AccueilMESSAGENAA-YIRI CPS :  Une cour royale devenue un relais contre le paludisme

NAA-YIRI CPS :  Une cour royale devenue un relais contre le paludisme

Dans le village de Nab-raboogo, district sanitaire de Boussé, la cour du chef de village ne sert plus seulement aux activités coutumières et aux audiences de Naaba Saonré. Depuis 2025, elle accueille aussi des enfants de 3 à 59 mois lors des campagnes de chimio-prévention du paludisme saisonnier (CPS). La cour du chef de village est le lieu où sont supervisée l’administration des doses de prévention contre le paludisme. Naaba Saonré mobilise ses « sujets » et les agents de santé administrent les médicaments. Les premiers résultats rapportés montrent un impact positif. Cette trouvaille du chef est en train de faire tache d’huile. 

Le vendredi 12 septembre 2026, après une cinquantaine de kilomètres à moto, nous voilà à Nab-raboogo, un village à l’entrée de Boussé dans la région de Oubri, à une cinquantaine de kilomètres de Ouagadougou sur l’axe Ouaga-Ouahigouya. Après quelques slaloms, nous arrivons devant le « Naa-yiri » ou la cour royale en langue mooré de Naaba Saonré. Une vaste cour clôturée s’ouvre devant nous. A l’arrière, un grand auvent aménagé abrite une quinzaine de personnes. Des notables assis sur des nattes aux côtés du chef, Naaba Saonré lui-même et, un peu à l’écart, sous le même auvent, des habitants attendent de rencontrer le chef. L’on nous explique que le vendredi est un jour d’audience. Ce jour-là, le chef reçoit les habitants du village venus lui faire part de leurs préoccupations, de leurs problèmes ou simplement lui transmettre des nouvelles ou rendre compte des missions. 

Mais, cette cour royale a depuis peu une autre fonction. Elle est devenue un espace de sensibilisation sur la lutte contre le paludisme. Le paludisme est la première cause de consultation et de décès au Burkina Faso. Parmi les actions de lutte, le gouvernement initie des campagnes de prévention ciblées destinées aux enfants.  

En effet, pendant les campagnes nationales de chimio-prévention du paludisme saisonnier (CPS), Naaba Saonré convie à sa cour, les enfants accompagnés de leurs parents ou grands-parents pour y recevoir les doses contre le paludisme. En somme, le chef mobilise et sensibilise tandis que les agents de santé assurent les prises du médicament. C’est ainsi qu’est née « Naa-yiri CPS ». Cette implication du chef de village permet de surmonter les stéréotypes véhiculés selon lesquels, les doses administrées sont non seulement nocives pour la santé des enfants, mais viserait à les rendre stériles et moins productifs une fois l’âge de la majorité atteinte. 

« Nous avons voulu d’abord nous protéger »

L’expérience a commencé en 2025 à la suite d’échanges entre le chef coutumier de Nab-raboogo, Naaba Saonré et la médecin-cheffe du district sanitaire de Boussé, Salou Adeline Dabiré. Pour le chef, l’idée de « Naa-yiri CPS » est née d’une préoccupation concrète : protéger sa communauté contre le paludisme qui sévissait dans la localité. « Nous avons voulu mettre en place cette initiative pour nous protéger nous-mêmes. Nous ne savions même pas qu’un jour des gens s’intéresseraient à ce que nous faisons avec « Naa-yiri CPS ». C’est une approche qui permet de protéger la santé des enfants et des autres membres de la famille, explique-t-il. Le dispositif s’appuie sur l’autorité du chef et sur la cour royale pour mobiliser les familles pendant les campagnes de chimio prévention du paludisme saisonnier. « Nous nous connaissons tous au village ici, lorsqu’on constate qu’il y a un enfant de 0 à 59 mois dans une famille qui n’est pas présent à la CPS, nous interpellons séance tenante la famille pour qu’elle participe à la campagne ». 

Selon la médecin-cheffe du district sanitaire de Boussé, Salou Adeline Dabiré, « les chefs coutumiers sont beaucoup écoutés dans leur localité » et leur influence au sein de la communauté permet d’améliorer la participation des populations aux campagnes de CPS. Cependant, le dispositif ne confie pas à l’autorité coutumière les actes médicaux. Les agents de santé invités au Naa-yiri, restent chargés de l’administration des médicaments et de la supervision des prises. 

Des grands-parents pour suppléer aux mamans

Selon Naaba Saonré, les séances de sensibilisation ont même transformé les grands parents des enfants en « superviseurs maison ». En effet, s’il arrivait que des enfants ne soient pas présents à la cour royale, les parents et grands-parents sont interpellés et invités à assurer les prises des doses à la maison. Ce sont donc, selon lui, les séances de sensibilisation qui ont transformé des grands-parents des enfants en « superviseurs maison ». Ils veillent à la régularité des prises des doses ou envoyer les enfants au Naa-yiri lors des campagnes lorsque les mères oublient ou sont indisponibles. 

La médecin-cheffe du district, Salou Adeline Dabiré, souhaite que l’engagement des chefs coutumiers soit davantage soutenu et encouragé
afin de permettre à l’initiative de se poursuivre.

De sa propre initiative, le chef prévoit des bonbons qu’il distribue aux enfants pour les apaiser lorsqu’ils pleurent pendant la prise du médicament. En plus, un repas est partagé avec tous les participants. Une pratique qu’il justifie par une règle qu’il s’est imposée : quiconque vient au Naa-yiri doit pouvoir y trouver quelque chose à manger. Ces attentions, modestes en apparence, participent à l’attractivité de Naa-yiri CPS. 

L’expérience de Nab-raboogo ne repose pas sur une nouvelle infrastructure sanitaire. Elle utilise un dispositif qui existait déjà et une autorité qui faisait déjà partie de la vie du village. C’est ce qui fait la particularité de « Naa-yiri CPS ». Le chef ne distribue pas les médicaments et ne remplace pas les agents de santé. Il ouvre sa cour, mobilise les habitants et porte des messages de prévention. Les professionnels de santé, eux, restent responsables des actes médicaux.

Premiers résultats encourageants

Cet habitant, un homme d’une cinquantaine d’années, présent à l’audience du jour dans la cour royale, ne cache pas sa satisfaction pour Naa-yiri CPS : « avant, on ne se préoccupait pas autant de la santé de nos enfants, de nos familles et on n’était chaque fois à l’hôpital dépensant nos petites économies, mais depuis le début de cette nouvelle initiative, c’est comme si une épine s’était enlevée de notre pied », témoigne-t-il en mooré (NLDR : langue locale). 

Il n’y a pas que les habitants qui apprécient l’initiative. Au niveau du district sanitaire, la note est également à la satisfaction générale. Les premiers résultats rapportés par le district sanitaire concernent principalement la participation aux prises supervisées. Lors du premier passage de la CPS à Nab-raboogo en 2025, 72 enfants ont reçu la première prise. Selon Adeline Salou Dabiré, tous les 72 sont revenus pour la deuxième et troisième prises supervisées. « On peut dire que les 72 enfants qui étaient au premier rendez-vous, 100 % de ces enfants-là, ont eu des prises supervisées », souligne-t-elle. Un résultat concret sur la continuité des prises supervisées à Nab-raboogo. A la date du reportage, septembre 2026, Salou Adeline Dabiré indique également qu’aucun cas de paludisme n’avait été signalé parmi ces 72 enfants pris en charge.

Une vue de l’espace aménagé pour recevoir des activités traditionnelles et les séances de sensibilisation de la CPS

L’initiative a été étendue à d’autres cours royales. Après Nab-rabogo, deux autres palais royaux ont été associés à la stratégie. En 2026, deux autres chefs coutumiers ont rejoint le dispositif, portant à cinq le nombre de cours royales impliquées selon les données communiquées par le district. Au total, les cours royales auraient mobilisé 436 enfants sur l’ensemble des prises supervisées et depuis les différentes prises à la date du reportage, aucun de ces enfants n’a été testé positif au paludisme dans un centre de santé.

Naa-yiri CPS va plus loin 

Pour Naaba Saonré, la cour royale est un lieu de rassemblement naturel des populations. Pendant les campagnes, elle sert de lieu de rassemblement des enfants et de leurs parents. Alors, explique-t-il, pendant l’administration des doses aux enfants, lui et son équipe ont auparavant mobilisé les habitants et en profitent pour relayer des messages sur d’autres préoccupations sanitaires. Outre la sensibilisation sur le paludisme, le chef et son équipe donnent des informations sur l’assainissement, l’élimination des eaux stagnantes, la destruction des gîtes larvaires et la construction des latrines ainsi que l’importance de dormir sous des moustiquaires imprégnées. 

Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de 6 mois du projet SAIL+ du Centre for Journalism Innovation and Development (CJID)

Par Aimé Kobo NABALOUM

ENCADRE : Des chiffres évocateurs 

Selon le ministère de la Santé, le Burkina a enregistré 7 329 cas de paludisme en 2025 et 10 805 en 2024 soit une baisse de 32%. Pour les enfants de moins de cinq ans, les décès étaient de 3 523 en 1 900 en 2024 soit un pourcentage en baisse de 48%. Selon les prévisions, les chiffres déjà enregistrés pourraient confirmer une tendance baissière en 2026. 

Source : ministère de la Santé

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