ELECTION PRESIDENTIELLE DE 2020 : «L’échec assourdissant du MPP prépare la victoire éclatante du Soleil d’Avenir», Pr Abdoulaye Soma

Le Pr Abdoulaye Soma n’est pratiquement plus à présenter à l’opinion burkinabè. Enseignant d’universités, président de parti, fondateur d’instituts universitaires et d’entreprises, directeur de centre d’études et de recherche, président de la Société burkinabè de Droit Constitutionnel…, cet homme de la quarantaine d’années a fait une irruption sur la scène publique nationale et croit y avoir tracé sa voie. Ces dernières années, il a régulièrement pris la parole en public sur les questions surtout de Droit et  occupé des responsabilités dans l’administration publique. Ses plus grands postes sont ceux de Conseiller spécial du Premier ministre de la Transition, Yacouba Isaac Zida, et de Directeur de cabinet du Médiateur du Faso. Il a quitté cette dernière responsabilité non sans fracas. Que s’est-il passé ? Quid de ses rapports avec le Pr Augustin Loada ? De la gestion de la Covid-19 ? Le pouvoir gouverne hasardeusement et n’écoute pas suffisamment. Aujourd’hui, le jeune Pr Soma caresse le secret espoir de gouverner le Burkina Faso en briguant la magistrature suprême à la prochaine présidentielle. Quels sont ses atouts ? Dans cette grande interview, il livre ses ambitions, colorie élégamment la gouvernance actuelle du pays par le Président Roch Marc Christian Kaboré qu’il veut remplacer. Lisez !

Le Reporter : Enseignant d’universités, Avocat, président de parti, fondateur d’instituts universitaires et d’entreprises, directeur  de centre d’études et de recherche, président de la Société burkinabè de Droit constitutionnel…. Comment arrivez-vous à vos en sortir avec toutes ces casquettes ?

Pr Abdoulaye Soma : Je suis un homme de service et d’action. Je considère que ma mission de vie est de rendre le maximum de services aux gens en menant des actions utiles tant que je peux. Ma disponibilité et ma socialité ont permis de constituer un corps de collaborateurs jeunes, dynamiques et loyaux que j’aide et qui m’aident dans mes actions. C’est grâce à eux que j’arrive à offrir autant de services aux gens sans m’esquinter outre-mesure. J’ai plus d’une dizaine d’entités qui  fonctionnent sous mon autorité. A la tête de chacune d’elles, j’ai responsabilisé un collaborateur qui agit sur mes instructions et me rend compte chaque semaine lors d’un Conseil hebdomadaire. Cette stratégie semble être la meilleure façon de faire pour être actif et productif sur plusieurs fronts. Evidemment, il faut une bonne dose de vision, de leadership et de moyens. Dieu pourvoit, et je l’en remercie.

L’on se rappelle que votre départ de la fonction de Directeur de cabinet du Médiateur du Faso s’est fait avec beaucoup de bruit. Finalement, dites-nous ce qui s’est passé ? Avez-vous subi des pressions ? Des humiliations ?

Rien de grave. J’ai déjà expliqué que j’avais été sollicité pour appuyer le Médiateur du Faso. Il m’a été expliqué qu’en raison des circonstances délicates de la mission du Médiateur du Faso, avec une insurrection, une Transition, un coup d’Etat manqué et un besoin national de reconstruction de la cohésion sociale, il fallait une personnalité de haut niveau pour appuyer l’institution. J’avais été vraiment honoré et heureux d’avoir été sollicité à ce titre. J’ai senti que les autorités, et la population, en général, ont du respect pour mes compétences, ma personnalité, et mes actions publiques. J’ai accepté la mission et le travail a pu se lancer. Ce que j’ai apporté est publiquement manifeste, quand on regarde le dynamisme du Médiateur du Faso pendant la période.

Toutefois, entre temps, certaines offres politiques ont été mises sur la table de discussion. Je ne pouvais pas accepter. On était en 2018, alors que je préparais mon engagement politique et ma candidature à l’élection présidentielle depuis que je l’ai publiquement annoncé en 2011. Mon projet était à un stade de maturation très avancé qu’un déroutement aurait été préjudiciable au peuple burkinabè pour lequel il est destiné, aux porteurs qui fondent foi et espoir sur mon leadership et à moi-même pour la vision progressiste de la gouvernance du pays que je souhaite incarner. L’essentiel était de manœuvrer pour décliner les offres avec respect et courtoisie. Je pense avoir réussi la manœuvre stratégique. Le Médiateur du  Faso poursuit sa mission, avec tout mon soutien républicain. Je poursuis ma vision, avec toute la détermination pour les causes nobles de la République. Je me sens bien ainsi. Sur le plan personnel, j’ai des contacts respectables et honorables avec Madame Saran Sérémé/Séré, avec qui on s’appelle affectueusement frère/sœur. Que Dieu la bénisse !

Certains d’ailleurs n’avaient pas compris votre option d’aller être directeur de Cabinet ?  Quelle était la motivation ?

Il est vrai que des milliers de personnes m’avaient contacté soit physiquement, soit électroniquement à travers les réseaux sociaux pour me dire que le poste de directeur de Cabinet du Médiateur du Faso était en deçà des niveaux de responsabilités qu’ils attendaient que je sois appelé à assumer au niveau national. Quand des gens vous disent ça, vous leur dites simplement merci, parce que c’est le témoignage d’un respect profond et d’une haute considération. J’avais réagi publiquement à l’époque en expliquant que j’ai été convaincu par ceux qui m’ont sollicité, que c’est à ce niveau que les autorités pensent que je suis utile pour le pays. J’avais  même dit que s’il faut que ce soit moi qui vide des poubelles pour que le pays avance, je le ferai. J’aime ce pays et je ferai tout pour sa grandeur et son bonheur. Je garde cette conviction qu’il me fallait accepter de servir comme deuxième personnage de l’institution Médiateur du Faso et je ne regrette ni la mission, ni l’expérience acquise, ni la fin de la fonction.

En 2019, il y a eu une «bagarre» entre vous et le Pr Augustin Loada. Qu’est-ce que vous lui reprochiez ? L’affaire est-elle derrière nous ?

Le contentieux qui m’oppose au Pr Loada est un contentieux de justice académique. Je lui reproche clairement d’utiliser ses positions universitaires, notamment, comme directeur de l’Ecole doctorale et comme président, à l’époque, du CTS (Comité d’évaluation pour le passage des grades universitaires) pour bloquer mon avancement et les dossiers de tous ceux qu’il estime proches de moi. Je dois être très clair. Je suis professeur agrégé des facultés de Droit. Dans l’ordre universitaire, il ne me reste que le grade de professeur titulaire. Le Pr Loada m’en veut pour des raisons que je ne connais pas, depuis 2013. Il a refusé d’être clair sur ces raisons quand je l’ai approché personnellement pour comprendre et régler le problème. Il a refusé d’être clair sur ces raisons quand je l’ai fait approcher par d’autres personnalités pour lesquelles nous sommes supposés avoir du respect. Il n’a toutefois jamais arrêté de tout faire pour nuire à ma promotion et à ma réputation. Quand c’est ainsi, c’est difficile de faire autrement que de se battre pour la justice. C’est ce que je fais et je suis prêt à le faire pour moi-même, mes proches et le pays.

Je dois tout de même signaler qu’après mes plaintes officielles contre le Pr Loada, et sa suspension du CTS, le choc national que cela a provoqué a suscité des médiations de plusieurs types qui sont en train de réussir. J’évite donc de parler de ce problème avec la fermeté qui sied pour laisser une chance au processus de médiation en cours. Je suis un homme de combat et de paix. Je mène la guerre quand il faut, je fais la paix tant qu’il faut. Le  terrain commande la manœuvre, dit-on.

Vous  avez été Conseiller spécial du Premier ministre de la Transition. Il est annoncé comme le candidat du parti du Pr Augustin Loada. N’avez-vous pas peur d’affronter votre ancien patron ?  Pourriez-vous associer vos voix au cas où la situation se présenterait ?

Sur la collaboration possible avec le MPS dont le président est le Pr Loada et le président d’honneur et candidat à l’élection présidentielle est Yacouba Isaac Zida, je n’ai pas d’objection de principe. Ni Loada, ni Zida, ni aucun autre leader politique de ce pays ne sont mes ennemis. Je n’ai pas d’ennemi politique. Je suis susceptible de travailler avec tout le monde. Je suis candidat à l’élection présidentielle avec une vision et un programme qui comportent la paix, la sécurité et la réconciliation nationales. J’ai précisé publiquement à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas de parti politique, ni de leader politique avec lequel je ne peux collaborer. Mon objectif est même de construire une démocratie et une gouvernance de concordance dans lesquelles la collaboration est instituée entre diverses obédiences politiques et tendances personnelles pour l’intérêt supérieur de la République. C’est pourquoi d’ailleurs, je pense que je suis dès ce moment, le dirigeant qu’il faut pour le Burkina Faso dans cette situation. Je me battrai pour faire aboutir mon projet de société, avec mon parti et les partis frères qui croient à la justesse de la cohésion sociale pour le déblocage du pays. Je me battrai avec ou contre n’importe qui ou n’importe quoi pour cet intérêt national.

Revenons à vous-même et votre ambition politique. Cela fait un an que vous avez créé votre mouvement politique Soleil d’Avenir. Comment se porte-t-il ?

Le Soleil d’Avenir se porte bien. Lorsque le mouvement a été créé et officiellement lancé en début mai 2019, l’objectif était de faire passer trois messages. Premièrement, Le Mouvement Soleil d’Avenir est créé. Deuxièmement, le Mouvement Soleil d’Avenir doit être connu comme un parti politique nouveau et sérieux. Troisièmement, le Mouvement Soleil d’Avenir va présenter des candidats aux élections sur toute l’étendue du territoire et a déjà investi un candidat à l’élection présidentielle prochaine en la personne du Professeur Abdoulaye Soma. Dès lors que sa communication a permis d’atteindre suffisamment ces objectifs, le Soleil d’Avenir est rentré en opérations de terrain. Actuellement, il a fini l’implantation des bureaux régionaux dans chacune des 13 régions, des bureaux provinciaux dans chacune des 45 provinces et il y a 4 mois que j’ai lancé l’opération d’implantation des bureaux de base dans chaque village et chaque secteur. Cette opération se poursuit. Il y a certainement des difficultés, mais on avance, c’est l’essentiel.

Comment vous vous sentez dans la peau d’homme politique ?

Il y a beaucoup de défis, mais je me sens bien. L’engagement politique pour moi a été préparé, planifié, programmé et effectué comme un service à rendre à ma chère Patrie qu’est le Burkina Faso. J’ai vraiment envie de contribuer à établir la grandeur pour le Burkina Faso et le bonheur pour  les Burkinabè. Tant que j’aurai la foi en cet idéal, en ce rêve, je continuerai mon action politique.

Quelle appréciation faites-vous de la vie d’homme politique ?

La vie d’homme politique est une vie de preuves et d’épreuves. C’est d’abord une vie de preuves, parce que nous portons vraiment le  changement sans être encore au pouvoir. Il faut faire des preuves, notamment, la preuve de sa sincérité et la preuve de la capacité, dans un environnement où le mensonge et la démagogie ont creusé une profonde déception dans la Nation. Je crois que sur ce plan, ceux qui me suivent peuvent miser sur moi. Certaines décisions que je prévois de prendre pour une meilleure organisation et un bon fonctionnement du pays, je les expérimente et exécute déjà dans le cadre de l’organisation du fonctionnement du Mouvement Soleil d’Avenir. Il y a, notamment, la formule magique (50% d’hommes/50% de femmes ; 50% de jeunes/50% d’adultes) dans la composition des organes politiques majeurs du pays comme le gouvernement, le Parlement, les Conseils régionaux et municipaux et les Conseils d’administration des sociétés d’Etat) ; le gouvernement de 13 ministres, à raison d’un ministre par région. Le parti le fait déjà, et ça marche. Les gens devraient savoir que c’est prouvé, je veux et je peux.

C’est ensuite une vie d’épreuves parce qu’il  faut beaucoup de pressions et de violences sur soi-même pour être devant des milliers ou des millions de personnes. A l’intérieur du parti, les questions de financement, l’énergie individuelle à injecter pour les opérations de terrain sont énormes ; la personnalité et le tempérament doivent être engagés pour s’adapter à des données chaque fois mouvantes et croissantes. Le Mouvement Soleil d’Avenir est devenu une grosse machine à piloter. Dans les rapports avec les autres acteurs, on n’a pas que des amis et vous imaginez la vigilance et la force à injecter pour continuer à progresser et conduire à la victoire.

Avez-vous déjà des regrets ou tout va bien ?

Non, je n’ai pas de regrets. En tout cas, pas pour l’instant, parce que je crois que ce que je veux faire est tout à fait possible, bon pour le Burkina Faso et les Burkinabè. Je fonde l’espoir, et je ferrai ce qu’il faut pour cela, les citoyens burkinabè sauront faire l’option du vrai renouveau aux élections prochaines et donner à notre pays la possibilité de réaliser des grands bons en avant, au lieu de stagner, voire s’enfoncer, avec des acteurs politiques en déphasage avec la structure démographique du pays, à savoir les jeunes et les femmes, les réalités du terrain que sont les difficultés sociales et l’ambition à nourrir pour une Nation comme le Burkina Faso, l’honneur et la grandeur.

Vous avez, récemment, été cosignataire d’une déclaration de l’Opposition non affiliée (ONA) où sept partis politiques revendiquent leur place dans le dialogue politique au Burkina Faso. Pouvez-vous nous dire quelles sont les vraies raisons de cette revendication ?

La déclaration officielle sur l’Opposition non affiliée (ONA) était attendue par une grande partie de la classe politique burkinabè. Il faut préciser que l’ONA n’est pas actuellement une institution, ni une organisation, ni une alliance ou une coalition quelconque de partis politiques. L’ONA est le constat d’une situation de fait qu’il y a des partis politiques d’opposition au Burkina Faso qui ne sont pas affiliés au Chef de fil de l’opposition politique (CFOP). Dès lors que des partis politiques se sont déclarés de l’opposition, ils ne sont pas affiliés à la majorité représentée par l’Alliance des partis pour la majorité présidentielle (APMP), et dès lors qu’ils ne sont pas affiliés au CFOP, ils sont dans les faits, dans une opposition non affiliée (ONA). L’existence de l’ONA est fondée autant sur le droit que sur la pratique. En Droit, la loi sur le statut de l’opposition politique révisée en 2013, en l’occurrence son article 4, dispose que «tout parti politique doit faire une déclaration écrite publique de son appartenance à l’opposition ou à la majorité avec copie au ministre en charge des libertés publiques pour enregistrement». Avant la révision, cet article 4 prévoyait dans sa version originelle que «pour être un parti de l’opposition, il faut faire une déclaration officielle de son appartenance à l’opposition et la transmettre au chef de fil de l’opposition». La référence au CFOP ayant disparu de la nouvelle version de la loi, l’affiliation au CFOP n’est plus automatique pour les partis politiques de l’opposition. Cette affiliation est facultative et libre, et certains partis politiques ayant fait une déclaration d’appartenance à l’opposition ont choisi de jouir de cette faculté laissée par la loi, de ne pas faire la démarche supplémentaire d’affiliation au CFOP. Ils relèvent alors en droit de l’ONA. C’est le cas du Mouvement Soleil d’Avenir.

Cette situation de droit est renforcée par la pratique. En pratique, le CFOP a institué des formalités propres d’affiliation des partis politiques d’opposition au CFOP. Ainsi, certains partis politiques de l’opposition qui ont demandé une affiliation au CFOP ont été refusés ; d’autres sont sans réponse du CFOP à leur demande d’affiliation depuis plusieurs années. Cela les met automatiquement de fait dans l’ONA. Toujours en pratique, certains partis affiliés au CFOP en sont suspendus, ou exclus par décision du CFOP, ou ont quitté le CFOP par leur propre décision. Ceux-ci aussi tombent automatiquement de fait dans l’ONA. L’existence de l’ONA est donc un fait avéré, incontestable, remarquable dans la vie et la classe politiques burkinabè, dû aux dispositions juridiques et à la pratique politique. Sur les 180 partis politiques environ qui composent la classe politique burkinabè, il y a une trentaine à l’APMP, une quarantaine au CFOP et une centaine de l’ONA. Donc, tant que la loi n’est pas réformée et la pratique en la matière modifiée, on doit considérer qu’il y a au Burkina Faso, trois grands blocs de partis politiques : la majorité APMP, l’opposition CFOP et l’opposition ONA qui regroupe d’office les partis qui ne sont ni officiellement, ni pratiquement affiliés à aucun des deux autres blocs.

La raison de la déclaration sur l’ONA est d’abord de révéler cette injustice politique ; ensuite, de se battre pour instituer la justice politique ; en outre, avant la résolution du problème, de soutenir conjoncturellement qu’une concertation dans la classe politique ne sera plus ni souhaitable, ni acceptable sans la prise en compte de l’ONA ; enfin, de soutenir structurellement que l’ONA porte une volonté de renouveau politique au Burkina Faso, renouveau que les Burkinabè réclament depuis longtemps, en vain, à la classe politique classique. L’ONA est là et il faut compter sur et avec elle pour parler des intérêts du peuple.

Tous les partis qui ne sont membres ni de la majorité, ni du CFOP vous ont-ils rejoints ?

Disons que depuis la déclaration officielle sur l’ONA, les 7 partis politiques initiateurs sont en train d’être rejoins par plusieurs partis politiques qui sont dans cette situation de fait de gré ou de force. Des leaders politiques et d’opinions ont bien compris que l’ONA n’est pas une structure déjà formalisée, que c’est une situation de fait qu’il faut déplorer et régler. Dès lors qu’un parti politique est dans cette situation, il peut rejoindre les initiateurs pour contribuer collectivement à poser et régler les problèmes.  Je signale qu’il n’y a pas d’adhésion à l’ONA. Un parti politique qui n’est ni dans l’APMP, ni dans le CFOP est automatiquement, d’office et de fait, dans l’ONA. S’il rejoint les initiateurs, ce n’est pas qu’il adhère à l’ONA, mais seulement qu’il veut être actif dans le processus et les causes défendues par l’ONA. S’il devait y avoir une structuration ou une formalisation des choses plus tard, cela se ferra ensemble. Je profite relancer l’appel à tout parti politique qui n’est ni de l’APMP, ni du CFOP, ou qui ne s’y sent plus, de nous contacter pour travailler en commun. Je  peux être contacté en tant que les autres partis politiques qui m’ont fait coordonnateur de l’ONA. Tout parti politique ou tout leader participant au processus ONA peut être contacté également par ceux qui veulent intégrer le processus, parce qu’un des principes philosophico-politiques de l’ONA est que tous les partis politiques se valent en droits et en devoirs, conformément à l’article 13 de la Constitution. Le processus ONA est officiellement en bon cours.

La plupart de ces partis sont jeunes et n’ont pas encore pris part à un scrutin. N’est-ce pas une manière de chercher de la visibilité, étant donné qu’il n’y a pas d’éléments objectifs de leur représentativité ?

Le processus  ONA englobe tout type de partis politiques, pourvu qu’il soit dans la situation ou soit sensible à la cause. Parmi les initiateurs, il y a de jeunes partis politiques qui n’ont pas encore participé à des élections, comme de vieux partis politiques qui ont participé à des élections présidentielles, parlementaires ou locales, pour s’exprimer trivialement. Parmi ceux qui rejoignent l’ONA, il y a de jeunes partis politiques, comme de vieux partis politiques. L’ONA veut cristalliser un bloc politique dont les leaders sont mus par les bonnes idées politiques, le renouveau politique au Burkina Faso. On peut être jeune, comme on peut être vieux, et se rendre compte que son pays a besoin de se régénérer. Dès lors, on suivra l’ONA.

Les élections présidentielle et législatives sont prévues pour la fin de l’année 2020. Pensez-vous qu’elles peuvent objectivement avoir lieu ?

Je pense que les élections présidentielle et législatives peuvent se tenir pour la fin de l’année 2020 si les acteurs sont de bonne foi. Je dois tout de même signaler que j’ai conscience des grands défis qu’il faut relever pour ce faire. Je dois aussi préciser qu’en vertu de notre Constitution, les élections présidentielles et législatives se tiennent au scrutin universel. Cela signifie que tous les citoyens burkinabè sur toute l’étendue du territoire, y compris ceux de la diaspora enrôlée, doivent avoir la possibilité de voter. Selon l’article 36 de la Constitution, c’est la responsabilité du président du Faso de garantir l’intégrité du territoire, la sécurité et toutes les autres conditions pour une tenue des élections au suffrage universel. S’il ne peut pas assurer cette mission avant la fin de son mandat, il a la légitimité de terminer son mandat, de redevenir citoyen ordinaire et nous mettrons en place un mécanisme consensuel de gestion du pays sur une base égale. Nous irons aux élections quand le suffrage universel sera possible à la rigueur. Personnellement, je déconseille de nourrir des intentions d’un prolongement automatique de mandats si les élections devaient être reportées sine die. Ce ne serait pas politiquement correct, ni démocratiquement acceptable.

Vous avez déjà annoncé votre candidature. Sur quoi comptez-vous pour remporter ces élections ?

J’ai mes forces que «les forts» ignorent. Si je n’étais pas prêt à gagner et à diriger, je n’allais pas annoncer ma candidature à l’élection présidentielle. Je ne dis pas que je gagnerai forcément. Cela appartient à Dieu, puis au peuple. Je dis simplement que je veux gagner, je peux gagner, je ne serai pas étonné de gagner et le Burkina Faso ne sera pas malheureux que je gagne. Je compte alors sur Dieu, le soutien du peuple, le combat des militants et mes efforts personnels pour remporter l’élection présidentielle et dérouler ma vision pour le pays.

Justement, quels sont vos avantages et qu’est-ce que vous offrez de différent par rapport aux autres qui se sont déjà prononcés ?

Sans trop me dévoiler, je dirai que je suis un nouveau et jeune acteur politique, ce qui est un atout dans un pays qui cherche du renouveau politique, notamment, un renouvellement générationnel de la classe politique. Ma notoriété et ma réputation ont été assises sur mes qualités dans la science (en Droit, c’est incontestable), ce qui est un atout dans un pays qui cherche de bons dirigeants ayant fait la preuve de leur compétence et de leur efficacité, ne serait-ce que dans ce qu’ils ont fait professionnellement jusqu’à maintenant. Ma vision et la vision du Mouvement Soleil d’Avenir, lisible, réaliste et pragmatique, telle qu’exposée dans le manifeste et le programme, aideraient beaucoup le pays à se mettre sur les rails et les Burkinabè à se sentir mieux ensemble. 

Les offres, comme la formule magique dans la composition des organes fondamentaux de l’Etat, le Conseil de gouvernement, une sorte d’école de ministres, les 13 mesures du programme quinquennal manifestent déjà le sérieux avant même qu’on accède au pouvoir. En somme, je porte une nouvelle classe de leaders politiques, une nouvelle vision politique, de nouvelles méthodes politiques. Je pense que le timing est bon pour que le Burkina Faso accède à un renouveau politique.

Quelle lecture faites-vous de la gouvernance actuelle du pays ?

Pour rester élégant et politiquement correct, je dirai juste qu’elle est perfectible à tous les égards. J’ai l’impression que le Président Kaboré et son régime ont échoué sur tous les plans où le peuple pouvait attendre du succès : la sécurité, la stabilité, la paix sociale, la réconciliation et la cohésion nationales, la moralisation de la vie publique, la relance économique, la rationalisation budgétaire, l’honorabilité du pays, le rayonnement diplomatique. On peut aimer et respecter quelqu’un ou quelque chose, si cette personne ou cette chose est impropre à atteindre des objectifs supérieurs communs, on ne peut pas soutenir à l’aveugle. Je veux remplacer le président et le régime actuels. Evidemment, il y a des gens et des choses à y récupérer et recycler, mais l’ensemble est médiocre.

La question sécuritaire avec son cortège de malheurs (pertes en vies humaines et déplacés internes par centaines de milliers, etc.) demeure prégnante. Comment le pays peut-il s’en sortir ?

Le pays peut s’en sortir. Le pays va s’en sortir par la solution que le Mouvement Soleil d’Avenir propose : la résistance militaire, le remplacement de l’actuel président du Faso et la réconciliation nationale. La résistance d’abord, parce qu’a partir du moment où on est attaqué, il faut pourvoir les Forces de défense et de sécurité des moyens pour préserver l’essentiel de notre intégrité territoriale et de notre dignité nationale ; ce qui n’est pas fait actuellement. Le remplacement de l’actuel président du Faso ensuite, parce qu’en suivant lui-même ses propres analyses sur le sujet, dans plusieurs médias, il est une partie du problème, puisqu’il accuse ses ennemis politiques d’être à la base des attaques. Je ne pense pas qu’il ait totalement tort. Dès lors que les choses se présentent ainsi, l’intérêt national m’amène à vouloir remplacer la cause du problème, à savoir l’actuel président du Faso, par le prétexte de la solution à travers un homme neuf, sans les inimités politiques systématisées qui minent notre classe politique classique, que je me veux être. Enfin, la réconciliation nationale. Sans le pardon, la paix, l’union et la réconciliation nationaux, nous n’arriverons jamais à dépasser nos problèmes actuels. Il faut du sang politique neuf pour engager ces projets sur des bases saines et consensuelles. J’ai une recette très claire pour réaliser cela dans la justice et la vérité. Je vous livrerai les détails quand je présenterai mon programme politique très bientôt.

La gestion de la crise sanitaire fait couler beaucoup d’encre et de salive. Quelle est la lecture du Pr Abdoulaye Soma ?

Depuis plusieurs mois, j’ai institué dans le cadre de mes opérations politiques un «Dialogue politique direct» avec les citoyens à travers une émission directe sur ma page Facebook «Ordre du Professeur Soma Abdoulaye». Ce dialogue se passe chaque jeudi de 16h00 à 17h00, chaque semaine, sur un sujet d’actualité d’intérêt national. Dans le cadre de ce dialogue, depuis le début de la Covid-19, et après avoir livré mes analyses et propositions concrètes à la presse, j’ai parlé quasiment à chaque émission, d’un sujet relatif à la crise sanitaire liée à la Covid-19. Je constate que le  gouvernement n’écoute pas suffisamment. Il ne consulte pas suffisamment. Il tâtonne suffisamment. Il  prend des mesures hasardeuses pour les annuler ou les reporter hasardeusement. Rien n’est rassurant. Tout est inquiétant. Je suis convaincu que ce ne serait pas la gouvernance sanitaire du régime qui nous sauvera de cette pandémie, mais la providence divine et l’ordre naturel des choses. Les gens ne prennent plus aucune mesure gouvernementale au sérieux, parce que le régime n’a jamais montré du sérieux dans la gestion de la crise. Le Burkina Faso et les Burkinabè  survivront certainement à la crise, mais avec des dommages humains, financiers et matériels qui auraient pu largement être évités ou diminués. C’est juste dommage.

Que proposez-vous ?

J’avais déjà proposé 5 mesures concrètes et un procédé pragmatique de gestion de la crise à travers une analyse à la presse avec votre confrère de lefaso.net. Maintenant, la situation a mal évolué et le pays est comme en libre navigation à vue. Pour rattraper les choses, je propose au minimum : de ne pas ouvrir le système éducatif, avant d’avoir acté la fin de la pandémie ou l’entrée du pays dans une tendance de réduction constante de la pandémie ; un réaménagement budgétaire pour financer les mesures d’accompagnement pour soulager ou compenser les pertes humaines, financières et matérielles; un contrôle plus sérieux pour l’effectivité des mesures usuelles communiquées.

La ministre de la Santé reconnaît avoir menti à l’Assemblée nationale. Quelles peuvent être les implications politiques d’une telle situation ?

Normalement, la démission devrait en résulter. Normalement, la démission doit être vue comme un acte de conscience personnelle de responsabilité. Quand c’est ainsi, les autorités peuvent démissionner pour montrer qu’elles ont conscience de leurs responsabilités, qui en l’occurrence, n’ont pu être tenues comme l’on l’aurait souhaité. Mais chez nous, la démission est analysée comme un aveu d’échec, une honte professionnelle, voire une trahison entre collaborateurs dans une équipe. C’est pourquoi, les autorités ont du mal à démissionner, même quand la préservation de la dignité personnelle et de l’efficacité professionnelle l’exige. Personnellement, j’ai un profond respect pour la ministre, nos contacts personnels ont été chaque fois cordiaux. Je ne suis pas certain qu’elle soit elle-même à l’aise à sa place en ce moment.

Sur le plan purement juridique, un ministre qui ment devant l’Assemblée nationale peut-il être poursuivi ? Quelles conséquences juridiques  et morales peut-on tirer ?

Sur le plan juridique, à ma connaissance, le mensonge devant le Parlement, chez nous, n’est constitutif d’aucune infraction spéciale imputable à un ministre. C’est une faille de notre système de responsabilité juridique des autorités politiques. Evidemment, si l’on veut gratter dans le Droit pénal ordinaire, on peut trouver matière à incriminer. Toutefois, au stade actuel de notre Droit, la mise en jeu de la responsabilité juridique d’un ministre ressort de la compétence de l’Assemblée nationale pour la mise en accusation et de la Haute Cour de justice pour le jugement. Vous savez les limites à ces égards, avec le jeu des majorités et solidarités partisanes qui  ne permettraient même pas la mise en accusation. 

Si l’on devait prospecter la responsabilité politique, il faut préciser que le Droit ne permet pas l’engagement de la responsabilité politique d’un membre de l’équipe gouvernementale pour le faire démissionner. Le  Droit permet la mise en jeu de la responsabilité politique de l’ensemble du gouvernement par le Parlement, notamment, par la motion de censure. En tant que mécanisme politique, la motion de censure, qui consiste à faire démissionner tout le gouvernement en bloc avec un vote de sanction à son égard au Parlement, est nécessairement liée à la majorité politique. Cette majorité est difficile à construire contre un gouvernement pour l’instant majoritaire à l’Assemblée nationale. Ainsi, ni la responsabilité juridique, ni la responsabilité politique ne peuvent faire démissionner un ministre, sauf son propre sens des responsabilités et de l’honneur, avec éventuellement l’agrément du président du Faso qui nomme les ministres suivant l’article 46 de la Constitution.

Selon vous, les Burkinabè sont-ils prêts pour le changement, l’Etat de droit véritable, la bonne gouvernance ?

Je pense que oui. L’échec du régime MPP, notamment, les dernières déceptions dans la gestion de la crise sécuritaire et de la crise sanitaire va finir d’imposer dans la conscience collective nationale la nécessité du changement vers des nouveaux dirigeants politiques plus jeunes, plus crédibles, plus proches des réalités sociales. Tout le monde voit qu’il vaut mieux avoir de bons dirigeants pour tout le temps que d’avoir un peu d’argent des dirigeants pour un temps et souffrir tout le temps. L’échec assourdissant du MPP prépare la victoire éclatante du Soleil d’Avenir.

Aimé NABALOUM
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