eddie

RUEE VERS LA MAJORITE: Jusqu’à quand Eddie tiendra-t-il ?

Après la formation du gouvernement burkinabè en début d’année 2021, l’on a assisté à une ruée vers la mouvance présidentielle. L’Alliance des partis de la majorité présidentielle (APMP), déjà forte de 65 membres pour porter la candidature gagnante de Roch Kaboré lors du scrutin du 22 novembre 2020, a reçu des renforts parfois des plus surprenants ou inattendus. La dernière arrivée en date est celle du Mouvement patriotique pour le salut (MPS) de Yacouba Isaac Zida et du Pr Augustin Loada. Du côté du chef de file de l’opposition, l’on ne se bouscule pas à la porte. Il n’y a que trois formations qui ont des élus à l’Assemblée nationale avec un total de 25 députés et deux groupes parlementaires qui y siègeront.

Qui l’aurait cru avant le 22 novembre 2020 ? C’était impensable pour bien des Burkinabè, notamment, les jeunes et certains activistes des réseaux sociaux qui voyaient au Président Kaboré, ses partisans et ses alliés une bande d’incapables et de pilleurs de la République auxquels il n’était pas possible de s’associer. Certains voyaient en leurs
mentors de l’opposition d’alors, l’incarnation même de la sainteté au point qu’il était plus aisé de critiquer le Président Kaboré que ces opposants autoproclamés parangons de la vertu. Même reconnaître les bonnes actions du gouvernement était pratiquement qualifié par ces snipers insolents sur les réseaux sociaux de nombrilisme et même pire. Les champions dans cette posture étaient, entre autres, les militants et responsables de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), de la NAFA (Nouvelle alliance du Faso) et du MPS.

Plusieurs fois, nous avons interpellé les leaders de l’opposition sur l’irrévérence de certains de leurs militants zélés. Que n’ont-ils pas dit de Roch Kaboré, de son gouvernement, de leurs alliés comme Me Bénéwendé Sankara qui ont eu raison très tôt ? Hélas, certains croyaient que les centaines de « likes et de commentaires » sur les réseaux sociaux pouvaient leur apporter des voix. Au soir du 22 novembre, le réveil a été douloureux. Il ne reste plus qu’à rejoindre le camp des « proscrits » d’hier. C’est là que se trouve la voie de leurs intérêts. Aujourd’hui, tous ces partis et bien d’autres ont rejoint la mouvance présidentielle. Il fallait le voir pour le croire.

Sans doute que les uns et les autres, sans oser l’avouer publiquement, ont pu mesurer enfin ce qu’ils valent électoralement. Ils ont donc fait le choix réaliste de sécher leur linge là où le soleil brille le plus. Il n’y a pas qu’eux. D’autres ont sauté pieds joints dans la marmite bouillante de la soupe du pouvoir. C’est ce qu’ils disaient des autres hier. Bref, c’est la ruée vers la majorité, avec parfois des arguments qui trahissent leur manque de respect pour l’intelligence des Burkinabè et la motivation réelle de leur engagement politique. Tout se joue sur des intérêts particuliers. Du peuple et de ses aspirations, ils s’en moquent éperdument. Leurs vuvuzelas ont pratiquement disparu des réseaux. Mais enfin ! Tant pis pour ceux qui croient aux discours politiques, de ces hommes politiques.

Le CFOP, un lot de consolation …

A contrario, on ne se bouscule pas à la porte de l’opposition. Le 5 mars dernier, Zéphirin Diabré, désormais passé à la
majorité présidentielle avec son parti, a transmis à Eddie Komboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), les charges de chef de file de l’opposition. Arrivé deuxième au dernier scrutin législatif avec 20 députés, le CDP est donc
la deuxième force politique du pays et la première de l’opposition. Conformément aux dispositions de la loi portant statut de l’opposition, son président est donc le nouveau patron de l’opposition politique. Tout en continuant de contester les résultats du double scrutin du 22 novembre, Eddie Komboïgo se console quand même de ce statut qui lui donne l’occasion de montrer sa capacité à conduire une coalition de groupements d’intérêts divergents.

Il se retrouve avec ses anciens compagnons du CDP qui ont quitté le navire pour protester contre sa gouvernance du parti ou sa candidature à la présidentielle de 2020. En effet, outre le CDP, les partis ayant obtenu des sièges à l’Assemblée nationale et s’étant déclarés de l’opposition politique sont : l’Alliance pour la démocratie et la fédération, Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) avec 3 députés, et Mouvement agir ensemble de Kadré Désiré
Ouédraogo crédité de 2 sièges. L’opposition parlementaire représente donc moins d’un cinquième de l’Assemblé
nationale.

Mais le CFOP peut compter sur d’autres partis. Certains candidats à la présidentielle mais dont les partis n’ont obtenu aucun siège ont décidé de rester dans l’opposition. Sont de ceux-là, l’OPA/BF de Me Ambroise Farama. Il en est de même du Mouvement Soleil d’Avenir du Pr Abdoulaye Soma qui reste dans l’opposition ; tout comme le Faso Autrement de Ablassé Ouédraogo. Cependant, la déclaration d’appartenance à l’opposition ne signifie pas forcément
une affiliation au chef de file. Certains partis comme Soleil d’Avenir s’inscrivent dans l’opposition non affiliée (ONA) qui échappe à la tutelle du chef de file. Il ne sera sans doute pas seul. D’autres le rejoindront. Si ce n’est déjà fait. C’est dire que non seulement le rapport de force est aujourd’hui en sa défaveur, mais l’opposition avance en rangs dispersés.

Eviter l’explosion de l’opposition: un gros challenge pour Eddie Komboïgo

Mais au-delà des divisions, l’avenir proche du CFOP dépendra de sa gouvernance, notamment, ses capacités de management des hommes et de leurs ambitions par Eddie Komboïgo. Il va devoir transcender sa gestion  approximative du CDP pour tenir compte des leaders des autres partis politiques qui ne le suivront pas dans ses  positions solitaires. Avant d’exiger du pouvoir des discussions avec l’opposition sur des questions d’intérêt national,  il va devoir d’abord faire de la place aux autres chefs de partis politiques dans la gestion interne et la coordination de l’opposition. Pour le moment, ça semble mal engagé. A la première audience que le président du Faso lui a accordée, il ne s’est fait accompagner d’aucun autre chef de parti de l’opposition. Il s’est retrouvé seul pour un tête-à-tête avec le chef de l’Etat. Certains opposants n’étaient même pas informés de cette audience et l’ont apprise à travers les médias ! Mieux, à sa sortie d’audience et situant l’objet de son entrevue, il avance des préoccupations qui ressemblent étrangement à celles exclusives du CDP ou de son président et non à une position partagée et affirmée
de l’ensemble de l’opposition burkinabè. Il n’est pas certain que sur les questions de la réconciliation nationale, du
report des élections municipales et bien d’autres sujets, l’opposition ait fait une analyse collective et adopté une position consensuelle.

Le nouveau chef de file de l’opposition doit se rendre à l’évidence. La légalité que lui confère ses 20 députés à l’Assemblée ne lui garantit pas pour autant la légitimité pour parler au nom de toute l’opposition. Il tiendra cette légitimité de sa capacité à prendre en compte les avis et propositions des autres, à faire une bonne synthèse des points de convergence et à porter aussi des positions qui ne sont pas forcément celles de son parti mais plutôt de la majorité des membres du cadre de concertation. C’est là le plus grand challenge qui se présente à Eddie Komboïgo.  S’il n’y arrive pas, il doit s’attendre à ce que les crises qui ont secoué son parti ressurgissent au sein de l’opposition. Comme il l’a reconnu lui-même, lors de son installation, c’est très compliqué de gérer l’opposition. D’autant plus que personne ne veut y demeurer. Tous les partis aspirent à accéder au pouvoir soit directement par les urnes, soit par
des alliances avec les partis qui remportent les élections.

Le chef de file de l’opposition a donc une délicate mission de fédérer des acteurs aux intérêts concurrents, voire antagoniques. Ils dorment sur la même natte mais ne font pas le même rêve. La preuve en est que bien des partis
membres du CFOP avant le double scrutin du 22 novembre 2020 et signataires de l’accord pour se soutenir en
cas de second tour, siègent aujourd’hui à la majorité. Mieux, tout porte à croire que la ruée vers la majorité n’est
pas encore achevée. De la gestion du cadre de concertation de l’opposition par son chef de file dépendra le maintien du peu de partis déclarés dans ce regroupement. Enfin, contrairement à son prédécesseur, Eddie Komboïgo va
devoir prendre langue avec l’ONA et ses membres pour faire en sorte que l’opposition politique parle d’une même voix. Autrement, il sera fragilisé par le refus d’une partie de l’opposition de le reconnaître comme porteur de leurs préoccupations et attentes.

Vers une disparition de l’opposition ?

Par ailleurs, il faut craindre qu’avec le processus de réconciliation qui semble recevoir un écho favorable dans presque tous les états-majors politiques, tous répondent à l’appel à l’unité du pouvoir en place. En effet, sans présager des résultats du processus en cours, notamment, du forum de réconciliation nationale, l’on peut légitimement craindre qu’il n’y ait plus d’opposition au pays des Hommes intègres dans les prochains mois ou années. Il suffit que l’on ressorte la recommandation magique de gouvernement d’union nationale pour que tout le monde accoure à la table du locataire de Kosyam pour partager le gâteau national. Au regard de l’agitation qui est
donnée de voir, ce processus de réconciliation nationale risque de n’aboutir qu’à cela.

Dans tous les cas, gouvernement d’union nationale ou pas, cette opposition ne tiendra pas 5 ans. Sauf si bien sûr, la majorité éclate et renvoie certains rejoindre les rangs de l’opposition. Autrement, la majorité va encore recruter dans ses rangs et la réduire à sa plus simple expression, sans aucune possibilité d’influencer le jeu politique. Ce sera pour le malheur de la gouvernance démocratique et du Burkina Faso. 

Boureima OUEDRAOGO
Ecrit par
Boureima OUEDRAOGO

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Nunc rhoncus sagittis tortor, a posuere tellus cursus suscipit. Pellentesque euismod aliquam lectus vel aliquet.

Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Boureima OUEDRAOGO Ecrit par Boureima OUEDRAOGO