LUTTE CONTRE LA COVID-19 : La position ambiguë du Burkina sur l’apivirine

Beaucoup de bruits ont couru dans le cadre des actions de lutte contre la Covid-19, surtout le médicament qui pourrait être efficace. De la chloroquine aux soins proposés par les tradipraticiens en passant par l’apivirine, de l’encre et de la salive ont coulé. Finalement, le citoyen lambda se demandait avec quel produit soigne-t-on la Covid-19 au Burkina Faso. Dans ces vagues d’approbations et de désapprobations, la question sur l’apivirine semblait connaitre le plus de divergences. Au fur à mesure que les antagonismes prenaient forme dans l’affaire de l’apivirine, l’on découvre que le gouvernement burkinabè a effectué une importante commande du produit avec le laboratoire API-BENIN : 50 millions FCFA ont été déboursés pour 4.000 paquets d’apivirine. Cette commande, à tout le moins surprenante, suscite beaucoup d’interrogations. A quoi va servir la commande ? Les essais ? Les soins ? Le gouvernement avait-il des certitudes sur l’efficacité du produit avant les résultats de l’essai clinique ? Autant d’interrogations qui laissent perplexe quant à l’attitude du gouvernement.

Apivirine ! Pour ou contre ? Bon ou mauvais ? Utilisé ou non utilisé au Burkina ? Autorisé ou non autorisé ? Ce produit a défrayé la chronique pendant longtemps au moment où le Burkina et ses patients de Covid-19 se débattaient pour trouver le remède. Et paf ! Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, le Pr Alkassoum Maïga, n’a pas hésité à déclarer publiquement que certains patients de Covid-19 y
ont eu recours avec succès. Finalement, le doute a commencé à s’installer.

Selon certaines sources, il nous est revenu qu’en coulisses, des personnalités accouraient vers des responsables de l’apivirine au Burkina Faso afin de pouvoir disposer du produit : soit pour soigner des proches malades, soit pour elles-mêmes. Au même moment, l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP) déconseillait dans un communiqué l’usage de l’apivirine pour lutter contre la Covid-19. Pour elle, l’introduction du produit au Burkina n’a
été autorisée conformément aux dispositions législatives et règlementaires régissant la commercialisation des médicaments sur le territoire burkinabè. Selon l’ANRP, le produit n’a ni une autorisation de mise sur le marché et de promotion, ni une autorisation dérogatoire d’importation. Mieux, il était constant que le comité technique avait rejeté la demande des essais cliniques de l’apivirine avec plusieurs raisons.

Dans la foulée, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation (MESRSI) passe un marché par entente directe avec API-BENIN. Dès lors, certains observateurs se demandaient à quoi joue exactement le Burkina Faso, puisque certains prétendaient que le produit n’avait pas reçu toutes les autorisations
nécessaires pour être utilisé d’une manière ou d’une autre. L’apivirine était même combattu.
D’ailleurs, sur quel fondement le marché a été passé avec API-Benin ?

50 millions FCFA d’apivirine commandée

Selon les informations, 50 millions de francs CFA est la somme débloquée par le département en charge de la recherche scientifique pour disposer de l’apivirine. A ce qu’on dit, ce sont près de 4.000 paquets d’apivirine qui ont été livrés au Burkina à travers la commande. On se pose des questions sur les objectifs et les intentions réelles d’une telle commande. Ce stock d’apivirine était-il destiné à l’essai clinique ? Aux soins ?

Pour le Directeur de cabinet du ministère en charge de la recherche scientifique, la commande devait non seulement servir à l’essai clinique, mais aussi constituer un stock de secours. A l’écouter, quand l’équipe de l’Institut de recherche en science de la santé (IRSS) a présenté son intention de faire un essai clinique, le ministère a trouvé sage
de prendre non seulement une quantité d’apivirine pour les essais cliniques, mais aussi un minimum de stock au cas où l’essai clinique s’avérait concluant. Une sorte de secours d’urgence, dira- t-il. Egalement, il fera savoir que la commande est toujours disponible à l’IRSS et attend les résultats de l’essai clinique pour connaitre son sort.

En attendant, il faut noter que cette grosse commande du gouvernement vient en rajouter à l’attitude équivoque du gouvernement. Tout se passe comme si le gouvernement burkinabè avait une forte présomption d’efficacité de l’apivirine contre la maladie. Mieux, les décisions de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique continueront d’entretenir cette confusion au sommet de l’État. Avec la polémique autour de l’apivirine, le traitement de toute demande d’autorisation d’essai clinique impliquant l’IRSS avait été suspendu sur décision de la Directrice générale de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique.

A la suite de cette suspension, l’IRSS a sollicité et obtenu la levée de cette décision. Dans une lettre en date du 02 mars 2021, la Directrice générale de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique accède à la requête et ordonne
la levée de la suspension de traitement de toute demande d’autorisation des essais cliniques impliquant l’IRSS pour compter du 1er mars 2021. Cette décision vient donner un coup de fouet à l’essai clinique sur l’apivirine dont les membres de l’équipe de recherche sont visés par une plainte pour pratique illégale de la médecine. Affaire à suivre !

==========

68 millions FCFA ? 22 millions FCFA ? Combien a coûté la prime d’assurance des essais cliniques ?

Quand le dossier de l’essai clinique a été soumis au comité d’éthique, il a été exigé une assurance. Il restait à savoir qui endosserait cette assurance sur l’essai clinique. Cette condition a amené le MESRSI à engager sa propre responsabilité vis-à-vis de l’essai clinique sur l’apivirine dénommée API-COVID-19. Dans une lettre datée du 17 avril 2020, adressée au ministère de la Santé, le MESRSI dit se porter garant d’éventuels dommages pouvant résulter de l’essai clinique si la cause du dommage n’est pas liée à une mauvaise pratique ou à un non-respect des protocoles. En plus, il fallait payer la prime d’assurance. Là également, c’est le département en charge de la recherche scientifique qui a déboursé des millions FCFA pour payer cette prime. Selon nos informations, ce sont 68 millions FCFA qui ont été décaissés par le ministère. Le Directeur de cabinet du MESRSI s’inscrit en faux par rapport à ce montant. Il évoque, quant à lui, une somme de 22 millions FCFA. Alors, combien a coûté exactement la prime d’assurance ?
SZ

=========

La ministre déléguée auprès de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation sera-t-elle entendue ?

Comme nous l’avions dit dans Le Reporter n°303 du 1er au 14 février 2021, le dossier apivirine a pris une autre tournure. L’initiateur de la plainte contre toute personne physique ou morale impliquée dans le dossier, le Pr Charlemagne Ouédraogo, est devenu ministre de la Santé. Quel rôle jouera-t-il finalement avec les titres de ministre de la Santé et président de l’Ordre des médecins ? Cette grosse interrogation demeure et persiste. Mais, il n’y a pas
que cette situation. Il nous revient que la toute nouvelle ministre déléguée auprès de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Traoré née Coulibaly Maminata, est membre de l’équipe ayant réalisé l’essai clinique de l’apivirine sur les humains.

Elle fait donc partie de l’équipe de recherche qui a pris connaissance du statut des patients pour réaliser l’expérience. Selon des sources bien introduites, les auditions ont commencé. La gendarmerie est en train d’entendre toutes les parties impliquées dans le dossier. L’investigateur principal, le Professeur Martial Ouédraogo, ainsi que le coordonnateur de l’étude, le Professeur Sylvain Ouédraogo, et bien d’autres membres de l’équipe de recherche auraient même été entendus par la gendarmerie.

Cependant, il se dit que la ministre déléguée n’a pas été encore entendue par les fins limiers. Son statut de ministre est-il en train de jouer en sa faveur dans cette affaire. Attendons de voir.

SZ

Avatar
Ecrit par
Simplice Zongo
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Avatar Ecrit par Simplice Zongo