Niger : Attention à ne pas tuer l’espoir !

Le 2 octobre 2019, devant un parterre de personnalités politiques africaines (anciens chefs d’Etat, anciens ministres, leaders de partis), de journalistes, d’activistes de la société civile africaine et des réseaux sociaux, de partenaires techniques et financiers, Mahamoudou Issoufou avait clairement annoncé sa ferme volonté d’offrir à son pays sa première alternance démocratique à la tête de l’Etat. « Je crois à la nécessité de l’alternance qui permet la respiration démocratique. Mon désir le plus ardent est de passer le pouvoir en 2021 à un successeur démocratiquement élu. Ce sera ma plus grande réalisation et une première dans notre pays depuis son accession à l’indépendance ». Avait-il déclaré avec force. C’était à l’ouverture d’un Forum sur la limitation des mandats présidentiels auquel nous avions effectivement pris part.

A la fin de ce mémorable discours, c’est un tonnerre d’applaudissements qui a salué son auteur. C’était également en présence de son prédécesseur, Mahmane Ousmane, candidat malheureux, arrivé deuxième au 1er tour et déclaré perdant au 2e tour de l’élection présidentielle nigérienne.

Contrairement à Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire et à Alpha Condé de Guinée, Issoufou l’a promis et il l’a fait. Certes, l’on assiste, depuis la proclamation des résultats du second tour donnant vainqueur son dauphin, Mohamed Bazoum, à des manifestations violentes dans la capitale et dans bien des villes nigériennes. Ces manifestations font suite à la contestation de la victoire de Mohamed Bazoum par son challenger qui crie à un holdup électoral. Mais, le fait est là que Issoufou ne s’est pas inscrit sur la liste des tripatouilleurs de Constitution. C’est donc une belle leçon d’acceptation des règles du jeu démocratique et du refus du culte de l’indispensabilité, à l’image de Ouattara qui croit être l’unique garant de la paix et de la stabilité de son pays.

Pour la première fois de son histoire depuis son accession à l’indépendance, le Niger a de fortes chances de vivre une passation pacifique de charges entre un président sortant et un président entrant démocratiquement élu. Il faut donc espérer que les violences post-électorales et les soubresauts qui s’en suivent ne conduisent pas à une nouvelle irruption de la soldatesque dans l’arène politique nigérienne. Il faut surtout espérer que l’armée nigérienne est désormais républicaine et ne tentera pas de s’imposer en arbitre du jeu politique. Car, tout porte à croire et sans préjuger des décisions des juridictions compétentes, en l’occurrence la Cour constitutionnelle, que certains acteurs politiques (pas forcément le candidat malheureux) semblent vouloir instrumentaliser cette crispation post-électorale pour provoquer une remise en cause de l’ordre constitutionnel. L’on se demande d’ailleurs pourquoi ces manifestants n’attendent pas la proclamation des résultats définitifs avant d’investir les rues.

Mieux, jusque-là, les contestataires n’ont pas encore produit publiquement la moindre preuve du holdup électoral. En tous les cas, force doit rester à la loi afin que cette belle leçon de démocratie fasse tache d’huile dans une sous-région ouest-africaine où les tripatouillages de Constitutions semblent, à nouveau, au goût du jour. Vivement donc que les Nigériens résolvent leurs différends dans le cadre des institutions démocratiques. Elles ne sont certainement pas parfaites. Mais elles s’amélioreront incontestablement dans le jeu de l’alternance démocratique.

Après le Niger, le Burkina Faso est en ligne de mire. Il est vrai que le Président Roch Kaboré commence à peine son second mandat. Mais, il a aussi en projet une révision constitutionnelle. Attention donc à ne pas tenter le diable. Car, les vérités d’aujourd’hui ne sont pas forcément celles de demain. Si révision constitutionnelle il doit y avoir au Burkina, il faudra veiller à y inscrire une disposition expresse qui interdit à Roch Kaboré de briguer un autre mandat. C’est un moyen sûr de le protéger lui-même de ses partisans qui pourraient être tentés de vouloir conserver leurs avantages et leurs positions par tous les moyens.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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