PROCES DU PUTSCH MANQUE : Le Général Diendéré ne fait plus peur aux autres officiers

Le procès du putsch manqué de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a amorcé un autre tournant décisif. Après le show des accusés, voici venu le ballet des témoins qui apportent leurs «éclairages» sur les évènements des 16, 17 septembre 2015 et jours suivants. Militants et leaders politiques, notamment du Congrès  pour la démocratie et le progrès (CDP), citoyens lamda, soldats, officiers supérieurs, experts en communications électroniques, etc. C’est tout un beau monde qui a commencé à défiler à la barre du Tribunal militaire de Ouagadougou. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’étau se resserre de plus en plus sur certains accusés, à commencer par le Général Gilbert Diendéré qui, de temps à autre, se fait ridiculiser et sort d’énormes contre-vérités. Si seulement, le Général pouvait assumer ses actes, l’on aurait fait l’économie de certaines situations qui ne font pas honneur à ses étoiles. Mais il a fait son choix et les autres risquent de l’enfoncer dans les profondeurs de la honte.

«A plusieurs reprises, et relativement au putsch manqué du Général Gilbert Diendéré et compagnie, nous l’avons écrit. L’absence de la haute hiérarchie militaire dans le box des accusés peut légitimement paraître injuste aux yeux de certains accusés et de biens des observateurs. Car, pensons-nous, ne serait-ce que par inaction, les chefs militaires ont contribué à rassurer les éléments incontrôlés (mais, en réalité, contrôlés par des officiers qui profitaient de leur indiscipline) du RSP qu’ils pouvaient se permettre impunément tout. Tous semblaient avoir une peur bleue du RSP et de ses hommes». Ainsi écrivions-nous dans Le Reporter N°250 du 1er au 15 décembre 2018.

Et dans le numéro suivant, nous ajoutions : le Général Diendéré ne cache pas sa frustration et son sentiment d’une justice à deux vitesses. En effet, outre la haine contre son ancien protégé qui semble l’avoir profondément blessé, déçu ou trahi, «Golf» (surnom du Général Diendéré) a du mal à accepter de se retrouver à la barre sans les autres officiers supérieurs du commandement de l’époque. Ces derniers, à  commencer par le chef d’Etat-Major général des armées de l’époque, le Général Pingrenoma Zagré, l’auraient accompagné et soutenu dans son aventure et devraient logiquement se retrouver dans le box des accusés avec lui. Avec insistance, il est revenu sur cette absence injustifiée, à ses yeux, de la hiérarchie militaire de l’époque parmi les accusés. Si lui a accepté d’assumer le coup d’Etat, c’est parce que personne ne s’est décidé et c’est surtout parce que la hiérarchie de l’armée a accepté de l’accompagner. Il affirme même qu’elle lui a promis d’assurer le maintien de l’ordre et lui a demandé du matériel à cet effet.» Et nous concluions que «le Général Gilbert Diendéré a un incroyable talent».

Malheureusement, le jeu est terminé depuis qu’il a voulu sortir de l’ombre qui lui a réussi pendant plus d’un quart de siècle. Bras droit de Blaise Compaoré, il n’était pas à son premier essai de prise du pouvoir par les armes, puisqu’il était là le 4 août 1983 et le 15 octobre 1987, respectivement lors de la prise du pouvoir et de l’assassinat du Président Thomas Sankara. Mieux, le putsch avorté des 16 et 17 septembre 2015 avait des similitudes dans sa conception avec celui du 15 octobre 1987. Les sous-officiers que l’on accuse aujourd’hui d’avoir ourdi le putsch de septembre 2015 n’étaient pas encore au RSP. Fort heureusement et malheureusement pour eux, nous étions en 2015, dans un Burkina Faso qui venait quelques mois plus tôt, de réaliser une insurrection populaire.

Entre instinct de survie et impératif de faire le bon choix

C’est le sentiment que l’on peut avoir en écoutant l’un des hauts gradés de l’armée qui a «pensé à la dernière réunion du Président Sankara. Il est passé dans la tête de tout un chacun que ça pouvait être la fin», a affirmé, à la barre, le Colonel Naba Palé, adjoint au chef d’Etat-Major général des armées (CEMGA) au moment des faits. Cette déclaration traduit, si besoin était, l’état d’esprit qui prévalait dans la haute hiérarchie de l’armée au moment des faits. Et l’officier supérieur d’ajouter que le Régiment de sécurité présidentielle était une armée dans l’armée et que l’Etat-Major n’avait aucun contrôle sur cette unité longtemps dirigée par le Général Gilbert Diendéré, tout puissant chef d’Etat-Major particulier à la Présidence du Faso jusqu’à la fuite de Blaise Compaoré le 31 octobre 2014. Son témoignage confirme également le fait que Blaise Compaoré avait pratiquement désarmé les différentes garnisons du pays au profit du RSP, hyper équipé et dont les éléments bénéficiaient de traitement de faveur à faire pâlir de jalousie les éléments des autres unités de l’armée. Avant le Colonel Palé,  l’ex Directeur général de la Police nationale, Lazare Tarpaga, a campé le décor : «ça aurait été suicidaire de s’opposer frontalement à Diendéré».

Le  RSP et Diendéré inspiraient donc la peur et la prudence à la haute hiérarchie de l’armée. Et le Général semble avoir misé sur cette peur pour imposer à la haute hiérarchie son putsch. D’abord, des officiers du RSP avaient clairement affirmé à la barre, qu’ils n’avaient pas eu d’autres choix que de collaborer avec le Général et des éléments incontrôlés. Ensuite, d’autres témoins affirment que des éléments du RSP avaient quadrillé le ministère de la Défense lors des rencontres avec le Général Gilbert Diendéré les 16 et 17 septembre.

Comme l’a relevé l’un des témoins, en l’occurrence le Colonel-Major Poko Ilboudo, le commandement «avait une idée de sa manœuvre». Selon donc les témoins, en lieu et place d’un refus frontal aux conséquences imprévisibles, la hiérarchie militaire a choisi la carte de la prudence et de la négociation et parfois du dilatoire pour ne pas aider les putschistes à réussir leur forfait. C’est peut-être ce qui explique la rage du Général Diendéré et ses suiveurs. Ainsi, lorsqu’après l’arrestation des autorités de la Transition, le Général Diendéré demande à rencontrer la hiérarchie de l’armée. Le chef d’Etat-Major général  des armées, Pingrenoma Zagré, décide d’inviter des sages en la personne de Monseigneur Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo-Dioulasso, alors président de la Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR), et Jean-Baptiste Ouédraogo, alors unique ancien chef d’Etat vivant sur le territoire national, à cette rencontre. En attendant les témoignages de ces trois acteurs, l’on peut percevoir dans la démarche du Général Zagré, une volonté de dialogue et de négociation. Sachant que peu d’entre eux avaient une ascendance sur le  Général Gilbert Diendéré, ils ont cherché secours chez des personnalités neutres et capables de dire la vérité à tous.

Mais, les putschistes, sans doute sûrs de leur force et leur plan, n’ont pas pu percevoir le piège. Ils ont persisté à justifier l’injustifiable et à vouloir embarquer les autres dans leur aventure suicidaire. La suite, on la connaît. Il leur a été demandé d’assumer leurs choix. C’est ce qu’ils ont fait. C’est ce qui leur vaut sans doute d’être là où ils sont sans les autres.

Les putschistes ont demandé l’appui des autres. Ces derniers n’ont pas eu le courage de dire non. Ils ont demandé du matériel. On leur en a livré. Mais ils ne l’ont jamais utilisé. Ils ont promis de faire le maintien de l’ordre, ils ne l’ont pas fait. Il fallait gagner du temps et se rassurer de quel côté penchent réellement les rapports de force. Mais plus les jours passaient, plus les rapports de force étaient du côté de la résistance anti-putsch. La résistance populaire avait d’ailleurs gagné les casernes. Bref, en attendant le passage des principaux chefs de l’armée à la barre, l’on voit se dégager la stratégie mise en œuvre par les officiers pour sauver leur tête, quelle que fut l’issue du putsch. Les témoignages du Directeur général de la Police nationale au moment des faits, du Lieutenant-Colonel Kanou Coulibaly, alors commandant du groupement mobile de la gendarmerie, des Colonels Poko Ilboudo, Naba Palé se rejoignent dans ce choix tactique de ne pas défier les putschistes et de gagner en temps pour s’assurer de faire le bon choix.

Quand le Général se fait ridiculiser

Ces témoignages ont parfois agacé le Général et certains officiers du RSP. On peut relever, entre autres, les passes d’armes entre le Commissaire Lazare Tarpaga et le Général. Par exemple, le Général l’a appelé plusieurs fois, le 16 septembre 2015, pour demander soutien et celui de toute la Police nationale. Mais lui, il a usé du dilatoire pour ne pas répondre à ses attentes. Il évoque, entre autres, avoir dit au Général qu’il voudrait bien mais manque de moyens pour motiver la troupe et lui doter de carburant et de matériels de maintien d’ordre. Et le Général lui envoie un million par l’intermédiaire du Capitaine Dao (qui ne reconnaît pas les faits), fait remplir les réservoirs de véhicules de la Police nationale à partir du Camp Naaba Kom II, le Quartier général du RSP. Et avec l’aide de la Côte d’Ivoire et du Togo, du matériel de maintien d’ordre a été livré le 18 septembre. Mais comme à la gendarmerie, ce matériel n’a jamais été utilisé, selon les témoins. Sans doute excédé par ces témoignages qui le tournent en ridicule, le Général a cru bon d’accuser le Commissaire Tarpaga de faux témoignages. Et il sort un argument vite battu en brèche. «Je connais le Commissaire Lazare Tarpaga depuis 1982. J’ai été son instructeur … » Réaction du concerné : votre mémoire vous joue des tours. En 1982, j’étais en classe de 1re. Je suis entré à l’école de police en 1990 ». Au finish, l’ancien patron des flics s’est dit «profondément déçu» du Général Diendéré alors qu’il avait pourtant beaucoup d’estime pour lui avant les évènements. Comme pour rendre les coups, le Général se dit soulagé de savoir que le Commissaire Tarpaga ne fait pas partie de ceux qu’il a formés. (Sic)

A côté des soldats et hauts gradés des FDS, il y a aussi les témoins civils qui montrent clairement que le Général et ses hommes ont assumé leur coup et voulaient se donner les moyens de réussir. On  peut citer le passage de l’ancien président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et  des postes (ARCEP), Marthurin Bako, et ses anciens collaborateurs qui ont été contraints par des éléments du RSP de repérer et de participer au démantèlement de la radio de la résistance. En outre, révèle l’ex-président de l’ARCEP, le Général Diendéré lui aurait demandé de couper les services de messagerie téléphonique, notamment les SMS, qui étaient, selon lui, le canal utilisé par les acteurs de la résistance pour appeler à la mobilisation.

L’on peut également relever les témoignages des militants et responsables du CDP qui, à la barre, ont parfois eu de chaudes empoignades, surtout entre l’accusé Salifou Sawadogo et les autres leaders du parti, notamment l’ex-député Noël Sourwema, et le président du parti qui ont pratiquement pris le contrepied de l’accusé. Le CDP, selon son président Eddie Komboïgo, n’a jamais adopté une directive en lien avec le coup d’Etat. Le parti n’a jamais affiché son soutien au putsch. Ce qui contredit la position d’un autre accusé, Léonce Koné, qui avait participé à des rencontres avec les putschistes au nom du parti. Du reste, ce dernier n’a jamais caché son soutien au putsch. Il est d’ailleurs l’un des rares accusés à assumer ses positions, parce que, dit-il, la Transition avait trop de dérives et de déviations auxquelles il fallait mettre fin.

En tous les cas, le procès a amorcé une étape décisive. Certains témoignages sont vivement attendus. Depuis le début du défilé des hauts gradés l’on se rend compte que le Général Diendéré est tombé, dans son propre piège. Il a sans doute sous-estimé les autres qui semblent s’être joué de lui. Et comme certains accusés, des témoins ne cachent pas leur déception de voir le Général tourner autour du pot au lieu d’assumer dignement ses responsabilités. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est déjà loin l’époque où le Général inspirait la crainte, voire la peur des autres officiers. Aujourd’hui même, de jeunes soldats et civils ne cachent pas leur déception. Comme dirait l’autre, «l’homme n’est rien ! Seul Dieu est fort». L’on assiste à une déconstruction sur la place publique, du mythe Diendéré. C’est déjà ça, l’une  des leçons de ce procès.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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