LE PAI ET LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE : Les révélations de l’ancien ministre Philippe Ouédraogo

Il a fait partie de ceux qui ont accompagné, à travers son parti, le Parti africain de l’indépendance (PAI), les militaires du Conseil national de la révolution dès sa prise de pouvoir le 04 août 1983. Il fut ministre des
Equipements et des Communications dans le premier gouvernement du CNR. Philippe Ouédraogo, que nous avons rencontré le 27 novembre 2020 à sa résidence, revient sur cette période mouvementée de la Révolution. Il donne les raisons de l’éviction du PAI du premier gouvernement du CNR, le rôle du PAI sur le licenciement des enseignants, relate ses rapports avec le père de le Révolution burkinabè Thomas Sankara, et donne son point de vue sur la gestion du premier quinquennat du Président Roch Marc Christian Kaboré.

Le Reporter : Vivez-vous loin des caméras? Comment va Philippe Ouédraogo ?

Philippe Ouédraogo : Merci de vous intéresser à ce que je deviens. Je vais bien. Je suis en retraite professionnelle depuis 1995 et je n’ai plus de responsabilité politique depuis la fin de 2018 quand j’ai quitté la présidence du parti PDS/Metba devenu maintenant le PDS. C’est pourquoi je vis comme vous dites « loin des caméras », car c’est aux nouveaux dirigeants du parti
de s’exprimer au nom de ce dernier.

Vous êtes né le 15 juillet 1942 à Diapaga, et vous avez effectué un cursus scolaire et universitaire au Niger. Pouvez-vous revenir un peu sur votre passage au Niger ?

Je suis né, en effet, à Diapaga en 1942 où mon père était, à l’époque, directeur d’école, à une époque où cette ville était rattachée à la colonie du
Niger. D’ailleurs bien avant, et jusqu’à sa retraite, mon père a toujours été affecté au Niger comme directeur d’école, avant de terminer sa carrière
d’enseignant comme Inspecteur. Il a pris sa retraite en 1964 et est revenu s’installer dans sa ville natale à Korsimoro. J’ai donc grandi et étudié à Birni N’Konni et à Tèra au primaire, puis au lycée de Niamey, avant d’être étudiant nigérien puis voltaïque en France, après mon Baccalauréat en 1961.

Devenu voltaïque à partir de 1964, j’ai achevé mes études en 1968 et je suis rentré dès lors à Ouagadougou comme ingénieur des mines. Cet itinéraire explique que j’ai gardé beaucoup d’amis au Niger et que ce soit toujours avec beaucoup de joie que je les revois quand je vais à Niamey.

Après l’obtention de votre diplôme d’ingénieur des mines obtenu à l’Ecole nationale supérieure de mines de Paris, vous êtes rentré au Burkina et avez occupé plusieurs postes de responsabilité. Quelle analyse faites-vous du secteur minier au Burkina aujourd’hui ?

Rentré de mes études en 1968, j’ai en effet occupé divers postes de responsabilités dans le secteur minier : chef de service des mines,
directeur adjoint puis premier directeur voltaïque de la géologie et des mines en 1970, Directeur général de l’Office des projets de Tambao de
1974 à 1982, Directeur général de la Société minière de Tambao de 1975 à 1982, Directeur général de la Société des ciments et matériaux de 1976 à 1982. J’ai aussi occupé des postes politiques, comme ceux de Haut commissaire au plan pendant 3 mois en 1973, de ministre de l’Equipement et des communications dans le premier gouvernement de la Révolution en 1983-84, de président du Conseil économique et social de 1993 à 1996, et de député entre 2002 et 2007. On m’a aussi confié d’autres fonctions comme celles d’Administrateur délégué de la société de textiles VOLTEX de 1973 à 1977 et de chef de service des mines et de l’industrie à l’Autorité du Liptako Gourma de 1984 à 1993.

Grâce aux programmes de cartographie géologique et de recherches minières lancés à partir des années 60, et développés depuis, le Burkina
dispose aujourd’hui d’une bonne base d’informations géologiques et minières qui prouvent ses possibilités minières. En s’appuyant sur une évolution bénéfique des cours de l’or, évolution qui se maintient depuis une trentaine d’années, le pays a pu, en adaptant sa législation minière, et avec le soutien d’institutions comme la Banque mondiale, attirer des investisseurs miniers. Le secteur minier au Burkina présente actuellement de belles perspectives.

Aujourd’hui, une quinzaine de mines industrielles sont en exploitation, dont quatorze d’or. Ce sont des sociétés privées étrangères (canadiennes,
russe, turque, etc.) qui ont investi et qui exploitent ces mines. Mais le Code minier en vigueur donne d’office 10% de participation à l’Etat et fixe les taxes et impôts à payer. Ce Code fait aussi obligation à ces sociétés de contribuer à divers fonds en faveur des Communes et des provinces
où se situent les exploitations, de la restauration de l’environnement, mais aussi de la formation du personnel burkinabè et de la recherche minière. En complément, chaque société, au nom de la responsabilité sociale de l’entreprise minière, s’oblige à un certain nombre d’actions sociales en faveur des communautés humaines voisines.

«Promouvoir une implication plus importante de nos opérateurs économiques à l’économie minière.»

Les activités minières contribuent donc directement au budget de l’Etat (plus de 220 milliards CFA en 2018), au budget des collectivités qui les abritent, à l’emploi et à la formation, et de manière plus générale, à l’économie nationale. C’est une bonne chose, mais beaucoup souhaiteraient
que ces contributions soient plus élevées. Si l’on ne veut pas tuer la poule aux œufs d’or, il faut promouvoir une implication plus importante de nos opérateurs économiques à l’économie minière. Il faut trouver le moyen d’accroître ce que l’on appelle le « local contain » ou contenu local, c’est-à-dire, la part de l’activité minière qui alimente l’économie nationale. Par exemple, en améliorant la position de nos nationaux dans le personnel dirigeant des sociétés minières, en augmentant la part des achats locaux faits par les mines, la sous-traitance auprès des sociétés locales, les fournitures de biens divers et de produits industriels fabriqués localement, les services, etc. Cela suppose donc que nos fournisseurs, nos industries, nos services s’adaptent aussi aux besoins de ces sociétés minières, et que la législation en vigueur s’adapte à cette stratégie.

Les centaines d’exploitations minières artisanales qui existent sont, elles par contre, en prise plus directe avec l’économie nationale à laquelle elles fournissent beaucoup d’emplois et des revenus importants qui, également,
alimentent directement la consommation nationale. Mais on ne peut trop les encourager à cause des problèmes sociaux et des problèmes environnementaux qui les accompagnent toujours, sans compter les nombreux accidents qui les endeuillent périodiquement.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre engagement en politique, à travers votre adhésion au Parti africain de l’indépendance (PAI) ?

C’était aux premières années de l’indépendance de notre pays, et j’étais étudiant en France, militant actif de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Comme beaucoup d’étudiants à cette époque, j’aspirais évidemment à servir mon pays et mon peuple de la manière la plus efficace et la plus active. C’est dans ces conditions que j’ai été approché en 1967 par des militants étudiants du PAI qui m’ont proposé de les rejoindre. Et j’ai donc accepté. Un an plus tard, je suis rentré en Haute Volta et je suis devenu militant du PAI au pays. A ce titre, comme militant d’abord, puis comme responsable à partir de 1975, j’ai participé aux activités de mon parti, aux luttes des masses dont nous nous considérions comme l’avant-garde, et aux luttes politiques qui en découlaient.

En particulier, nous considérions que notre devoir était de convaincre les masses, et avant tout, les travailleurs, que nous étions sous la domination néocoloniale de l’impérialisme, qu’elles devaient lutter pour briser cette domination et pour retrouver notre souveraineté pleine, et que l’une des armes dont elles avaient besoin pour cela était les libertés démocratiques.
Cette rupture avec l’impérialisme était une révolution anti impérialiste, qui devait donner à notre peuple sa liberté, sa dignité et son indépendance véritable, pour lui permettre de construire notre pays conformément à ses propres priorités et de participer à la grande marche en avant de l’unité africaine. Ce travail d’explication politique, nous le faisions auprès de toutes les couches sociales que nous pouvions approcher et sensibiliser.

L’une des périodes bien mouvementées du PAI a été celle de la Révolution. Quels rapports existaient-ils entre le Parti africain de l’indépendance et les militaires du Conseil national de la révolution bien avant la prise du pouvoir par ces derniers ?

Comme déjà dit, nous dirigions notre travail politique de sensibilisation à la nécessité de la lutte anti-impérialiste vers toutes les couches sociales : la jeunesse, les travailleurs, les ouvriers, les élèves, les étudiants, les jeunes
militaires, les artisans, les artistes, les jeunes paysans, même si ces derniers nous étaient moins accessibles. Plusieurs de nos camarades ont ainsi pu être en rapport avec des militaires, officiers ou sous-officiers qui constitueront plus tard l’aile dirigeante du Conseil national de la révolution. Mais il faut dire que le travail politique auprès des militaires n’était pas facile, car dans ce milieu aussi existaient beaucoup de préjugés et de préventions à l’égard des changements politiques et évidemment de la révolution.

Il faut dire aussi que notre travail a été facilité par la mauvaise gestion du pays par les dirigeants politiques et de la gestion de l’armée par les dirigeants de l’armée, fautes qui alimentaient les critiques, les frustrations et les révoltes des populations.

D’aucuns estiment que si la prise du pouvoir le 04 août 1983 par les militaires a été possible, c’est en partie grâce à la contribution significative des civils du PAI. Qu’en dites-vous ? Quel a été votre rôle ?

Je confirme que le PAI a eu un rôle actif pour convaincre de la nécessité de la révolution les officiers et les sous-officiers patriotes, qu’il a pris une part
active à la préparation politique des esprits des gens du peuple, qu’il a eu un certain rôle dans l’organisation pratique des évènements qui ont assuré la victoire du 4 août 1983. Le PAI a contribué à définir l’organisation du peuple, des CDR (Ndlr : Comité de défense de la révolution), du gouvernement et d’un certain nombre d’institutions qui devaient aider à assurer les transformations révolutionnaires. Mais il est juste de préciser qu’au niveau des civils, le PAI n’était pas le seul groupe avec lequel les dirigeants militaires de la révolution ont travaillé avant comme après le 4
août 1983.

Selon vous, quelle a été la principale cause de l’éviction du Parti africain pour l’indépendance du premier gouvernement du Conseil national de la révolution ?

Les désaccords ont porté sur le fonctionnement du CNR, la primauté systématique donnée aux militaires dans la direction des affaires, les
nombreuses improvisations dans les décisions, la multiplication des décisions, conséquence des improvisations. Il faut aussi dire que de nombreux militaires et acteurs de la révolution ne voulaient pas du PAI dans le CNR et refusaient de lui reconnaître le droit d’intervenir en tant que parti. Complémentairement, au sein du CNR, une certaine rivalité était née entre l’ULC/R et le PAI, qui a été exploitée par différents autres groupes et
personnalités. Enfin, il y a eu cette divergence non résolue, sur la date de l’organisation de la « Journée anti-impérialiste de la jeunesse » qui a abouti, le 21 mai 1984, à la décision unilatérale d’éviction de notre camarade Koné
Ibrahima, ministre de la Jeunesse et des Sports.

D’aucuns estiment que c’est le triomphalisme exagéré des responsables du PAI après la prise du pouvoir qui explique la discorde qui a fini par l’éviction de votre parti du gouvernement du Conseil national de la révolution. Qu’est-ce que vous en pensez ?

De quel triomphalisme s’agit-il ? Comment s’est-il manifesté ? Non, il n’y a eu aucun triomphalisme de la part des militants du PAI ! Mais nos militants, comme nos camarades au gouvernement, ont toujours estimé qu’ils devaient donner franchement leur opinion sur les questions qui leur étaient soumises dans les structures auxquelles ils appartenaient, car ils se sont toujours sentis autant responsables que d’autres, de la bonne marche de la révolution. C’est peut-être cela que certains appellent « triomphalisme ». Mais pour moi, c’était se montrer responsable et non suiviste vis-à-vis de la révolution !

Quel rôle a joué le PAI dans le licenciement des enseignants le 23 mars 1984 ? Une certaine opinion estime que votre parti y a été pour quelque chose.

C’est le Conseil des ministres qui a suivi la grève des enseignants du Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta (SNEAHV) de mars 1984 qui, au vu du rapport sur cette grève, dont les éléments ont été fournis par les services du Secrétariat général national des CDR, a pris à l’unanimité la décision de licenciement, en retenant que les enseignants seraient repris en lieu et place des recrutements annuels. Il convient de dire que le Président Sankara était absent du Conseil ce jour-là. Au Conseil suivant, il a émis des réserves sur l’opportunité de la mesure, d’autant qu’au lieu des 400 grévistes environ annoncés précédemment, les renseignements faisaient maintenant état d’environ 800 enseignants. Mais le reste du Conseil ne trouvait pas opportun de revenir si vite sur la décision, et il s’est incliné.

Les ministres PAI du gouvernement ont participé à la décision comme les autres. Plus tard, on a trouvé commode politiquement de les rendre seuls responsables de la mesure. Pourtant, après que les ministres PAI ont tous quitté le gouvernement et le CNR après la dissolution le 19 août 1984 du premier gouvernement du CNR, les enseignants n’ont pas été repris, et même la proposition de les reprendre en lieu et place des nouveaux
recrutements annuels n’a pas été appliquée. Cela prouve bien que ce n’était pas seulement les ministres PAI qui avaient cautionné le licenciement des enseignants.

Quels ont été vos rapports personnels avec le père de la Révolution, Thomas Sankara ? Que retenez-vous de lui ?

J’ai toujours eu de bons rapports personnels avec Thomas Sankara, que j’ai eu l’occasion de connaître lorsqu’il était encore élève au PMK. Plus tard, nos rapports sont devenus plus politiques, mais je crois que nous nous portions toujours une grande estime réciproque. Lorsque devenu président, il est devenu naturellement plus inaccessible, il s’est toujours montré à mon égard très respectueux, et n’a jamais tenté de me séparer de mes autres camarades du PAI. Je garde de lui l’image d’un homme passionné de faire
avancer de toute force son pays et son peuple, même par la contrainte. C’était aussi un homme personnellement désintéressé, très cultivé, intelligent, doué pour beaucoup de choses et s’intéressant à beaucoup de choses. D’une éloquence rare, il était doté de beaucoup de charisme et d’une grande imagination. C’était, en outre, un bourreau du travail. Il me parait vraiment dommage que, par ailleurs, la confiance et l’amitié que lui portaient ses amis proches ou des organisations comme le PAI n’aient pu être longtemps préservées.

Aujourd’hui, vous êtes le président du Parti pour la démocratie et le socialisme/Parti des bâtisseurs (PDS/Metba), alors, quelle est son actualité en ce moment ?

Je ne suis plus président du PDS/Metba depuis notre congrès de décembre 2018 où j’ai passé le flambeau au camarade Koné Ibrahima, redevenant simple militant. Le parti, qui s’appelle depuis PDS (Parti pour la démocratie
et le socialisme), est toujours membre de l’APMP et a présenté des listes pour les législatives du 22 novembre 2020 (Ndlr : l’interview a été réalisée avant la proclamation des résultats des législatives) dans un certain nombre de provinces. Je pense que vous devriez vous adresser à son président pour mieux connaitre son actualité.

Après la Transition qui a abouti à l’élection présidentielle du Président Roch Marc Christian Kaboré le 29 novembre 2015, votre parti, le Parti pour la démocratie et le socialisme/Parti des bâtisseurs (PDS/Metba), a annoncé son ralliement à la majorité présidentielle le 28 décembre 2015. Alors, aujourd’hui, quel bilan faites-vous de la gestion du pouvoir par votre allié ?

Le Président Roch Kaboré a été élu en 2015, en présentant un programme dont la hardiesse, les ambitions et la vision ont conduit de nombreux partis, dont le PDS/Metba, à le soutenir. Ce programme a été traduit de manière pratique dans le PNDES, le Plan national de développement économique et social dont la mise en œuvre a débuté en 2016. Mais plusieurs crises majeures ont entravé cette mise en œuvre.

D’abord, la crise sécuritaire permanente. Vous vous rappelez, le jour-même de la formation du premier gouvernement, le 16 janvier 2016, des terroristes ont commencé à attaquer le pays et n’ont plus cessé depuis, s’installant en permanence dans les régions du Sahel, de l’Est et du Centre-Nord, détruisant les institutions de l’Etat, tuant aveuglement les populations, créant aujourd’hui près d’un million de déplacés internes à la charge non prévue de l’Etat.

Ensuite, il y a la crise sociale permanente. La semaine qui a suivi la mise en place du gouvernement, les magistrats d’abord, puis à leur suite tous les syndicats de fonctionnaires sont entrés massivement en grève, paralysant les écoles, les formations sanitaires, prenant en otages les ressources de l’Etat, obtenant la multiplication par 2 ou 3 de la masse salariale des agents de l’Etat. Enfin, la crise sanitaire ininterrompue, à savoir la pandémie de Covid-19 qui, depuis mars 2020, frappe le Burkina Faso comme tous les pays du monde, obligeant l’Etat à fermer tous les établissements d’enseignement, à décider de subventions non prévues et à adopter des mesures qui freinent l’activité économique.

Il est remarquable que malgré ces crises qui perdurent, le Président Roch Kaboré ait été en mesure de présenter un bilan satisfaisant des réalisations de son programme, et cela, dans tous les domaines. Il convient donc de lui tirer le chapeau !

Lors de la présentation des vœux de votre parti aux Burkinabè en 2017, vous déclariez que «le PDS/Metba souhaite aussi à notre peuple de voir en 2017, la Justice burkinabè se prononcer clairement et avec équité, sur tous les crimes politiques et de sang dont il a souffert depuis plusieurs décennies, et que les «juges acquis» ou qui avaient renoncé à leur indépendance face à des pouvoirs corrupteurs avaient délibérément accepté de garder impunis.» Aujourd’hui, pensez-vous que ces vœux exprimés ont trouvé réponse ? Quelle analyse faites-vous de la Justice burkinabè ?

La Justice burkinabè tarde à juger beaucoup de dossiers de crimes sur lesquels le peuple burkinabè attend d’avoir la lumière. Mais il faut dire qu’il s’agit de crimes assez anciens dont beaucoup d’accusés sont en fuite ou ont malheureusement disparu. Il n’y a pratiquement qu’un seul de ces dossiers dont le jugement est allé jusqu’au bout, c’est celui du coup d’Etat du 17 septembre 2015. Je regrette cette lenteur de la Justice. Mais je comprends qu’elle veuille faire les choses dans les règles imposées par les dispositions, les Codes et les lois qui dictent ses procédures et ses décisions, et qui visent, dans des cas aussi graves, à protéger aussi les accusés qui doivent, a priori, bénéficier de la présomption d’innocence. Alors, on attendra qu’elle estime que les dossiers pendants sont en état d’être jugés.

Le candidat du MPP, Roch Marc Christian Kaboré, a été proclamé provisoirement vainqueur de l’élection présidentielle par la CENI ce jeudi 26 novembre 2020. En attendant la décision définitive du Conseil constitutionnel, selon vous, quelles doivent être les priorités du nouveau président pour ce nouveau quinquennat ?

Très brièvement, et sans devoir trop m’en expliquer, je retiendrais les priorités suivantes : le problème sécuritaire afin que la quiétude règne à nouveau sur l’ensemble du territoire national ; le renforcement de l’Etat et de l’armée ; l’autosuffisance alimentaire et la limitation des importations
alimentaires ; la création d’agro-industries et notamment, d’industries textiles et d’industries du cuir ; le développement des ressources humaines par un meilleur accès à la santé et la mise en place d’un système d’enseignement et de formation répondant aux besoins de développement de la production et de l’emploi ;la généralisation du recours au solaire pour la satisfaction des besoins énergétiques.

En tant que ressortissant du Centre-Nord, que pensez-vous du niveau actuel de développement de cette région ?

Je ne connais pas bien toutes les provinces du Centre-Nord. Je connais mieux le Sanmatenga. Mais si l’on peut considérer que les autres provinces du Bam et du Namentenga ne sont pas très différentes, on peut dire que c’est une région pauvre mais avec quelques atouts qu’elle pourrait mieux mettre à profit. La région dispose de terres en abondance, mais les sols sont pauvres et surexploités du fait de la pression démographique. Des amendements des sols sont indispensables. La région convient assez bien à l’élevage des petits ruminants. Parmi les atouts, il y a les lacs qui pourraient être curés pour un plus grand stockage de l’eau et pour des cultures irriguées, en recourant au goutte-à-goutte.

Ne pensez-vous pas que ce niveau de développement devrait être plus que ce qu’il est actuellement ? Selon vous, quels sont les facteurs qui pourraient expliquer ce faible niveau de développement, comparativement à certaines régions du Burkina ?

Evidemment, on peut accroître le niveau de développement actuel, en tenant compte, notamment, des propositions précédentes. Les facteurs qui peuvent constituer des difficultés sont les suivants :la pauvreté des sols dont j’ai parlé; la pression démographique; la poursuite de l’élevage extensif, entraînant le surpâturage ; l’ensablement des lacs et des retenues d’eau ; l’inexistence de bonnes routes tracées, construites et entretenues pour les besoins de l’activité économique locale ; la faiblesse des Ressources
humaines qualifiées pour l’exploitation rationnelle des retenues d’eau et des lacs et pour la conversion vers l’élevage intensif.

Ce faible niveau de développement n’est-il pas en partie lié aussi à des facteurs historiques ? Disons, des rivalités de succession, d’intronisation…etc. ?

En partie peut-être. Sinon, en général, les chefs mossi ne se préoccupent pas de pousser leurs populations à se lancer dans la production économique, la réalisation d’infrastructures ou l’adoption de techniques nouvelles de travail.

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Salifou OUEDRAOGO
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