GOUVERNEMENT DABIRE II : Un large ratissage pour redresser la maison Burkina

Le Burkina Faso démarre l’année 2021 avec le début du deuxième et dernier mandat du Président Roch Kaboré. L’installation de la nouvelle équipe gouvernementale et des élus de la nouvelle législature consacre une reconfiguration du landerneau politique avec une nouvelle direction de l’opposition politique dont le chef de file est
désormais Eddie Komboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Pour son deuxième mandat, Roch Kaboré a ratissé large avec l’entrée dans les rangs de la mouvance présidentielle, du chef de file sortant de l’opposition, Zéphirin Diabré, et son parti, l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Ce dernier rejoint donc certains cadres démissionnaires de son parti et son prédécesseur, Me Bénéwendé Sankara de l’Union pour la renaissance, Parti sankariste (UNIR/PS), dans la majorité. Désormais réduite à sa portion congrue, l’opposition politique risque d’être inaudible au cours de ce mandat. Cependant, il reste à savoir qui incarnera l’opposition véritable au pouvoir : la rue ou le CFOP ? Autrement dit, ce mandat sera-t-il un long fleuve tranquille ou une mer agitée avec des vagues incontrôlables ?

Le 28 décembre 2020, le Président Roch Kaboré a été investi pour la deuxième et la dernière fois comme président du Faso pour un nouveau bail de 5 ans. Comme nous l’avons écrit dans notre dernière édition de l’année 2020, « les
élections présidentielle et législatives 2020 sont déjà derrière nous. La fièvre est en train de retomber progressivement. Place maintenant à la froide réflexion dans les états majors politiques. Chaque camp en tirera les leçons. La plus grande inconnue est désormais de savoir ce que Roch Kaboré fera de sa victoire. Se décidera-t-il enfin à gouverner avec toute la poigne et la rigueur qu’exige le contexte socio-économique actuel du pays ? Ou persistera-t-il dans les louvoiements, les tergiversations et les indécisions plongeant le pays chaque jour un peu plus vers le chaos ? Saura-t-il éviter au Burkina Faso le scénario malien ? On le saura dès la formation de son premier gouvernement ».

Ce premier gouvernement est formé et installé. Il s’inscrit dans la continuité, avec le maintien pour quelques temps
encore, du Premier ministre Christophe Dabiré et de certains ministres occupant des postes régaliens comme la Défense nationale (Cherif Sy), la Sécurité (Ousséni Compaoré), l’Economie et les Finances (Lassané Kaboré), les
Affaires étrangères (Alpha Barry). A ce niveau, seule l’Administration territoriale a connu un changement. Mais
c’est un cacique du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), en l’occurrence Clément Sawadogo (1er vice président), qui a été propulsé à nouveau à ce poste qu’il avait occupé sous Blaise Compaoré.

La plupart des changements sont intervenus au niveau d’autres portefeuilles ministériels. L’on assiste aussi à la création d’un portefeuille taillé sur mesure pour accueillir l’ancien chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, désormais ministre d’Etat auprès du président du Faso, chargé de la réconciliation nationale. Son prédécesseur au CFOP, Me Bénéwendé Sankara, atterrit au ministère en charge de l’habitat, de l’urbanisme et de la ville.

Mieux cerner et éviter les pièges

Point n’est besoin de s’attarder sur la configuration du gouvernement ainsi remanié. L’on constate que le président du Faso a préféré un réajustement technique à un chamboulement total du gouvernement. L’on peut retenir d’entrée, qu’il est toujours pléthorique avec, au total 33 appelés, dont trois ministres d’Etat, 25 ministres et 5 ministres délégués. L’on peut noter également que tous les partis politiques affiliés au chef de file de l’opposition en 2014 (avant l’insurrection), qui ont pu obtenir un député au sortir du scrutin du 22 novembre, font désormais bloc dans la majorité. Ce gouvernement a donc la lourde responsabilité de traduire en actions concrètes les promesses du président du Faso à ses concitoyens qui ont été consignées de grands chantiers parmi lesquels, la sécurisation du pays et la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national ; la réconciliation nationale et la cohésion sociale ; la relance de l’économie nationale, la réforme de l’Etat et de l’administration publique, la moralisation de la gestion publique, la réforme du secteur de l’habitat et du foncier , etc.

A en croire le président du Faso, la feuille de route du gouvernement et les lettres de mission de ses membres étaient déjà prêtes bien avant la formation ou le réajustement de l’équipe. Il n’y a donc pas de temps à perdre. Chaque ministre doit donc se mettre au travail immédiatement, aller au charbon. Il faut espérer qu’ils ont tous pris la pleine
mesure des exigences et des fortes attentes citoyennes. Sur tous les chantiers, le Président Kaboré est attendu par ses
concitoyens. Une bonne partie d’entre eux est restée en marge du processus qui l’a conduit à la tête de l’Etat. Mais
cela n’enlève rien au fait qu’il est le président de tous les Burkinabè et doit travailler à faire démentir tous ceux qui
pensent qu’il n’est pas à la hauteur de leurs espérances. Il n’a plus rien à perdre. Il est à son dernier mandat et ne
devrait pas se préoccuper de faire des mécontents dans son camp. La fermeté doit désormais être de mise. Ceux qui
sont à la hauteur de la tâche doivent être encouragés. Ceux qui ne le sont pas doivent être renvoyés et remplacés.

Mais il faut aller au-delà du gouvernement pour secouer la bureaucratie corrompue dans l’administration publique.
Tous ceux qui ont transformé les services publics en boutiques ou en cabinets privés en monnayant leurs prestations
doivent être débusqués et sanctionnés. Les ministres doivent y veiller. Autrement, quels que soient les efforts déployés, rien ne bougera si certains agents publics s’accrochent à leur confort personnel au détriment du service public.

En tous les cas, comme c’est au pied du mur que l’on reconnaît le vrai maçon, l’on ne peut qu’attendre le gouvernement sur le terrain et juger ses membres et son action sur pièces. Ce gouvernement n’a d’autre choix que de s’investir dans la satisfaction des fortes attentes des Burkinabè. Il a le choix entre, d’une part, le maintien de la paix et de la stabilité sociale à travers des actions fortes dans la réponse aux aspirations des populations et, d’autre part, des agitations et des contestations incontrôlées dans la rue qui pourraient précipiter la fin du mandat s’il persiste dans le louvoiement et l’indécision là où des mesures fortes et courageuses sont attendues.

Avec les crises sécuritaire et sanitaire qui plombent déjà des pans entiers de l’économie nationale et de la vie publique, le Burkina ne peut pas se permettre une crise institutionnelle et politique. Pour éviter au pays des risques
énormes de chaos, l’Exécutif doit mouiller le maillot. Il doit donner rapidement des signaux forts de sa détermination à sortir le pays du gouffre dans lequel il s’enfonce lentement mais sûrement. Tout est encore possible. Mais il est impératif de mieux cerner les pièges et d’éviter d’y tomber.

Vers une opposition plus conciliante ?

En élargissant ses bases, le pouvoir a décimé les rangs de l’opposition. Il n’y reste plus que l’ex-majorité sous Blaise
Compaoré, notamment, le CDP (20 députés), ses dissidents de Agir Ensemble de Kadré désiré Ouédraogo (2 députés) et l’ADF/RDA (3 députés). Cette opposition risque de compter moins d’une trentaine de députés à l’Assemblée nationale. Même là encore, il faudra attendre la fin du mercato politique (recrutement) pour savoir qui
reste à l’opposition. La formation du gouvernement ne met pas fin aux négociations.

Par ailleurs, tout porte à croire que ce gouvernement a été formé pour enclencher la mise en œuvre du programme présidentiel, le temps de la mise en œuvre du processus de réconciliation nationale. Après les vastes consultations des forces vives annoncées par le président du Faso, l’on pourrait aboutir d’ici la fin du premier semestre 2020, à des
assises nationales qui feraient des recommandations pour sceller la réconciliation nationale. Il n’est pas à exclure que la formation d’un gouvernement d’union nationale soit l’une des recommandations essentielles. Ce qui conduira à la liquidation définitive de l’opposition politique, toute chose qui serait contre productive et dangereuse pour la
démocratie.

Déjà, avec cette opposition réduite à l’ancienne majorité, les déséquilibres sont trop criards au point qu’elle ne pourra pas peser sur l’action gouvernementale. Mieux, l’on tend vers une opposition plus conciliante. Les résultats des votes pour la reconduction du président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, est un indicateur de ce que l’opposition est déjà prête à des concessions. On peut y ajouter le changement de ton dans le discours du nouveau chef de file de l’opposition qui souhaite plus s’inscrire dans la critique constructive en lieu et place des récriminations et des invectives auxquelles il nous avait habitués.

En tout état de cause, le Président Roch Kaboré peut désormais rattraper les limites de son premier quinquennat. On attend aussi de voir s’il fera le ménage dans son entourage immédiat qui n’est pas non plus exempt de critique. Il a une chance extraordinaire de rentrer dans l’histoire par la grande porte. Il lui suffit de relever un double challenge : d’une part, celui de réussir son dernier mandat en offrant à son peuple des acquis sur tous les plans de la gouvernance et du développement ; et d’autre part, finir son mandat et être le premier président démocratiquement élu qui passera le témoin à un autre président également issu d’un scrutin démocratique et transparent. Il a les moyens d’y arriver. Le pays regorge de compétences à sa disposition, tant au niveau national que dans la diaspora. Il peut les mobiliser, pour peu qu’il active les leviers d’une nouvelle dynamique dans l’action publique qui doit être véritablement orientée vers la recherche de réponses aux aspirations du peuple burkinabè à plus de justice, de pain, de liberté, d’espaces et de cadres de saine expression de leurs potentiels, leurs talents, leurs espoirs. 

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L’UPC doit assumer pleinement son nouveau positionnement

« Par leur vote, à l’occasion de ces élections législatives, les Burkinabè ont exprimé clairement leur volonté de ne plus voir notre parti, l’UPC, diriger le chef de file de l’opposition politique. Ils ont donc choisi d’opérer une alternance au niveau du CFOP… L’UPC ne siège plus au CFOP ». Ainsi s’exprimait Zéphirin Diabré, fraîchement nommé ministre d’Etat auprès du président du Faso chargé de la réconciliation nationale.

Pour bien des observateurs, ce ralliement de l’UPC n’est pas une surprise. Au regard de la déroute électorale du parti et de la débandade des cadres qui a commencé, rester à l’opposition est un pari plus que risqué pour l’avenir du parti et de son chef. Mieux, pour les mêmes observateurs, cette alliance aurait dû être scellée au sortir des élections de 2015. L’UPC a donc pris 5 ans pour se rendre à l’évidence que sa place était du côté de la majorité. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais l’UPC, son président et leurs militants zélés qui ne tolèrent aucune critique doivent assumer courageusement leur repositionnement. Ça ne coûte rien de dire que l’UPC est entrée dans les rangs.

Mais l’on cherche inutilement des explications qui ne peuvent convaincre personne. L’on se laisse aller à des discours inacceptables et peu élégants vis-à-vis des autres membres de la majorité et du gouvernement. On entend dire par ci, par là que le président de l’UPC a été sollicité par le président du Faso pour une mission bien précise et non pour un partage de gâteau. Lui-même l’avait pratiquement affirmé lors de la présentation des vœux en ces termes : « les termes de cette nomination et l’ancrage institutionnel qui ont été décidés montrent clairement que nous sommes sur le registre, non pas des ministères classiques derrière lesquels on court pour je ne sais quel avantage, dont les attributions et l’organisation seraient définies et manipulables à souhait. Non, ça montre que nous sommes dans le registre d’une mission précise à exécuter aux côtés du président du Faso. Dans le fil des engagements qu’il a pris au lendemain de sa réélection et ce, pour le seul bien de ce qui nous est cher, notre patrie le Burkina Faso ».

Il convient de rappeler aux dirigeants et militants de ce parti que s’ils ne le savent pas, tous les ministres, sans exception, ont été appelés pour une mission bien précise. Il n’y a donc pas de partis qui sont allés à la soupe et d’autres qui sont venus pour accomplir des missions. Soit, tous les appelés sont allés à la soupe comme l’ont toujours crié les vuvuzelas de ce parti sur les réseaux sociaux jusqu’à la formation de l’actuel gouvernement, soit ils sont tous en mission.

B.O

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