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Mali : Incorrigible CEDEAO !

Depuis le 18 août 2020, le Mali est à nouveau dans une impasse politico-institutionnelle, consécutive à un nouveau Coup d’Etat, après plusieurs manifestations monstres et parfois des affrontements aux allures de guérillas urbaines entre forces de l’ordre et manifestants. Ces manifestations contre la mal gouvernance et l’insécurité qui a plongé le Mali dans crise sociale et économique profonde. Cette contestation a mis à nu une fracture profonde entre l’élite politique notamment les
gouvernants et les populations maliennes. Elles sont intervenues suite à la proclamation des résultats des élections législatives du 24 avril par le conseil constitutionnel. Plus de 30 sièges auraient été indûment attribués à la majorité par le conseil constitutionnel.

Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase déjà plein d’amertume et de ressentiments contre la gouvernance du Président Ibrahim Boubacar Keita accusé de corruption, de népotisme et de patrimonialisation de l’Etat. Bref, le régime IBK était devenu aux yeux de bien des Maliens, un système prédateur qui n’épargne rien allant jusqu’à voler des sièges au Parlement.

Après ces manifestations et l’échec des négociations entamées entre les parties par la CEDEAO, c’est finalement une partie de l’armée qui se soulève en mettant fin au règne d’IBK, ce mardi 18 août 2020. Depuis, le pays est dirigé par un Conseil nation pour le salut du peuple (CNSP) conduit par un jeune Colonel, Assimi Goïta, jusqu’alors Commandant des forces spéciales.

Malheureusement, les Maliens ne sont pas encore au bout de leurs peines. Le départ du Président IBK est loin de régler les problèmes du Mali. La crise est si profonde et structurelle que le seul changement de tête au sommet de l’Etat ne résoudra en rien tout l’essentiel des problèmes qui ont conduit les Maliens dans la rue. Le Mali doit retrouver dans l’urgence les voies et moyens de mettre en place une Transition politique permettant à la fois d’assurer la continuité de l’Etat mais surtout engager les réformes
indispensables à la restauration d’un nouvel ordre institutionnel capable de le redresser.

Malheureusement, plus de deux semaines après la chute d’IBK, la junte militaire semble prise entre le marteau de la CEDEAO qui les presse de
transférer le pouvoir aux civils pour une transition d’un an maximum et l’enclume des aspirations du peuple à un renouveau politique, économique et social. Mieux, les soldats au front contre le terrorisme estiment que les politiques ne sont pas à la hauteur des défis sécuritaires et exercent de fortes pressions sur les hauts gradés du CNSP pour qu’ils conservent le pouvoir et dirigent la Transition.

Attachée aux principes du rejet systématique des coups d’Etat et piégée par la stratégie de la junte militaire, la CEDEAO a perdu la première bataille. En effet, pour avoir contraint le Président IBK à la dissolution de l’Assemblée
nationale et à sa démission, les militaires ont créé de fait une situation de
vacance du pouvoir et d’un vide qui leur permettait d’assurer la continuité de l’Etat. Mais la CEDEAO ne s’avoue pas vaincue. Elle continue de mettre la pression sur la junte (à travers des sanctions contre le Mali) pour l’organisation rapide de la Transition. Là encore, elle butte à la volonté des militaires d’instaurer une transition de deux à trois ans dirigée par eux.

Une fois de plus, la CEDEAO se trompe de combat et a du mal à rattraper son retard dans la crise malienne. L’on peut même affirmer que si l’on en est arrivé là, c’est entre autres parce qu’elle n’a pas été capable d’aider le Président IBK à prendre la mesure de la situation et à trouver des réponses idoines.

Aujourd’hui, elle gagnerait à accompagner les Maliens dans l’organisation de la Transition selon les exigences du contexte national et non selon des principes qui se révèlent de plus en plus caducs face aux fortes aspirations des peuples à être mieux gouvernés. Les transitions qui visent juste à organiser des élections et rétablir rapidement l’ordre constitutionnel ne rendent pas véritable service ni aux Etats ni à la démocratie. Il faut aller
plus loin en permettant de faire des réformes en profondeur et à créer les
conditions les meilleures pour l’avènement de nouvelles élites politiques plus en phase avec les fortes espérances des populations.

Dans un pays où la classe politique dans son ensemble est pratiquement décriée pour son implication dans la situation de décrépitude dans le
pays, avec une politisation outrancière de la société civile, il est vain d’espérer des changements profonds en organisant juste des élections sans un minimum de balise institutionnelle. Il faut donc laisser les Maliens organiser leur transition à travers un dialogue national inclusif et un
diagnostic sans complaisance de la situation afin de faire des propositions
consensuelles de réformes à opérer et un chronogramme adapté à la réalité du terrain.

Cette précipitation et cette pression de la CEDAO est contre productive et risque de reporter les problèmes au lieu de les résoudre. La CEDEAO doit
enfin tirer les leçons des bouillonnements sociopolitiques dans les pays.

Boureima OUEDRAOGO
Ecrit par
Boureima OUEDRAOGO

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