MORT SUSPECTE D’UN ENFANT A SOLENZO : Une ordonnance de non-lieu qui passe mal

Dans la matinée du dimanche 05 janvier 2020 le corps calciné et des membres amputés d’un enfant du nom de Rasmané Roamba, 7 ans, a été découvert par les habitants du quartier « 5 kilos » de Solenzo dont son père, Adama
Roamba. Qu’est-ce qui est arrivé à ce gamin ? Pour son géniteur Adama Roamba, nul doute qu’il s’agit d’un meurtre pour des motifs rituels. Mais qui a pu bien poser cet acte ignoble ? Le père de la victime dit soupçonner un commerçant du village. De la brigade de gendarmerie de Solenzo, le dossier est arrivé au Tribunal de Grande instance (TGI) de Dédougou, qui a rendu une ordonnance de non-lieu, faute de preuves. Mais Adama Rouamba est persuadé que ses soupçons ne sont pas vains. Il a décidé de faire appel de l’ordonnance et le dossier suit son cours à la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso.

En racontant les faits, il lui est difficile de ne pas écraser une larme. C’est un père inconsolable qui dit ne pas comprendre l’ordonnance de non-lieu rendue par le Parquet du Tribunal de Grande instance (TGI) de Dédougou qui nous a livré les derniers instants de vie de son fils ainsi que les péripéties d’une action en Justice qu’il a entamée.
Comme d’habitude, son fils avait la tâche quotidienne d’emmener brouter le troupeau familial à quelques pas de la concession. Il se chargeait aussi de les ramener à l’abreuvoir chaque soir. Le soir du mercredi 1er janvier 2020, Rasmané est sorti pour ramener le troupeau. Mais depuis ce jour-là, il n’est plus rentré à la maison. Jusqu’à la
tombée de la nuit, le petit n’était toujours pas rentré. Les deux épouses de Adama Roamba s’inquiètent. L’une d’entre elles contacte téléphoniquement le père pour l’en informer. Le père rentre précipitamment à la maison et se met avec ses femmes et quelques habitants du village à la recherche de l’enfant.
Mais la recherche se révèlera infructueuse. Point de traces du petit Rasmané Roamba. Des communiqués sont annoncés dans les radios de la localité également sans suite.

Le 05 janvier 2020, soit 5 jours après la disparition de l’enfant, les habitants de « 5 kilos » se réveilleront avec une
découverte macabre. Le corps calciné de Rasmané Roamba est retrouvé dans un champ, à environ 1 kilomètre de la
concession familiale. La famille fait appel à la gendarmerie de Solenzo pour les constats d’usage. Trois jours après les constats, les parents de l’adolescent sont convoqués par la gendarmerie de Solenzo pour être entendus. Lors des auditions, Adama Roamba soutient avoir raconté à la gendarmerie qu’il soupçonnait un commerçant de céréales, ressortissant du village, qui se nommerait Z. A.

En effet, bien avant la survenue du drame, Adama souligne avoir trouvé très suspect le passage un soir, de Z. A. qui a jeté un coup d’œil à l’intérieur de sa concession pendant un bref moment sans même lui adresser la moindre salutation. « J’ai trouvé sa manière de regarder l’intérieur de ma concession très étrange, mais je n’ai rien dit, je l’ai laissé partir », affirme Adama Roamba. Au vu des auditions de Adama Romba, la gendarmerie aurait jugé d’entendre le suspect Z. A. Ce dernier a été effectivement convoqué pour être entendu. Après les auditions de ce dernier, la gendarmerie aurait décidé de continuer ses investigations.

Des faits qui renforcent les soupçons du père

Quelques mois après, assis chez lui, Adama Rouamba dit avoir appréhendé un jeune talibé (ndlr : garibou) se dirigeant vers un puits situé non loin de sa concession et tenant dans sa main une tortue et une petite calebasse qui
contenait un feuillet. Ayant trouvé suspect le regard fuyant du jeune talibé, il décide de l’interpeller. Mais celui-ci prend la fuite. Très rapidement, il est maîtrisé par Adama Rouamba. A la question de savoir ce qu’il faisait aux alentours de la concession, le talibé soutient avoir été envoyé par une personne dont il ne connait pas le nom. Adama Roamba conduit le jeune talibé à la gendarmerie de Solenzo pour le faire entendre.

Au cours de son interrogatoire, le talibé affirme avoir été envoyé par un homme pour déposer la calebasse et les accessoires à côté du puits pour un sacrifice. La gendarmerie décide de confronter le jeune talibé avec le sieur Z. A. Il est contacté téléphoniquement puis il lui est demandé de rejoindre la brigade de gendarmerie de Solenzo. Il ne met pas de temps avant d’arriver. Les pandores prennent le soin de le faire entrer dans une salle avec d’autres inconnus. Quelques temps après, selon les témoignages, le jeune talibé a été invité à entrer dans la salle. Les éléments de la gendarmerie auraient demandé au jeune talibé d’indexer celui qui l’aurait envoyé déposer la calebasse près du puits. Le jeune n’aurait pas rencontré de difficultés à reconnaitre Z. A.

Cependant, le suspect souligne n’avoir jamais croisé le talibé en question. Pour lui, il s’agit d’un montage orchestré
par ses détracteurs dans le village pour le nuire, étant donné l’importance de sa fortune. Mais le talibé était catégorique. Finalement, la gendarmerie décide de le garder à vue.

Les femmes de Solenzo entrées dans la danse

Pendant que Z. A. était gardé, des femmes, munies de spatules, décident de faire une manifestation à la gendarmerie et exigent que la gendarmerie mette à leur disposition le sieur Z. A. afin qu’elles lui règlent ses comptes. Après des négociations, les femmes décident de rentrer chez elles. Au même moment, elles aperçoivent Z. A. quittant la gendarmerie. Elles se ruent sur lui. N’eut été l’intervention de la gendarmerie, le pire pouvait subvenir. Informé, le
Procureur du Faso près le TGI de Dédougou aurait instruit la gendarmerie de déférer le suspect à Dédougou en vue
d’éviter un trouble à l’ordre public. Après son déferrement, Z. A a été mis en examen par le juge d’instruction et placé sous mandat de dépôt. Selon une source bien au parfum de l’affaire, l’instruction aurait suivi son cours, et toutes les parties avaient été entendues. Mais à la fin, l’instruction, selon notre source, n’a permis d’obtenir des preuves et des éléments à charges contre le suspect Abdoulaye.

C’est ainsi que le juge d’instruction a rendu une ordonnance de non-lieu. La source explique également que le juge d’instruction aurait pris le soin d’inviter les parents de la victime pour leur expliquer le bien-fondé de son ordonnance de non-lieu et leur aurait souligné la possibilité de faire appel. C’est ainsi que Adama Roamba a fait appel à l’ordonnance et l’affaire serait actuellement pendante devant la Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso. Affaire à suivre !

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Ecrit par
Salifou OUEDRAOGO
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