Le Burkina Faso est classé 4eme grand producteur d’or en Afrique. Portée jusque-là par une multitude d’acteurs, la production a été pendant longtemps l’apanage de sociétés canadiennes, russes, australiennes. Depuis l’arrivée du Capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, des hommes d’affaires burkinabè ainsi que l’Etat à travers la société d’Etat, la Société de Participation Minière du Burkina Faso (SOPAMIB) enregistrent une entrée de taille dans le secteur. Des réformes engagées ont contribué à repositionner les retombées minières d’abord au profit de l’Etat et ensuite pour les populations, mais aussi à la lutte contre le terrorisme auquel fait face le pays. A qui profite l’exploitation minière au Burkina Faso ?
Au Burkina Faso, l’or se place la première position des produits d’exportation du pays depuis 2009. A la date de 11 avril 2026, il est dénombré 22 permis d’exploitation minier industriels actifs dont 17 sociétés en production de l’or, selon la Direction générale du cadastre minier du Burkina Faso.
Si Bissa Gold et Niou ont pour propriétaire le Russe Nordgold, Essakane SA quant à elle est une propriété du Canadien Iamgold. Toujours avec les Canadiens, on enregistre Orezone qui exploite Bomboré et Endeavour mining exploite les mines de Houndé Gold et de Mana. La société australienne West African Resources exploite Sanbrado et Kiaka. Le Burkinabè Elie Ouédraogo de Néré Mining exploite Riverstone Karma SA et son compatriote Inoussa Kanazoé de la société Soleil Ressources exploite Burkina Mining Company (BMC) et Roxgold SANU. L’Etat burkinabè est propriétaire de la Société d’exploitation de Phosphate du Burkina (SEPB), et avec la SOPAMIB elle détient Wahgnion Gold Operation, Boungou, Taparko, Perkoa et Bouboulou SA.
Selon les statistiques, sur les 17 sociétés, c’est l’Etat qui vient en tête avec six sociétés minières. L’Etat est suivi par le Canada avec quatre mines. Ensuite vient la Russie avec deux sociétés. L’Australie quant à elle possède également deux sociétés en exploitation. Les privés burkinabè détiennent trois mines. Elles sont 08 sociétés minières implantées au Burkina Faso détenues par compagnies de nationalités étrangères.
| Bénéficiaires | Nombre |
| Etat burkinabè | 6 |
| Privé national | 3 |
| Canada | 4 |
| Australie | 2 |
| Russie | 2 |
| TOTAL | 17 |
Document : Le Reporter sur la base du Bulletin statistique du deuxième semestre de l’année 2025 du Ministère des mines
Quelles parts pour l’Etat ?
L’une des principales réformes concerne l’exploitation minière par l’Etat lui-même. En effet, le Capitaine Ibrahim Traoré met en œuvre une politique de réappropriation nationale des ressources. Il a opéré des réformes qui ont favorisé que le Burkina soigne ses intérêts dans l’exploitation minière.
Dans son adresse à la Nation, le 31 décembre 2025, le Capitaine Ibrahim Traoré a déclaré : « Il s’est agi pour nous de faire en sorte de nous approprier de nos ressources minières. Ce qui a conduit l’État à d’abord s’approprier d’un certain nombre de mines, en rachetant avec des partenaires, mais également en se mettant à l’exploitation des mines, tant industrielles que semi-mécanisées à travers la création de la SOPAMIB ». Aujourd’hui, la SOPAMIB se positionne comme le plus grand exploitant minier au Burkina Faso en termes de nombre de mines.
La deuxième réforme concerne l’augmentation des parts gratuites de l’Etat au sein des entreprises minières. Dans les anciens codes miniers, les sociétés minières cédaient gratuitement, 10% des parts d’actions à l’Etat. Cette disposition a été revue à la faveur de l’adoption du Code minier de 2024 où les parts gratuites de l’Etat sont passées à 15% du capital social.

Mais alors que les sociétés s’attendaient à ce que cette disposition ne s’applique qu’aux mines qui recevront leur permis après l’adoption du Code de juillet 2024, le ministère des mines après avoir rencontré les sociétés minières le 13 février 2025 sur les innovations du nouveau texte a clairement signifié que même les sociétés déjà détentrices de permis sont concernées par cette disposition. En clair, les dispositions du nouveau Code minier dans leur ensemble sont rétroactives. Les sociétés se sont mises à jour en se conformant à l’article 66. Désormais, l’Etat est donc actionnaire à 15% dans toutes les mines du pays. L’opérationnalisation de cette disposition du Code minier a permis d’augmenter le volume des dividendes de l’Etat qui sont passés de 29,392 milliards FCFA en 2024 à 144,754 milliards FCFA en 2025. Ces dividendes ont été collectées aussi bien auprès des sociétés privées que publiques.
Les actionnaires des sociétés minières, mieux rémunérés
Dans le sens d’accroitre la transparence dans les partages des revenus miniers, le Burkina Faso a exigé (NDLR : décret 2022-0234 du 31 mai 2022, la divulgation des bénéficiaires réels des entreprises extractives est une obligation légale au Burkina Faso) que les sociétés minières déclarent leurs bénéficiaires effectifs, c’est-à-dire, ceux qui en dernier ressort contrôlent les entreprises et sont les donneurs d’ordre. Les listes de ces bénéficiaires devraient être publiées dans les rapports de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries extractives du Burkina (ITIE-BF). Mais les derniers rapports de l’institution n’ont pas publié ces listes. Les mines ont déclaré leurs Directeurs généraux comme bénéficiaires effectifs, pourtant, toutes les mines disposent d’actionnaires qui reçoivent des dividendes. A titre d’exemple, selon les résultats financiers de son exercice 2023 publiés le 27 mars 2024 à Londres, Endeavour mining (mines d’or de Houndé Gold et Mana au Burkina Faso, Sabodala au Sénégal, Ity et Lafigué en Côte d’Ivoire) a versé à ses actionnaires 266 millions de dollars soit environ 160 milliards FCFA
Au sens dudit décret, est déclarée bénéficiaire effectif d’une entreprise toute personne physique détenant au moins 25% du capital ou des droits de vote directement ou indirectement, à défaut, toute personne exerçant un contrôle effectif. La formalité se fait auprès du tribunal de commerce de Ouagadougou.
Au moment où nous traçons ces lignes, les listes de propriétés et/ou d’actionnaires d’entreprises minières ne sont pas publiées. Pourtant, son application stricte aurait peut-être permis à l’Etat central de tirer plus de ressources financières de l’exploitation des mines.
Selon le rapport 2024 de ITIE-BF, « la structure du capital et la liste des actionnaires ne sont pas publiées en ligne et doivent être obtenues par une demande motivée au greffe du tribunal compétent ».
En 2024, seules deux sociétés minières ont fourni des données sur leurs bénéficiaires effectifs conformes aux standards ITIE. Cinq sociétés (36 %) ont déclaré leur Directeur Général comme bénéficiaire effectif, ce qui est juridiquement conforme à la réglementation nationale, mais limite la transparence recherchée dans le cadre de l’ITIE. Sept sociétés (50 %) n’ont communiqué aucune donnée.
Le magazine spécialisé « Mines Actu Burkina » a réussi à obtenir quelques statistiques. Il indique que 78 déclarations de constitution de sociétés minières ont pourtant été faites entre 2023 (61) et mai 2024 (17).
Des chiffres qui parlent
En plus des 15% des actions, l’Etat est aussi bénéficiaire des ressources minières à travers la collecte effectuée par les régies de recettes que sont les Impôts, la Douane et le Trésor public. En effet, ces régies ont collecté auprès des sociétés minières 65 flux sous la forme d’impôts, taxes, droits et redevances en 2024, selon le rapport 2024 de ITIE-BF.
Le montant de la collecte au profit du Budget national est passé de 594,823 milliards FCFA en 2023 à 635,583 milliards FCFA en 2024 pour se situer à 838,106 milliards FCFA en 2025. Si cette hausse est en partie imputable à la hausse du cours de l’or, elle s’explique en grande partie par des réformes qui ont entrainé une révision à la hausse des taux de perception de certaines taxes.
L’or pour financer la guerre
Le Burkina Faso connait des attaques terroristes depuis des années. Le secteur minier contribue à financer la lutte contre le mal à travers plusieurs sources de collecte. La réforme du code minier de 2024 a orienté les bénéficiaires du Fonds minier de développement. Autrefois réservé au financement des budgets des collectivités, la réforme a élargi les bénéficiaires au Fonds de soutien patriotique créé pour soutenir les efforts de lutte contre le terrorisme.
Le Capitaine Ibrahim Traoré a adopté un nouveau flux au profit de la lutte contre le terrorisme. Il s’agit de la Contribution de 2% sur les bénéfices des entreprises au Fonds de soutien patriotique. En 2024, les entreprises minières ont versé 7 milliards FCFA au titre de cette taxe et 11 milliards FCFA en 2025.
Dans le processus de production de cette enquête, il a été entrepris d’avoir des réactions de plusieurs entités ou personnes. Malheureusement, les portes sont restées muettes. Certaines personnes qui avaient donné leur accord pour donner leur point de vue ou commentaires dans cette enquête ont finalement soit, renoncé, soit gardé le silence.
ENCADRE : Les emplois locaux
Sur le plan des emplois, l’annuaire statistique de 2024 du ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières (MEMC), fait ressortir que le secteur extractif a généré 19 994 emplois directs en 2024, contre 20 639 en 2023, marquant une diminution de 3,12 %. Ces employés ont versé dans le budget national, 33,047 milliards FCFA sous la forme d’impôts sur les salaires.
AKN
Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de 6 mois du projet SAIL+ du Centre for Journalism Innovation and Development (CJID)






