DEMISSION DE BASSOLMA BAZIE DE LA FONCTION PUBLIQUE :

«Au nom de l’exemplarité et de la décence, je refuse tout favoritisme source de la culture de la médiocrité dans l’Administration Publique»

L’information a provoqué une onde de choc au sein de l’opinion nationale :  Bassolma Bazié démissionne de la Fonction publique. Depuis le 19 janvier 2021, cette annonce fait l’objet de toutes les analyses, interprétations et autres commentaires. Dans une interview qu’il a accordée à la rédaction de Le Reporter, le secrétaire général de la confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) Bassolma Bazié semble en avoir gros sur le cœur. Il a alors décidé de quitter la Fonction publique pour mieux se consacrer à la défense des intérêts des travailleurs, plus que jamais. Il reste SG de la CGT-B et fustige des comportements infantilisants du gouvernement burkinabè. Lisez !

Le Reporter : Vous quittez la fonction publique par une démission fracassante ! Pourquoi ?

Bassolma Bazié : En rappel, quand j’ai été élu le 30 novembre 2006, la Confédération Générale du Travail du Burkina (CGT-B) a dressé aux autorités, conformément aux textes en vigueur, la Correspondance « N/REF : 0053/BNC-5/2007 du 12 avril 2007, portant Objet : Demande d’affectation. ». Celle-ci a eu une réponse favorable par « DECISION N°2007-176/MESSRS/SG/DRH portant mise à disposition d’agents du 05/09/2007, signée par le Pr Joseph PARE ». A la suite de cette « DECISION », Monsieur le Directeur Régional a pris la « note de service N°2007-02613/MESSRS/RCEN/DR Portant affectation d’agent pour nécessité de service, du 22 octobre 2007 », signée de Monsieur « Patendé J. B. THIOBIANO, m’affectant au Lycée Marien N’Gouabi. Suite à un refus inexpliqué du Proviseur, le même DR a pris en moins de dix jours d’intervalle de la première, une deuxième note N°2007-92754/MESSRS/RCEN/DR, du 02 novembre 2007 » me réaffectant cette fois-ci au Lycée Philippe ZINDA KABORE; Où j’ai pris service le 19 février 2008 », signé de Monsieur « Boureima TRAORE ».

Face à la multiplicité des exigences au niveau syndical, et dans le souci d’exécuter qualitativement mes tâches professionnelles, j’ai demandé et obtenu auprès de l’Administration mon déchargement de ma convocation à la correction des examens, et aussi des nominations en tant que Professeur principal dans les classes (je précise que toutes ces tâches sont rémunérées).

Dans le Communiqué final de la rencontre Gouvernement/Syndicats signé le 7 janvier 2010, l’engagement a été pris d’opérationnaliser les permanents syndicaux fondés par les Conventions internationales notamment celle N°87 sur la liberté syndicale et le droit syndical, et la Convention N°98 portant négociations collectives.

Dans ce sens, en attendant cette opérationnalisation, le Gouvernement a donné des instructions de prendre des dispositions sectorielles afin de permettre le libre exercice et sans entrave des tâches syndicales. Sur cette base, tous les Secrétaires généraux des Centrales syndicales ont reçu des passeports de service appuyés par des Cartes administratives. De même, depuis l’année scolaire 2013-2014 jusqu’à celle 2018-2019, j’ai toujours reçu dans ce sens un emploi de temps d’une Classe de 3 heures.

Subitement en septembre 2019, quand je suis allé pour le retrait de mon emploi du temps, je constate que celui-ci a été chargé de Classes contrairement aux six (06) années précédentes. J’ai demandé à comprendre, c’est là Monsieur Alexis KYELEM, Proviseur du ZINDA m’informe que c’est suite à des instructions reçues sur l’équité horaire. J’ai simplement demandé d’en disposer avant de rentrer dans les Classes. Mais hélas ! Je reçois plutôt une première lettre d’explication à laquelle j’ai répondu. J’ai reçu une deuxième lettre d’explication à laquelle j’ai encore répondu en proposant de m’adjoindre un Professeur qui prendra en charge les élèves à mon absence, toute chose qui pourrait leur éviter des retards qui pourraient entrainer des mauvaises notes, donc des redoublements ou renvois dans leur cursus scolaire. Une mission de l’Inspection Technique des Services a été envoyée à son tour me rencontrer. Je leur ai aussi donné toutes les informations.

A ma grande surprise, je suis convoqué en conseil de discipline un certain « mardi 16 septembre 2020 », une date qui n’existe pas sur le calendrier de l’année 2020.  Celui –ci s’est finalement tenu le lundi 21 septembre 2020 à l’ex-DRINA, qui a été barricadé sur « instructions » par les forces de l’ordre imposant un huis-clos de fait.

J’ai même été flanqué d’un agent de la sûreté de l’Etat jusqu’à la fin de ce « Conseil de Discipline ». Au cours de l’audition, les membres du « Conseil de Discipline » en toute franchise ont dit que ce dossier ne devrait pas venir devant eux car il manque de consistance.

Paradoxalement, une Correspondance « N°20-1398/MENAPLN/CAB du 30 septembre 2020 », portant « Objet : Notification de la décision du Conseil de Discipline », signée par Monsieur le Ministre, « Pr. Stanislas OUARO », disant que j’ai « été reconnu coupable », « toutefois, le Conseil de Discipline n’a pas pris de sanction à » mon « encontre ». Ils ont omit expressément de ne pas inscrire sur la même « Notification » les recommandations du « Conseil de Discipline » à l’endroit du Ministre de la Fonction Publique, du Travail et de la Protection Sociale, toute chose recommandée par l’honnêteté intellectuelle. L’une de ces « recommandations » du « 25 septembre 2020, est « la prise du décret relatif aux modalités de désignation des bénéficiaires de la mise à disposition auprès des organisations syndicales, en application de l’article 121 de la loi n°081-2015/CNT du 24 novembre 2015 portant Statut général de la Fonction publique d’Etat ».

 A cet effet, l’Unité d’Action Syndicale (UAS) a adressé, « le 15 octobre 2020 », la correspondance « N°2020-011/UAS/CS-/PDM » portant « Objet : demande d’audience » à « Son Excellence Monsieur le Premier Ministre », en « vue d’échanger avec vous sur la question des permanents syndicaux ».

A l’issue de cette audience, le « Ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale a adressée à l’UAS la correspondance N°2020-796/MFPTPS/CAB », portant « Objet : Demande de suggestion sur la mise en place des permanents syndicaux. ». Il y a cité les textes qui fondent l’impérativité de cette question et ce sont : « 

  • l’article 121 de la loi n°081-2015/CNT du 24 novembre 2015 portant statut général de la fonction publique d’Etat ;
  • la Convention n°135 de 1971 concernant la protection des représentants des travailleurs dans l’entreprise et les facilités à leur accorder ;
  • la Convention n°87 de 1948 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical ;
  • la Convention n°151 de 1978 sur les relations de travail dans la fonction publique ;
  • La Recommandation n°198 de 2006 sur le droit de négociation entre les parties à une relation de travail ; ».

A cette correspondance de Monsieur le Ministre de la Fonction publique, l’UAS a répondu par correspondance « N°2020-015/UAS/CS-/PDM/ du 24 novembre 2020. ».

Le 2 octobre, j’ai été mis devant le fait accompli de la suspension de mon emploi de temps au Lycée Philippe Zinda KABORE pour raison de « contentieux en cours ». Ce qui est une violation des mêmes dispositions précitées.

Le 3 novembre 2020, je reçois une note d’affectation à la Direction Régionale (donc au Bureau). C’est encore une violation flagrante des Conventions internationales par les autorités elles-mêmes. Pour cacher cette forfaiture, on tente sournoisement de me signifier qu’au Bureau, je serai plus « libre », et que je pourrais m’absenter même des mois sans qu’on ne me le demande etc.

Au nom de l’exemplarité et de la décence, je refuse tout favoritisme source de la culture de la médiocrité dans l’Administration Publique.

Auriez-vous eu un poste qui vous oblige à démissionner de la Fonction publique ?

NON !

Vous auriez pu prendre une disponibilité, non ?

Oui c’est un choix parmi tant d’autres ! Mais le choix correspondant à cette situation est la démission !

Le « le Général » n’abandonne-t-il pas la troupe ?

Pas du tout ! Bien au contraire !

Faut-il voir en cette démission un dépit de votre part, comme si vous étiez fatigué des « harcèlements » du Gouvernement ?

Fatigué, non ! Que ceux qui nourrissent cet espoir sachent qu’il en faut beaucoup pour atteindre cet objectif malsain ! Parce que j’ai bien peur qu’en s’entêtant à le poursuivre eux-mêmes se noient ! Mais je ne puis que leur souhaiter bonne chance tout de même !

Votre départ de la Fonction publique ne montre-t-il pas que vos détracteurs ont eu raison de vous ?

Rires ! Donc cela voudrait dire que ces détracteurs ont eu raison de l’Etat de droit et la démocratie dans notre pays. Dans la mesure où mon combat est d’exiger le respect des Lois, Conventions et les engagements du Gouvernement, toute chose qui renforce l’autorité de l’Etat. Donc vous êtes tous interpellés afin que le minimum de civilité incrusté dans nos normes fondant notre différence à l’environnement animalier de la jungle soit respecté.

Aujourd’hui, comment comptez-vous défendre la cause des travailleurs surtout du public ?

Comme d’habitude !

Resterez-vous secrétaire général de la CGT-B ?

Tout à fait !

La loi administrative burkinabé autorise-t-elle cela ?

La gestion de la CGT-B est une souveraineté interne, fondée sur ses textes (Statuts, Règlement Intérieur).

Comment vos camarades et partenaires de l’international ont-ils accueilli cette démission ?

Grande déception dans la mesure où cette démission est indicatrice de l’infantilisation de l’Etat de droit et de la démocratie dans notre Pays. Ce pourquoi des devanciers se sont sacrifiés.

Alors, quel est désormais l’avenir de Bassolma BAZIE ?

La poursuite de la lutte !

Irez-vous dans le privé ? Si c’est le cas, est ce que vous pourrez continuer véritablement à jouer votre rôle de défenseur de la cause des travailleurs ?

Lorsque vous représentez des Hommes de valeur, vous avez l’impérieux DEVOIR de faire en sorte que votre prix soit l’honneur. Par conséquent, un salaire ne doit en aucun cas être un moyen de chantage. D’où ma démission de la Fonction publique afin de mieux me consacrer à la défense ferme des intérêts des travailleurs (euses) et du peuple Burkinabè ! La lutte pour la liberté, la dignité et l’intégrité doit se poursuivre avec davantage d’engagement, de détermination et d’esprit de sacrifice !

La Rédaction

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