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Blaise Compaoré face à son destin !

L’image a fait le tour des réseaux et a suscité des polémiques au pays des Hommes intègres. Le tombeur de Thomas Sankara, l’ancien homme fort ou encore l’enfant terrible de Ziniaré n’est plus que l’ombre de lui-même. La vidéo de la célébration le 3 février dernier de ses 70 ans montre un homme amaigri, pratiquement absent de sa propre cérémonie. «L’homme n’est rien ! Seul Dieu est fort», se sont écriés bien des Burkinabè en voyant leur ancien président dans cette situation peu enviable. Ils sont nombreux à s’interroger sur l’objet de la diffusion de cette vidéo, surtout dans le contexte actuel où son retour est au cœur des débats politiques et considéré par certains même comme un préalable de la réconciliation nationale.

D’ailleurs, le Président Kaboré avait annoncé en fin 2020 que s’il est réélu, il le ferait revenir avant la fin du premier semestre de l’année. Il a été réélu. Faut-il pour autant croire que la diffusion de cette vidéo participe d’une communication politique destinée à susciter la compassion des Burkinabè et leur acceptation de son retour au bercail sans répondre du mandat d’arrêt international qui pèse contre lui dans le cadre du dossier Thomas Sankara ? Ou alors s’agit-il d’une fuite involontaire du fait de l’un des convives de la soirée d’anniversaire ? Pour bien des analystes de la situation politique, rien n’est à écarter.

La diffusion de cette vidéo peut être une fuite comme on en voit très souvent sur les réseaux sociaux. Mais l’on ne peut pas non plus écarter la piste de la communication politique. On l’a vu avec Djibrill Bassolet, chef de la diplomatie de Blaise Compaoré durant les dernières années de son règne. En effet, le Général Djibrill Bassolet avait réussi à provoquer l’émoi en faisant diffuser une photo le présentant sous son mauvais jour et suscitant de la pitié. En tout cas, même si ce n’était pas de son fait, l’image avait fait son effet. Et la vague de compassions semble avoir réussi à motiver le gouvernement pour autoriser le Général Bassolet de se rendre en France pour des soins. Depuis, il n’est pas encore revenu.

Blaise Compaoré voudrait-il, lui aussi, bénéficier de la compassion et de la pitié de ses compatriotes ? Rien n’est à exclure. Au stade où il en est, tout indique que l’exil ne lui réussit pas trop et selon ceux qui prétendent être dans ses confidences, il souhaite retrouver la terre de ses ancêtres pour passer ses vieux jours. Sauf qu’il est recherché par la Justice devant laquelle il va devoir répondre.

Ce qui est certain, l’image a fait son effet, comme celle de Bassolet. Bien des Burkinabè qui ont vu la vidéo ne sont pas restés indifférents. Presque tous ont eu de la compassion pour ce qu’il est devenu et ce qu’il a. Mais si certains estiment qu’il faut l’absoudre des faits qui lui sont reprochés par la Justice et lui permettre de rentrer dignement au pays, d’autres sont catégoriques : en dépit de la compassion, il doit répondre courageusement devant la Justice. Pour les premiers, ce n’est pas à l’honneur des Burkinabè que leur ancien président se retrouve dans cette posture pitoyable hors du pays. Pour les seconds, chacun doit porter sa croix jusqu’au bout. Il a régné par l’épée, il doit en assumer les conséquences. Ces derniers sont intransigeants sur le devoir de vérité et de justice pour toutes les victimes de son long règne.

En tout état de cause, jusqu’à preuve du contraire, Blaise Compaoré n’a pas renoncé à sa nationalité ivoirienne et ne s’est pas encore officiellement prononcé sur son désir de rentrer au pays. Ce sont ses partisans qui se montrent plus royalistes que le roi. Plus que quiconque, il connaît les arcanes politiques à suivre, s’il veut rentrer au pays. Il sait également qu’il ne peut pas revenir au pays sans que des conditions minimales d’apaisement soient créées.

Le procès Thomas Sankara dans lequel il est attendu devrait en principe démarrer d’ici la fin du premier trimestre de 2021. S’il veut rentrer au pays, il n’y a pas meilleur moment. Il peut négocier son retour avec les autorités actuelles pour se défendre des accusations portées contre lui. Après, son sort personnel pourrait être pris en compte dans le processus de réconciliation nationale. Quelle que soit la volonté du pouvoir actuel ou quel que soit le pacte qu’il signera avec Blaise Compaoré, il sera difficile d’organiser un retour de ce dernier en le soustrayant de la Justice sans provoquer inutilement d’autres crises dans le pays. Il est désormais seul face à son destin. Vivement qu’il s’assume enfin !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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