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Palais de Kosyam

kosyamBâti sur un contentieux coutumier

Son évocation symbolise la grandeur du pouvoir d’Etat. Véritable forteresse bâtie dans la périphérie sud de la capitale, loin des bruits du centre-ville, le palais de Kasyam doit son nom à sa localité d’accueil. Un petit hameau de culture, jusque-là anonyme, qui a acquis une renommée planétaire par la force des choses. Mais au-delà de sa majestueuse allure, le palais de Kosyam, c’est aussi une histoire. Une histoire pas toujours harmonieuse. Son implantation sur le site n’a pas été sans couac. certaines réalités du milieu n’ont, à ce qu’on dit, pas été prises en compte. Et les ressentiments n’ont pas manqué dans les rangs des premiers occupants des lieux en son temps. Plus d’une décennie après, les plaies demeurent et sont toujours vécues par les intéressés comme des brimades, une injustice qu’il va falloir corriger un jour ou l’autre.

Au debut était un village. Non pas Kosyam, mais Bad-Noogo. Entre les deux entités, il y a toute une histoire. Une histoire pas si simple à disséquer. Avec les anciens et les historiens, on en apprend quelques bribes. Ilboudo Tennoaga est le Teng-Soaba (chef de terre) de Bad-noogo. Selon lui, le village dont les terres ont vu pousser le palais est Bad-Noogo. Kosyam n’en est qu’un quartier. Aujourd’hui tout le monde ne parle que de Kosyam. Dans le monde entier entier, c’est le nom de Kosyam qui est parti. Mais beaucoup ignorent qu’avant Kosyam, il y a d’abord Bad-Noogo. Selon le Teng-Soaba, Tennoaga Ilboudo,  les gens de Kosyam ne sont pas des autochtones ni les premiers habitants du quartier. « Ce sont nos grands parents, notamment le Teng-Soaba de Mankougdga, qui sont les premiers sur cette terre ». Historiquement, raconte-t-il, les encêtres des habitants actuels de Kosyam étaient des voyageurs qui se sont arrêtés pour s’abriter contre le soleil qui était au zénith. Il était interdit de traverser le village en plein soleil. Les voyageurs sont donc restés et ont pris goût au village. Ces voyageurs avaient donc été accueillis dans un coin du village et ils venaient souvent rendre visite au chef de terre de Bad-noogo qui a fini par déterminer une zone d’habitation pour eux. C’était dans le bois sacré des Poéssés, presqu’à l’écart du village, actuel emplacement du quartier Kosyam… Cette version ne diffère pas trop de celle de Me Pacéré Titinga, pour qui les premiers habitants seraient des fuyards de la cour royale du ouagdognaba qui voulaient échapper à des sorts jetés par des Poéssé qui s’abattaient sur les autochtones uniquement. Croyant s’être éloignés, ils ont jugé bon de marquer une halte afin de rechercher la sagesse, l’intelligence. Pour le chef de terre de Bad-Noogo, si le palais a pris le nom d’un quartier, ce sont certainement « des habitants de Kosyam qui sont allés dire qu’ils sont de la même famille que le OuagadogNaaba et qu’ils sont les chefs de terre. Pourtant ce n’est pas vrai. Nous n’avons rien su de tout cela. Nous l’avons appris quand on entendu le nom du palais. Nous avons alors dit que ce n’est pas possible.»

Un projet conduit au forceps !

Le vieux tenoga se rappelle encore comment le palais présidentiel s’est installé dans le village. Des envoyés de la présidence sont venus informer les habitants du village qu’ils doivent quitter les lieux. La raison, c’est là que seront construits « les maisons de Blaise Compaoré ». Se rappelle le vieil homme qui semble sentir encore comme un poignard planté dans le cœur à l’époque. Selon toute vraisemblance, les circonstances de leur délogement ont été un flou artistique. « Ils nous ont chassés du quartier en nous disant que les autorités, Blaise Compaoré et le Mogho Naba, veulent que le pays se développe. Nous avons répondu que nous ne sommes pas opposés mais qu’il est important de penser aux coutumes et aux sacrifices car il existe des fétiches dans la zone en question. C’est en plein mois d’août qu’ils sont venus nous chasser. Ils estimaient qu’ils avaient dit de quitter en fin de saison et ne comprenaient pourquoi les populations attendent toujours là». Témoigne Tennoaga. Puis il marque un silence ! Il soupire ! Il semble ne s’être pas encore remis de ses émotions d’il y a plus de dix ans. A l’époque, il se rappelle qu’avant les envoyés de la présidence, se sont des agents de la SONATUR qui étaient vénus informer le village que la SONATUR implantera le palais présidentiel dans la localité. C’est dans un tel contexte fait de malentendus et d’abus de pouvoir que palais à été érigé et la présidence y a amenagé. Le contentieux à propos des fétiches demeure entier.

Des conséquences implacables

boukaryLes chefs de terre n’ont pas été consultés, les habitants ayant été délogés manu militari, cela a considérablement affecté l’amour propre des anciens de Bad-noogo. Que faut-il faire ? Les vieux se résolvent à ne plus parler des questions concernant cette affaire de la construction du palais, de sa dénomination, encore moins de sacrifices. D’autres personnes en ont pris le relais. Et des faits en apparence anodins mais qui s’avèrent des signaux d’un malaise au palais ont commencé à se multiplier. Au départ, le vieil dit avoir interpellés les uns et les autres de faire attention. A la SONATUR, poursuit Tennoaga, on a fini par dire que le dossier était entre les mains d’un certain Niampa Boukary, directeur du patrimoine de la présidence. C’est lui qui aurait décidé que le palais s’appellerait « palais de Kosyam ». Le vieux dit être allé voir l’intéressé en son temps. « J’ai dit à Niampa, je suis plus intelligent que toi parce que quand vous avez pris le nom de Kosyam, avez-vous cherché à savoir d’où le nom vient ? Vous n’avez demandé à personne. Les premiers habitants ont demandé la sagesse (Kosyam). L’ont-ils eue, cette sagesse ? Maintenant c’est au tour de Blaise Compaoré de venir demander. Pensez-vous qu’il l’aura, lui aussi ?… ». Du côté de ceux qui ont accepté officier les rites, témoigne-t-on, les situations inexpliquées se multipliaient aussi. Les conséquences nefastes de cette méprise sur le quotidien des uns et des autres devenaient implaccables. Comment cela aurait-il pu être sans conséquences ? Se demande le vieil homme. Usurper des coutumes et des sacrifices dont on n’est pas propeiétaire, ce n’est pas faisables. Martèle-t-il. Et la suite des événements ne le contredira pas.

Des abeilles au palais

Au moment de la construction, Dieu seul sait combien de personnes ont été blessées sur le chantier dans des conditions mystérieuses. Une autorité, pas des moindre, qui s’était rendu sur le chantier en visite aurait même reçu une planche sur la tête. Selon les explications données par les vieux de Bad-noogo, le quotidien des habitants de la présidence n’a pas toute quiétude à un certain moment. Les phénomènes souvent inexplicables et malheureux sont légion. Sont de cela, les attaques d’abeilles. Pour le vieux Teng-Soaba Ilboudo, il y a eu un jour un essaim d’abeilles avait envahi les lieux un jour. Ce fut un moment très dur. Il a fallu des sacrifices pour calmer la « colère » de ces abeilles. Pourtant, selon le vieux Ilboudo, les mises en garde n’ont pas manqué. « J’ai dit à Niampa que je ne veux pas que l’on touche à un serpent, ni à une tortue, à tout autre animal dans l’espace ». Soutient-il. Malheureusement cette règle a été enfreinte par quelqu’un qui s’est permis une chasse aux varans. Ce chasseur a réussi à atteindre un varan avec deux flèches et l’animal a tout de même réussi à s’enfuir pour se réfugier dans le trou d’un grand baobab. Dès que l’animal s’est engouffré dans le trou de l’arbre, explique le vieux, les deux flèches sont ressorties pour se fixer à l’entrée. Cela a crée la panique chez beaucoup des locataires. Nous avons tenté de rentrer en contact avec le directeur du patrimoine de la présidence, Boukary Niampa, dont le nom est beaucoup revenu dans cette affaire, mais cela n’a pas été possible. Et « l’épopée » Kosyam suit son cours. Tous sens malentendus et ressentiments avec. Mais pour le Tengsoaba Ilboudo et sa suite, il va falloir un jour ou l’autre songer à vider ce contentieux.

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Une affaire de fétiches volés

Le Teng-soaba Ilboudo raconte avoir été un jour informé de ce que les « fétiches de la rivière » ont été volés et personne ne sait où ils ont été envoyés et par qui. La présidence avait envoyé un émissaire pour informer le Mogho Naaba et souhaitait que des incantations soient faites dans le but retrouver le coupable de ce vol et de le châtier. Le Teng-soaba dit avoir demandé alors au Mogho de transmettre à Blaise Compaoré le message suivant : « faites vos enquêtes à propos au lieu de chercher à faire du mal ou de vouloir la mort de quelqu’un ». Ce fait suffisamment grave s’explique difficilement car, il n’existe pas un seul lieu au Burkina aussi protégé que le palais présidentiel, renchérit le vieux Iboudo. Pourquoi vouloir faire du mal aux responsables du vol, s’est-il demandé. Il faut simplement le retrouver se défendent les vieux. Mais ils finissent par se décider de s’impliquer. Pour retrouver le coupable, un jour a été choisi et programmé pour faire des sacrifices. Ce jour-là, une fois l’équipe chargée de faire le sacrifice arrivée sur les lieux, « Niampa Boukary appelle un vieux, lui des fétiches et lui demande si ce n’était pas les fétiches perdus », raconte toujours Tennoaga. Ce dernier dira sans ambages qu’il s’agit effectivement des fétiches. « On ne saura exactement qui était l’auteur du vol » confie le vieux Ilboudo dans un brin de sourire. Selon certaines informations, dès la délocalisation des familles des chefs de terre, les sacrifices étaient devenus « juteux ». Ceux qui le faisaient ne s’en plaignaient pas jusqu’au moment où les faits mystiques ont commencé à se produire.

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Aimé NABALOUM
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