FIN DU PROJET DE DEVELOPPEMENT RURAL BAZEGA-KADIOGO : Un important patrimoine en ruines à Kombissiri

Kombissiri, une Commune située dans la province du Bazèga, région du Centre-Sud, a été la ville choisie pour abriter le siège du Projet de développement rural décentralisé et participatif dans les provinces du BazègaKadiogo (PDRDP/B-K). Cet ambitieux projet d’un montant de plus de 19 milliards FCFA acquis principalement grâce à un prêt du Fonds africain de développement de la Banque africaine de développement (BAD) a permis de nombreuses réalisations, dont un complexe immobilier faisant office de siège. Cependant, la gestion de la fin du projet est des plus chaotiques. Depuis sa fin, il y a environ 10 ans maintenant, les infrastructures acquises sont à l’abandon. L’état de délabrement est tout simplement effroyable : un véritable scandale. Pendant ce temps, des employés du projet continuent toujours de réclamer de longues années de salaires impayés. La gestion de la fin du PDRDP/B-K est tout simplement scandaleuse et inacceptable dans un pays pauvre comme le Burkina Faso.

En arrivant à Kombissiri ce 08 janvier 2021, nous débouchons sur une grande pancarte de présentation du projet toujours bien en place, au bord de la route nationale menant à Pô. Elle comporte des indications pour rejoindre le site du projet PDRDP/B-K. Avec l’aide desdites indications, nous voilà devant l’entrée principale du site. Là également, une autre grande plaque de présentation du projet nous rassure une fois de plus que nous sommes à la
bonne adresse. A côté de cette plaque, une autre, plus petite, indique la Direction provinciale de l’Agriculture. Dès l’entrée, un constat s’impose. La petite plaque est proportionnelle au bâtiment qu’occupe cette Direction sur le site du projet. La Direction provinciale du ministère de l’Agriculture occupe juste un petit bâtiment dans un vaste domaine abritant beaucoup d’infrastructures : des bâtiments à usage de bureaux, des logements, des magasins, des appâtâmes, des hangars, des salles de formations et de réunions, des sièges de coopératives, des parkings : un vrai domaine.

Cependant, une bonne partie du grand bâtiment est littéralement dégradée, ce qui dénote que les infrastructures sont à l’abandon, sans soins ni affectation à une autre structure depuis la fin du projet. La majeure partie de ces infrastructures se trouve dans une phase de délabrement bien avancée. Le décor est saisissant. Alors que plusieurs bâtiments ont atteint une phase terminale de dégradation, d’autres, par contre, ont fini par être consumés par un mystérieux incendie en 2017. La salle de formations équipée réduite en cendres, des hangars en lambeaux, des logements envahis par les herbes et devenus abris de termites et autres reptiles.

Selon des témoignages concordants, les dégâts constatés de l’extérieur sont moindres par rapport à l’intérieur des différents bâtiments. Un véritable désastre, décrivent-ils. Cette situation catalyse toutes les récriminations et les ressentiments en ce moment à Kombissiri. Pourquoi laisser des bâtiments construits à coût de plusieurs dizaines, voire des centaines de millions FCFA dans un tel état ?

La Mairie empêchée d’occuper les lieux

Selon des sources bien introduites, le Conseil municipal de Kombissiri cherche depuis des années à occuper le site du
projet afin de ne pas le laisser devenir entièrement une ruine, mais sans succès. Nous avons mis la main sur des échanges de correspondances entre la Mairie de Kombissiri et le ministère en charge du projet à l’époque. Dans une première correspondance du 26 juillet 2016, le Maire de la Commune, Hamidou Olivier Conombo, interpelle le ministère sur l’état de délabrement des bâtiments tout en demandant la mise à disposition des locaux du projet à la Mairie, notamment, les bureaux administratifs et les logements. Cette mise à disposition permettra de désengorger les locaux de la Commune et d’offrir des logements aux partenaires étrangers de la Mairie, explique le Maire dans sa correspondance. Aussi, il ajoute que cette mise à disposition permettra d’assurer l’entretien régulier et la réparation des dommages déjà subis du fait de leur délaissement.
Mais rien ! A ce qu’on dit, la demande de la Mairie ne trouvera pas de réponse. Aucune autre affectation n’a été aussi opérée. Les bâtiments sont restés dans le même état de délabrement continu. En 2017, un incendie ravage le site. La salle de formations part en fumée.

Dans une autre correspondance en date du 28 juillet 2018, le Maire revient encore à la charge. Cette fois-ci, avec
la demande d’une mise à disposition d’un camion benne abandonné par le projet depuis 2013 et qui contribuera
efficacement au transport des déchets vers les centres de tri. Cette demande connaitra le même sort que la première.
A toutes ces demandes du bourgmestre de Kombissiri, le ministère n’a pas daigné réagir et à en croire des sources bien au parfum de cette situation, il s’est résolu à demander une audience le 19 novembre 2020 au ministre de l’Agriculture et des Aménagements hydro-agricoles, Salifou Ouédraogo, pour exposer directement le problème de dégradation du patrimoine du projet. Mais l’audience accordée a accouché d’une souris. Que de tergiversations à tel point que les autorités communales ne savent plus qui gère le patrimoine du projet.

Interrogé à ce sujet, le bourgmestre de la localité se dit complètement dépassé par ce qui se passe dans sa Commune. Comment dans un pays pauvre comme le Burkina Faso, on peut laisser du matériel et des bâtiments dans un tel état pendant des années sans les affecter à une structure et pourtant le besoin est plus que jamais palpable sur le terrain. S’offusque Hamidou Olivier Conombo. Il dit avoir fait toutes les démarches nécessaires auprès du ministère de tutelle du projet. A l’écouter, il ressort des explications du ministre de l’Agriculture que c’est le ministère des Finances qui devrait s’approprier le patrimoine du projet. Toujours selon le Maire, le ministre Salifou Ouédraogo avait même promis d’en discuter avec son collègue des Finances afin de trouver une solution et surtout d’affecter lesdits locaux et le matériel. Mais depuis, c’est le silence radio, déplore-t-il.

Tentative avortée de détournement de tracteurs et d’un camion.

Dans ce contexte, des personnes de mauvaise foi ont tenté de soudoyer les gardiens qui avaient été recrutés par le projet afin de soutirer le matériel. Face à cette menace de disparition des biens, la population, avec l’aide des gardiens, a convoyé certains matériels, notamment, deux tracteurs et un camion Benz à la Mairie le 02 avril 2018, afin de les sécuriser. Il y a visiblement quelque chose de pas clair dans la gestion du patrimoine du projet. Les deux gardiens des lieux que nous avons rencontrés sont formels. Des tentatives de détournement de deux tracteurs et d’un camion Benz ont été déjouées à plusieurs reprises. La première tentative aurait été orchestrée par des agents des eaux et forêts. Leur manège a été de faire croire aux gardiens que le ministère de l’Agriculture leur avait cédé les locaux du projet. Mais les gardiens vont s’opposer et même résister en refusant de donner les clés.

Une autre tentative a eu lieu en 2014. De prétendus agents du ministère de l’Agriculture sont venus pour enlever les deux tracteurs laissés sur le site mais les gardiens se sont opposés parce que les intéressés n’avaient aucun document qui prouvait qu’ils sont des agents du ministère de l’Agriculture. Puis en 2016, sur instruction du ministère de l’Agriculture, des personnes sont venues arranger les tracteurs sur le site et c’est après cette réparation qu’une personne venue nuitamment dans un véhicule personnel a également tenté d’enlever les tracteurs. Pour y parvenir, il a tenté de soudoyer les gardiens avec des sommes allant de 200.000 à 2 millions FCFA pour chaque gardien afin qu’ils le laissent repartir avec les tracteurs. Les gardiens opposent encore un refus catégorique parce que, estiment-ils, ce dernier, prétendant être du ministère de l’Agriculture, n’avait aucun titre le prouvant, encore moins une autorisation d’enlèvement de ces véhicules.

Mais les choses ne vont pas rester là. La résistance des gardiens ne va pas émousser la détermination de ceux qui veulent à tout prix avoir les tracteurs. Finalement, les tracteurs ont été frauduleusement soustraits. Mais avec la vigilance de la population, les tracteurs ont été interceptés dans la ville de Kombissiri alors qu’ils étaient en route pour Ouagadougou. Pourquoi toutes ces acrobaties ?

Un bradage en règle

Dans le patrimoine, il n’y a pas que les tracteurs qui sont convoités. 256 engins roulants du projet ont été ventilés suite à une vente aux enchères publiques sous plis fermés organisée le 11 avril 2014 par la Direction des affaires immobilières de l’Etat. Pourquoi les tracteurs et le camion Benz ne figuraient pas sur la liste des biens mobiliers du projet ? Ont-ils été expressément abandonnés sur le site pour être détournés frauduleusement après ? Quoiqu’il en soit, depuis cette tentative de vol des tracteurs par de prétendus agents du ministère de l’Agriculture, une partie de la
population de Kombissiri s’est emparée des deux tracteurs et d’un camion Benz pour les déposer à la Mairie en 2018.
A ce qu’on dit, cette confiscation des tracteurs est en même temps une garantie pour le paiement des arriérés de salaires des gardiens depuis 2013.

Des salaires impayés de plusieurs millions FCFA

Deux gardiens commis à la surveillance des biens immobiliers et mobiliers sont restés de longues années sans salaire. A la fin du projet en 2010, les responsables du projet ont demandé aux gardiens de continuer à garder les lieux en attendant le renouvellement du projet. Ils ont été payés jusqu’en 2013. Et depuis, plus rien. Ces derniers cumulent 7 années de salaires impayés. 

Des arriérés qui courent d’avril 2013 à mai 2020. Même la femme de ménage qui devrait s’occuper de l’enceinte des
bâtiments administratifs serait également dans la situation. A écouter les deux gardiens, ils ont effectué de multiples
démarches au ministère de l’Agriculture sans succès. Rien que des promesses. Une rencontre d’échanges entre les
agents du projet et une mission du ministère de l’Agriculture représentée par les agents de la DGFOMR (Direction générale du foncier, de la formation et de l’organisation du monde rural), de la DAF, la Direction régionale et celle provinciale du ministère l’Agriculture a eu lieu le 29 mai 2020 pour prendre la pleine mesure des impayés de salaires des gardiens et de la femme de ménage afin de trouver des solutions. A la fin de la rencontre, la mission s’est engagée à transmettre les informations reçues à leurs supérieurs hiérarchiques.

Mais jusque-là, rien. Il faut aussi noter qu’avant cette rencontre, une autre a eu lieu le 5 mars 2020 entre les gardiens, la Directrice régionale de l’Agriculture et des aménagements hydro-agricoles, Georgette Ouédraogo/Tientiga, et bien d’autres agents du ministère sur le même problème d’arriérés de salaires. Et toujours pas de solution. En attendant, la galère des infortunés continue. Affaire à suivre !

PS: Au moment où nous mettions sous presse, le ministère de l’Agriculture nous fait parvenir une note dans laquelle il rappelle les importantes réalisations du projet. Il annonce une réfection future des locaux au profit de la Direction provinciale. Quant aux salaires des deux gardiens et de la femme de ménage, le ministère promet de les prendre en charge dans le budget de l’Etat 2021

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