COMMUNE RURALE DE KANDO : Voici comment le Maire a distribué les parcelles à sa famille et amis

Dans Le Reporter n°282 du 15 au 31 mars 2020, nous faisions cas d’une affaire de lotissement dans la Commune rurale de Kando (région du Centre-Est), une opération aux allures de népotisme avec des gratifications faites à des parents, des amis, mais aussi à des autorités, des politiciens et bien d’autres personnes. Suite à cette alerte, nous avons été joints par le Maire de la Commune qui estimait être en droit de rétablir sa vérité. Jusqu’à l’heure où nous couchions ces lignes rien n’est venu de lui. Mais que renferme cette arnaque foncière déguisée en lotissement ? L’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC) a été saisie. Le Maire est enjoint de suspendre son opération illicite. Mais déjà, de la violence, il y en a eu. La situation vire progressivement au drame. Retour sur une affaire qui risque de plomber la cohésion sociale dans cette localité.

Ce sont exactement 1.150 parcelles qui ont été attribuées dans la Commune de Kando par la Commission d’attribution des parcelles à usage d’habitation, écrivions-nous. La Commission d’attribution, présidée par le Maire de la Commune, Boezemwendé Alain Ima, en a décidé ainsi. Mais le procès-verbal de cette Commission d’attribution est mal passé au sein de l’opinion communale. Les résultats reflètent une volonté manifeste d’accaparement des terres au profit de la famille et des proches.

Quelques jours après la parution de notre article, le Maire de la Commune nous a joint, afin d’apporter sa part de vérité sur l’affaire. Pour lui, les choses avaient été faites dans les règles de l’art. Pour ce faire, il entendait expliquer, à travers un droit de réponse que nous attendons toujours. Cependant, la situation décrite courant mars 2020 dans nos colonnes n’a pas varié. Bien au contraire, les choses se sont exacerbées. En effet, des habitants de la Commune, mécontents de la répartition faite par le Maire et sa Commission, ainsi que de la gestion d’ensemble de l’opération, ont voulu prendre le taureau par les cornes en lançant un SOS à l’Administration,  mais en vain.

Dans la première quinzaine du mois de mars 2020, avec le doyen d’âge des ressortissants de la Commune à Ouagadougou, Ousmane Yaméogo dit Henri, la population saisit le Haut-Commissaire de la province du Kouritenga ainsi que le Procureur du Faso près le Tribunal de Grande instance (TGI) de Koupéla, afin qu’ils interviennent pour que la situation ne déborde pas. Voici ce qu’ils disaient : «Plus de huit cents (800) dossiers de parcelles validés par le Maire tout seul ; la première parcelle, à savoir celle de la section 01, lot 01 parcelle 01, est attribuée à sa propre mère non résidente à Kando, trente-six (36) parcelles attribuées à sa famille directe non-résidente, huit (8) parcelles à sa belle-famille (tous résidant à Ouagadougou), ses collègues Maires et enseignants hors Commune en sont bénéficiaires, tout cela au détriment des résidents et ressortissants de Kando». Mieux, ces attributions à la famille, à la belle-famille, aux proches et aux amis du Maire bénéficient d’un «meilleur positionnement», ajoutent les ressortissants.

Des démarches ont été également entreprises par des sages du village afin que l’opération soit suspendue, le temps de voir clair dans les attributions. Mais que nenni ! Toutes ces alertes sont restées sans suite. Sentant l’étau se resserrer autour de lui, le Maire va d’ailleurs passer à la vitesse supérieure. A travers des communiqués administratifs, le Maire appelle toutes les personnes attributaires à s’acquitter des différents paiements pour parachever le processus d’acquisition de leurs parcelles. Cela va faire monter encore plus le mercure dans la Commune. Et la situation ne faisait qu’empirer.

La descente musclée de la police

C’est dans ce contexte que l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC) va entrer dans la danse. Une équipe d’investigateurs s’est rendue dans cette Commune du 17 au 30 mai 2020, à la recherche d’éléments autour du lotissement. Les découvertes sont en défaveur de la Mairie, apprend-on. Le Maire lui-même est dans de sales draps. Le processus de lotissement est entaché de pas mal de griefs, nous a-t-on fait comprendre. Le rapport de l’ASCE- LC, en cours de rédaction, devrait situer définitivement les parties.

Malgré tout, les agissements à la Mairie ne rassuraient guère la population. Lasse de ne pas être écoutée et sentant d’autres manigances du Maire, la population décide de faire un rassemblement public le 16 juin 2020, pour protester contre l’entêtement du Maire. Mais ce jour-là, la police fera une descente musclée à Kando, procédant à une bastonnade tous azimuts des populations avec à la clé, des arrestations d’au moins 7 personnes et des blessés. Les personnes arrêtées seront finalement relâchées au cours de la journée. Au regard des violences enregistrées ce 16 juin, l’ASCE-LC intime l’ordre au Maire Boezemwendé Alain Ima de surseoir à toute opération de lotissement. «Je vous adresse la présente (…) pour vous enjoindre de surseoir à toutes opérations de lotissement jusqu’à nouvel ordre, le temps pour l’ASCE-LC de déposer le rapport définitif sur cette affaire.»

Voilà qui est clair. Et pour aller loin, un point d’honneur devrait être mis sur le travail même de la Commission d’attribution ainsi que sa composition. Ont-ils été complices ou n’ont-ils rien vu venir ? Quoi qu’il en soit, il ressort que cette Commission, présidée par le Maire lui-même, avait comme rapporteur, un agent du service des Domaines. L’on note également la présence de la Direction régionale de l’Urbanisme et de l’Habitat ainsi que des chefs coutumiers, des religieux, des propriétaires terriens et bien entendu, des conseillers municipaux.

Comment ont-ils donc pu laisser une telle forfaiture ? Selon les informations dignes de foi, dès que la pression s’était accentuée, certains attributaires avaient entrepris de revendre leurs parcelles. Affaire à suivre !

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Le Maire Ima Alain se débat

Selon des sources bien au parfum de l’affaire, depuis la lettre enjoignant le Maire Alain Ima de surseoir à toute opération en lien avec le lotissement, le sommeil de ce dernier est troublé. Il ne sait plus à quel saint se vouer. Pour tenter de sauver les meubles, il a multiplié les initiatives afin de trouver des «avocats» pour sa cause. C’est ainsi qu’une délégation a été constituée, composée de chefs coutumiers et d’autres personnes afin d’effectuer une mission urgente sur Ouagadougou. L’objectif de cette mission expresse était de rencontrer les responsables de son parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). En séjour donc à Ouagadougou, le 22 juin dernier, les missionnaires auraient tenté de rencontrer le premier responsable du MPP, Simon Compaoré. Malheureusement, cette entrevue n’a pas pu avoir lieu avec le parti. Au lieu du président du parti, les missionnaires ont été reçus par deux envoyés de Simon Compaoré. Que  se sont-ils dit ? Attendons de voir. Cette déconvenue ne découragera pas les missionnaires conduits par le Maire. Ils auraient également été aperçus à l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC). Là également, ils seront éconduits sans pouvoir avoir un échange avec les responsables de l’institution. Quoi de plus normal, puisque l’institution attend de finaliser son rapport d’investigation. Alors, à quoi bon rencontrer les missionnaires d’un autre genre ? Cette sortie infructueuse dénote-t-elle d’un désintérêt de la branche politique de l’affaire ? Qu’est-ce qui fait courir le Maire Ima ?
AKN

Aimé NABALOUM
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