ECHEANCES ELECTORALES DE 2020 : Entre opportunités de changement et multiples inconnues !

L’année 2020 est celle de grands défis pour le Burkina Faso et son peuple : remporter le combat contre le terrorisme, réussir des élections crédibles, transparentes et inclusives permettant de renouveler l’élite politique tant au niveau de l’Exécutif que du Législatif, faire renaître chez les citoyens, le sentiment d’appartenance à une communauté de destin et réconcilier l’Etat avec la société. Après 5 années de gâchis, de louvoiement et d’incapacité notoire de l’Exécutif actuel à proposer au peuple une réelle alternative au système politique de la prédation et de la déstructuration de l’Etat et de ses institutions au profit des clans et réseaux clientélistes et mafieux, les Burkinabè ont l’occasion de redresser la barre. Il ne faut, certes, pas s’attendre à un changement radical au sortir du processus électoral de 2020, mais l’on ne peut s’empêcher d’espérer qu’il sonnera, tout au moins, le début d’un réveil et d’un engagement collectifs à retrouver le sens de l’honneur et de la patrie, à renouveler la pensée et l’action politique au pays des Hommes intègres.

La tenue des élections en 2020 constitue un véritable test pour l’effectivité, l’efficacité et la crédibilité de l’Etat de droit au Burkina. Le principal défi à relever est sans conteste de pouvoir faire voter les Burkinabè sur toute l’étendue du territoire et hors du pays (avec le vote attendu des Burkinabè de l’extérieur). Ce défi est intimement lié à la lutte contre le terrorisme et l’insécurité sous toutes ses formes. Pour que les élections se tiennent dans un minimum de conditions acceptables, il faut incontestablement engranger de grandes victoires face aux groupes terroristes, afin de restaurer l’autorité de l’Etat sur tout l’ensemble du territoire national.

Or, s’il y a, de plus en plus, des espoirs sur ce terrain avec la montée en puissance des Forces de défense et de sécurité (FDS) qui résistent victorieusement aux assauts terroristes et opèrent quelques offensives encourageantes, le problème reste entier. En effet, l’on assiste dans le même temps à un glissement dans l’occupation territoriale des groupes armés non identifiés, avec une présence de plus en plus accentuée dans les régions de la Boucle du Mouhoun, des Cascades et du Sud-Ouest. Ce qui se passe en ce début d’année, dans la province du Sourou, notamment dans la zone de Toéni, ressemble à la situation de la région de l’Est en début 2019, avec des assassinats ciblés et des axes routiers fortement déconseillés du fait des risques d’attaques terroristes.

Le Burkina de 2020 a-t-il  les moyens ou se donnera-t-il les moyens de vaincre les forces du mal ? C’est tout le mal que les Burkinabè et les amis du Burkina souhaitent à ce pays qui souffre depuis 4 ans des affres du terrorisme. Malheureusement, les vœux seuls ne suffisent pas. Il faut de l’action robuste, réfléchie, coordonnée, bien ciblée et mobilisant toutes les expertises dont dispose le pays et le minimum de moyens logistiques nécessaires. Il faut impérativement briser les chaînes du cloisonnement des Forces de défense et de sécurité et des rivalités improductives et inacceptables entre certains corps, afin de recréer les conditions d’une collaboration opérationnelle, efficace et respectueuse des compétences et capacités de chaque composante. Le président du Faso, chef suprême des armées, qui a annoncé des résultats probants contre le terrorisme en 2020, doit enfin assumer avec rigueur et fermeté son autorité et veiller à la restauration de la discipline, la loyauté et le respect des règles d’engagements au niveau de tous les corps. C’est à cette seule condition que l’on peut espérer réduire le phénomène terroriste à des proportions marginales, à défaut de l’éradiquer.

On attend donc du Président Kaboré et de la hiérarchie militaire, une stratégie pour une offensive coordonnée sur l’ensemble du territoire. Et ce n’est pas en comptant sur les autres qu’on va y arriver. Au lieu de compter sur la fameuse Force conjointe du G5 Sahel ou les Forces françaises et autres, il faut enfin sonner le réveil à tous les niveaux. Ce n’est pas non plus en accusant les autres d’être la cause de notre malheur qu’on peut se décharger de ses propres responsabilités dans le malheur qui frappe le pays. Les amis peuvent aider, mais ils ne feront jamais la guerre des Burkinabè et de leurs voisins à leur place. Au lieu d’investir toute son énergie et celle de ses collaborateurs dans la campagne pour sa réélection, le Président Kaboré doit veiller à l’opérationnalisation annoncée des réformes des Forces armées nationales depuis son accession au pouvoir.

Equation à multiples inconnues

Pour bien des observateurs, le verrouillage du jeu politique a sauté avec la chute de Blaise Compaoré. En effet, au regard des forces politiques en présence, les échéances électorales de 2020 s’annoncent, en apparence, aussi ouvertes qu’en 2015. Comme on le dit souvent, le premier atout d’un  président sortant est son bilan. Mais la gouvernance des autorités actuelles a été globalement caractérisée par une succession d’espoirs déçus et une remise en cause profonde de l’autorité de l’Etat, une incapacité notoire à élaborer et proposer des alternatives crédibles au désarroi de la grande majorité de la population.

En 4 ans, le pouvoir MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) n’a opéré aucune réforme profonde et courageuse dans la gouvernance. Bien au contraire, il s’est enlisé dans de perpétuels louvoiements, de maladresses et des initiatives pour le moins équivoques en termes d’assainissement de la gestion publique, de réduction du train de vie de l’Etat. Finalement, l’on assiste à une continuité du système politique d’avant l’insurrection populaire d’octobre 2014. Comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises, ce système a juste sacrifié  Blaise Compaoré et une bonne partie de ses courtisans pour mettre à leur place une équipe de remplaçants, un peu moins talentueux, moins courageux et plus jouisseurs. Comme le CDP, le MPP compte plus sur sa position de parti au pouvoir, avec les opportunités de promotion  de cadres à des postes de responsabilité, de promesses de récompenses et surtout du trésor de guerre amassé au cours du premier mandat pour se maintenir.

En face, certains opposants, avec leur chef de file en tête, estiment que le peuple a commis une erreur en 2015 en confiant la destinée du pays à Roch Kaboré et ses soutiens. Les échéances de 2020 constituent donc une opportunité de corriger cette erreur de 2015. D’autres comme ceux du régime déchu croient que l’échec  du MPP est la preuve de l’indispensabilité de leur Dieu vivant Blaise Compaoré et pensent pouvoir surfer sur les déceptions pour revenir au pouvoir.

Globalement, l’on ne sent pas encore l’avènement de nouvelles figures politiques capables de bousculer l’oligarchie établie qui reste encore la principale pourvoyeuse de candidatures. Sauf si entre-temps émergent de candidatures d’acteurs nouveaux et porteurs d’une alternative crédible. Toute chose qui pourrait changer la donne et donner plus d’intérêt à ces élections.

La présidentielle et les législatives de 2020 peuvent être de grosses opportunités d’amorcer le renouvellement de la classe politique. Ce changement par les urnes est donc possible mais à deux conditions : l’émergence d’un nouveau leadership politique à la hauteur de l’enjeu et la prise de conscience des jeunes de cet impératif de mettre définitivement à la retraite cette classe politique fatiguée et dépassée.

En tout état de cause, les échéances électorales de 2020 offrent des opportunités de renouveler l’action et la pensée politique au Burkina Faso. Mais elles comportent aussi plusieurs inconnues. La première inconnue, en lien avec le défi sécuritaire évoqué plus haut, demeure la couverture territoriale. Le  Burkina Faso pourrait-il organiser les élections partout dans le pays, surtout avec des villages désertés par leurs habitants ? Va-t-on se contenter des territoires sous contrôle ? Dans ce cas, quelle sera la légitimité d’un pouvoir élu par une partie du peuple ? Ne va-t-on pas ainsi consacrer l’exclusion ou l’abandon des communautés et localités en proie aux attaques terroristes ?

La deuxième inconnue porte sur les moyens financiers et logistiques, d’autant plus que ces élections seront les plus chères de l’histoire du pays du fait  du contexte sécuritaire et du vote des Burkinabè de l’extérieur. L’Etat qui a prévu 30 milliards de francs CFA à cet effet pourrait-il mobiliser les ressources nécessaires pour boucler le budget estimé à près de 100 milliards ? Jusque-là, les partenaires, à travers leur troïka, ont annoncé une promesse à hauteur de 10 milliards. On est donc à 40 sur 100 milliards de francs CFA attendus. 60 autres milliards doivent être mobilisés en quelques mois.

La troisième concerne la mobilisation de l’essentiel du potentiel électoral du pays. Il s’agit ici de construire d’abord, un fichier électoral qui prend en compte la grande majorité des Burkinabè en âge de voter (inscriptions massives sur les listes électorales) et de réussir une bonne participation populaire aux scrutins. Pour des élections aussi chères, il faut que la participation soit à la hauteur. Réussira-t-on à susciter de l’engouement autour de ces échéances de 2020 ? Attendons de voir !

Le jeu est-il plié d’avance ?

Sur le terrain, ces échéances électorales de 2020 agitent le landerneau politique burkinabè depuis fin 2018. Elles ont dominé l’actualité nationale sur tous les plans, tout au long de l’année 2019. Déjà, une dizaine de candidatures pointent à l’horizon. On peut citer, entre autres : le président sortant Roch Kaboré en quête de deuxième mandat, Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition et «candidat naturel» de l’UPC (Union pour le progrès et le changement) ; Kadré Désiré Ouédraogo, avec son parti «Agir ensemble» (successeur du Président Kaboré à la Primature en 1996 et qui veut prendre à nouveau sa place en 2020 ; Eddie Komboïgo, candidat potentiel du CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) ; Tahirou Barry, ancien ministre de la Culture et champignon du MCR (Mouvement pour le changement et la renaissance) ; Gilbert Noël Ouédraogo, patron de l’ADF/RDA (Alliance pour la démocratie et la fédération, Rassemblement démocratique africain), Yacouba Isaac Zida, président d’honneur du MPS (Mouvement patriotique pour le salut) depuis son exil canadien ; Gafourou Nignan, président du Front progressiste et pratiquement inconnu du grand public jusqu’à l’annonce de sa candidature.

Sans doute que d’autres candidatures émergeront dans les semaines et mois à venir. Cependant, tout porte à croire que le jeu est plié d’avance. Le président sortant semble avoir une longueur d’avance sur ses concurrents. Sa chance réside principalement, en l’état actuel des candidatures annoncées ou pressenties, sur  l’absence d’une offre politique concurrente qui fait la différence en proposant une réelle alternative à la mal gouvernance. Autant une reconduction du Président Kaboré reviendrait à perpétuer la mal gouvernance et le pilotage à vue de l’Etat, autant une victoire de l’opposition actuelle ne changera rien fondamentalement. Bien au contraire, ça pourrait être pire. 

Que nous réserve donc 2020 ? La continuité vers le chaos ? Le remplacement (pour reprendre les termes de Feu Jean-Baptiste Natama, candidat à la présidentielle de 2015) sans alternative ? Ou l’avènement d’une nouvelle élite politique ? La réponse dans quelques mois !

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Pourquoi le MPP a-t-il échoué ?

Arrivé au pouvoir après une élection reconnue comme la plus transparente et la plus ouverte depuis l’avènement de la 4e République, le pouvoir MPP avait toutes les opportunités pour redonner confiance et espoir au peuple. Il lui suffisait d’avoir l’audace et le courage d’oser la rupture avec le clientélisme, la politisation de l’Administration et la cleptomanie au sommet de l’Etat pour instaurer l’éthique du bien commun, une culture des résultats et de la recherche de l’efficacité dans l’action publique, la sanction des abus et des dérives. Il lui fallait rompre avec l’impunité des crimes économiques et de sang. Il lui suffisait seulement d’une petite dose de courage et de lucidité pour ne pas reprendre les tares du système politique de la prédation et de la compromission qui a permis à Blaise Compaoré de régner pendant 27 ans sur le Burkina et qui a fini par le perdre.

Il lui suffisait de mettre l’homme ou la femme qu’il faut à la place qu’il faut. Et il avait les compétences qu’il faut aussi bien en son sein qu’en dehors et même dans les autres formations politiques. L’objectif étant de mobiliser les compétences sans tenir compte des couleurs et appartenances politiques. Toute chose qui aurait permis de renforcer la légitimité et les capacités de l’Administration à assurer ses missions régaliennes au service des citoyens et de produire des dividendes politiques certaines pour le pouvoir. Cela aurait permis de lui conférer toute la légitimité d’apporter des réponses courageuses, justifiées, au regard des capacités réelles de l’Etat et de
l’exemplarité des comportements des dirigeants aux revendications des syndicats. Ce qui implique également une rationalisation des institutions à travers des réformes courageuses mettant l’accent sur l’essentiel en se passant des institutions non indispensables à l’instauration d’une gouvernance légitime, vertueuse et efficiente.

Malheureusement, ce pouvoir s’est constitué autour de beaucoup de bras cassés incapables de porter les charges d’espoirs nés de l’insurrection populaire et d’intellectuels qui refusent d’exprimer leurs potentiels. Du point de vue donc de la gouvernance, le pouvoir MPP est une véritable déception. Son bilan, au regard des fortes attentes sociales du moment, est catastrophique en matière de gouvernance vertueuse et efficiente. Certes, il y a beaucoup d’acquis sur le plan des réalisations sectorielles (eau, infrastructures routières et socioéconomiques, santé, etc.). Mais ces acquis sont loin des attentes placées au pouvoir à son avènement en fin 2015. »

Extrait de l’article «Présidentielle 2020 : le rendez-vous de tous les possibles» paru dans Le Reporter N°258 du 15 au 31 mars 2019).

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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