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5è COLLOQUE NATIONAL SUR LE NUMERIQUE : La course vers le tout numérique à l’épreuve de la confiance

A l’heure où la digitalisation transforme progressivement les services publics, l’économie et les pratiques d’information, le Burkina Faso est confronté à un double impératif : tirer pleinement profit du numérique tout en protégeant les citoyens, les données et les infrastructures. C’est autour de cet enjeu que se sont articulés les échanges du cinquième colloque national sur le numérique, organisé par l’Association des blogueurs du Burkina (ABB). Tenue le 31 août 2026, la rencontre a offert un cadre d’échanges et de réflexion sur les défis liés à la cybersécurité, à la protection des données personnelles, à la cybercriminalité et à la responsabilité dans l’espace numérique.

La transformation numérique avance à grands pas au Burkina Faso. Téléphones intelligents, réseaux sociaux, services administratifs en ligne, plateformes de paiement et intelligence artificielle occupent désormais une place importante dans le quotidien des citoyens. Mais cette accélération soulève une question essentielle : le pays est-il suffisamment préparé à assumer les risques qui accompagnent cette mutation ? Réunis dans le cadre du cinquième colloque national sur le numérique, acteurs publics, professionnels des médias et du numérique, organisations de la société civile et blogueurs ont tenté d’apporter des réponses à cette interrogation.

Au cœur des discussions, la question des données personnelles s’est imposée comme l’un des principaux enjeux de la transformation numérique. Nom, prénom, numéro de téléphone, numéro de pièce d’identité, plaque d’immatriculation, photographie, données de santé ou encore données de localisation, autant d’informations qui permettent directement ou indirectement d’identifier une personne et qui peuvent être exploitées à des fins diverses.

Le présidium de la cérémonie d’ouverture, le président de ABB Gabriel KAMBOU, Issa Alexandre ZOU, vice président du CSC et représentant la Maraine, Yacouba Diaby-Kassamba de la CIL

Dans son intervention consacrée à la protection des données personnelles et à la cybersécurité, Yacouba Diaby-Kassamba, chargé d’étude à la Commission de l’informatique et des libertés (CIL), a insisté sur la nécessité pour les citoyens de mieux comprendre la valeur de ces informations. Les données sont aujourd’hui au cœur des services numériques et constituent également une ressource essentielle pour le développement de l’intelligence artificielle. Plus les systèmes disposent de données, plus ils peuvent être performants. Mais cette valeur constitue également une vulnérabilité. Pour le communicateur de la CIL, cette situation impose l’adoption d’une véritable culture de cyberprudence. La protection ne relève pas uniquement des institutions spécialisées. Elle commence aussi par les comportements individuels. Cette exigence concerne également les administrations. A titre d’exemple, Yacouba Diaby-Kassamba a expliqué que la plateforme e-concours, mise en place progressivement depuis 2015, a évolué dans le sens d’une meilleure protection des candidats. Le numéro de téléphone n’est désormais plus publié avec les résultats, alors que cette pratique pouvait auparavant exposer les candidats admis à une multitude d’appels.

Cybersécurité : l’humain demeure le maillon faible

Si les outils de protection se perfectionnent, les cybercriminels développent parallèlement des techniques toujours plus sophistiquées. Hameçonnage personnalisé grâce à l’intelligence artificielle, usurpation d’identité, faux comptes, vidéos et voix générées artificiellement, chantage à la webcam ou encore logiciels espions font désormais partie des menaces auxquelles les internautes doivent faire face. Pour Paling-wendé A. Clovis Djigma, Chef de service norme à l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), une réalité demeure : l’humain reste le maillon faible de la chaîne de cybersécurité.

Quelques participants au colloque

Une infrastructure peut être techniquement bien protégée, mais une simple erreur de manipulation peut suffire à compromettre un système. Un clic sur un lien frauduleux envoyé par courrier électronique, l’utilisation d’un mot de passe insuffisamment sécurisé ou encore le partage d’identifiants peuvent ainsi ouvrir la voie à une attaque. D’où l’importance des mises à jour régulières, de l’authentification à double facteur, de mots de passe robustes et de la vigilance face aux liens et messages suspects. La cybersécurité est également devenue un enjeu majeur pour l’administration publique. Les échanges ont fait ressortir la nécessité de mieux sécuriser les plateformes institutionnelles, de disposer d’une cartographie des sites publics et privés et d’assurer une meilleure continuité des services numériques. Mais au-delà des dispositifs techniques, les différents intervenants ont insisté sur la nécessité de disposer de ressources humaines suffisamment nombreuses et compétentes. La cybersécurité exige des investissements dans la formation et dans les compétences nationales afin que le Burkina Faso puisse progressivement renforcer son autonomie dans ce domaine.

Quand la rapidité de l’information rencontre la responsabilité

Le numérique a profondément transformé le travail des journalistes, blogueurs et créateurs de contenus. Avec un smartphone, chacun peut aujourd’hui filmer, rédiger, publier et toucher en quelques secondes des milliers, voire des millions de personnes. Cette puissance de diffusion constitue une opportunité, mais aussi une responsabilité. Pour les intervenants, la viralité ne peut jamais remplacer la vérification. Le professionnel de l’information doit donc renforcer ses réflexes de vérification et apprendre à distinguer l’authentique du contenu manipulé.

Souveraineté numérique : un long chemin à construire

La question de la souveraineté numérique a traversé l’ensemble des échanges. Une part importante des données produites par les citoyens, les entreprises et les administrations burkinabè est hébergée sur des infrastructures situées à l’extérieur du pays. Cette situation pose des questions de maîtrise, de disponibilité et de sécurité des données. Les discussions ont ainsi mis en avant la nécessité de développer des infrastructures nationales capables d’héberger davantage de données et de services numériques. La mise en place du domaine « .bf », le développement de capacités nationales d’hébergement et les initiatives visant à rapatrier certaines données publiques s’inscrivent dans cette perspective. Mais pour Thomas Ouédraogo, Consultant en Transformation Digitale, la souveraineté numérique ne se résume pas aux infrastructures. Elle se joue également dans la capacité du pays à développer ses compétences, à mobiliser des ressources financières et à choisir les secteurs dans lesquels il peut réellement créer de la valeur.

Les trois communicateurs (de g.à d.) THomas Ouédraogo, Arnaud P. Clovis Djigma, Ange Gabriel Kambou (Président du Conseil d’Administration de ABB) et Yacouba Diaby-Kassamba lors du panel d’échanges

Face aux moyens considérables des grandes plateformes internationales, le Burkina Faso ne peut prétendre rivaliser sur tous les fronts. Il doit plutôt, selon lui, identifier ses secteurs stratégiques et y concentrer ses efforts. « La souveraineté numérique, c’est un long chemin », a-t-il relevé, appelant à avancer progressivement plutôt qu’à chercher à tout maîtriser simultanément. Cette ambition suppose aussi de donner aux compétences nationales les moyens de se développer. Thomas Ouédraogo a également insisté sur la question de la crédibilité des institutions et de leurs circuits de communication. Cette exigence rejoint directement la responsabilité des blogueurs et des acteurs de l’information. Leur crédibilité constitue une ressource essentielle dans un environnement où les contenus circulent rapidement et où la frontière entre information fiable et information manipulée devient parfois difficile à établir. L’intelligence artificielle s’inscrit elle aussi dans cette réflexion.

Des engagements à traduire en actes

Les échanges ne se sont pas limités au constat des risques. Ils ont également débouché sur plusieurs recommandations destinées à renforcer la confiance numérique au Burkina Faso. Parmi les principales pistes retenues figurent l’élaboration d’une politique nationale intégrée de confiance numérique, l’accélération de la sécurisation des services publics, le renforcement de l’éducation aux médias, à l’information et à l’intelligence artificielle, ainsi que le développement des compétences nationales en cybersécurité. Les participants ont également insisté sur la nécessité de soutenir davantage la production de contenus numériques d’intérêt public. Pour les blogueurs et créateurs de contenus, des engagements plus directement liés à leur pratique ont été retenus : vérifier avant de publier, éviter de contribuer à la viralité de la désinformation, faire preuve de transparence sur l’utilisation substantielle de l’intelligence artificielle, protéger les données personnelles et reconnaître publiquement les erreurs lorsqu’une information diffusée s’avère fausse. Derrière ces recommandations se dessine une même exigence : faire en sorte que la transformation numérique ne se mesure pas seulement à la multiplication des outils et des services, mais aussi à la capacité du pays et de ses citoyens à les utiliser de manière sûre, responsable et utile.

La confiance numérique, une responsabilité collective

En clôturant les travaux, le président du conseil d’administration de l’Association des blogueurs du Burkina, Gabriel Ange Kambou, a rappelé que la confiance numérique ne se décrète pas. Elle se construit par la transparence, l’éducation, la vérification, la protection des citoyens et la responsabilité de chacun. Le cinquième colloque national sur le numérique aura ainsi permis de dépasser la seule question de l’usage des technologies pour poser celle de leur gouvernance. Dans un Burkina Faso engagé dans une digitalisation accélérée, l’enjeu n’est plus seulement de savoir si le pays doit prendre le virage numérique. Il est désormais de savoir dans quelles conditions il peut le faire sans sacrifier la sécurité, la souveraineté et la confiance des citoyens. Dans l’espace numérique, chaque clic laisse une trace, chaque donnée possède une valeur et chaque publication peut produire des conséquences bien au-delà de son auteur. La construction d’un numérique responsable apparaît dès lors moins comme une option que comme une nécessité collective.

Pawindkisgou TAPSOBA (Stagiaire)

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