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RESPECT DES MESURES BARRIERES DANS LE TRANSPORT : De gros risques dans les gares

Après plus d’un mois de fermeture pour empêcher la propagation de la Covid-19, les activités des transports en commun ont repris le 5 mai 2020. Cette reprise intervient après un accord signé entre le ministère en charge des transports et les faîtières des transporteurs routiers et urbains de personnes autour d’un certain nombre de mesures à respecter. Au 8e jour de cette reprise, les réactions des acteurs sont mitigées. Chauffeurs, passagers, chefs de gares et responsables de faîtières attendent toujours «la meilleure saison».

La mesure d’interdiction des transports en vue de contenir la propagation de la Covid-19 a porté un coup dur aux acteurs du secteur. D’abord prévue pour une durée de deux semaines, les transporteurs ont été surpris de voir qu’elle a été prorogée jusqu’à nouvel ordre. Selon Issouf Maïga, président de la faîtière unique des transporteurs routiers du Burkina, il y avait plus de 3800 véhicules de transports qui ont été brusquement cloués là où ils se trouvaient, avec une perte financière de plus de 628 millions FCFA pour les transporteurs.

A cela, il faut ajouter les charges incompressibles d’exploitation. «La situation a commencé à nous inquiéter sérieusement», dit-il. C’est alors que dès le 2 avril 2020, ils ont entrepris les négociations avec le gouvernement afin d’y trouver une solution, tout en respectant les mesures barrières édictées par le ministère de la Santé. Voilà comment le transport allait reprendre après des discussions entre les syndicats et la faîtière des transports routiers et urbains.

Dans la pratique, les transporteurs sur le terrain ont bien plus d’autres préoccupations : le manque de passagers. Ce mercredi 13 mai 2020, le constat fait ressortir une faible affluence au niveau de la gare de l’Est. A l’entrée de la gare de l’Est, l’une des plus fréquentées de Ouagadougou, l’on aperçoit un lave-main posé là. Cependant, tous ceux qui entrent ne sont pas soumis au lavage obligatoire des mains. Chacun entre et sort sans prêter attention au dispositif. A l’intérieur, l’on se retrouve par petits groupes, comme si de rien n’était. Aucune précaution n’est prise. Quant au port du masque, la distanciation, ces passagers et autres chauffeurs et apprentis dans la cour les foulent allègrement aux pieds.

Mais ils en sont bien conscients. Unanimement, ils expliquent qu’«on ne peut pas respecter toutes ces mesures ; elles sont de trop pour nous. Est-ce qu’on peut porter ce «truc» (NDLR : il soulève son cache-nez) jusqu’au soir ?» Puis ils ajoutent : «Nous n’enregistrons que des pertes avec les mesures restrictives». Pour certains chauffeurs, même si la mesure de réouverture est salutaire, ils déplorent cependant la réduction du nombre de passagers qui fait chuter le chiffre d’affaires. C’est le cas de Oumarou Ouédraogo, chauffeur de mini bus sur l’axe Ouaga-Pouytenga. «Nous saluons à sa juste valeur la reprise de nos activités et nous profitons remercier nos gouvernants. Cependant, il faut noter la morosité du marché», confie-t-il, tout triste. Il précise que selon l’accord, «je ne dois pas prendre plus de 10 personnes mais, même ces 10 personnes, je ne peux pas les avoir. Je n’enregistre que des pertes.»

Si la clientèle se fait rare pour le chauffeur Oumarou Ouédraogo, la conséquence est que «nous peinons à joindre les deux bouts, et même pour nourrir nos familles, nous souffrons».

A la question de savoir s’il avait du gel dans son mini bus, ce chauffeur soulève sa tête, la remue, nous regarde, regarde les autres et tente de se justifier : «J’ai deux véhicules, donc le gel se trouve dans l’autre mini bus». Pour Fiplo Natama, les difficultés sont nombreuses malgré la reprise des activités. Il  déplore l’obligation de diminuer le nombre de passagers. Pourtant, précise-t-il, «on doit payer des gels et les tarifs sont restés tels».

Après un soupir, il ajoute : «Nous pouvons même faire trois jours sans sortir, parce que les gens ne veulent plus voyager ; il faut aussi noter le fait que les frontières sont toujours fermées, chose qui ne nous arrange pas ».

Ces chauffeurs précisent que c’est surtout à l’embarquement qu’ils respectent les mesures barrières. «Voici mon gel (NDLR : après quelques minutes de fouilles). Aucun passager ne peut rentrer sans cache-nez ou sans avoir d’abord utilisé le gel. Je vends des cache-nez à ceux qui n’en possèdent pas». Ce qui n’est cependant pas vérifié chez tous les chauffeurs, car, bon nombre de passagers n’en portent pas à l’intérieur de certains mini bus. Des passagers justifient cela par des problèmes respiratoires. C’est le cas de Rakiéta Kaboré : «Je souffre de problèmes respiratoires, ce qui fait que je ne peux pas le porter pendant longtemps».

Les mêmes difficultés sont partagées par Boureima Ouédraogo, un chauffeur qui était sans cache-nez : «Je n’ai pas porté de cache-nez, laissez- moi porter avant de répondre à vos questions ». Puis il explique : «Depuis la reprise des activités, les clients se font très rares. Le transport Ouagadougou-Zorgho coûte 1.500 FCFA comme d’habitude, et nous devons payer le gel hydro-alcoolique. Les dépenses ont augmenté et les prix sont restés intacts. Pire, le nombre de passagers a été diminué et nous peinons à trouver des clients… (silence) que DIEU nous éloigne de cette maladie».

A la gare STAF Dassasgho, à notre arrivée, un car était presque sur le point de démarrer. A l’embarquement, il fallait d’abord porter le cache-nez, utiliser le gel avant de monter dans le car. Quant à la mesure de distanciation, on en a cure. Pour le responsable adjoint de la gare, du nom de Kinda, «nous faisons de notre mieux pour respecter les mesures barrières mais nous rencontrons des difficultés avec les clients, notamment, par rapport au port de masque. Une fois dans le car, certains les enlèvent en évoquant des maladies. Mais on continue la sensibilisation».

Même son de cloche au niveau de la société TSR dans le quartier Wemtenga. Selon Roland Yaogo, le responsable de cette gare, la reprise est timide, puisque les clients s’y font rares, «mais l’espoir est permis». Il explique cette morosité dans la reprise par le fait que «les gens ont peur de voyager». Concernant les mesures barrières, cette compagnie enregistre également des réticences. Tout ce qui leur reste, c’est la sensibilisation sur le bien-fondé des mesures pour les passagers, confie Roland Yaogo.

Mais pour le président de la faîtière unique des transporteurs routiers du Burkina, il est important que les transporteurs eux-mêmes prennent leur responsabilité en mettant en œuvre les mesures barrières. L’envergure du problème est telle qu’en pratiquant ces mesures barrières, si la maladie venait à s’estomper, tout le monde serait gagnant, argumente-t-il.

Quid de la faîtière ?

La reprise des activités a été réclamée par les transporteurs avec l’engagement de respecter les mesures barrières. Pour Issouf Maïga, il est de la responsabilité des mêmes transporteurs de mettre tout en œuvre pour respecter leurs engagements. Il est vrai que la situation n’est pas encore des meilleures, mais à l’impossible nul n’est tenu. Il a saisi l’occasion pour rappeler aux sociétés la nécessité du respect de ces mesures.

Certaines sociétés semblent avoir revu à la hausse les tarifs de leur transport. Toute chose qui serait contraire à l’accord. Mais pour Issouf Maïga, cette alerte avait effectivement été donnée et elle se justifie. Il explique que certaines sociétés, dans le cadre de leur promotion, avaient baissé les tarifs. La situation ayant changé, elles ont préféré revenir aux tarifs normaux, justifie-t-il. Pour le président de la faîtière, le plus important est que la situation revienne très vite à la normale sur le plan sanitaire, pour le bonheur de tous.

Salomée SIMPORE (Stagiaire)

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Le nombre de  passagers par  bus

Outre  les mesures comme le lavage des mains, l’usage du gel hydro-alcoolique,  les transporteurs devraient limiter le nombre de leurs passagers et garder les tarifs intacts. Les passagers  devraient être au maximum  70  pour les bus de 80  places, 60  passagers pour ceux de 70 places, 55 passagers pour les bus de 65 places, 45 pour les bus de 55 places, 35 pour les bus de 45 places, 25 pour les bus de 35 places, 15 pour les bus de 22 places, 15 pour les bus de 19 places, 10 pour les bus de 15 places.

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