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PRESIDENTIELLE ET LEGISLATIVES 2020 : Après l’euphorie, place à la vérité implacable des urnes !

ça y est ! Sans surprise, Roch Kaboré est réélu avec 57,87% des suffrages exprimés, soit 1 654 892 de voix. Ce sont 13 277 voix de moins qu’en 2015. Mais ses principaux challengers, Eddie Komboïgo du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et Zéphirin Diabré, de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et chef de file sortant de l’opposition, viennent loin derrière avec respectivement 15,48% et 12,46%. Les 10 autres candidats se partagent moins de 15% des suffrages. Aux législatives, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) s’en sort avec 56 sièges sur 127 à pourvoir. Avec les partis alliés, le président du Faso peut compter sur une majorité parlementaire confortable de près de 90 sièges. Du côté de l’opposition, c’est la désillusion, surtout pour son porte-étendard qui non seulement n’accédera pas au fauteuil présidentiel, mais perd surtout le « tabouret » du chef de file de l’opposition.

Il y a 4 ans, précisément en septembre 2016, nous écrivions dans Le Reporter N°197 du 1er au 15 septembre 2016 : « Avec cette opposition, Roch peut dormir tranquille ». Les Vuvuzelas des opposants nous avaient traités de tous les noms d’oiseaux. Refusant de voir la réalité en face, l’opposition a
fait de la critique du pouvoir en place et de la valorisation de ses échecs, l’élément central de son discours politique.

Pendant 5 ans, elle n’a fait que ça. A plusieurs reprises, nous les avions interpellés sur ce qu’une telle posture ne peut nullement faire d’eux des
porteurs d’alternatives aux échecs qu’ils dénoncent. Jusqu’à notre dernière édition (du 15 au 30 novembre), nous avons répété que la probabilité d’une victoire du Président Kaboré dès le premier tour était plus forte qu’un second tour. Jusqu’au soir du scrutin, les états-majors des opposants continuaient de se chatouiller pour rire. On les a même entendus sur les antennes de télévision proclamer que selon les résultats qu’ils détenaient, le second tour était inévitable.

Puis arrivèrent les premiers résultats, sortis réellement des urnes ! Ceux-ci ont parlé. Ils établissent que Roch Kaboré a triomphé et l’opposition a lamentablement échoué. Pouvait-il en être autrement ? Certainement pas ! Les rapports de force en présence indiquaient clairement que dans cette compétition électorale, le Président Kaboré partait avec une longueur d’avance sur ses adversaires.

Pour les observateurs avertis, cette réélection était plus que certaine. En face, l’opposition ne faisait pas le poids. Malheureusement, bien des analystes politiques ou prétendus tels, sur on ne sait quelle base objective, chantaient sur les plateaux de télévision que le second tour était inévitable. Et l’opposition elle-même semble avoir fini par y croire. Même les sondages
réalisés par l’Institut de recherche et de sondage Apidon (IRSOA), qui créditaient Roch Kaboré de 57,61% des intentions de votes, n’ont pas réussi à interpeller ces spécialistes. Ils ont plutôt interprété ces sondages comme participant d’un complot visant à soutenir l’impossible «coup KO».

Pourtant, comme en 2015, ces sondages se sont confirmés. Bref, le verdict des urnes est désormais connu. Ceux qui avaient misé sur un second tour sans Roch Kaboré (sic) vont devoir revoir leurs leçons politiques. Il n’y a pas pire aveugle que celui qui refuse de voir, dit-on. C’était donc prévisible.

La déroute de l’UPC

Mieux, aux législatives, le parti au pouvoir et ses alliés ont confirmé leur force de frappe face à l’opposition. Tout comme à la présidentielle, le MPP a réussi le pari de maintenir ses résultats de 2015 et même d’engranger un siège de plus, obtenant au total 56 sièges. Son allié, le Nouveau temps pour la démocratie (NTD), crée la surprise en s’adjugeant 13 sièges, contre 3 en 2015. L’autre allié, l’Union pour la renaissance/ Parti sankariste (UNIR/PS), sauve ses 5 sièges. Rien qu’avec ces deux parties, le Président Kaboré peut
compter sur une majorité absolue. Sans compter les élus d’autres partis comme le Parti pour la démocratie et le changement (PDC) de Sara Séré / Sérémé avec 3 sièges, le Mouvement pour le Burkina du futur (MBF) de Daouda Simboro, dissident de l’UPC (4 sièges), le Rassemblement patriotique pour l’intégrité (RPI) crédité de 3 sièges.

Au finish, la majorité sortante rafle près de 90 sièges sur 127. Du côté de l’opposition, la moisson est bien maigre. Le chef de file sortant de l’opposition s’est fait surclasser par le CDP jusque-là troisième force
politique. En effet, l’UPC de Zéphirin Diabré n’a pu engranger que 12 sièges
contre 33 en 2015. C’est une véritable déroute électorale. Elle rétrograde ainsi à la 4e place derrière le NTD. C’est incontestablement la désillusion pour son président, Zéphirin Diabré, qui avait espéré laisser le « tabouret »
du chef de file de l’opposition pour le grand fauteuil présidentiel. Pire, il a même perdu le tabouret au profit de Eddie Komboïgo du CDP dont le parti pointe à la deuxième place derrière le MPP, avec 20 députés et 15,48% à la présidentielle. Sauf bien sûr s’il rejoint la mouvance présidentielle, Eddie Komboïgo sera donc le nouveau chef de file de l’opposition. Mais il hérite d’une opposition presqu’en lambeau et qui pèsera moins d’une quarantaine de députés à l’Assemblée.

Une leçon politique à retenir : l’humilité précède la gloire

En attendant les suites qui seront données aux recours de l’opposition et la proclamation des résultats définitifs par le Conseil constitutionnel, le scrutin législatif et présidentiel de 2020 a livré son verdict. Et il est bien riche en enseignements. Le premier est celui de la faible participation liée essentiellement à au moins trois facteurs : le faible intérêt de bien des Burkinabè pour les processus électoraux ; la crise sécuritaire qui a exclu de fait des milliers de citoyens de l’exercice de leur droit civique et enfin, les dysfonctionnements unanimement reconnus dans l’organisation des élections.

Finalement, ce sont au total 2 993 280 sur un potentiel de plus de 9 millions d’électeurs qui ont effectivement participé au scrutin du 22 novembre. Assurément, le Burkina Faso n’était pas suffisamment prêt pour des élections véritablement inclusives de tous les citoyens partout sur le territoire national ; et la classe politique est incapable de faire espérer
et rêver la grande majorité des Burkinabé.

Ensuite, s’il faut se féliciter du bon déroulement de la campagne électorale dans son ensemble, l’on ne peut s’empêcher de relever qu’elle a été parfois affligeante. Certains candidats, poussés par l’ivresse de la foule et l’arrogance de l’immaturité politique, ont manqué de self contrôle, se laissant aller parfois à des excès et des propos injurieux vis-à-vis des adversaires. Des fois, le discours a frôlé le ridicule. L’on a souvent assisté à des tentatives de négation ou de déni des luttes récentes du peuple burkinabè. Certains candidats, confondant la foule et l’électorat, se sont laissés entraîner dans des discours risibles, révoltants, voire choquants pour une partie de l’opinion nationale. Or, les peuples préfèrent être gouvernés par des hommes humbles. Quand on aspire à diriger un peuple, c’est le minimum que l’on doit savoir.

Quand on n’a rien à proposer, on évite d’étaler ses carences en insultant l’intelligence du peuple ou d’une partie du peuple. L’on ne peut pas demander aux populations le respect qu’on souhaite, tout en leur étalant en pleine figure, des discours de suffisance ou de remise en cause de leurs
combats d’hier. L’une des leçons politiques à retenir de cette élection, c’est la confirmation de cette sagesse selon laquelle, l’humilité précède la gloire. A force de s’être laissé pomper l’air par des spécialistes de salon, certains candidats ont fini par croire que l’élection c’est de la loterie et que tout le monde (ou tout au moins eux aussi) pouvait gagner.

En outre, l’on ne peut s’empêcher de noter que contrairement à certains discours, ce n’est pas l’électorat rural seul que le président sortant a mobilisé. Bien au contraire, à Ouagadougou comme à Bobo-Dioulasso, Koudougou et Ouahigouya, le Président Roch Kaboré a pulvérisé ses adversaires. Il les a même battus presque tous dans leurs propres quartiers, notamment, dans leurs bureaux de votes. Quand on veut prétendre à un
destin national ou provincial, l’on doit se préoccuper de la place que l’on occupe dans sa communauté. C’est un témoignage de sociabilité non indispensable mais assez indicatif du leadership que l’on incarne.

Enfin, on ne peut passer sous silence le poids de l’argent dans le processus électoral au Burkina Faso. Pour cette campagne 2020, l’argent a coulé à flot. Il a fait la différence entre les grands partis, les moins nantis et ceux qui ont
voulu faire une campagne vertueuse. Cela s’est également ressenti dans les résultats. L’on pourrait dire même que son usage a été proportionnel aux résultats proclamés par la CENI. En attendant de revenir sur les grands
chantiers qui attendent le président réélu, l’on peut se féliciter de ce que le scrutin couplé se soit déroulé dans la paix et la quiétude, nonobstant les nombreuses irrégularités constatées ça et là. Il faut également se féliciter de l’attitude républicaine de tous les acteurs, notamment, les perdants qui, après la désillusion, ont su mettre l’intérêt national au-dessus de tout, en
renonçant lucidement à toute initiative pouvant engendrer une crise post-électorale dont les conséquences peuvent être non maîtrisables.

Finalement, il y a eu plus de peur que de mal. Le Burkina est toujours débout. Et il doit le rester ! Il appartient au président élu d’y veiller.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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