DOUBLE SALAIRE AU MINISTERE DE L’ACTION SOCIALE : Plus de 11 millions FCFA illégalement perçus par un agent

Ça se passe de commentaires : l’éducateur des jeunes enfants, Bako Vourbié, agent du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale jusqu’en mai 2013, recruté auditeur interne au Fonds spécial routier (FSR-B), a perçu depuis cette date, son salaire d’agent de la Fonction publique. Pourtant, au FSR-B, il percevait également un salaire. De mai 2013 à septembre 2018, soit 5 ans, l’agent a perçu illégalement son salaire de fonctionnaire d’un montant total de 11.630.946 FCFA. Une situation débusquée qui crée des vagues et révèle d’autres anomalies sur la carrière de l’intéressé. L’affaire qui se « gérait » en silence a fini par se retrouver en Justice. Comment tout cela s’est-il passé ? Au même moment, au FSR-B, l’agent Vourbié Bako a des soucis avec sa hiérarchie qui lui reproche des comportements peu catholiques en tant qu’auditeur interne. Une affaire aux nombreux contours et dans laquelle beaucoup de personnes risquent de laisser des plumes. De quoi est fait ce dossier d’un auditeur interne, représentant de personnel au Conseil d’administration et représentant syndical au FSR-B?

La situation parait surréaliste. Et pourtant ! Aux origines, Bako Vourbié est un éducateur des jeunes enfants, agent du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale depuis les années 2000. En 2010, il va demander et obtenir une bourse de perfectionnement au CESAG à Dakar (Sénégal). Mais ce stage dit de perfectionnement regorge déjà de quelques faits non négligeables, car en fait de perfectionnement, la formation n’avait aucun lien avec sa fonction d’éducateur des jeunes enfants à l’Action sociale. A son retour, en 2012, après deux années de formation, Bako est affecté dans la région du Centre et précisément à la Direction provinciale du Kadiogo. Nous sommes en décembre 2012.

Jusque-là, tout serait plus ou moins compréhensible. Et quelques temps plus tard, soit le 4 juin 2013, Bako est recruté au Fonds spécial routier du Burkina (FSR-B) comme auditeur interne. Il lui sera présenté un contrat à durée déterminée avec le FSRB, un contrat qui a pris effet le 13 mai 2013. Ce contrat est conclu pour durer 3 ans et prenait fin le 15 mai 2016. En juillet 2015, son contrat sera régularisé et Bako est bénéficiaire d’un nouveau contrat, cette fois-ci à durée indéterminée. Depuis cette date, il est un agent du FSR-B en qualité d’auditeur interne. Jusque-là encore, tout va bien et certains n’y voient pas grand-chose. Mais…

Le début de l’imbroglio

Il se trouve que, selon plusieurs sources, depuis son recrutement au FSR-B en tant qu’auditeur interne, soit en mai 2013, le salaire de Bako en tant qu’éducateur des jeunes enfants au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale n’avait jamais été suspendu. Une précision importante, sa hiérarchie ne savait pas où il était passé. Les sources sont formelles sur le sujet : le salaire mensuel de Bako avait toujours été versé. A la Solde, il est vérifiable que les salaires ont été effectivement positionnés. A la question de savoir si son salaire lui a toujours été versé, l’intéressé reste quand même vague. Pour lui, si c’est le cas, la question devrait être posée non pas à lui, mais aux responsables de la Solde. Tout de même ! Bien qu’ayant pris service au FSR-B depuis le 15 mai 2013, l’intéressé a donc continué à être mandaté jusqu’au 30 septembre 2018.

Pourtant, il n’a effectué aucun travail d’éducateur des jeunes enfants à la Direction provinciale du Kadiogo en tant qu’agent de la Fonction publique au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale. Selon nos informations, ce sont les services de la Solde qui ont opéré cette suspension à la date du 30 septembre 2018. Alors  question : pourquoi avoir positionné le salaire de Bako depuis 2013 jusqu’au 30 septembre 2018 alors qu’il n’est plus agent du ministère ? Qui a autorisé ce mandatement ? Et mieux, qui a décidé de la suspension ? Quid de l’agent lui-même qui percevait ce salaire ? Ce sont autant de questions dont la responsabilité doit être située.

Un calcul rapide fait ressortir des salaires d’un montant total de 11.630.946 FCFA pour la période concernée. Où se trouve cet argent ? A fouiller encore plus loin, l’on se rend compte que les salaires ont toujours été versés sur le compte du sieur Bako. Mais pas que cela. Ils ne sont plus disponibles sur le compte de l’intéressé. Où est passé cet argent ? L’a-t-il retiré ? La réponse la plus plausible est bien sûr oui. Même si l’agent préfère que la question soit posée ailleurs. Qui a pu bien les retirer si ce n’est le propriétaire du compte lui-même ? En effet, l’on apprend que chaque fois que le salaire est viré, il est ensuite retiré. En conséquence, l’agent a indûment perçu un salaire pour un travail non effectué en même temps qu’il percevait un autre salaire, celui d’auditeur interne au FSR-B. Au FSR-B justement, les salaires ont commencé à être versés en juin 2013, date de signature de son contrat. Et il en a toujours été ainsi, confiet-on. En clair, Bako a perçu deux salaires de mai 2013 à septembre 2018, date à laquelle le salaire a été suspendu par la Solde.

Du côté du FSR-B, selon nos informations et pour la même période, ce sont 23.353.908 FCFA de salaires qui ont été versés à Bako comme auditeur interne. Il a donc perçu deux salaires pour un seul emploi. Curieux, non ? Le cumul des deux salaires donne un total de 34.984.854 FCFA. Selon les informations dignes de foi en notre possession, le ministère des Finances devrait émettre un ordre de recette à l’encontre du soeur Bako afin qu’il rembourse la somme de 11.630.946 FCFA perçue alors qu’il n’était plus agent du ministère de l’Action sociale. Qu’en sera-t-il ?

Contacté à ce propos, l’agent Bako a sa façon à lui de comprendre la situation. Tout en justifiant ce qui se passe par les relations compliquées avec ses supérieurs, il relate en ce mois de février 2021 que son salaire au FSR-B est d’ailleurs suspendu depuis maintenant six mois. Six mois qu’il est donc sans aucun salaire, celui de l’Action sociale ayant été également suspendu depuis septembre 2018. S’il ne répond pas à la question de savoir s’il a effectivement perçu les salaires d’éducateur de jeunes enfants, alors pourquoi cette suspension de son salaire au FSR-B ? Bako ne passe pas par quatre chemins. Une fois de plus, pour lui, il broie actuellement du noir au FSR-B parce que le DG veut sa tête. Encore, pourquoi ? Son explication est qu’il aurait été cité comme témoin à charge contre son Directeur général dans une affaire portée en Justice et où le DG avait été condamné.

Rien que pour cela ? Il ajoute que le service dans lequel il se trouve avait pourtant voulu faire entendre raison au Directeur général sur certains écarts dans la gestion du FSRB mais ce dernier n’en a pas voulu. D’où ses problèmes avec le DG. Aussi, des missions initiées par son supérieur hiérarchique auxquelles il devrait prendre part lui sont refusées. Quelle affaire ! A propos de la suspension de son salaire, Bako informe également que le dossier est en Justice, au Tribunal administratif. Selon ses explications, il aurait été contacté entre-temps par l’ASCE-LC autour du sujet et c’est cette institution qui aurait fait suspendre son salaire au FSR-B. L’agent Bako a donc introduit le dossier au Tribunal administratif pour s’opposer à l’Etat contre la suspension de son salaire. Aux dernières nouvelles, de ce qui nous revient, l’Etat aurait été mis hors de cause et l’ASCE-LC devrait répondre à la place. Selon lui, le juge aurait jugé illégal l’ordre de faire suspendre son salaire au FSR-B. Là-dessus, l’agent dit ne pas vouloir faire de commentaires, attendant la suite du dossier judiciaire. (Ndlr : Nous y reviendrons !)

Une violation des textes ?

Sur le désordre autour de la carrière de l’agent, au ministère de l’Action sociale, il y a d’autres explications. L’on apprend que l’agent s’était régulièrement absenté de son poste, ce qui aurait fait que son absence n’a pas retenu l’attention de ses supérieurs. En plus, son autorisation pour le stage de perfectionnement à Dakar (Sénégal) en 2010 pose problème. En effet, le stage de perfectionnement dont il est question devrait concerner le domaine pour lequel il a été recruté dans la Fonction publique. Pourtant, il n’en était rien. D’éducateur des jeunes enfants à auditeur et contrôleur de gestion, l’écart est grand, sinon que le rapport n’est véritablement pas perceptible. Alors, y a-t-il eu des complicités entre l’agent et certains dans la chaîne de décision du ministère de l’Action sociale pour bénéficier de cette mise en position de stage manifestement pas règlementaire ? Comment l’a-t-il acquis ?

Selon certains spécialistes, il s’agit d’une violation flagrante des dispositions règlementaires applicables aux emplois et aux agents de la Fonction publique burkinabè. En effet, l’article 87 de la loi 013/98/AN du 28 avril 1998 portant régime juridique applicable aux emplois et aux agents de la Fonction publique dispose que «la position de stage de spécialisation est celle dans laquelle le fonctionnaire, tout en restant dans son emploi, s’exerce à en approfondir certains aspects particuliers». Alors, question ? Quel est le rapport entre le stage en audit et contrôle de gestion de l’agent Bako à Dakar et son emploi d’éducateur de jeunes enfants ? C’est là que certains estiment qu’il y aurait eu des complicités.

Bako mis à l’écart ?

L’aura de l’intéressé ne serait pas actuellement au beau fixe au FSR-B. Si lui prétend être l’agent combattu par la Direction générale, certains avancent que Bako n’aurait pas une bonne presse. Des sources confient effectivement ses rapports compliqués avec sa hiérarchie. Lui-même le confirme et demande que cela soit vérifié auprès de certains collègues dont nous tairons les noms. Le concernant, il est régulièrement question d’insubordination, de désinvolture, d’irrespect, d’improductivité, d’absences injustifiées au service, de régulières lettres de demande d’explication et même qu’au moins un huissier aurait été mis à contribution pour constater lesdites absences, selon certains agents qui auraient eu vent du dossier.

Mais pour Bako, tout cela relève d’une véritable traque à son encontre. Il confirme avoir reçu, à plusieurs reprises, des huissiers qui étaient pourtant venus constater son absence et qui l’auraient trouvé à son poste. Curieusement, d’autres sources indiquent qu’un constat d’huissier confirme des absences de l’intéressé. La situation demeure tout de même confuse. A propos des lettres d’explications, le sieur Bako dit n’en avoir jamais reçu de la part de sa hiérarchie. Certains collègues confient avoir entendu parler également d’un refus de la part de Bako de recevoir une lettre de demande d’explications. Finalement, ça fait quand même trop de choses à la fois.

Au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale, des instructions auraient été données afin que des investigations plus poussées soient faites pour situer de façon exacte les responsabilités. Cela devrait concerner non seulement la question des salaires de cinq ans, la carrière de l’agent, mais son autorisation de stage de perfectionnement. Dans ce contexte, il nous est revenu qu’un Conseil de discipline serait en cours et le dossier de l’agent Bako pourrait être étudié parmi tant d’autres dans les jours à venir. Quel sort sera alors réservé à cet agent dont les rapports avec les collaborateurs sont teintés de conflits aux allures de convoitise de postes et autres mésententes entre agents d’un même service ? Affaire à suivre !

Aimé NABALOUM
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