédraogo, appelle les autorités à se pencher sur leur situation.
«Malgré les différentes démarches que nous avons entreprises auprès des autorités, à savoir le Préfet, le Haut-commissaire et le Maire, nous n’avons pas eu gain de cause.

Pendant ce temps, la mine a commencé à dédommager les autochtones qui sont les propriétaires terriens. Maintenant, la mine nous dit que si nous ne sommes pas d’accord sur le principe du partage en deux parties égales, elle va reverser notre part à l’Etat. Mais nous disons que tant que nous sommes en vie, nous n’allons jamais quitter les lieux. Nous sommes prêts et nous les attendons, si ce n’est pas nous tuer tous, nous ne quitterons pas. Nous interpellons les autorités à s’impliquer pour un dénouement heureux de la situation. C’est l’agriculture et l’élevage qui constituent nos principales activités, maintenant, si la mine nous retire les terrains, qu’allons-nous faire en ce moment ? Autant dire qu’elle nous condamne à la mort ». Explique Mahamadi Ouédraogo.

Lui et ses camarades s’attendent à une répartition en raison de 1/5 du montant de la compensation pour le propriétaire terrien et 4/5 pour l’exploitant terrien. « Cette formule de compensation a été appliquée à l’installation de la mine HGO dans les villages de Koho (secteur 5 de Houndé), Dohoun, Bouéré, Kari », soutiennent-ils. C’est à cette condition d’ailleurs qu’ils auraient donné leur accord au bureau d’études pour le démarrage des travaux de l’étude d’impact environnemental et social en octobre 2019. Le consensus sur cette option de partage entre propriétaires et exploitants terriens est intervenu le 10 octobre 2019 et le lendemain 11 octobre a marqué le début des travaux de SOCREGE dans les « zones litigieuses de Bombi ».

Le responsable des inventaires dans le cadre de l’étude de SOCREGE à Bombi, Aboubacar Démé, confirme cette thèse. « Nos équipes sont allées sur le terrain en septembre 2019 pour faire les inventaires. Arrivés, nous avons souhaité commencer par la zone de Bombi, parce qu’il y avait un litige qui opposait les exploitants et les propriétaires terriens. Mais dès que nous avons voulu débuter, nous avons été bloqués par les exploitants. Ils nous ont fait savoir que pour l’instant, aucun accord n’avait été trouvé entre eux et les propriétaires. Et comme nous étions
bloqués, nous avons profité de ce temps pour aller travailler dans d’autres villages impactés par l’extension de la mine que sont Bonkuy et Doufian. Jusqu’à ce que les exploitants et les propriétaires nous appellent pour nous informer qu’il y a eu accord entre eux et que nous pouvions commencer à travailler. Et cet accord était de 1/5 du montant de la compensation pour les propriétaires et 4/5 pour les exploitants. C’est sur cette base que nous avons
été autorisés à travailler ».

La mine HGO accusée de semer la division entre les paysans

Mais grande fut la surprise des exploitants terriens quand ils seront informés par le responsable des relations communautaires de HGO, de l’existence d’une autre formule de répartition, à savoir « 50% du montant de la compensation des terres que les propriétaires terriens ont accepté de consentir aux exploitants terriens ». A en croire les exploitants, ce responsable de la mine leur a fait comprendre que c’est peine perdue pour eux de porter l’affaire devant une juridiction. Aussi, l’incompréhensible pour eux, c’est ce qu’ils qualifient de chantage de la part dudit
responsable de HGO qui détiendrait par devers lui, des papillons résumant des données sur les champs de certains exploitants et n’entend pas les leur remettre avant qu’ils n’apposent leur signature sur un protocole. Issaka Saba, un exploitant terrien, estime que « les délimitations des terres n’avaient pas été conformes aux normes. La mine est revenue reprendre les mêmes délimitations et nous avait dit de revenir dès le lendemain prendre des papillons
répertoriant les données de nos champs.

Mais quand nous sommes allés, la mine nous a fait comprendre que les autochtones étaient d’accord sur le principe du partage en deux parties égales et que si nous n’acceptions pas ce principe, nous n’aurions pas les papillons. » Sur ce fait, un autre rendez-vous a été programmé. « Nous sommes repartis et n’avons pas été reçus. Nous avons rappelé celui qui devait nous recevoir, il nous a dit qu’il était en déplacement à Ouagadougou et qu’il allait nous faire signer dès son retour. Il nous avait même rassuré ce jour qu’il n’était pas question d’un partage en deux parties égales et que c’est nous qui n’avions pas compris.

Effectivement, quand il est revenu, il nous a dit de venir signer et prendre les papillons qui attestent qu’on a délimité
nos champs. A notre grande surprise, quand nous sommes allés, il nous a dit que tant que nous n’accepterons pas le
principe du partage en deux parties égales, nous n’aurions pas nos papillons. Finalement, on ne s’est pas compris, car nous avons estimé que nous ne pouvons pas décider sans concertation avec l’ensemble de tous ceux qui sont concernés par la situation », se souvient encore Issaka Saba.

C’est dans ce contexte que Mahamadi Ouédraogo et ses camarades exploitants disent opter pour la défensive contre
tous ceux qui viendront pour retirer leurs champs de culture. Car, «si tu es né et grandir dans une localité et on vient
t’obliger à prendre ton champ en te promettant de l’argent, la question que nous nous posons, est de savoir où allons-nous aller avec cet argent ? », s’interroge-t-il.

L’autorité locale s’en mêle

Confiant que le montant proposé ne peut pas leur permettre d’entreprendre durablement d’autres activités de survie et soutenant ne plus avoir d’autres terres pour nourrir leurs familles, les exploitants terriens ont sollicité, à travers
une correspondance datée du 14 janvier 2021, le concours de Rasmata Sawadogo, Préfet de Houndé, afin qu’elle les
aide à trouver une solution à leur problème. Cette dernière était, en effet, la présidente de séance à l’audience publique tenue à Bombi en décembre 2020 et qui avait pour objectif « de recueillir les préoccupations, suggestions, propositions et contre-propositions des populations par rapport au projet d’extension de la mine ».

La réponse du Préfet aux exploitants terriens se fera de façon éclaire et sans issue heureuse pour ces derniers. En
effet, dans un accusé de réception, daté également du 14 janvier 2021, elle écrit ceci : « La proposition d’une clé de
répartition des biens entre propriétaires et exploitants terriens relève de la compétence de la société minière Houndé Gold Opération (HGO) et ce, sur accord des deux parties. Par conséquent, je suis au regret de ne pouvoir donner une suite favorable à votre requête ». Le Préfet invite néanmoins les exploitants terriens à poursuivre les négociations avec les propriétaires terriens afin de trouver une issue heureuse et durable à leur problème.

« La mine dit que nous sommes des étrangers… »

Seulement, entre ces deux parties, l’entente serait déjà au rendez-vous, à en croire Abdul Rahim Sankara, un exploitant terrien. Pour lui, « en aucun moment, la mine ne nous a rencontrés pour recueillir nos préoccupations et doléances. Elle va discuter avec les propriétaires terriens et elle revient nous faire le point. Depuis le jour qu’ils ont dit qu’ils s’étaient entendus sur le principe du partage en deux parties égales, la mine est restée campée sur cette position et ne nous écoute même plus. Alors qu’entre nous qui sommes appelés les étrangers et les autochtones, l’entente est parfaite ». Il s’interroge tout de même sur le comportement de la mine : « Nous ne comprenons pas pourquoi c’est la mine qui s’érige en défenseur de ce principe tout en nous faisant du chantage, en nous disant qu’elle va reprendre le peu qu’elle nous propose et on n’aura plus rien ».

Toujours selon Abdul Rahim Sankara, c’est la mine qui est sur le point de créer des mésententes entre des populations qui vivent paisiblement entre elles. « L’objectif de la mine n’est pas d’aider l’un d’entre nous mais plutôt de semer la division. Elle dit que nous sommes des étrangers dans l’intention de nous mettre en conflit avec les autochtones. Pourtant, nous vivons ensemble depuis plus de 40 ans, et il n’y avait jamais eu de mésententes. Nous n’avons pas affaire avec les autochtones, mais plutôt avec la mine, puisque c’est elle qui veut retirer nos terres », se
plaint-il.

En clair, les exploitants terriens accusent HGO d’avoir « pris fait et cause pour les propositions faites par les propriétaires terriens ». Toute chose qu’ils disent ne pas comprendre, d’autant plus que lors de l’audience publique, se souviennent-ils, les populations ont souhaité l’aboutissement des négociations avec HGO avant le démarrage des activités. Le représentant des populations, Doubado Bahan, que nous avons rencontré le 8 mars 2021, est amer. Il ignore la suite réservée aux négociations. « Depuis l’audience faite à Bombi, je ne suis plus au courant de rien. C’est de façon informelle que j’apprends que la mine est en train de dédommager les propriétaires et les exploitants terriens. Alors que lors de l’audience, il a été souligné qu’il n’y avait pas eu d’entente et la mine a bien dit que les négociations allaient se poursuivre avec toutes les personnes affectées par le projet, en vue d’un consensus. Jusqu’au jour où je vous parle, je ne suis au courant de rien. »

L’impact social comme clé de répartition des compensations

La complexité de cette situation serait due au manque de textes qui encadrent ce type de répartition de fonds entre
exploitants et propriétaires terriens. Cependant, sur la base des études antérieures menées par SOCREGE, son Directeur général, Adama Démé, justifie la clé de répartition jusque-là mise en œuvre en pareille situation. « A propos de la compensation des champs et des terres agricoles et comme procédure qui a toujours été appliquée en ce qui concerne la clé de répartition, on n’avait évalué que des pertes de récoltes agricoles, c’est-à-dire qu’on n’évaluait pas la perte de terres. Et ces pertes de récoltes agricoles sont compensées sur cinq ans, dans la mesure où c’est l’exploitant qui perd un moyen de subsistance. On a estimé que lui, il devrait bénéficier de 4/5 et le propriétaire 1/5 de la compensation. Etant entendu que la compensation est calculée sur cinq ans, c’est la valeur de la production agricole d’un an qui est rapportée sur cinq ans. En la matière, au Burkina, on n’a pas un référentiel national, donc c’est sur la base des études qui ont été faites depuis 1998 que toutes ces compensations sont faites ».
Le Directeur général de SOCREGE confirme également les dires du représentant des exploitants terriens selon lesquels, la formule de compensation qu’ils proposent a déjà été appliquée dans d’autres villages par la mine HGO. Il y a donc problème. Pourquoi cette distinction à propos de Bombi ?

Approchée le 7 mars 2021 pour recueillir sa version des faits, la société minière Houndé Gold Operation a promis de nous revenir. Nos multiples échanges téléphoniques avec ses responsables et notre présence au siège de Endeavour Mining, qui gère HGO, sur rendez-vous, n’ont pas pu aboutir jusque-là à l’entretien sollicité.

Dasmané NIANGANE 

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Vers la perte définitive des champs dépossédés à Bombi ?

Les paysans de Bombi pourront-ils revenir sur leurs champs à la fermeture de la mine ? Cette préoccupation a été soulevée au cours de l’audience publique du 29 décembre 2020 à Bombi. Une réponse formelle n’a pas été donnée ce jour-là aux populations. Mais c’est connu des spécialistes de la question environnementale que nous avons approchés, que les mines sont des industries très consommatrices d’espaces. Une réalité inquiétante, alertent-ils, pour un pays comme le Burkina Faso où « on est de plus en plus confronté à la question de surexploitation des terres et à l’absence des terres cultivables ».

Pour le cas spécifique de la localité de Houndé, il ressort des entretiens avec les techniciens de l’environnement qu’elle est une zone à grande potentialité agricole, où les migrants représentent environ 90% des populations exploitant les terres agricoles. Or, à en croire ces spécialistes, les terres sur lesquelles interviennent les sociétés minières seront vraisemblablement perdues définitivement. « Puisqu’à la fin d’une exploitation minière, le site est fermé et il faut cinq à dix ans, voire plus pour réhabiliter ou restaurer les terres qu’elles occupaient. Après cette étape, la mine va céder le site à l’Etat », nous explique-ton. Les installations que la mine HGO prévoit sur les champs des paysans sont illustratives. Ce sont, notamment, « l’ouverture de trois fosses, le dépôt de deux haldes à stériles, un dépôt de carburant, un dépôt d’explosifs, des bassins de rétention et de décantation ».

Pour mieux saisir l’ampleur des modifications que subissent les terres, il ressort par exemple que, la profondeur d’une fosse est de cent mètres au minimum, avec l’usage de produits chimiques nuisibles à la santé humaine et animale. En conséquence, il est quasiment impossible pour les paysans de revenir se servir de leurs terres à la fin de l’exploitation minière.

DN

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