COVID-19 ET REPRISE DES COURS : Les cinq scenarii d’un panel d’experts pour sauver l’année

L’apparition de la COVID-19 au Burkina Faso en début du mois de mars 2020 a fragiliséles institutions, ébranlé l’équilibre social et causé un ralentissement économique généralisé. Cette crise sanitaire vient s’ajouter à celle humanitaire et sécuritaire déjà existante. La prise en compte de ce contexte constitue un élément important, à long terme, dans la définition d’un plan de sortie de crise sanitaire au Burkina Faso. C’est justement ce que s’est attelé à faire un groupe d’experts : identifier et analyser les grands défis sectoriels et formuler desrecommandations aux acteurs impliqués dans la gestion de la crise sanitaire.  Ce présent rapport fait également une analyse poussée sur la crise sanitaire elle-même, celle éducative et le pacte social, etc. Il présente les grands défis et les modalités d’une sortie de crise.

La pandémie de Covid-19 a mis à nu les failles des systèmes sanitaires de la planète. Le Burkina Faso ne semble pas être épargné de ce constat. En effet, selon le groupe d’experts, la Covid-19 a mis en évidence les limites du système sanitaire national caractérisé par le sous-équipement des structures, le manque d’espace d’accueil, le manque de formation, etc. Pour eux, le lavage des mains apparait comme l’une des solutions efficaces de prévention dictées par les autorités sanitaires. Mais le défi majeur de cette solution reste sans conteste l’accès aux services sociaux de base pour amorcer la victoire sur la Covid-19.

En effet, 41,3% des écoles et 16,6% des centres de santé n’ont pas d’équipements de points d’eau potable. En clair, selon le groupe d’experts, le faible accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement constitue un facteur aggravant de la pandémie du Coronavirus. Pour remédier à cela, le groupe de réflexion propose un certain nombre de pistes. Les auteurs du rapport recommandent au gouvernement de fournir dans de brefs délais, un meilleur accès à l’eau, l’hygiène et à l’assainissement au CHU de Tengandogo qui reçoit les malades de la Covid-19 ainsi qu’aux autres structures sanitaires. Par ailleurs, au regard des polémiques qui ont émaillé la gestion de la crise de Covid-19, ils préconisent un audit indépendant de la gestion.

Dans le domaine de l’Education, l’avènement de l’épidémie de Covid-19 impacte sérieusement les programmes scolaires et universitaires. Selon le groupe d’experts, cette pandémie vient fragiliser davantage le système éducatif burkinabè déjà touché par la crise sécuritaire qui a entraîné la fermeture des milliers d’écoles. Tout en  saluant les mesures entreprises par le ministère de l’Education nationale pour continuer la dispensation des cours à travers l’enseignement à distance, le panel d’experts émet tout de même des réserves quant à l’atteinte de résultats probants. En effet, selon eux, de nombreuses limites objectives liées, par exemple, au taux extrêmement faible de couverture électrique, à la faible possession d’un ordinateur ou d’un téléphone intelligent par les scolaires et universitaires et le taux faible de pénétration d’Internet constituent des entraves réelles à l’opérationnalisation de ces mesures. Ils concluent que la formation à distance ne peut pas s’improviser dans un environnement éducatif précaire dans lequel les acteurs n’y sont pas préparés et n’ont pas toutes les compétences nécessaires. Face au défi d’achever l’année scolaire et universitaire 2019-2020, le panel d’experts propose quatre scenarii. Le premier scénario concerne la réorganisation du calendrier scolaire, des programmes et des classes, et le report de quelques semaines des examens nationaux. Le second scénario consistera à mettre tout le monde en vacances dès à présent et recommencer les cours au mois de juillet pour terminer l’année scolaire 2019-2020 et organiser les examens au mois de septembre. Le troisième scenario prévoit de reprendre les enseignements en octobre 2020. C’est-à-dire d’octobre à décembre, terminer l’année académique 2019-2020 et commencer celle de 2020-2021 en janvier 2021. Le dernier scenario consistera à valider l’année sur la base des cours et des évaluations déjà effectués. Ce qui reviendrait à renoncer à organiser les examens nationaux cette année scolaire 2019-2020.

Pour accompagner les acteurs de l’Education dans cette pandémie de Coronavirus, le groupe d’experts fait des recommandations au gouvernement. Pour les mesures préventives, ils préconisent de doter les établissements scolaires et les universités disposant de points d’eau, de dispositifs de lavage des mains et ceux n’ayant pas accès à l’eau, de gel hydro-alcoolique ou de tout autre désinfectant contre les virus. En outre, pour soutenir et encourager les principaux acteurs, le groupe d’experts préconise la suspension de l’application de l’extension de l’IUTS sur les indemnités et primes des agents du secteur public.

Sur le plan du pacte social et de la communication, constatant l’effritement de l’autorité de l’Etat central avec son corollaire de méfiance permanente entre gouvernés et gouvernants, les experts soulignent que cette pandémie a révélé au grand jour, la nécessité d’un nouveau contrat social de base entre les gouvernants et les gouvernés, d’une part, et entre les Burkinabè de la ville et ceux de la campagne, d’autre part. Face au défi majeur de rétablir la confiance, la médiation sociale et le dialogue citoyen pour éviter une implosion sociale et affronter sereinement la lutte contre la Covid-19, les experts recommandent aux gouvernants de rendre leur discours légitime, cohérent et audible à travers une gouvernance par l’exemple et une gestion des affaires publiques faite d’empathie, d’innovation et de créativité.

Salifou OUEDRAOGO

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Qui sont-ils ?

Pr Serge Théophile BALIMA, Professeur des universités, Journalisme, Sciences de l’information et de la communication. Directeur jénéral du Bureau d’études – Conseils en communication BESTCOM Consulting. Ancien directeur de l’IPERMIC (Institut panafricain d’étude et de recherche sur les médias, l’information et la communication). Ancien ministre, ancien Ambassadeur.

Dr Pascal BONKOUNGOU, Philosophe et enseignant. Spécialiste des questions morales et politiques et de la gestion des conflits.

M. Seydou BOUDA, Économiste planificateur. Ancien administrateur de la Banque mondiale, ancien ministre et ancien Ambassadeur.

Mme Jocelyne Zaghé SOMÉ / DABIRÉ, Juriste, Commissaire principale de police, experte sur les questions de genre et sécurité et formatrice en droits humains, violences basées sur le genre et protection des civils.

Dr Mahamoudou KIEMTORÉ, Docteur en management de projets, enseignant-chercheur. Conseiller Expert en évaluation de programmes au Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, Canada.

M. Daouda MOUNIAN, Sociologue, Manager des innovations dans les entreprises. CEO du bureau d’études Burkine Bi International spécialisé sur les questions de développement des jeunes, de la communication, du Nexus humanitaire et de la gestion de la connaissance. Ancien fonctionnaire de l’UNICEF, spécialiste du développement des adolescents et des jeunes et de la communication pour le développement.

Mme Salimata NÉBIÉ / CONOMBO, Gestionnaire de programmes de développement, formation (extrémisme violent/lutte contre le terrorisme) et communication. Analyste de politiques et de programmes en gouvernance et sécurité, Think Peace Burkina. Secrétaire générale du Think tank Burkina International.

M. Célestin POUYA, Diplômé de Sociologie, de Philosophie et de Sciences politiques. Analyste des Politiques et Manager en Plaidoyer à l’ONG WaterAid. Ancien conseiller technique des ONG « Iles de paix » et « Family Care International ». Précédemment spécialiste en mobilisation sociale au Programme des volontaires des Nations Unies au PNUD.

Dr Poussi SAWADOGO, Conseiller des Affaires Étrangères, Enseignant-chercheur à l’ULB et Conseiller en formation à l’IACDI. Coach-formateur et écrivain. Précédemment expert en gouvernance et droits de l’homme au Centre d’alerte précoce du Burkina Faso. Ancien Secrétaire général du Gouvernement et du Conseil des ministres.

Dr Zacharia TIEMTORÉ, Enseignant-chercheur en Sciences de l’éducation, Expert en Management et en Sécurité humaine. Président de l’Institut Supérieur de Sécurité Humaine. Ancien Ministre en charge de l’alphabétisation.

M. Gérard ZONGO, Juriste, spécialiste en gestion des conflits et en ingénierie de la formation. Chargé des formations et du conseil à l’Institut Supérieur de Sécurité Humaine. Précédemment chargé de projet à la Commission Episcopale Justice et Paix.

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