AFFAIRE TERRAIN DE LA SONATUR A SAABA : Le scandale qui engloutit le Maire et un conseiller

A Saaba, l’affaire fait de grands bruits actuellement. Les esprits sont même surchauffés. Le pire est à craindre à n’importe quel moment, tellement les tensions sont vives entre les habitants, d’une part, et entre ces mêmes habitants et la Mairie, d’autre part. Une zone choisie de concert avec la SONATUR et le Conseil municipal de cette Commune rurale pour être aménagée est au cœur d’une grosse et virulente polémique. La parcellisation de l’espace de 150 ha à Tamsin n’a pas suffi pour les résidents. Il n’a pas fallu de plus pour que les populations montrent leur indignation et leur colère face à cette situation, souvent de façon violente. Pour les habitants de cette partie de la Commune, les parcelles ont été « dealées » par le Conseil municipal. Si les uns accusent le Conseil municipal dans son ensemble, d’autres pointent un doigt accusateur sur le Maire Joseph Dipama lui-même et l’un des conseillers, Yacouba Dera. Comment est née cette affaire ? Comment les parcelles ont été réparties ? Pourquoi une telle colère des habitants de cette zone dite SONATUR ? Les tentatives de solution sont elles-mêmes sources de problèmes. Le Maire s’en sortira-t-il ? Retour sur le scandale depuis ses origines !

L’affaire est bien plus vieille qu’elle ne le parait. Un précédent Conseil municipal avait tenté l’aménagement de la zone mais sans succès. Puis vint l’heure du Conseil municipal dirigé par Joseph Dipama qui s’engage sur le dossier et met le pied sur l’accélérateur d’ailleurs. Visiblement, toutes les précautions d’une bonne exécution n’ont pas été prises. Et bonjour les dégâts. La tension est actuellement à son paroxysme.

Nous sommes en 2017. Le Conseil municipal de Saaba est convoqué en session extraordinaire publique pour les 3 et 4 mars. A l’ordre du jour de cette session véritablement spéciale, quelque chose de tout aussi spéciale va se produire. En effet, le Conseil municipal devrait donner son point de vue sur une demande de création d’une trame d’accueil au sein de la Commune au profit de la SONATUR. Jusque-là, tout serait normal, est-on tenté de dire. Mais à l’issue des travaux, les conseillers dans leur ensemble ont décidé d’octroyer un espace de 150 ha dans le quartier Tamsin à la SONATUR pour aménager et en faire une trame d’accueil pour les résidents.

Dans son exposé lors de la session de mars 2017, le Maire de la Commune, Joseph Dipama, a écrit ceci : « La Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR), instrument de mise en œuvre de la politique de l’habitat du gouvernement, a été instruite d’aménager des parcelles viabilisées sur un terrain de cent cinquante (150) hectares à Nioko 1. Pour la mise en œuvre du projet, un site (Nakomstenga) devant servir de trame d’accueil d’environ cent (100) hectares avait été identifié avec l’accord des propriétaires terriens en 2011. De nos jours, compte tenu du retard accusé du fait des évènements sociopolitiques qu’a connus le Burkina Faso, les propriétaires terriens ont reconsidéré leur position, retirant ainsi les espaces qu’ils avaient cédés. La Commune a entrepris des négociations avec d’autres propriétaires terriens qui ont abouti à l’acquisition d’un terrain de cent cinquante (150) hectares environ en lieu et place de l’ancien site. Mais la SONATUR ne peut rien entreprendre sans l’aval du Conseil municipal.»

Et tout recommence ici. Tel est donc l’argumentaire par lequel Joseph Dipama a introduit le dossier de la SONATUR à la session. Il sortira finalement de cette session, la délibération n°2017-03/RECEN/PKA/CRS portant autorisation pour des travaux préalables d’aménagement d’un terrain de 150 ha environ pour servir de trame d’accueil. La délibération en question en son article 1 stipule que « le Conseil municipal autorise la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR) à effectuer des travaux préalables (délimitation, levées topographiques) d’un terrain de cent cinquante (150) hectares environ situé dans les quartiers de Tamsin et Konwinkombisga pour servir de trame d’accueil ». L’article 2, quant à lui, scelle le sort des terrains en question en ces termes : « La présente délibération sera exécutoire dès son approbation par l’autorité de tutelle ». C’était donc en mars 2017.

Les inquiétudes de la première heure

Cependant, au cours de la session, les conseillers municipaux présents ont voulu comprendre davantage ce projet, puisque selon les explications du Maire, le premier espace n’a pas été retenu. Ainsi, ils ont souhaité que le Maire explique si la cession de la superficie en question a été formalisée et sous quelles conditions. D’autres conseillers ont même demandé ce jour-là de la prudence dans le dossier, car « les questions d’aménagement de terrain à usage d’habitation sont très délicates ». Ils ne croyaient pas si bien prévenir. Le Maire Dipama va alors se permettre des réponses. Selon lui, « les propriétaires terriens ont donné leur accord en contrepartie de parcelles par hectare. » Il précisait à l’époque que les actes de cessions étaient en cours de finalisation. N’ayant certainement pas été convaincus par les explications, les conseillers ont exigé de convoquer la SONATUR pour en savoir davantage. A cette préoccupation des conseillers, le Maire Joseph Dipama sort encore d’autres arguments et dit niet, sans même avoir pris le soin de savoir ce qu’il en est au niveau de la SONATUR.

Selon le procès-verbal de la session, « le Maire et d’autres conseillers municipaux ont indiqué que la SONATUR ne pouvait faire une communication si des travaux préalables ne sont pas faits par la SONATUR. Pour permettre à la SONATUR de mieux présenter le projet, il faut lui permettre de réaliser des travaux préalables ». Cette attitude très curieuse du Maire n’a pas manqué de faire jaser. Les interrogations commençaient à sortir de la part des conseillers. Pourquoi ne pas permettre à la SONATUR de venir expliquer ce qu’elle entend faire exactement comme réalisations afin que le Conseil municipal puisse délibérer objectivement ?

La situation a alors commencé à inquiéter bon nombre de personnes aussi bien dans le Conseil que dans le village. Et le même procès-verbal continue : « Les conseillers municipaux, après avoir recommandé la prudence, au regard de la complexité du dossier, ont donné leur quitus à la SONATUR pour entreprendre les travaux préalables à l’aménagement de la trame d’accueil ». Depuis lors, l’affaire qui semblait être oubliée couvait en réalité dans un silence assourdissant. Le Conseil municipal venait d’ouvrir la boîte aux pandores.

La bagarre est engagée

L’opinion a suivi avec beaucoup d’inquiétudes les manifestations et les mouvements d’humeur à Saaba depuis le début de l’année 2020 et suite à la publication de la liste des personnes bénéficiaires. Aux résultats, des résidents non attributaires, des non-résidents attributaires, des zones commerciales partagées comme des cacahuètes, etc. Là, l’imbroglio est perceptible, le malaise aussi. Courant 2020 donc et peu avant, il va se passer beaucoup de choses. Les parcelles délimitées et les personnes recensées, le Conseil municipal va entamer une vraie course à la distribution des terrains. Et comme il fallait s’y attendre, certains résidents identifiés et recensés ne verront pas leur nom sur la liste définitive des attributaires.

Sur un espace estimé à 150 ha, officiellement, il est ressorti plus de 1 304 numéros attribués et bénéficiaires de parcelles. Pendant ce temps, il avait été recensé 1 909 résidents. Sur cette liste des attributaires, il est incompréhensible que des habitants résidents n’aient pas pu avoir un espace d’habitation, eux qui seraient environ 1 909 et des non-résidents en ont bénéficié, se plaignent les résidents. Qu’est-ce qui s’est passé ? Nous avons voulu en savoir davantage avec le Conseil municipal, en l’occurrence le Maire, mais la demande d’informations est toujours sans réponse. L’affaire est suffisamment scandaleuse pour passer dans l’opinion de la communauté à Saaba, même si le Maire promet une Commission de vérification sur ce recensement à problèmes.

Une autre pomme de discorde demeure la compensation. Selon le procès-verbal de la session de délibération, les propriétaires terriens devraient être compensés par des parcelles. Pour cette compensation dont il était question autour de la cession des terres, il aurait été convenu des parcelles de 300 mètres carrés par ha pour les propriétaires terriens. Malheureusement, ils n’auront droit qu’à 150 mètres carrés ou 170 mètres carrés. Face à cette situation, certaines familles auraient pris la décision de revenir sur leurs décisions. Les choses se compliquent. « Nous ne sommes plus d’accord, nous ne nous reconnaissons plus dans cette convention. Des bulldozers sont venus sur le terrain pour amorcer les travaux. Nous avons procédé aux arrêts de tout travail et nous décrions la manière de procéder qui en aucun moment, n’a respecté notre accord », décrie un représentant d’une famille habitant sur le site.

Quand la solution devient le problème

Comme solution miracle, le Conseil municipal identifie une autre zone en vue de trouver des terrains à ceux qui en ont manqué sur le premier site. Mais là également, il y a des problèmes. Sur le terrain, l’espace en question n’est pas un terrain vierge. Des habitants de Saaba occupent déjà l’espace qu’ils ont acquis de façon licite. Et il n’y a pas que cela. Ce nouvel espace prévu pour compenser le manque de parcelles ne serait pas dans les prévisions de la SONATUR.

L’espace situé après la grande voie de contournement de Ouagadougou ne satisferait pas également les grands oubliés du premier site. Ils ne demandent qu’à rester sur leur propre site. Quel dilemme ! Un habitant de cette nouvelle zone que nous avons contacté ne mâche pas ses mots. Il explique avoir acquis le terrain il y a bien longtemps et la Mairie ne saurait le lui retirer au prétexte qu’il veut combler un manque à gagner créé de toutes pièces ailleurs par la même Mairie.

Des quittances Trésor datées de 2010

En plus de la question des résidents non attributaires pendant que des non-résidents soient attributaires, de la solution qui a fini par créer d’autres problèmes, il y a une autre grosse question dans toutes les préoccupations : les espaces commerciaux. Selon certains documents en notre possession, le Conseil municipal a dégagé des zones commerciales sur le site. Le partage des parcelles dans cette zone commerciale fait également des gorges chaudes. En effet, des demandeurs (ou non), triés à la tête du client, ont été bénéficiaires d’espaces pour des activités commerciales pendant que des résidents attendent des lopins de terre pour habiter, s’insurgent certains. Et les bizarreries se poursuivent. Pour certains actes, des dossiers de demande de terrains contiennent des quittances du Trésor public. Mais là n’est pas le problème. Ces quittances du Trésor sont datées de 2010.

Une mention qui intrigue bon nombre de personnes et qui renforce la suspicion d’enrichissement illicite de la part de toutes ces personnes impliquées dans le processus. Ces quittances qui datent de 2010 sont-elles de vraies quittances du Trésor public burkinabè ? A cette question, la réponse la plus plausible est non. Comment des quittances de 2010 peuvent-elles être utilisées en 2020 ? Qui en a autorisé l’utilisation ? Comment ont-elles pu être acquises ? Par qui ?Le mystère reste entier et demande une élucidation.

Les acteurs du scandale

Au cœur de ce scandale évidemment, le Maire Joseph Dipama accusé de ne pas jouer franc jeu avec la population. Les rencontres d’explications qu’il a initiées se sont soldées successivement par des échecs. Il a même manqué de se faire lyncher, n’eût été la présence des forces de l’ordre. Les mécontents ne demandent que des terres à habiter sur leur site. Outre le Maire, il y a aussi et surtout un conseiller municipal du nom de Yacouba Derra. Ce dernier serait le bras droit, l’homme à tout faire du Maire Joseph Dipama. A la limite, ils sont aujourd’hui des inséparables. Son nom est revenu lors de plusieurs rencontres et réunions tenues à Saaba.

Outre ses mouvements, sa proximité avec le Maire et les propos de Yacouba Derra, l’un des indicateurs de la forte suspicion serait son train de vie qui a décollé comme une fusée. Son acquisition d’un récent moyen de déplacement, une rutilante voiture de luxe, provoque également les suspicions et le courroux des populations. De la vieille voiture qui lui servait de moyen de déplacement, le sieur Derra arpente les artères de Saaba à bord de son bolide sous les yeux de tous. Mieux, une voiture acquise à la même période que celle de Derra par l’épouse du Maire accentue les soupçons du scandale. Selon certaines sources cette deuxième voiture serait en réalité celle de son époux. D’autres n’hésitent pas à dire que les deux véhicules sont des cadeaux d’un opérateur économique évoluant dans la promotion immobilière. On le saura, bientôt ! Nous y reviendrons.

Aimé NABALOUM
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