DESIGNATION DU PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L’UEMOA: Des manœuvres suspectes !

 Depuis le mois de décembre 2016, le poste de la présidence de la Commission de l’institution est vacant. L’ancien président, le Sénégalais Cheick Hadjibou Soumaré, ayant démissionné, après moult tentatives vaines de se maintenir. En principe, c’est le Niger qui devrait prétendre à ce poste aux énormes enjeux. Mais visiblement, le Sénégal n’a toujours pas renoncé à sa volonté de garder dans son giron ce poste à la fois prestigieux et stratégique. Cela, au grand dam des textes de l’institution et de ses propres engagements. De grosses manœuvres seraient en cours à cet effet.

Par Y. Ladji BAMA

Dans plusieurs précédentes éditions, nous avons fait cas de la crise qui traverse l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont le siège est à Ouagadougou. Une crise très profonde, qui a atteint la quasi-totalité des compartiments de cette institution sous-régionale. Une crise qui a paralysé pendant longtemps la Cour de justice de l’institution, aussi basée à Ouagadougou. Une Cour de justice dont les membres avaient voulu assumer pleinement leur indépendance, mais mal leur en a pris. Une indépendance qui n’était visiblement pas du goût des sphères politiques qui ont tout mis en œuvre pour décapiter la Cour, en renvoyant les magistrats insoumis à leurs parents et en les remplaçant par d’autres, certainement plus dociles. Certains de ces magistrats ainsi congédiés au grand mépris des textes en vigueur avaient décidé d’ester en Justice. Cette affaire reste toujours pendante.

L’autre pendant de cette crise concerne le renouvellement des membres de la Commission de l’institution dont la plupart y siègent en toute irrégularité depuis belle lurette, leur mandat étant parvenu à échéance. La présidence de la Commission de l’institution reste incontestablement le plus grand point de discorde. L’on a pu voir toutes les tergiversations qui ont émaillé la succession à ce poste, avec les prolongations illégales accordées au président sorti, le Sénégalais Cheick Hadjibou Soumaré, dont le mandat était parvenu à échéance depuis fin 2015. Malgré tout, il avait pu bénéficier de deux prolongations lui ayant permis de passer plusieurs mois supplémentaires à la tête de l’institution, avant de démissionner en fin 2016. Depuis lors, la Commission est dans une situation inédite. Elle n’a pas de président. La succession à la tête de cette instance de l’institution, cela est un secret de polichinelle, est au centre d’une controverse entre certains membres qui se disputent le poste. Le Sénégal qui considère la présidence de l’UEMOA comme sa chasse-gardée, n’entend pas céder la main au Niger, malgré un engagement pris par l’ensemble des chefs d’Etat de rendre l’occupation du poste désormais tournante. Cette décision a été prise à l’issue de débats démocratiques au sein de l’institution, puis matérialisée par un acte officiel adopté par l’ensemble des membres. Le Sénégal était représenté en son temps par Abdoulaye Wade.

Aujourd’hui, la nouvelle équipe au pouvoir au Sénégal tente de faire croire qu’il s’agissait d’un simple « deal » entre Abdoulaye Wade et le Niger, pour céder un privilège du Sénégal au Niger. Ce qui est très loin de la vérité des faits. Il est bien écrit, noir sur blanc, dans l’acte additionnel N°07/2011/CCEG/UEMOA, adopté à la conférence des chefs d’Etat à Lomé, en 2011, au moment où Cheick Hadjibou Soumaré accédait à la tête de l’institution, que « … la conférence des chefs d’Etat (…), déterminée à inscrire la désignation du président de la Commission, dans le cadre d’un schéma permettant la mise en œuvre à moyen terme, du principe de rotation défini par l’article 33 du Traité de l’UEMOA » que les fonctions de président de la Commission de l’UEMOA seront confiées au candidat proposé par le Sénégal pour un « mandat unique de 4 ans (2011-2015). Le même document précise que le principe de rotation de la présidence de la Commission sera appliqué à l’expiration de ce mandat de Cheick Hadjibou Soumaré et que « le Niger est le seul Etat membre habilité à proposer des candidatures pour le poste de président de la Commission », pour le mandat à suivre. Comment comprendre que malgré cette clarté des choses, le Sénégal de Macky Sall veuille remettre en cause l’ordre établi ? C’est le grand mystère.

A en croire la presse sénégalaise, Macky Sall vient de nommer le remplaçant de Soumaré à la Commission, suite à la démission de celui-ci.

Le nom de l’intéressé serait déjà sur la table du président en exercice de la Conférence des chefs d’Etat, l’Ivoirien Alassane Ouattara. Déjà, on tente de faire certains amalgames grossiers. On tente de faire croire qu’il s’agit-là, d’office, du remplaçant de Cheick Soumaré à la tête de la Commission. « …Fin du suspense. On connaît le successeur de Cheikh Hadjibou Soumaré, le désormais ex-président de la Commission de l’Uemoa, qui a démissionné de son poste officiellement le 1 décembre dernier. Il s’agit de l’ancien ministre du Budget d’Abdoulaye Wade, Abdoulaye Diop. À ne pas confondre avec l’inamovible ministre des Finances de l’ancien régime, qui porte les mêmes prénom et nom ». Peut-on lire sur le site seneweb.com, citant le journal L’Observateur du Sénégal. Le journal poursuit en disant que « le Sénégal double ainsi le Niger, qui visait le fauteuil en invoquant un accord avec Wade. Celui-ci stipulait que Dakar devait renoncer à la présidence de la Commission de l’UEMOA en échange de la vice-présidence de la gouvernance de la BCEAO, poste détenu par un Nigérien. Cette contrepartie n’ayant pas été respectée par Niamey, le Président Macky Sall a décidé de conserver le fauteuil laissé vacant par Soumaré ».

On se demande bien de qui cette presse sénégalaise tient ces informations. Les documents officiels sont là et parlent d’eux-mêmes. Les choses ne se passent pas ainsi. Le commissaire que le Sénégal vient de nommer n’est qu’un simple commissaire qui siégera au sein de la Commission au titre du Sénégal. Il ne saurait être considéré d’emblée comme le président de la Commission, en remplacement de Soumaré à ce poste. Le président ne sera élu que plus tard, lorsque tous les Etats membres auront procédé au remplacement de leurs représentants éventuellement en fin de mandat.

Et, conformément aux engagements pris par tous les pays, le Sénégal y compris, continuité de l’Etat oblige, il n’y a que le Niger qui puisse proposer des candidatures à ce poste.

A moins qu’on ne décide de tordre le cou à ces textes, ou à moins aussi que le Niger ne décide de proposer un candidat sénégalais, on ne voit pas comment le commissaire que vient de nommer Macky Sall devrait être le successeur de Soumaré à la tête de l’institution. Il se susurre que de grosses manœuvres sont en cours pour ne pas respecter le principe de rotation antérieurement adopté par les chefs d’Etat et redonner la présidence au Sénégal qui y tient absolument. Pour cela, une cour assidue serait faite à certains chefs d’Etat pour qu’ils se rallient au Sénégal en vue de remettre en cause ce principe de rotation. Ce serait dans cette dynamique que Macky Sall aurait décidé, par exemple, d’annuler un recours d’Abdoulaye Wade, interdisant la commercialisation de l’huile de palme de Côte d’Ivoire au Sénégal. Vrai ou faux ?

Qui vivra verra certainement. En tous les cas, un coup de force de la part des chefs d’Etat ne surprendrait personne dans cette affaire. Ce ne serait pas la première fois que les chefs d’Etat décident de marcher sur leurs propres engagements ou de tordre le cou aux textes de l’institution sous-régionale. Le cas de la décapitation de la Cour de justice est un souvenir encore très frais.

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