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AFFAIRE PARADISE PAPERS-MINE DE ZINC DE PERKOA : Qu'est-ce qui fait courir Glencore et Nantou Mining ?

04 mars 2018 Auteur :  

L'enquête menée par le consortium international des journalistes d'investigation (CIJI) en collaboration avec le Journal Le reporter, dans le cadre du projet « Paradise papers », au sujet de l'exploitation de la mine de zinc de Perkoa, dans la province du sanguié, a visiblement touché là où ça fait très mal.

Depuis la parution de l'ar­ticle, l'entreprise Glencore, détentrice de la mine au moment des faits et son ex-filiale Nantou Mining ont pra­tiquement perdu le sommeil. l'article ayant mis à nu toute la laideur des pratiques biscornues, bafouant les droits de leurs travailleurs, des populations locales, ainsi que ceux de l'Etat burkinabè, à travers un savant sys­tème de contournement du fisc, les deux entreprises sont vent débout contre l'enquête qu'ils tentent vainement de discréditer. Tels des naufragés désespérés en plein océan, elles tentent de s'accrocher à tout, y compris au mensonge pour se disculper. Mais le mensonge peut-il vraiment résister face à des faits aussi têtus ?

... Les allégations faites par le Consortium international des journalistes d'investiga­tion (ICIJ) concernaient une période où la mine de Perkoa appartenait à la société Glencore. Ces allégations sont sans fondements et ont été entièrement réfutées par la société Glencore, conformé­ment à la déclaration ci-jointe ». Tel est l'extrait d'une note de la Direction générale de Nantou Mining à « tout intéressé », accompagnant une prétendue déclaration de Glencore, publiée au lendemain de la sor­tie de l'enquête « Paradise papers », dans laquelle ces deux entreprises ressortent sous un jour très peu glorieux. Des véri­tables fossoyeurs de droits humains ; c'est sous ces traits que les deux complices ressor­tent dans ladite enquête. A tra­vers la déclaration en question, les deux entreprises entendaient certainement se blanchir, face à l'indignation suscitée par les révélations de l'enquête.

Nantou Mining prétend que son ancien mentor a démenti toutes les allégations contenues dans l'article. Mais de démenti, qu'en est-il en réalité ? Ce que Nantou Mining appelle déclaration de démenti n'est rien d'autre que des réponses apportées par Glencore aux questions à elle posées par le journaliste de ICIJ pendant l'enquête. En effet, comme tout bon journaliste, après avoir réuni des informa­tions de diverses sources sur l'exploitation de la mine de zinc de Perkoa, le journaliste a adressé un questionnaire par mail à la Direction de Glencore en Suisse pour recueillir son son de cloche sur les problèmes soulevés. Glencore a, par la suite, fait parvenir à ICIJ ses réponses aux différentes préoc­cupations. Et dans le rendu de l'enquête, le journaliste a exploité de façon profession­nelle ces réponses. Naturellement, il n'est pas ques­tion, en pareilles circonstances, de prendre l'intégralité des réponses et les plaquer dans l'article. Curieusement, dès la parution de l'enquête, le journa­liste a été saisi par Glencore, lui exigeant la publication de l'inté­gralité de ses réponses. Le jour­naliste a beau expliquer qu'il ne travaille pas ainsi, l'entreprise n'a rien voulu comprendre. C'est ainsi qu'elle est passée par l'entremise de son ex-filiale Nantou Mining pour publier les- dites réponses en guise de démenti à l'article. Mais qu'est- ce que cela a-t-il véritablement changé à la situation ? Quelle information nouvelle cette fameuse « déclaration » a-t-elle apportée que l'article n'avait pas pris en compte ? Chacun a certainement pu apprécier.

Un article de presse et non un livre !

Ce que Nantou Mining et son ancien mentor Glencore doivent comprendre c'est qu'il y a une très grande différence entre un article de presse et un livre. L'ambition de CIJI et ses parte­naires, à travers cette enquête, était juste de produire un article de presse et non un livre. A moins de réinventer le journa­lisme, aucun journaliste ne peut, dans le rendu d'une enquête, publier in-extenso le contenu des échanges qu'il a eus avec l'ensemble de ses différentes sources. Cela est impossible. Dans le cas de cette enquête, une reproduction in-extenso des contenus des différents entre­tiens aurait pu donner lieu à un livre à plusieurs tomes. Ce sont des innombrables pages de notes manuscrites, des sons, d'i­
mages, de rapports et autres documents confidentiels que cette enquête sur la mine de Perkoa a permis de réunir. Comment aurait-on pu exploiter in-extenso autant de documents dans un article de deux, trois ou quatre pages d'un journal, si ce n'est à travers une synthèse savamment menée, comme l'ont fait les journalistes de ICIJ et ses partenaires?

Nantou Mining et Glencore sont dans leur bon droit de s'offus­quer du fait que leurs réponses n'aient pas été publiées in- extenso, comme elles l'auraient aimé. Mais dans le même temps, les journalistes n'ont pas non plus publié in-extenso celles des tra­vailleurs de la mine qui s'esti­ment permanemment grugés, exploités, tels des esclaves d'une autre époque. Ils n'ont pas publié in-extenso celles des villageois qui, de leur côté aussi, s'estiment continuellement floués, humiliés et bafoués dans leurs droits.

Que de contre vérité !

imgjpg Page7 Image2Glencore soutient avoir contri­bué, à travers son ex-filiale Nantou Mining, « de manière significative au développement des communautés locales et de la région environnante ». Ces contributions comprennent, entre autres, « l a construction et l'équipement d'un centre de for­mation aux métiers, d'un centre d'alphabétisation et un collège d'enseignement général ; la construction et l'équipement d'une maison des jeunes ; la réalisation de forages y compris leur entretien régulier ; la réali­sation d'installations sanitaires et de canalisation d'eaux usées ; la construction de routes et de ponts ». Tels sont les arguments massues de Glencore et sa filiale pour démentir ce qu'elles appellent « allégations sans fon­dements » contenues dans l'arti­cle de CIJI et de Le Reporter. Regardons une à une quelques- unes de ces prétendues réalisa­tions.

D'abord, il faut noter que suite à la publication de la fameuse déclaration énumérant ces réalisations, Le Reporter est rentré en contact avec Nantou Mining afin de pouvoir visiter ces prétendues réalisations sur le terrain. Le Journal a demandé à l'entreprise, soit d'organiser une visite conjointe comprenant une équipe de l'en­treprise et un journaliste de Le Reporter, soit d'indiquer au Journal la situation géogra­phique exacte de ces réalisa­tions afin qu'un journaliste puisse aller les constater de visu. En réponse, Nantou Mining a renvoyé le Journal à Glencore, arguant de ce que la déclara­tion en question émane de Glencore et non de Nantou Mining. Pourtant, c'est bel et bien Nantou Mining qui a publié la fameuse « note à l'at­tention de tout intéressé » dans laquelle elle soutient que les allégations contenues dans l'ar­ticle sont « sans fondements » et que Glencore les aurait réfutées, à travers la déclaration qu'elle s'est chargée de publier. Comment comprendre cette volte-face de Nantou Mining ? Comment cette entreprise peut- elle faire de telles déclarations et le moment venu de prouver la matérialité de ces affirmations, elle se débine de la sorte ? Comment Nantou Mining peut- elle faire autant de réalisations au profit des populations loca­les, et le moment venu d'aller avec un journaliste pour mont­rer au grand jour toutes ces réalisations qui devraient faire sa gloire, elle refuse et renvoie le Journal à Glencore qui, du reste, n'a plus rien à voir avec la mine? Est-ce à dire que depuis la Suisse où elle est basée, Glencore connait mieux le ter­rain dans le Sanguié que Nantou Mining, une ex-filiale nationale qui a été le bras opé­rationnel au niveau local de Glencore ? Cette filiale natio­nale qui, de surcroît, a écrit Glencore, est celle-là même qui a réalisé lesdites infrastructures. De quoi Nantou Mining a-t-elle peur ? La réponse est sans ambages. La plupart des réali­sations énumérées n'existent que dans les imaginaires des responsables de Glencore et son ex-filiale. Et chacun le com­prendra.

Réalisations fictives !

D'abord, de la construction et l'équipement d'un centre de for­mation aux métiers : ceci n'est rien d'autre qu'un mensonge. Pourquoi ? Glencore et sa filiale Nantou n'ont construit aucun centre de formation aux métiers nulle part dans le Sanguié. Tout ce qu'ils ont fait, c'est la réfec­tion à peu de frais de l'ancienne Auberge populaire de Réo, une vieille bâtisse qui était pratique­ment à l'abandon. Cela est véri­fiable sur place à Réo. C'est cette ancienne auberge réquisi­tionnée aux forceps par la Fondation Nantou de Rosalie Bassolé, sur laquelle on a juste versé quelques couches de pein­ture et rebaptisée « Centre de formation aux métiers » que les grands messieurs de Glencore et de Nantou Mining présentent aujourd'hui comme une cons­truction. Cette duperie ne peut pas passer. Par ailleurs, il ne serait pas superflu que Glencore et Nantou Mining disent quel est l'impact exact de ce centre sur son milieu depuis qu'il existe. Combien d'apprenants a-t-il formés et à quels métiers ? S'agissant de la construction de routes et de ponts, tous les res­sortissants du Sanguié ainsi que toutes les personnes qui connaissent bien cette partie du Burkina ont été ahuris par cette information. Dans quelle partie précise de la province ces routes et surtout ces ponts ont-ils été construits ? Ils sont nombreux à se le demander.

En dehors des routes utilisées par les exploi­tants de la mine eux-mêmes pour leurs propres besoins, qu'ils ont recouvertes de quelques couches de terre, per­sonne n'a connaissance de rou­tes véritablement construites dans la localité. Il faut espérer que les responsables de Nantou Mining reviennent à de meilleurs sentiments pour bien vouloir montrer à la face de tous, l'emplacement exact des infrastructures en question. Quant au CEG et au centre d'alphabétisation construits à Perkoa, il serait bien pour les responsables de Glencore et son ex-filiale de dire dans quel contexte ces deux infrastructures ont été construites. Le centre d'alphabétisation a été inau­guré en janvier 2016 et la pose de la première pierre des tra­vaux de construction du CEG le même jour. Soit quelques mois après les manifestations de révolte de septembre 2015 rela­tées dans l'enquête. C'est dire qu'il a fallu que les populations bandent les muscles et que les responsables de la mine les pourchassent tels des lapins dans leur propre village, que certains de leurs enfants perdent leurs emplois à la mine, pour que ces infrastructures soient construites. Ne peut-on légiti­mement pas s'interroger qu'en serait-il si les populations n'é­taient pas sorties manifester leur révolte, ces deux minuscules infrastructures ne représentant absolument rien dans le budget de la mine et qu'on considère aujourd'hui comme « contribu­tion significative » auraient-elles été construites ? Où est la gloire dans de pareilles circonstan­ces ? Il n'est pas utile de revenir sur les autres infrastructures énumérées, notamment en ce qui concerne les installations d'approvisionnement d'eau. La réalité du terrain continuera de témoigner.

Contrairement aux complaintes des travailleurs et des paysans, Glencore et son ex-filiale sou­tiennent avoir une approche en matière de protection des droits de l'Homme, nous rejettent tota­lement l'allégation selon laquelle les travailleurs de Nantou Mining étaient soumis à des «conditions d'esclavage». Malheureusement, elles n'ap­portent aucun élément de vérifi­cation de cette affirmation faite en l'air. Les travailleurs, quant à eux, soutiennent leurs dires par des faits concrets : ils n'ont pas un statut de personnel ; leurs salaires sont fixés, disent-ils, à la tête du client. Et ce n'est pas tout..

Y. Ladji Bama

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