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L’affaire a été révélée par notre confrère L’Evénement. Le Maire de Ouagadougou, suspecté de pratiques illicites dans une affaire d’achat de 77 véhicules à plus de 4,6 milliards de francs CFA, a dû user d’enregistrements sonores pour se débarrasser d’un magistrat, Narcisse Sawadogo, et de son complice, Alassane Baguian, qui tentaient de lui extorquer 70 millions pour étouffer son affaire pendante en Justice.

Du moins c’est le résumé des faits présentés aussi bien par notre confrère que par le Procureur du Faso, lors de son point de presse sur le sujet, le 18 juin dernier. Depuis, le juge Narcisse Sawadogo et son présumé complice méditent sur leur sort à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Aux dernières nouvelles, le Tribunal de Grande instance a été dessaisi au profit de celui de Diébougou, du fait que le juge Narcisse Sawadogo exerce à la Cour d’appel de Ouagadougou.

Peu importe là où ils seront jugés. L’essentiel est que le droit soit dit dans toute sa rigueur. Bien entendu, en attendant, ils bénéficient de la présomption d’innocence. Cependant, le simple fait de s’être saisi de cette affaire et de l’instruire en vue d’y faire toute la lumière mais aussi et surtout de communiquer sur cette affaire, constitue une grande victoire pour tous ceux qui se battent depuis de longues dates pour l’indépendance et l’efficacité de l’appareil judiciaire, comme fondement de l’Etat de droit au Burkina Faso.

Tant la Justice avait habitué les Burkinabè à un corporatisme parfois excessif, rendant pratiquement trop risquée la dénonciation des inconduites des magistrats et autres acteurs de la chaîne judiciaire. En effet, on ne peut pas compter le nombre de procès à l’allure de règlements de comptes et d’intimidations dont les médias et bien des justiciables qui ont tenté de dénoncer des pratiques répréhensibles des acteurs de la Justice ont été victimes dans ce pays.

Même des dossiers de notoriété publique comme ceux des 37 magistrats épinglés par le rapport d’enquêtes du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) en 2017 semblent avoir été rangés dans les tiroirs de classement sans suites des dossiers judiciaires.

Le plus réconfortant aujourd’hui, c’est surtout le fait que des lièvres levés par les  médias sont poursuivis par la Justice. Mieux, cette opportunité de collaboration, dans le strict respect des procédures et des règles éthiques de chaque partie entre la Justice, à travers le Parquet du Tribunal de Grande instance de Ouagadougou et les médias, notamment, la presse d’investigation est à saluer. Autant les médias peuvent contribuer à l’assainissement de la vie et de la gestion publiques en dénonçant des faits et manquements autant la Justice peut aider les médias, surtout sur le  double plan de leur investigation et de leur protection contre les abus des prédateurs.

Il faut enfin saluer à sa juste valeur et soutenir l’engagement du Parquet à traquer les ripoux, quels que soient leurs statuts ou rangs. Déjà, plusieurs dossiers relatifs à de fortes suspicions de manquements à l’éthique du bien public sont actuellement en instruction au Parquet et dans des cabinets de juges du Tribunal de Grande instance. Un ancien ministre de la Défense, Jean-Claude Bouda, est à l’ombre à la MACO. Un Directeur général adjoint des Douanes en fonction figure parmi les gros poissons pris dans les filets de la Justice. Chapeau bas au Procureur du Faso, Harouna Yoda, à son équipe et tous les juges qui bravent les hostilités de toutes natures pour que le droit soit dit au nom du peuple burkinabè.

L’opinion nationale doit se mobiliser pour soutenir et accompagner les acteurs judiciaires qui font leur boulot avec engagement et détermination. Elle doit se positionner en sentinelle vigilante pour empêcher toute tentative d’intimidation, de pression et menaces contre ces juges intègres qui s’assument. Quand c’est bon, il faut le dire et encourager. Quand c’est mauvais aussi, il faut dénoncer.

En attendant, il ne reste qu’à espérer que toutes les conditions seront réunies pour permettre une instruction sérieuse, juste et transparente de tous ces dossiers qui ont agité l’opinion nationale ces derniers mois. D’autres gros poissons continuent de nager dans les marécages de la corruption et des détournements de deniers publics. Il faut espérer qu’ils seront débusqués et mis à la disposition de la Justice. Que tous les prédateurs se le tiennent pour dit : quand la Justice va se réveiller, ça va faire mal. Vivement qu’on y arrive ! Vite !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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