INFRASTRUCTURES ROUTIERES URBAINES : Ces trous qui engloutissent des milliards à Ouagadougou

Le réseau routier de la ville de Ouagadougou connaît de graves dégradations par endroits. Le constat sur certains tronçons n’est pas reluisant, malgré tout ce qui se fait en termes d’efforts consentis par le gouvernement pour la construction de nouvelles routes et l’entretien de celles-ci. Des voies fendillées, des crevasses par endroits, des nids de poules qui cachent mal une mauvaise exécution des travaux sur les routes, etc. Au regard de cet état de dégradation, surtout sur de nouvelles routes, l’on ne peut que s’interroger sur le sérieux des intervenants.

Des milliards de francs CFA sont investis chaque année pour la construction, la réfection et l’entretien des routes de la capitale subissent des dégradations précoces. En effet, même si la situation de forte mobilité sur les routes sert bien souvent d’argument aux autorités pour justifier des situations de dégradation occasionnant des dépenses de réhabilitation de plusieurs milliards FCFA, force est de constater que les activités de certaines structures sont fréquemment à l’origine de ces dégradations. A travers des travaux d’installation de réseaux souterrains, ces structures publiques et privées dégradent considérablement le bitume à Ouagadougou.

Affaissements, trous, fissures, éboulements, brèches, nids de poules et autres dégradations bien visibles sont la plupart du temps la marque déposée de ces structures sur les routes. Parmi les structures citées, l’Office national de l’eau et de l’assainissement, à travers les travaux de son réseau d’assainissement et d’eau potable, vient en tête. Ce mauvais rôle attribué à la nationale des eaux est bien visible dans les environs de l’hôpital Yalgado Ouédraogo.

Effondrement brutal du bitume à Paspanga

Partant du croisement des avenues Thomas Sankara et Burkina à Paspanga jusqu’à la place de la Femme pour la paix dans le quartier Koulouba, de nombreuses installations de l’ONEA sont visibles soit sur la voie publique, soit aux abords. D’ailleurs, l’on se souvient que l’effondrement brutal d’une partie du bitume a surpris des usagers en pleine circulation dans la soirée du 10 septembre 2020, faisant soudainement un grand trou au milieu de la route. En son temps, tous les regards étaient tournés vers l’ONEA. Les défaillances de son réseau d’assainissement enfoui sous le bitume seraient à l’origine de cet affaissement de la route. Cette explication n’est pas partagée par l’ONEA.

Nous avons rencontré le directeur de l’assainissement de l’ONEA, Tontama Sanou, pour comprendre ce qui s’est réellement passé sur ce tronçon ce jour-là. Il soutient que leur réseau d’assainissement implanté depuis 2001 a été dérangé par des travaux d’un autre concessionnaire de réseau et c’est ce qui a amené cette situation. A l’écouter, le
concessionnaire en question, sans informer l’ONEA, a intervenu au même endroit où était installé le réseau de l’ONEA et a fait deux fonçages sur la chaussée. Par la suite, il est ressorti qu’il n’a utilisé seulement qu’un seul fonçage pour faire passer des câbles, et abandonner l’autre sans refermer.

Et pour Tontama Sanou, ces opérations de fonçage ont endommagé la membrane de réseau d’assainissement de l’ONEA et avec la pluie, le ruissellement a drainé tout le sable. C’est ce qui a entrainé l’effondrement. Explique-t-il. Il note aussi que de multiples réseaux souterrains existent sous le bitume de cette route. L’ONEA, à travers ses réseaux d’assainissement et d’eau potable, la SONABEL, les réseaux de téléphonie mobile, des réseaux NTIC et bien d’autres réseaux enfouis seraient à l’origine de la dégradation des voies publiques.

Plus de deux mois après l’effondrement en question, des témoins de la scène s’en souviennent toujours, tant la frayeur était très grande ce jour-là. Une femme qui a assisté à cette scène a décidé de changer désormais de route pour rentrer à la maison, parce que lorsqu’elle circule sur celle-ci, elle n’arrive plus à enlever de son esprit le fait qu’elle peut à tout moment s’enfoncer dans un trou. Mais saura-t-elle choisir la bonne route qui ne présente pas des risques d’effondrement ? La question reste entière.

En attendant, le prolongement de cette route côté gauche, sur l’avenue Thomas Sankara jusqu’au rond-point après le
ministère des Affaires étrangères, montre à souhait la dégradation de la route bitumée du fait des installations de l’ONEA par exemple. L’on compte plus d’une trentaine de points de jonction des installations de l’ONEA, encore appelés des regards, installés sur la voie cyclable. A côté de chaque « regard » estampillé ONEA, la voie est dégradée. Des affaissements et même des trous se sont formés à beaucoup d’endroits. A certains niveaux, le bitume a complètement disparu. A chaque 15 mètres environ sur le bitume, des affaissements, des trous, des brèches, nids de poules, crevasses côtoient ces installations de l’ONEA.

Cette situation de dégradation ne concerne pas seulement ce tronçon, beaucoup d’autres tronçons dans la ville de Ouagadougou connaissent le même problème. Mais il y a plus révoltant. De nouveaux bitumes sont aussi frappés par les dégradations causées essentiellement par des activités d’installation de réseau.

De nouvelles routes déjà dégradées par les travaux d’assainissement

Aussitôt le bitume posé à certains endroits de la ville pour améliorer la circulation, les voies se dégradent grossièrement par le fait volontaire ou par le mauvais travail de certaines entreprises. Dans le quartier Zogona, le constat est laid. Courant avril 2020, un nouveau bitume sur près de 750 mètres a été posé sur la route menant devant le siège de la Croix Rouge, à la rue 13.56. L’ancienne route bitumée, complètement dégradée, a été réfectionnée. Mais la joie des usagers autour de ce nouveau joyau va vite laisser la place au découragement et à l’incompréhension. Le nouveau bitume va s’affaisser de toutes parts et ce, à tel point qu’il devient difficile d’y circuler tranquillement.

MX est un usager qui pratique le tronçon depuis longtemps. Il a suivi les travaux d’aménagement jusqu’à la fin. Un plaisir qui ne durera pas plus d’un mois. En effet, après le travail de resurfaçage, des affaissements ont été identifiés à plusieurs niveaux alors que les travaux n’avaient pas encore été réceptionnés. Les usagers que nous avons rencontrés ne cachent pas leur désolation face à ce qui s’est passé sur cette route. Certains n’hésitent même pas à dire que l’Etat a jeté de l’argent par la fenêtre. « Si nos autorités savaient qu’elles allaient créer des routes avec des trous pareils, il fallait qu’elles laissent on va circuler sur des routes non bitumées », s’insurge Salam Derra, un usager de la route.

Aux origines…

L’entreprise Globex construction est celle qui a exécuté les travaux de réhabilitation de cette ancienne route. Son travail consistait à faire le resurfaçage et le traitement de la couche de base de la route existante. Les travaux ont commencé en début d’année pour finir en avril 2020. A écouter le directeur technique de l’entreprise Globex construction, les affaissements ont été identifiés juste quelque temps après les travaux. Ils ont traversé le tronçon nouvellement réhabilité. Comment est-on arrivé à cette situation ?

Selon Kandia Parfait de la mission de contrôle des travaux de réhabilitation de la route, après l’inspection, il ressort
que les défaillances ne venaient pas de l’entreprise Globex construction mais d’une autre entreprise appelée SADE. Cette entreprise exécutait également un marché pour le compte de l’ONEA dans le quartier. Ce marché consistait d’installer des branchements de réseau d’assainissement. C’est au cours de l’exécution de cette mission que l’entreprise SADE a dû creuser sur le bitume. Malheureusement, le travail a été mal fait, d’où la dégradation de la voie. L’entreprise SADE a effectué sept traversées de canalisation sur le tronçon et le manque de solidité nécessaire de ces travaux a occasionné des affaissements. Ainsi, le nouveau bitume est déjà en état de dégradation avancé.

Cependant, l’on apprend que l’entreprise SADE s’est engagée à réparer les affaissements en question. Et c’est dans ce cadre qu’elle a érodé une bonne partie du nouveau bitume sans la remettre en bon état. Et cela dure sans que la route retrouve son visage d’après la réhabilitation. Selon Sanou Siaka de la mission de contrôle des travaux de l’entreprise SADE, le problème des affaissements est déjà traité et il reste seulement à coordonner pour que l’entreprise puisse revenir mettre le bitume. Pourquoi ce désordre dans l’exécution d’un marché d’une si grande importance qui engage d’ailleurs beaucoup de ressources publiques ? Une concertation entre les différents acteurs impliqués ne pouvait-elle pas éviter de tels sabotages dans la construction et la réhabilitation des routes ?

Selon des témoignages concordants, ce tronçon bitumé n’est encore réceptionné. Et déjà, il est dégradé. En attentant, la route est impraticable et beaucoup d’usagers s’en plaignent. En plus des affaissements liés au travail d’installation du réseau ONEA, d’autres affaissements causés par l’installation du réseau de la SONABEL ont aussi été détectés sur le même tronçon et jusqu’à présent, la SONABEL n’a pas été saisie pour réparer le dommage causé sur la route. Tout porte à croire qu’au bout, l’usager se contentera d’une route malformée avec beaucoup d’affaissements, des trous et autres dégradations.

En plus, un autre tronçon figurait dans le marché de réhabilitation attribué à l’entreprise Globex construction. Ce tronçon a été également réhabilité au même moment que celui de la rue 13.56. Il s’agit de la route d’environ 800 mètres, passant devant le siège du CFOP, sur la rue 13.18. A l’intersection de cette route et de l’avenue Babangida, des affaissements ont été également identifiés et la responsabilité attribuée à l’entreprise SADE et à l’ONEA. Un fait majeur, l’ONEA, maître d’ouvrage des travaux réalisés par l’entreprise SADE, n’était pas au courant de ce désordre, nous confie-t-on.

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Un marché de Kosyam à Zogona

Il faut noter que les travaux de réhabilitation sur les deux rues n’étaient pas initialement prévus dans le marché attribué à l’entreprise Globex construction. Selon des sources bien introduites, le marché initial ayant fait l’objet d’un appel d’offres et finalement attribué à Globex construction est le marché de travaux d’aménagement, de bitumage et de réhabilitation des voies d’accès à la Présidence du Faso. Les deux tronçons identifiés sur les rues 13.56 et 13.18 à
Zogona n’étaient en aucun cas concernés. Il nous revient que c’est pendant la signature du contrat pour le marché initial que les travaux d’aménagement sur les deux rues ont été annexés à l’entreprise Globex construction. Par quelle acrobatie ? Mystère et boule de gomme.

Nous avons approché la Direction des infrastructures routières pour comprendre le système d’attribution de ce marché de réhabilitation. Son Directeur général, qui nous a contacté au téléphone pour comprendre la demande d’informations, a promis de faire un retour. Jusque-là, nous attendons. Affaire à suivre !

SZ

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Simplice Zongo
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