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MONDE JUDICIAIRE : Malick Sawadogo est-il un faux huissier de justice ?

Des clercs qui exercent le métier d’huissier ? L’exercent-ils avec la bénédiction de certains « vrais » huissiers ? En tout cas, tout porte à le croire, selon la Chambre nationale des huissiers du Burkina et certaines victimes qui racontent avoir fait les frais de « faux huissiers ». Parmi ces clercs qui se jouent les huissiers, un nom revient avec insistance : un certain MS. Ce dernier a eu maille à partir non seulement avec la Chambre des huissiers, mais aussi avec certains de ses clients. L’un d’entre eux, un entrepreneur, s’est attaché les services de MS et cela lui a porté préjudice. Mais celui-ci invoque un acharnement de certains huissiers sur sa personne, et dément énergiquement exercer le métier d’huissier.

Vous avez dit faux huissier ? Et oui ! Il en est de plus en plus question dans le milieu judiciaire. Selon la Chambre nationale des huissiers, ils seraient nombreux à exercer ouvertement et illégalement ce métier. Des clercs se font appeler abusivement « Maîtres » et exercent illégalement le métier. La Chambre régionale du Centre soutient que des clercs, c’est-à-dire, des collaborateurs d’huissiers, se feraient passer pour des huissiers. Quelle est leur stratégie ? Ils se trouvent leurs propres bureaux servant de cabinet, font le travail d’huissiers et bien évidemment avec la complicité de certains « vrais huissiers », selon les témoignages. De ce fait, les faux huissiers arrivent facilement à convaincre certains clients qui n’hésitent pas à leur faire confiance, pour ensuite se voir confier des dossiers.

Lassané Ouédraogo, un entrepreneur, explique avoir fait les frais d’un de ces supposés huissiers. En effet, dans le cadre de ses activités, il explique que dans un partenariat, il livrait des matériaux depuis 2014 à une entreprise
dénommée MSF qui avait en charge un marché de la construction de la route de l’aéroport de Donsin. Faute d’argent, l’entreprise a fini par abandonner le projet. Lassané Ouédraogo n’avait pourtant pas pu recouvrer la
totalité de son argent auprès de l’entreprise en question. Il restait entre les mains de son partenaire, une somme d’environ 108 millions FCFA. Il décide alors de s’offrir les services d’un huissier afin de rentrer en possession de
l’entièreté de son argent. Son calvaire commence là.

1 000 000 FCFA pour l’ouverture du dossier

Suites à des suggestions de connaissances, il se retrouve chez Malick Sawadogo, qui officie au quartier Patte d’Oie de
Ouagadougou. Lassané Ouédraogo explique que ce dernier s’était présenté comme un huissier. Ils fixent un rendez-vous à son bureau, pour la rencontre. Le jour-J, Lassané Ouédraogo se rend dans les locaux de Malick à qui il expose son dossier. Séance tenante, selon Lassané Ouédraogo, Malick réclame un million FCFA pour l’ouverture du dossier. Un peu surpris du montant demandé, Lassané Ouédraogo plonge tout de même sa main dans sa poche. Il n’a que
650 000 FCFA sur lui. Il informe l’huissier qu’il ne dispose pas de toute la somme, mais demande s’il pouvait réceptionner les 650 000 FCFA en attendant qu’il vienne compléter le montant manquant. Celui qui s’est présenté
comme huissier ne trouve pas à redire. Lassané Ouédraogo procède ainsi au premier versement des 650 000 FCFA moyennant une décharge d’encaissement.

Le lendemain, Lassané Ouédraogo envoie son jeune frère remettre la somme restante, à savoir 350 000 FCFA. Une fois le règlement effectué, Malick devrait se mettre à la tâche pour permettre à Lassané Ouédraogo de recouvrer le reste de son argent auprès de l’entreprise MSF. Seulement, les choses ne se dérouleront pas comme prévu. Lassané Ouédraogo soutient qu’après le versement du million FCFA pour l’ouverture du dossier, il lui était devenu impossible de joindre Malick pour la suite de son dossier. Après quelques jours de tentative, il finit par avoir gain de cause. C’est dans ce sens que Malick Sawadogo aurait engagé la procédure pour la saisie d’un concasseur appartenant à l’entreprise MSF en vue de faire rembourser son client.

Il convient de souligner à ce stade que l’entreprise devait à plusieurs créanciers. Chaque créancier s’activait pour rentrer en possession de son dû en louant les services d’un huissier. Du coup, à la faillite de l’entreprise, elle devait
d’importantes sommes à beaucoup d’entreprises. Une première saisie conservatoire du concasseur appartenant à l’entreprise a été effectuée, puis une première vente. Malheureusement, l’acheteur était dans l’incapacité d’honorer son engagement. La vente a donc été infructueuse. Après cette vente infructueuse, Lassané Ouédraogo explique n’avoir pas compris l’attitude de son « huissier ». Il lui reproche une certaine lenteur qui lui aurait été préjudiciable. En effet, quelques jours après la vente infructueuse, Lassané Ouédraogo a été joint au téléphone pour s’entendre dire
que le concasseur et bien d’autres matériels ont été enlevés par un autre huissier en compagnie de gendarmes. Cet enlèvement effectué fait actuellement l’objet d’un procès au Tribunal de Grande instance (TGI) de Ziniaré. (Ndlr :
nous y reviendrons).

Au regard de cette déconvenue, Lassané Ouédraogo demande à son « huissier » Malick Sawadogo de lui faire un récapitulatif de toutes les dépenses effectuées. Outre le million FCFA déboursé pour l’ouverture du dossier, le sieur
Ouédraogo estime avoir dépensé plus de 5 000 000 FCFA auprès de « l’huissier » Malick Sawadogo. A cette demande, Malick établira un document de « justification de sommes d’argent perçues ». Ce document porte l’entête de Maître Alexis Ilboudo. Quelque chose cloche !
Contacté pour comprendre la situation, Malick Sawadogo affirme avoir tout fait pour permettre à Lassané Ouédraogo de rentrer en possession de son dû auprès de l’entreprise MSF. Il souligne que l’incompréhension entre lui et son « client » Lassané Ouédraogo serait due au fait que ce dernier ne comprend pas la procédure d’huissier.

Curieuse immixtion d’un Avocat

Il explique en sus que la somme de 1.000.000 FCFA demandée à Lassané Ouédraogo devait servir à payer les services d’un Avocat en vue de défendre le dossier l’opposant à l’entreprise MSF. Curieux ! Lassané nie n’avoir
jamais eu besoin des services d’un Avocat. Cela aurait été le cas, il se serait rendu dans un cabinet à cet effet. Pourtant, il avait été question d’ouverture de dossier avec le million FCFA. En plus, le hic, Lassané Ouédraogo soutient n’avoir jamais eu à rencontrer cet Avocat. « Je ne l’ai jamais croisé », dit-il. Pour se défendre, Malick
Sawadogo brandit une décharge prouvant, selon lui, la remise de la somme de 1 000 000 FCFA à l’Avocat. Malheureusement, la décharge en question ne comporte aucune mention ni entête du cabinet de Malick Sawadogo
encore moins celle de Alexis Ilboudo. Seule la signature de l’Avocat y figure.

Mais Malick Sawadogo se défend et confie avoir établi tous les actes au nom de son patron, l’huissier Alexis Ilboudo. Il y a donc problème, puisque Malick Sawadogo, dès le départ, s’est présenté comme huissier de justice. L’est-il vraiment ? Travaille-t-il sous la coupe d’un autre huissier ? Les textes autorisent-ils un citoyen à ouvrir un cabinet, se faire passer pour un huissier et faire signer ses documents par un huissier assermenté ? Affaire à suivre !

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Qui est Malick Sawadogo, ce puissant clerc, accusé d’exercice illégal du métier d’huissier ?

Malick Sawadogo exercerait le métier de clerc depuis plus de 20 ans aujourd’hui. Il travaillera dans le bureau d’Alexis Ilboudo, huissier de justice de son état, mais selon la Chambre nationale des huissiers de justice, les agissements de Malick Sawadogo poseraient problèmes. En effet, certains huissiers accusent Malick Sawadogo d’avoir érigé son propre bureau à lui où il recevrait des clients en qualité d’huissier. Selon certaines sources, le sieur Malick Sawadogo établirait même des actes, ferait des sommations et interpellerait des débiteurs sans en avoir la compétence requise. Les sources précisent que Malick Sawadogo effectuerait ces activités avec la bénédiction d’un doyen, Alexis Ilboudo, huissier de justice. Ce dernier serait celui-là qui certifie, à travers sa signature et son cachet, tous les actes établis par Malick Sawadogo. En gros, le clerc serait devenu en quelque sorte le patron de l’huissier Alexis Ilboudo.

Nous avons rencontré Malick Sawadogo, à son bureau sis à la Patte d’Oie. Il balaie du revers de la main les accusations portées contre lui par Lassané Ouédraogo et par la Chambre des huissiers de justice du Burkina. En effet, il dit exercer de façon légale le métier de clerc et non celui d’huissier. Il soutient travailler sous la coupe de l’huissier Alexis Ilboudo. Il explique, par ailleurs, que son bureau travaille de concert avec ce dernier dans l’établissement des actes, les sommations des décisions, etc.

L’huissier de justice Alexis Ilboudo, présent lors de la rencontre, soutient que toutes les signatures et cachets apposés sur les documents l’ont été sous son autorité juridique. En aucun moment, selon l’huissier Alexis Ilboudo, le clerc Malick Sawadogo n’a imité sa signature ni utilisé son cachet. Mais il convient de relever que Malick Sawadogo a ses bureaux et l’huissier Ilboudo a aussi les siens. Ils ne sont donc pas dans le même cabinet.

Malick Sawadogo crie à un acharnement de la part de la Chambre des huissiers à son égard. Il va plus loin. Des inimitiés entre lui et la Chambre des huissiers, il en existe et cela serait dû au fait que lui et ses camarades, les anciens clercs qui exercent depuis plus de vingt ans, ont demandé au ministre de la Justice, René Bagoro, lors d’une audience, son implication pour leur nomination en tant que huissiers pleins. Malick Sawadogo, à travers l’association de clercs du Burkina, soutient que la présidente de la Chambre nationale des huissiers aurait, à plusieurs reprises, refusé de les recevoir pour discuter de leurs préoccupations. Ils disent ne pas comprendre l’attitude de la présidente.

S.O

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Ecrit par
Salifou OUEDRAOGO
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