MINISTERE DE L’ENVIRONNEMENT : Un Forestier affecté 10 fois en moins de 4 ans

Depuis 2015, Moussa Barry, agent des Eaux et Forêts, victime d’un système de répression bien orchestré au ministère de l’Environnement ; une machine est en train de le broyer après pratiquement 37 ans de service rendu à la Nation. Chef de service départemental de l’Environnement de Koumbia en mai 2015, son péché a été d’avoir voulu mettre de l’ordre dans l’envahissement anarchique de la forêt classée de la Mou (province du Tuy). Malheureusement, mal lui en a pris, car il menaçait sérieusement des intérêts non seulement des éleveurs, mais aussi ceux de certains agents complices tapis dans l’ombre au sein des services de l’Environnement. Ces derniers ne tarderont donc pas à lui créer toutes les noises possibles et finir par lui coller un procès aux contours insoupçonnés. Il lui est reproché d’avoir perçu des frais de conduite d’animaux avec trois éleveurs fautifs. Ces frais d’un montant total de 120.500 FCFA seront le début de sa misère. Pourtant, ces frais existent et continuent de faire l’objet
de perception. Affectations intempestives, retenues de primes contentieuses, des actes de dénigrement, de non-assistance par son administration, etc. Et Barry Moussa pointe du doigt son Directeur provincial de l’époque, Ousmane Ouédraogo, de qui viennent tous ses problèmes. Et ce, dans un silence coupable du ministère qui était pourtant bien au parfum de sa situation.

Une affaire à vous couper le souffle. Incompréhensible par les esprits lucides, l’histoire de Barry Moussa sonne comme une véritable chasse aux sorcières, car elle sort de toutes les logiques. Il crie au scandale. Colère et amertume, dégoût et désarroi, impuissance et incompréhension ; Barry Moussa ne sait pas pourquoi son administration et des collègues s’acharnent tant sur lui. Il se dit victime au point de penser ne pas vivre dans un Etat de droit. « Ou bien c’est parce que c’est moi Barry Moussa qu’une telle chose arrive », se demande-t-il sans cesse. Au
regard du sort dans lequel il se trouve, il ne manque pas de pointer du doigt des incohérences dans la gestion de son dossier. Et elles existent ces incohérences.

Son histoire qui a banalement débuté en 2015 suite à son affectation au service départemental de l’Environnement de Koumbia, dans la province du Tuy, continue de le hanter. Elle a fini par devenir un rouleau compresseur contre lui. En mai 2015, en effet, une note l’affecte au service départemental de l’Environnement de Koumbia dans la province du Tuy. Il prend service le 11 juin 2015. La lettre de mission était claire : mettre de l’ordre en stoppant l’envahissement des forêts au nombre de trois situées dans le département, en plus des missions régaliennes des services de l’Environnement.

Selon ses explications, certains de ses collègues étaient méfiants quant à son affectation, car pour eux, l’agent Barry Moussa est d’une rigueur à toute épreuve. Et Barry ne tardera pas à constater que la situation n’était pas en sa faveur quant au respect de la règlementation en matière forestière. Des explications, dès son arrivée, il constate que les agents n’opéraient pas de sortie pour surveiller les forêts. Plusieurs mois passés et rien. D’un côté, certaines confidences font état du fait que les forêts ont été louées à des éleveurs qui y faisaient entrer leurs animaux pour paître en toute impunité. De l’autre côté, les supérieurs de Barry lui ordonnent de faire entrer dans les caisses de l’Etat la somme de 10.500.000 FCFA pour le reste de l’année 2015.

En six mois d’activités avec ses trois collègues, il a été recouvré la somme de 12.612.450 FCFA, soit plus de 120%. Pour la nouvelle année 2016, le Directeur provincial de l’Environnement impose cette fois-ci au service départemental de Koumbia, des recettes de 14.646.425 FCFA. Et en décembre 2016, le service a réussi à aller au-delà des prévisions en faisant entrer 16.061.400 FCFA, soit plus de 109%. Il faut le faire.

Malheureusement, ces résultats positifs n’étaient pas vus d’un bon œil par les éleveurs et curieusement, par les supérieurs hiérarchiques au niveau provincial. L’empêcheur de tourner en rond, Barry Moussa, étant dans la place , beaucoup d’occasions de se faire de l’argent n’existent plus. Les forêts ne peuvent plus être occupées anarchiquement. Il fallait stopper cette manière de faire du nouveau chef de service départemental, Barry Moussa. Sur le terrain, pendant que son Directeur provincial le félicitait pour ses performances de recouvrement, le même Directeur provincial se plaignait auprès du Directeur régional des agissements du chef Barry. Pour le savoir, c’est le Directeur régional qui rapporte à Barry des plaintes de son Directeur provincial. Ce dernier souffle le chaud et le
froid. Curieux, non ?

Les problèmes de Barry vont commencer quand il va recevoir des appels téléphoniques de quelques responsables administratifs de la province au prétexte qu’il est en train de provoquer des troubles dans le département, surtout du côté des éleveurs. Leurs explications sont que le chef de service départemental devenait une menace pour les éleveurs dans la zone. En conséquence, ces derniers menaceraient de faire des mouvements d’humeur.

Vous avez dit taxe illégale ?

Mais au fond, de quoi s’est-il agi ? Tout a commencé avec trois délinquants pris en matière de divagation et parcage d’animaux dans une forêt non ouverte au pâturage, la forêt classée de Mou en l’occurrence. Trois éleveurs ont vu
leurs bœufs saisis et conduits en fourrière. Dans de telles circonstances, les intéressés devraient se rendre au service
de l’Environnement pour payer les amendes y liées et rentrer en possession de leurs animaux. Mais voilà ! Les amendes en question sont relatives à la divagation des animaux, la conduite en fourrière, la fourrière elle-même et la garde des animaux en fourrière. Les amendes sont fixées par nombre de têtes de bœufs, des transactions ont même eu lieu afin de permettre aux propriétaires des bœufs de pouvoir payer. Et c’est là, avec les trois éleveurs dont les animaux ont été appréhendés que la misère de Barry va commencer. Ces derniers se sont alors rendus au service provincial afin de se plaindre auprès du Directeur provincial du fait que le chef de service départemental aurait des comportements en dehors des règles. Ils lui reprochent ses nombreux contrôles, les taxes irrégulières et une sélection des éleveurs à sanctionner.

De fil en aiguille, Barry Moussa va recevoir une convocation le jeudi 2 février 2017 et devra se présenter le mardi 7 février 2017 au TGI de Boromo, suite à une plainte du concessionnaire, de son Directeur provincial et des éleveurs, dit-on. Cependant, dans sa citation directe, il n’aura affaire qu’à des éleveurs. L’audience n’aura pas lieu ce jour-là, la partie civile étant absente. Elle est reprogrammée pour le mardi 28 février 2017. Il est reproché au chef de service départemental d’avoir « sollicité, reçu, exigé ou ordonné de percevoir ce qu’il sait ne pas être ou excédé, ce qui est dû, soit à lui-même, soit aux parties pour lesquelles il perçoit en espèces sans base légale, les sommes de 50.000 FCFA, 16.500 FCFA, 54.000 FCFA au titre de frais de conduite d’animaux aux préjudices respectifs de Fintieri Jean, Sankara Oumarou, Barry Oumarou ». Le tout d’un montant de 120.500 FCFA lié aux frais de conduite.

Barry Moussa ne reconnait pas les faits. Pour lui,les frais en question sont des frais de conduite d’animaux payés par les éleveurs fautifs dont les animaux ont été retrouvés dans la forêt. Selon certaines sources forestières, en matière de divagation d’animaux, il y a toujours des frais annexes que sont les frais de gardiennage et des frais de conduite. L’enquête de police l’a même confirmé. Cette pratique n’est pas nouvelle d’ailleurs. Selon une source proche des éleveurs plaignants à Koumbia, la pratique est toujours d’actualité dans la zone et même à Koumbia. Rien n’a donc changé. Pour la même source, malgré le départ de l’agent Moussa Barry, les choses sont toujours en l’état. Pourquoi
alors initier une plainte en Justice contre l’agent Barry Moussa pour des actions que pose l’ensemble des agents des Eaux et Forêts ? Incompréhensible, non ?

Pour montrer sa bonne foi, il explique qu’il n’était pas le régisseur de son poste et mieux, les frais de conduite dont on l’accuse ne sont pas son invention : ils ont toujours existé. Alors, comment a-t-il bien pu s’enrichir sur le dos des
éleveurs avec des taxes pratiquées par tous les postes et qui ne sont pas entrées dans ses propres poches ? Où se  trouve sa faute ? Malgré tout, les accusateurs de Barry avec à leur tête son supérieur hiérarchique, le Directeur provincial, Ousmane Ouédraogo, vont réussir à faire condamner l’agent devant le TGI de Boromo. Il écopera d’une condamnation de deux mois d’emprisonnement, du paiement de 2 millions FCFA d’amendes, le tout assorti de sursis. Indigné, Barry fait appel de la décision jusqu’en cassation où la décision finale est attendue.

Fait majeur, au cours de l’audience à Boromo, les éleveurs plaignants n’ont rien demandé en réparation. Ce serait en appel qu’une telle proposition a été faite et ils demandent le remboursement des amendes. Et pour Barry, comment un fautif peut-il demander remboursement des amendes qu’il a payées en appel ?

Au regard du dossier, il existe tout de même des choses qui suscitent de la curiosité. Ainsi, dans la citation directe, il ressort que le nommé Barry Oumarou est l’une des victimes de l’agent. Faux, rétorque l’agent Barry Moussa : « On n’a jamais eu affaire à lui ». Autre curiosité, le jour du procès, c’est le Directeur provincial qui, avec sa voiture, a conduit l’un des plaignants, Sankara Oumarou, à Boromo. Il en a été de même pour l’autre plaignant, Barry Oumarou. Pour ce dernier, c’est avec la moto du service de l’Environnement de Koumbia que l’un des agents des Eaux et Forêts l’a conduit à Boromo le jour du procès.

Une succession d’affectations bizarres

Longtemps avant le jugement, au moment où Barry Moussa s’évertuait à faire le boulot dans les forêts, son accusateur, le Directeur provincial du Tuy, a réussi à l’affecter déjà, au prétexte qu’il devrait se mettre à la disposition de la Justice. Depuis cette affectation, Barry Moussa entame alors une succession d’affectations dont seuls son ministère et ses supérieurs hiérarchiques ont l’explication. De 2016 à 2019, il sera affecté 10 fois, d’une région à une autre, d’une province à une autre ou d’un service à un autre. Depuis 2017, en effet, « je suis victime de persécutions, de traitements humiliants, dégradants, inhumains dans l’exercice de mes fonctions, on a utilisé un faux prétexte pour me ruiner, pour me détruire », déplore-t-il.

A ce jour, l’agent affecté à Bobo-Dioulasso est sans bureau, non employé. Ce qui frise un chômage technique qui ne dit pas son nom. Selon certaines sources, l’ancien ministre de l’Environnement, Nestor Bassière, est bien au parfum de cette situation. Il avait même pris connaissance du dossier et avait laissé entendre que Barry Mousa serait traduit en Conseil de discipline pour les faits qui lui sont reprochés. Conseil de discipline que l’agent dit attendre de pieds
fermes, en vain. Des responsables du ministère ont reconnu en coulisses que Barry Moussa est une victime. Cependant, aucune disposition n’a été prise pour mettre fin à cette répression administrative sur l’agent.

Depuis le début, Barry Moussa confie n’avoir jamais fait l’objet d’une seule demande de lettre d’explications face à ce qui lui est reproché. Pourtant, les textes de l’administration forestière sont clairs : aucune sanction ne doit être prise sans que l’agent n’ait eu l’occasion de se défendre. Que dit la Direction générale des Eaux et Forêts ? Silence total ! Les lettres de demande d’intervention de Barry Moussa adressées au ministère sont sans suite. Quant à notre demande d’entretien et d’informations auprès du ministre de l’Environnement, elle n’a pas encore reçu de réponse également. Affaire à suivre  !

Aimé NABALOUM
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