BARRAGE DE PENDEGA A KOMBISSIRI : Un assèchement précoce qui plonge plusieurs villages dans le désespoir

Le barrage de Pendega est vieux de plus de 70 ans. Entre deux saisons, le barrage était source d’activités socio-économiques incontournables pour plusieurs villages de la Commune de Kombissiri depuis des années. Aujourd’hui, ce barrage ne porte que son nom en saison sèche. Point de trace d’eau en cette période de l’année dans le barrage. Ensablement, assèchement précoce et bien d’autres difficultés sont sur le point d’achever les espoirs créés par ce barrage qui a fait bouillir les marmites de bien des familles de la localité. Les activités de production maraîchère, la pêche et l’élevage qui s’étaient développées autour du barrage sont à l’agonie. Des projets de développement y ont mené des activités inappropriées. Aujourd’hui, le barrage de Pendega se meurt. Les exploitants et bien d’autres bénéficiaires directs crient leur souffrance. Ils ne savent plus quelle perche saisir pour subsister.

Le barrage de Pendega est situé à 2 km au sud de Kombissiri, sur la route nationale n°5. Ce barrage est l’aboutissement de la transformation progressive d’une mare d’eau qui date des temps coloniaux. Selon la Directrice provinciale de l’Agriculture, des Aménagements hydro-agricole et de la Mécanisation de la province du Bazèga, Sanou /Kam Nadège, la mare d’eau a été dans un premier temps transformée en retenue d’eau pour une vocation pastorale. Par la suite, cette retenue d’eau connaîtra une mutation pour donner lieu à un barrage grâce à deux projets : le Projet de gestion des ressources naturelles (PGRN) et le Projet national de gestion des terroirs (PNGT) dans les
années 90. Même si ce barrage a gardé sa vocation pastorale, d’autres missions lui seront assignées. La culture en saison sèche du maïs et du niébé sera expérimentée sur le site du barrage à travers l’aménagement de 10 hectares de parcelles de production par deux projets de développement. Avec cet aménagement, plusieurs cultures maraîchères seront pratiquées dans le périmètre aussi bien en saison sèche qu’en saison pluvieuse : les choux, la pomme de terre, l’oignon, etc.

Aujourd’hui, le barrage de Pendega n’est que l’ombre de lui-même. Il est devenu saisonnier et n’existe présentement
que de nom en saison sèche. Les animaux n’ont plus d’eau à boire dès décembre. Pas la moindre eau également pour continuer sereinement des activités de production maraîchère. Les exploitants installés tout le long du barrage, les éleveurs, les pêcheurs et tous ceux qui profitaient des activités du barrage sont désormais désœuvrés. Pour illustrer cette morosité de la culture de contre-saison, un producteur nous confie avoir injecté 50 000 FCFA pour de l’engrais, mais avec le manque d’eau, il n’a pas pu rentabiliser son investissement. Selon certains producteurs, les cultures mises en place peinent à boucler leur cycle par manque d’eau. «Le cycle d’oignons fait 90 jours et dès que tu commences en décembre, l’eau finit en début janvier sans que tu puisses récolter quoi que ce soit», confie un
producteur complètement dépassé.

Les pêcheurs, eux, sont désorientés. Ils se souviennent d’un programme qui existait pour leur accompagnement. A
cette époque, ils gagnaient leur vie dans la pêche. Mais il y a 4 ans, ce programme a plié ses bagages ; il n’y a plus d’activités pour ces derniers. A les écouter, leurs filets de pêche ressortent de la boue, désespérément vides ; point de poisson à pêcher. Rien ne va en ce moment dans le village de Pendega et les autres villages bénéficiaires du barrage : «A l’image du barrage, tout le village est asséché», c’est la formule en langue mooré qu’un vieux du village de Pendega a trouvée pour traduire toute la souffrance des habitants du fait de la situation actuelle du barrage. Selon le comité d’usagers de l’eau du barrage de Pendega, plus d’une dizaine de villages ressentent actuellement cette dégénérescence de la retenue d’eau.

Quant aux femmes, elles vivent très difficilement la situation. Elles n’ont plus d’activités. Selon la trésorière du comité des usagers de l’eau de Pendega, les femmes sont obligées d’aller couper le bois pour revendre, même si l’activité est interdite, déplore-t-elle. En plus, l’assèchement du barrage a poussé les jeunes à quitter les villages pour les sites d’orpaillage pour les uns et la Côte d’Ivoire à la recherche d’autres activités pour les autres.

Sur le site, le périmètre délimité pour la production n’est pas le seul à être exploité. De tous les côtés, des exploitations ont été créées par les populations de différents villages. Cette situation provoque une surexploitation qui à elle seule peut expliquer l’assèchement précoce du barrage. Mais il n’y a pas que la surexploitation en réalité.

Gestion chaotique du barrage

Une étude technique de l’aménagement hydro-agricole du site de Pendega en 2018, basée sur les données de la Direction régionale de l’eau, a révélé que le barrage de Pendega avait à sa réalisation une capacité de 533 000 m3. Mais à la date de réalisation de l’étude, en août 2018, sa capacité est évaluée à 436 423 m3. L’explication est qu’il a été constaté des dépôts solides dans la cuvette du barrage. Aujourd’hui, en 2021, sa capacité a fortement diminué. Comme Ouédraogo Marie Felix, Directeur provincial de l’Eau et de l’Assainissement du Bazèga, la Directrice provinciale de l’Agriculture pointe du doigt l’ensablement et l’envasement du barrage.

Cette situation, selon eux, est due à la détérioration de la digue du barrage de Tandaga situé en amont de celui de Pendega qui protégeait l’écoulement de l’eau du barrage de Pendega mais aussi au non-respect de la bande de servitude par les producteurs exploitant les terres autour du barrage. En effet, les terres situées sur 100 m de la
cuvette du barrage ne doivent pas être exploitées. Malheureusement, cette règlementation n’a pas été respectée par les producteurs du site de Pendega. D’où les problèmes que connaissent aujourd’hui les exploitants. La Directrice provinciale, Sanou/Kam Nadège, explique que plus de 30 ha sont exploités hors du périmètre aménagé de 10 ha. Aussi, elle indexe la détérioration du déversoir par les producteurs et l’augmentation de l’évaporation du barrage.

Par ailleurs, à écouter certains producteurs, le barrage a commencé à présenter des signes d’assèchement dans les années 2008-2009. Pour eux, c’est à cette période qu’il y a eu les travaux de bitumage de la RN 5, Kombissiri-Pô. A cette époque, l’entreprise SOGEA SATOM a prélevé beaucoup d’eau dans le barrage pour ses travaux. Elle a aussi effectué des travaux à proximité du barrage. Et c’est depuis ce moment que l’eau du barrage ne retrouve pas son niveau habituel en saison sèche. Pensent-ils.

Toujours est-il que les retombées de cette situation d’assèchement sur les populations locales sont très importantes. Et c’est dans ces conditions que le Programme d’amélioration de la productivité agricole (PAPSA) est venu aménager un nouveau périmètre de parcelles de production sans chercher à régler la question d’assèchement du barrage.

Le PAPSA avec ses aménagements stériles

Pendant que les producteurs crient à un manque d’eau pour les productions, le Programme d’amélioration de la productivité agricole (PAPSA), un projet directement piloté par le cabinet du ministère de l’Agriculture, a commandé des aménagements de périmètre d’exploitation sans d’abord chercher à réhabiliter le barrage. Avec quelle eau et quel
barrage ces nouvelles parcelles de production seront exploitées ? Sans barrage, à quoi va servir cet aménagement du
PAPSA ? Cette situation passe difficilement dans le milieu des producteurs. Ils se demandent comment un projet de développement peut faire des réalisations qui ne cadrent pas avec les besoins de ceux qui sont censés être des bénéficiaires.

Quoiqu’il en soit, cela fait environ deux ans que le nouveau périmètre aménagé par le PAPSA reste inexploité et inexploitable par les producteurs. Et pourtant, avant l’aménagement du site, le PAPSA avait rencontré les producteurs. Ces derniers avaient fait savoir au PAPSA que leur besoin pressant était la réhabilitation du barrage. Une étude commanditée par le PAPSA avait même préconisé la réhabilitation du barrage avant tout aménagement hydro-agricole. Mais que nenni ! Le PAPSA, arguant du manque de ressources, enjambera l’assèchement du barrage pour faire ses aménagements à coup de plusieurs dizaines de millions de francs CFA. A qui profite réellement ces aménagements du PAPSA ? Pendant ce temps, les populations continuent de scruter l’horizon pour savoir comment le barrage de Pendega retrouvera ses lettres de noblesse.

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Simplice Zongo
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