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DJIBRILL BASSOLE : Le vrai cerveau du coup d'Etat manqué !

30 janvier 2018 Auteur :  

La soudaine surchauffe de la scène sociopolitique nationale des dernières semaines n'est pas fortuite. Le procès tant attendu du coup d'Etat manqué de septembre 2015 est de plus en plus imminent. l'audience de confirma­tion des charges, programmée, a été renvoyée par deux fois. Elle devrait, sauf un autre renvoi, avoir lieu ce 25 octobre.

Puis, l'on devrait pouvoir aller allègrement vers le procès tant attendu. C'est dire que l'heure de vérité n'est plus si loin. C'est dans ce contexte qu'on a pu remarquer diverses actions menées ça et là pour exiger la libération de l'un des principaux mis en cause dans cette sombre affaire. Djibrill Bassolé, en l'occurrence. Les prétextes fallacieux ne manquent pas pour motiver cette revendication. C'est à croire que certains n'ont pas inté­rêt à ce que ce procès ait lieu. Djibrill Bassolé redoute-t-il la tenue du procès ? Tout porte à le croire. Vraisemblablement, il sera très difficile pour l'homme de s'en sortir. Il se dit même qu'il n'est pas évident, pour les avocats les plus doués du monde, de pouvoir le tirer d'affaire, au regard des faits qui pèsent contre lui. Ceux- ci sont visiblement très accablants. Jusque-là, surtout parce qu'il a publiquement endossé et assumé le foireux coup d'Etat, Gilbert Diendéré est considéré comme celui qui en est le cerveau. Mais le procès risque de donner lieu à de très grosses surprises. Comparativement à Djibrill Bassolé, le grand tort de Gilbert Diendéré est celui d'avoir agi à visage découvert et assumé publiquement le coup d'Etat. Sinon, au regard des informations en notre connaissance, l'homme qui aura été, au début et à la fin, qui aura été le plus intrépide dans l'ombre pour faire aboutir le foireux coup n'est personne d'autre que Djibrill Bassolé. Et c'est certainement peu dire.

Si l'on s'en tient à un certain nombre d'élé­ments sonores issus d'autres écoutes télépho­niques dont nous avons eu connaissance dans certains milieux diplomatiques, bien au fait des péripéties du coup d'Etat dit le plus bête du monde, Djibrill Bassolé n'est ni plus ni moins le véri­table cerveau du putsch manqué du 16 septembre 2015. L'homme n'aura pas du tout chômé durant toute la période du coup. Il n'y a qu'à écouter les bandes audio, retraçant l'intrépidité de l'homme dans l'ombre pour faire aboutir le funeste projet pour s'en rendre compte. Jusqu'à la mise en déroute totale du coup, l'homme aura lutté de tou­tes ses forces.

Permanemment accroché à son téléphone, toujours en contact avec un solide réseau aux larges tentacu­les, bien ancré au sein du RSP, de l'armée régulière et à l'extérieur du pays, l'homme qui n'hésitait plus à dire à une de ses interlo­cutrices dans un pays voisin qu'il n'était plus loin de Kosyam, aura tout fait. Mais hélas, Dieu était certaine­ment avec le peuple burki­nabè. Même lorsque les carottes étaient totalement cuites et que Gilbert Diendéré avait commencé à déchanter et était au bord de la reddition, Bassolé était celui-là qui était dans l'om­bre pour l'inciter à persévé­rer. Outre Diendéré avec qui il était en permanent contact, il avait des répon­dants sur le terrain, parmi les éléments du RSP qui lui rendaient compte d'heure à heure, de l'évolution de la situation et à qui il donnait aussi en retour les instruc­tions. Tel un véritable chef de guerre, il ne tarissait pas de stratégies qu'il proposait à Diendéré et aux autres hommes sur le front, pour reprendre le dessus sur les forces loyalistes qui avaient pratiquement fini de cerner le RSP Mais le plus dérou­tant, en prenant connais­sance de certains faits, c'est le cynisme et la monstruo­sité avec lesquels Djibrill Bassolé entendait parvenir à ses fins.

Allumer le feu sur la tête des opposants au putsch !

Lorsqu'il sentait la situation échapper au camp des putschistes à qui des som­mations étaient faites par l'armée régulière de déposer les armes, il recomman­dait à ceux-ci de procéder à certaines frappes, dit-il, en vue de rétablir un certain équilibre . L'essentiel, pour lui, étant qu'ils arrivent à allumer le feu, frapper sérieusement certaines cibles stratégiques et contraindre même certaines personnes considérées comme les principaux obs­tacles à la réussite du coup à fuir le pays.

Dans une conversation avec un élément au front au sein du RSP, il propose des cibles à anéantir au plus vite. C'est le cas de l'aéroport international de Ouagadougou. C'est aussi le cas du système de com­munication, notamment les SMS qu'il faut arriver à cou­per, de sorte à isoler le pays du reste du monde afin, dit- il, « qu'on passe des moments entre nous ici ». Lorsque Michel Kafando avait été libéré après la prise d'otage et s'apprêtait à aller à New York pour une rencontre au menu de laquelle était la situation au Burkina, Djibrill Bassolé laisse entendre qu'il ne faut pas laisser « le gorille » (c'est ainsi que lui et ses interlocuteurs appelaient le vieux Kafando) aller à cette rencontre. Selon lui, diplo­matiquement cela n'est pas bien. « Il faut absolument l'en empêcher ; il ne faut pas qu'il décolle ». Martèle- t-il. D'où l'aéroport comme cible à «bousiller» coûte que coûte.

dienderegDans une autre conversa­tion, lorsqu'un interlocuteur apparemment au front lui fait savoir que le camp des opposants au coup d'Etat était en train de crier vic­toire, on entend Djibrill Bassolé dire : « ils sont convaincus que les élections auront lieu (...) ils ne per­dent rien pour attendre. Le feu qu'on va allumer sur leur tête-là, eux-mêmes ils vont fuir laisser le pays-là et ils ne vont même plus vou­loir revenir au Burkina». Il ne s'arrête pas là. Il pro­met que le mois qui restait avant la date prévue pour les élections sera un moi d'enfer au Burkina. Mais la situation continue d'évoluer négativement pour les puts­chistes. Certains officiers du RSP ont commencé à faire défection. La déroute est presqu'imminente. Mais Djibrill Bassolé ne démord pas. Dans une conversation avec Diendéré qui était visi­blement désarçonné, rien qu'à l'entendre parler, Bassolé tente de lui remon­ter le moral. Il lui fait savoir qu'en dépit du fait que la grande majorité des élé­ments au RSP étaient gagnés par le découragement et n'avaient plus « le cœur à l'ouvrage », il y a un « noyau dur » qui tient bon. Il fallait donc s'appuyer sur celui-ci pour rebondir.

L'allié Macky Sali

Selon lui, c'est un DDR qu'on veut appliquer au RSP Et, tant qu'à faire, il faut aller dans les conditions d'un bon DDR, c'est-à-dire, un accord global, dans lequel, un certain nombre de garanties, notamment une amnistie, seront insé­rées. Et pour cela, insiste-t-il, il faut agir, c'est-a-dire, frap­per fort, afin de contraindre le camp d'en face à des négociations. Selon lui, il n'est pas question de se lais­ser désarmer ainsi facile­ment et « en live » car, dit-il, « c'est très humiliant ». Donc, insiste-t-il auprès de Diendéré, ce dernier doit encourager ce « noyau dur », qui n'attendrait que son signal, pour agir. C'est- à-dire, précise-t-il, ils doi­vent créer l'incident qui doit amener à tout reconsidérer. Ainsi, un dialogue sera instauré et Macky Sall, dit-il, jusque-là mis en difficulté par l'activisme des Mamadou Issoufou, pourra rebondir. Il pourra dire qu'il a discuté avec les soldats du RSP et si on ne tient pas compte de leur avis, ça ne marchera pas. Autrement, ce sera la catastrophe, les arrestations, les persécu­tions, etc. prévient-il. Il ter­mine chaque fois ses conversations avec Diendéré par la même formule : « .tiens bon ». Mais la cause était déjà perdue. Et « le grand » (c'était le nom de code qu'ils avaient donné à Diendéré) le savait. Il avait pratiquement capitulé et commencé à ne plus suivre la volonté de Bassolé. Celui- ci ne démord toujours pas ; lui et ses inconditionnels au sein du RSP commencent à traiter « l e grand » de « vau­rien » dans certaines conversations. Il faut l'ou­blier et poursuivre les hosti­lités sans lui. Préconise-t-on.

Kosyam à tout prix !

A l'interlocutrice qui l'appe­lait d'un pays voisin et qui dit s'inquiéter pour lui, il fait savoir qu'il se porte super­bement bien et que c'est le camp d'en face qui est en difficulté et que les choses iront de mal en pire pour ces derniers. Il dit aussi avoir le moral au zénith et qu'au regard de l'évolution des choses, il ne pouvait espérer meilleure situation. Tout militerait en sa faveur et en cas d'élection sans exclusion, il est à Kosyam. La longue conversation se termine en des termes plutôt romantiques : l'interlocu­trice lui dit : « prends soin de toi ; on tient beaucoup à toi ici et moi la pre­mière.» ; et Bassolé de répondre: « Allez, je t'em­brasse ».

Dans une autre conversa­tion, on entend Djibrill Bassolé dire à une autre interlocutrice qu'il voyait des gendarmes arriver chez lui, certainement pour l'arrêter, ce qui allait, dit-il, certaine­ment ralentir les opérations, mais qu'il était en train de grouiller pour leur échapper afin de pouvoir continuer les opérations. Un peu inquiète, l'interlocutrice lui demande si ça va aller. Il lui dit qu'il s'est planqué quelque part dans sa mai­son et qu'il pense qu'ils vont repartir et il pourra sortir et disparaître dans la nature. A-t-il réussi à s'échap­per ?...

Mais il n'y a pas que ça. Djibrill Bassolé était aussi en communication avec des djihadistes maliens. On l'entend parler avec ces derniers d'hommes et de matériels à envoyer en ren­fort. Un tel individu mérite qu'on s'amuse avec lui ? Affaire à suivre !

Y. Ladji Bama

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